rafael alberti

  • Prendre l'air / Tomar el aire

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    Tomás Sanchez Transcendencia  http://www.tomassanchez.com/    
     
    Invitation à l’air
     
    Rafael Alberti

    Ombre Je t’invite, à l’air.
    Ombre de vingt siècles,
    à la vérité de l’air,
    de l’air, air, air.

    Ombre qui jamais ne sors
    de ta grotte, et qui ne rendis pas
    au monde le souffle qu’en naissant
    te donna l’air
    l’air, l’air, l’air.

    Ombre sans lumière, minière
    des profondeurs
    de vingt tombes, vingt
    siècles vides sans air,
    de l’air, air, air.

    Ombre, aux sommets! Ombre,
    de la vérité de l’air,
    de l’air, air, air.
    (Trad: Colette)

     

    INVITACIÓN AL AIRE

    -- de Rafael Alberti --
    Te invito, sombra, al aire.
    Sombra de veinte siglos,
    a la verdad del aire,
    del aire, aire, aire.
    Sombra que nunca sales
    de tu cueva, y al mundo
    no devolviste el silbo
    que al nacer te dio el aire,
    del aire, aire, aire.
    Sombra sin luz, minera
    por las profundidades
    de veinte tumbas, veinte
    siglos huecos sin aire,
    del aire, aire, aire.
    ¡Sombra, a los picos, sombra,
    de la verdad del aire,
    del aire, aire, aire!
     
    Tomás Sanchez
    Though-Cloud, 2017
     
     
    L’Air
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
    (Trad:Colette)
     
     
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...
  • Cette héroïque peine bombardée / Esta heroica pena bombardeada

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    (Suite vie et poèmes de Rafael Alberti)

    Vient ensuite une période créative, enthousiaste: dans la Résidence d’étudiants il s’unit à d’autres poètes tels F. Garcia Lorca, Miguel Herńandez, Pedro Salinas...et ensemble, envoûtés par le surréalisme, les rires et les idées folles, ils vont former ce bloc de poètes connus comme ceux de la Génération du ‘27.
    Mais cette allégresse ne dure pas longtemps pour notre Rafael qui entre dans une crise existentielle spirituelle; il perd la foi, sa santé est fragile, il a des problèmes d’argent.
    De là naît le recueil “Sur les anges” dont voici un poème. (deux autres sur le blog Ma Librairie de Claudialucia https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2009/04/rafael-alberti-sur-les-anges.html)

     

     

     

    Sin título, Dalí, surrealismo




    LE BON ANGE
     
     
    Une année, déjà endormi,
    quelqu’un d’inattendu
    s’arrêta à ma fenêtre.
    Lève-toi! Et mes yeux
    virent des épées et des plumes.
    Derrière moi monts et mers,
    nuages, becs et ailes,
    les crépuscules, les aubes.
    Regarde-la là-bas! Son rêve,
    suspendu au néant.
    Oh désir, marbre fixe,
    fixe lumière, fixes eaux
    mobiles de mon âme!
    Quelqu’un dit: Lève-toi!
    Et me voilà dans ta demeure.
    (Trad:Colette)
    El ÁNGEL BUENO”
    Un año, ya dormido,
    alguien que no esperaba
    se paró en mi ventana.
    ¡Levántate! Y mis ojos
    vieron plumas y espadas.
    Atrás montes y mares,
    nubes, picos y alas,
    los ocasos, las albas.
    ‹¡Mírala ahí! Su sueño,
    pendiente de la nada.
    ¡Oh anhelo, fijo mármol,
    fija luz, fijas aguas
    movibles de mi alma!
    Alguien dijo: ¡Levántate!
    Y me encontré en tu estancia.
     
     
    L’écriture de ce recueil l’aide à sortir de la crise. Et le voilà qui se lance en politique pour secouer, dit-il, la conscience endormie d’un pays qui s’achemine vers l’épisode le plus terrible de son histoire, la Guerre Civile. Sa poésie devient un lieu de combat, communiste.
    Et c’est là qu’il rencontre, en 1930, une femme extraordinaire, María Teresa León, écrivaine, engagée, féministe avec laquelle il se marie. Elle dissipe tous ses doutes et il s’engage à fond dans la lutte contre le fascisme. 1936, la guerre éclate, il aide à mettre à l’abri des bombardements les tableaux les plus précieux du Prado, accueille les intellectuels de tous bords qui luttent pour la République.
    Pour terminer pour aujourd’hui, ce poème à son chien, en pleine guerre.

     

    À Niebla, Mon chien (1938)
    "Niebla", toi tu ne comprends pas : c'est ce que
    chantent tes oreilles,
    le tabac innocent, naïf, de ton regard
    et les longs flamboiements que dans le bois tu laisses,
    en sautant, tendre éclair de rien échevelé.
    Regarde ces chiens troubles, orphelins, circonspects,
    qui, surgissant soudain des brumes déchirées,
    traînent dans leurs timides pas désorientés
    tout le récent effroi de leur maison en ruine.
    Malgré ces fugaces voitures, sans convoi,
    qui transportent la mort dans un caisse nue ;
    et malgré cet enfant qui observe, réjoui,
    la bataille là-haut, qui aurait pu l'assassiner ;
    malgré le meilleur compagnon perdu, malgré
    ma sordide famille qui ne comprend pas
    ce que j'aurais voulu surtout qu'elle eût compris,
    et malgré cet ami qui déserte et nous vend ;

    "Niebla", mon camarade,
    tu n'en sais rien, bien sûr, mais il nous reste encore,
    au milieu de cette héroïque peine bombardée,
    la foi, qui est la joie ; la foi : la joie, la joie.

     

    A Niebla, Mi Perro
    «Niebla», tú no comprendes: lo cantan tus orejas,
    el tabaco inocente, tonto, de tu mirada,
    los largos resplandores que por el monte dejas,
    al saltar, rayo tierno de brizna despeinada.

    Mira esos perros turbios, huérfanos, reservados,
    que de improviso surgen de las rotas neblinas,
    arrastrar en sus tímidos pasos desorientados
    todo el terror reciente de su casa en ruinas.

    A pesar de esos coches fugaces, sin cortejo,
    que transportan la muerte en un cajón desnudo;
    de ese niño que observa lo mismo que un festejo
    la batalla en el aire, que asesinarle pudo;

    a pesar del mejor compañero perdido,
    de mi más que tristísima familia que no entiende
    lo que yo más quisiera que hubiera comprendido,
    y a pesar del amigo que deserta y nos vende;

    «Niebla», mi camarada,
    aunque tú no lo sabes, nos queda todavía,
    en medio de esta heroica pena bombardeada,
    la fe, que es alegría, alegría, alegría.

    (Capital de la Gloria,1938)
  • Arraché à la mer / Arrancado al mar

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    Rafael Alberti, né près de Cádiz en 1902, était un garçon enjoué, heureux, surtout près la mer. Et partout sauf à l’école des Jésuites où ses parents l’avaient inscrit. La discipline, les matières enseignées, c’était pas pour lui. 

     
    Fundación R. Albert, Puerto de Santa María
    Il a 13 ans quand son père, pour son travail, décide que la famille va vivre à Madrid. Le changement est radical, Rafael se sent déraciné et, convaincu de ses talents pour la peinture, il passe ses journées au Prado à copier des œuvres des grands maîtres.
     
    Rafael Alberti Frisos de la danza Madrid 1920
    C’est à la mort de son père, il a 18 ans, qu’il se rend compte qu’il exprime mieux tout ce qui bouillonne en lui, par des mots, des poèmes.
     
    Voici le premier, qui exprime ce déracinement.
     
    Marin à terre 1
    La mer. La mer.
    La mer. Rien que la mer !
    Pourquoi m’avoir emmené, père,
    à la ville ?
    Pourquoi m’avoir arraché, père,
    à la mer ?
    La houle, dans mes songes,
    me tire par le cœur
    comme pour l’entraîner.
    Père, pourquoi donc m’avoir
    emmené
    ici ?

    «Marinero en tierra»1

    El mar. La mar.
    El mar. ¡Sólo la mar!
    ¿Por qué me trajiste, padre,
    a la ciudad?
    ¿Por qué me desenterraste
    del mar?
    En sueños, la marejada
    me tira del corazón.
    Se lo quisiera llevar.
    Padre, ¿por qué me trajiste
    acá?
     
    Marin à terre est son premier recueil . Alberti l’a proposé pour le Prix National de Littérature et il fut le lauréat. Le livre a été édité en 1925.  Il avait 23 ans. Et voilà, ça y est, il est entré dans le monde de la poésie . Alberti y gagne un peu d’argent et de notoriété, cela le conduit à rencontrer Garcia Lorca, Dali, Buñuel, et à publier dans des revues.
    Sa santé est mauvaise, et il est obligé de vivre reclus pendant des mois. Il lit, écrit des poèmes, lyriques au début, et pose un regard sur la beauté des paysages, l’amour.

     
    « L’aube de la giroflée ».
     
    Tout ce que j’ai vu grâce à toi
    -   l’étoile sur la bergerie,
    le charriot de foin en été
    et l’aube de la giroflée –
    si tu me regardes est à toi.
     
         Tout ce qui t’a plu grâce à moi
    -    le sucre doux de la guimauve,
    la menthe de la mer sereine
    et la fumée bleue du benjoin –
    si tu me regardes est à toi »
     

    El alba del Alhelí
     
    Todo lo que por ti vi
    - las estrellas sobre el aprisco,
    el carro estival del heno
    y el alba del alhelí-,
    si me miras, para ti.
     
    Lo que gustaste por mí
    -la azúcar del malvavisco,
    la menta del mar sereno
    y el humo azul del benjuí-,
    si me miras, para ti.

    Nous poursuivrons en poèmes sa vie, faite de lutte politiques et d’exils, dans les prochains billets.

  • Reste l'important / Queda lo importante

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    La première passion de Rafael Alberti, grand poète espagnol né en Andalousie en 1902, fut la peinture. Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, son œuvre, mais aujourd’hui c’est un poème où il évoque l’œuvre picturale de Gogh qui m’a attirée, amusée et fait frémir aussi.
    Alors j’ai décidé de ne mettre aucune illustration, et si vous êtes comme moi, vous “verrez” les tableaux dont il parle.(à part les hirondelles qui ne me disent rien).
     
    La primera pasión de Rafël Alberti, nacido en 1902, fue la pintura. En la próxima entrada os contaré su vida, su obra, pero hoy es un poema donde evoca la obra pictórica de Van Gogh que me atrajo, me divirtió.
    Decidí pues no poner ninguna ilustración y, si sois como yo, “veréis” los cuadros de los cuales habla.


    Van Gogh

    Coup de pinceau
    brûlé.
    Source
    de courant
    apparent
    désordonné.
    Matinale
    hirondelle
    source.
     
    Tourbillonne,
    paysanne,
    ondule.
    Nuit en cercle roue,
    bleuit
    le bois.
     
    Crépite,
    petit chêne infini,
    tison,
    le paysage:
    braise mouvante,
    mer,
    houle.
     
    Nucléaire
    démence en jaune,
    pinceau couteau,
    tournesol,
    sanglant
    jaune soleil,
    violent
    anneau.
     
    Jaune des blés,
    verte hallucination,
    orange, vermillon,
    métal,
    crie,
    cauchemar
    mortel,
    humble chaise.
    Fleur,
    chandelle
    jaune.
     
    Se coupe,
    se recoupe
    ta couleur,
    s’exalte,
    vole,
    peintre.
     
    Mais reste ce qui importe:
    haute,
    la trace.
     
    (Trad: Colette)                                  Dans "À la peinture" 1948
     
     
     
     

     

    Rafael Alberti Van Gogh
     
    Pincelada
    quemada.
    Fuente
    de aparente
    corriente
    desordenada.
    Matutina,
    golondrina
    fuente.

    Se arremolina,
    campesina,
    ondula.
    Noche en círculo rueda,
    azula
    la arboleda.

    Crepita,
    carrasca infinita,
    tizo,
    el paisaje:
    rescoldo movedizo,
    mar,
    oleaje.

    Nuclear
    demencia en amarillo,
    pincel cuchillo,
    girasol,
    cruento
    amarillo sol,
    violento
    anillo.

    Gualda trigal,
    verde alucinación,
    naranja, bermellón,
    metal,,
    chilla,
    pesadilla
    mortal,
    humilde silla.
    Flor,
    candela
    amarilla.

    Se corta,
    se recorta
    tu color,
    se exalta,
    vuela,
    pintor.

    Mas permanece lo que importa:
    alta,
    la estela.
    en A la pintura, 1948
     
  • D'hommes et de vaches / De hombre y vacas

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    Rafael Alberti (poète espagnol archiconnu, 1902-1999) se trouvait à Paris fin des années '30, et, grâce à Supervielle, il fit la connaissance de Chagall. Voici un extrait d'un long article publié dans le journal El País en 1985 où il relate cette fameuse rencontre.
    Rafael Albertí (1902-1999) se encontraba en París en los años '30 y, gracias a Supervielle, conoció a Chagall. He aquí un extracto de un artículo largo publicado en El País en 1985, donde relata ese famoso encuentro.

    Quand, accompagné du poète Jules Supervielle, j'entrai dans la maison du peintre Marc Chagall, nous vîmes que c'était une vache qui nous avait ouvert la porte. Une fois dedans, des vaches partout: sur les armoires, sur les tables, sur les chaises, sur les livres...
    Cuando, acompañado por el poeta Jules Supervielle, entré en la casa del pintor Marc Chagall, vimos que era una vaca quien nos había abierto la puerta. Ya dentro, vacas por todas partes: sobre los armarios, sobre las mesas, sobre las sillas, sobre los libros...

     
    -Mais votre studio, Chagall, est plutôt une étable. -Il faut aimer les vaches, nous dit Chagall en allongeant son museau, sans doute parce que sa mère s'abreuvait dans une rivière, et sa grand-mère, du côté maternel, avait été une belle cornue, volée par les Russes à des marchands kirghiz. Il faut beaucoup les aimer. Pour moi, l'univers entier est peuplé par elles. Regardez, si j'ouvre une fenêtre la nuit, je les vois sur les toits voisins, paissant la fine herbe que l'eau courante des canaux a fait naître sur les bords. La lune congelée de Russie est pleine de vaches. Des humbles étables enneigées elles montent en troupeaux, vers la voie lactée et les étoiles. Dans un hameau du Caucase, des fiancés qui dormaient furent enlevés par l'une d'elles qui les fit monter au-delà des nuages. C'était une vache bleue tachée de blanc avec des cornes en forme de fer à cheval. Même les vaches me poursuivent en rêves. J'en ai vu une qui sortait par une cheminée. Une autre dans une ascenseur, une autre encore déjeunant tranquillement à la porte d'un restaurant des Champs-Élysées....Oui, des vaches partout. Il n'existe pas de personnes dans le monde. Seulement des vaches. Vous en êtes une, votre amie une autre, moi aussi. Supervielle une autre, ma fille une autre...

     
     
    -Pero su estudio, Chagall, es más bien un establo.-Hay que amar a las vacas, nos dice Chagall alargando el hocico, sin duda porque su madre abrevaba en algún río, y su abuela, por parte de la misma, había sido una hermosa cornúpeta, robada por los rusos a unos mercaderes kirguises. Hay que quererlas mucho. Para mí, el universo entero está poblado de ellas. Miren, si por la noche abro una ventana, las veo sobre los tejados vecinos, paciendo la fina yerba que ha hecho brotar al borde el agua corriente de los canales. La luna congelada de Rusia está llena de vacas. De los establos humildes y nevados ascienden en manadas, camino de la vía láctea y los luceros. En una aldea del Cáucaso, dos novios que dormían fueron raptados por una y ascendidos hasta más allá de las nubes. Era una vaca azul manchada de blanco y con los cuernos en forma de herradura. Hasta las vacas me persiguen en sueños. He visto una saliendo por una chimenea. Otra dentro de un ascensor, otra almorzando tranquilamente a la puerta de un restaurante de los Campos Elíseos... Sí, vacas por todas partes. No existen personas en el mundo. Sólo vacas. Usted es una, su amiga otra, yo otra. Supervielle otra, mi hija otra... (...)”




    Note de Rafael Alberti
     
    Les vaches de Chagall sont pleines d'humanité et de sagesse, car elles connaissent le ciel, la lune et les étoiles, car elles sont descendues par les pentes lumineuses et obscures, vertes ou sèches de notre âme, car elles n'ignorent pas ce qui tremble au Nord, au Sud, à l'Est et à l'Ouest, car elles nous parlent en rêve avec un triste dodelinement de barque abandonnée(...) elles méritent nos respects”.

    Las vacas de Chagall están llenas de humanidad y sabiduría, por saber del cielo, de la luna y de las estrellas, porque han descendido por las vertientes luminosas u oscuras, verdes o secas de nuestra alma, porque no ignoran lo que tiembla en el Norte, en el Sur, en el Este y en el Oeste, porque nos hablan en el sueño con una tristeza cabeceante de barca abandonada [...] merecen nuestros respetos.”


    Traduction: Colette


  • Au galop / A galopar

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    Voici la traduction d'un poème de Rafael Alberti, poème mis en musique par Paco Ibañez et qui est un peu devenu l'hymne des Républicains. 
    Rafael Alberti, membre du Parti Communiste, s'exila en France après la guerre civile; mauvaise idée car un peu plus tard le Général Pétain lui retira le permis de travail le considérant comme “dangereux”... Il partit alors pour un long exil en Amérique du sud et ne revint en Espagne qu'en 1977, après la mort de Franco.

    Au galop  Rafael Alberti

     

    Les terres, les terres, les terres d’Espagne,
    les grandes, solitaires, désertes étendues.
    Galope, cheval balzan
    cavalier du peuple
    sous le soleil et la lune

    Au galop, au grand galop,
    jusqu’à les ensevelir dans la mer!

     Son du cœur qui sonne et résonne
    résonnent sous les quatre fers les terres d’Espagne.
    Galope, cavalier du peuple,
    cheval balzan
    cheval d’écume

     Au galop, au grand galop,
    Jusqu’à les ensevelir dans la mer!

     Personne, personne, en face personne;
    car la mort n’est rien si elle chevauche ta monture.
    Galope, cheval balzan
    cavalier du peuple
    car la terre est à toi.

     Au galop, au grand galop,
    jusqu’à les ensevelir dans la mer!

     (Trad: Colette)

     

     

     

    A Galopar,  Rafael Alberti

     

    Las tierras, las tierras, las tierras de España,

    las grandes, las solas, desiertas llanuras.
    Galopa, caballo cuatralbo,
    jinete del pueblo,
    al sol y a la luna.

     ¡A galopar,
    a galopar,
    hasta enterrarlos en el mar!

     A corazón suenan, resuenan, resuenan
    las tierras de España, en las herraduras.
    Galopa, jinete del pueblo,
    caballo cuatralbo,
    caballo de espuma.

     ¡A galopar,
    a galopar,
    hasta enterrarlos en el mar!

     Nadie, nadie, nadie, que enfrente no hay nadie;
    que es nadie la muerte si va en tu montura.
    Galopa, caballo cuatralbo,
    jinete del pueblo,
    que la tierra es tuya.

     ¡A galopar,
    a galopar,
    hasta enterrarlos en el mar!

     

  • Merci poétique /Gracias poético

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    lechugas isra.JPGDepuis septembre 2006 MAH trouve, chaque semaine, un poème, un billet avec cette note : « Tu veux bien regarder ma traduction … avec bienveillance ? »

    Lui, c’est mon complice linguistique, un solitaire espagnol plus très jeune maintenant qui, avec patience et sans complaisance aucune,- il prend son rôle très au sérieux et il a raison-, me conseille, suggère, barre, me renvoie la copie avec ces mots : « à retravailler ».

    Le « cultivons notre jardin » de Candide prend tout son sens avec lui  car il m’offre également des  laitues, haricots, oignons, tomates,….du superbe potager auquel il apporte autant de soins et de rigueur qu’à mes traductions.

     

    Pour le remercier, ce poème de Rafael Alberti.

     

    Desde septiembre 2006 MAH encuentra cada semana un poema o un texto con esta nota: « ¿Me miras la traducción…con buen ojo, por favor?”

    Él es mi cómplice lingüístico, un solitario español ya no muy joven que, con paciencia y sin ninguna complacencia,- se toma su papel muy en serio y tiene razón,- me aconseja, sugiere, tacha y me devuelve la copia con esas palabras:”hay que trabajarlo más”.

    La frase “cultivemos nuestro jardín” de Cándido toma con él todo su sentido ya que también me regala lechugas, judías, cebollas, tomates,…de su preciosa huerta a la cual aporta tanto cuidado y rigor como a mis traducciones.

     

    Para agradecérselo un poema de Rafael Alberti.

     

    La solitude II

     

    Elle viendra.

    Elle viendra.

    Elle l’a écrit.

    Ça fait déjà une semaine.

    Elle vient de très loin…

    De là du nord…En train…

    Près de deux mille kilomètres…

    Très loin….Mauvais trains…

    Et la chaleur…Et la poussière

    qui entre de partout…

    La maison est déjà prête : une blanche colombe

    de chaux pure…Luisants,

    plus brillants que l’or,

    la poêle, le poêlon, la casserole…Et  puis,

    le lit, grand, grand…avec un couvre-lit

    de couleur, avec des oiseaux…

    Mais tant de kilomètres sans personne….C’est ce qu’on m’a dit….

    Et la chaleur…Et la poussière…

    Elle aura soif…Ici, l’eau

    ne manque presque jamais…Elle va bien aimer ça…

    Peu de travail pour elle…Je

    ferai tout. Je suis encore fort…

    Elle ? Bon, on verra.

    C’est ma femme…je ne veux pas qu’elle se fatigue.

    « Apporte ces tomates…Regarde, celles-là

    si colorées… » Elle n’en a jamais vu de pareilles.

    Elle dira non. « Des laitues comme celles-là,

    si blanches ? Et les radis ? » Non plus !

    Allons, femme…Les poules t’attendent…

    Que veux-tu encore ? Le dessert

    il est là, il pend du prunier.

    Elle déploie son tablier et secoue une branche…

    « Il est déjà fort tard ». Je la prends par la taille…

    Elle sourit…Qu’elle est belle !

    Éteignons la lumière…

    Comme ça. Tant de kilomètres !

    Déjà mercredi…Elle viendra ce soir.(trad. Colette)

     

    La soledad II

    Vendrá.
    Vendrá.
    Lo ha escrito.
    Ya pasó una semana.
    Viene desde muy lejos…
    De allá del norte… En tren…
    Casi dos mil kilómetros…
    Muy lejos… Malos trenes…
    Y el calor… Y el polvo
    que entra por todas partes…
    La casa está ya lista: una paloma blanca
    de cal pura… Lucientes,
    más brillantes que el oro,
    la sartén, el perol, la cacerola… Y luego,
    la cama grande, grande… cubierta de una colcha
    de colores, con pájaros…
    Pero muchos kilómetros sin nadie… Eso me han
    dicho…
    Y el calor… Y el polvo…
    Tendrá sed… Aquí, el agua
    no falta casi nunca… Va a gustarle esto mucho…
    Poco trabajo para ella… Yo
    lo haré todo. Soy fuerte todavía…
    ¿Ella? Bueno. Veremos.
    Es mi mujer… no quiero que se canse.
    "Trae aquí esos tomates... Mira, aquéllos de allá,
    tan colorados…" Nunca los ha visto.
    Dirá que no… "¿Lechugas como éstas,
    tan blancas? ¿Y los rábanos? ¡Tampoco!
    Vamos, mujer… Te esperan las gallinas…
    ¿Qué más quieres? El postre
    ahí lo tienes colgado del ciruelo.
    Extiende el delantal y sacude una rama…"
    ya es muy tarde. Le tomo la cintura…
    Se sonríe… ¡Qué hermosa!
    Apagamos la luz…
    Así. ¡Cuántos kilómetros!
    Hoy es miércoles ya… Vendrá esta noche.

     

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