poésie

  • Demain nous parlerons / Mañana hablaremos

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    Sans doute la visite d’un ami de toujours, un grand voyageur, plus vu depuis deux ans et demi, a-t-elle influencé le choix de ce poème.
    José Hierro. Un poète espagnol que je connais peu et qui a éveillé ma curiosité. Un prochain billet sur lui donc.

    La Rencontre

    Poème de José Hierro dédié à Rafael Albertí. 1964.

     

    Un jour je dirai : sois le bienvenu

    à la maison. Voici ton feu.

    Bois ton vin dans ton verre,

    regarde le ciel, coupe le pain.

    Comme tu as été long. Tu as cheminé

    sous les constellations

    du Sud, navigué sur les fleuves

    aux sons multiples. Quel

    long voyage. Je te trouve

    fatigué. Ne me demande rien.

    Donne à manger à tes chiens,

    entends la chanson du peuplier.

    Ne me pose aucune question,

    ne me demande rien.

     

    Si je parlais,

    tu pleurerais. Si tu mettais

    tes spectres face au miroir,

    tu ne verrais sans doute

    aucune image reflétée.

    La vie lointaine est morte :

    le temps l’a tuée. Toi seul

    peux l’enterrer. Jettes-y

    de la terre demain, quand

    tu te seras reposé. Bienvenu

    chez toi. Ne demande

    rien. Demain nous parlerons.

     

    (Trad: Colo inspirée par celle de Claude de Frayssinet)

     

                                             Autorretrato, gouache sobre papel, 2000 (Autoportrait)

     

     

     

    EL ENCUENTRO
    José Hierro (dedicado a Rafael Alberti. 1964)
    Diré un día: bienvenido
    a la casa. Ésta es tu lumbre.
    Bebe en tu copa tu vino.
    mira el cielo, parte el pan.
    Cuánto has tardado. Anduviste
    bajo las constelaciones
    del Sur, navegaste ríos
    de son diferente. Cuánto
    duró tu viaje. Te noto
    cansado. No me preguntes.
    Da de comer a tus perros,
    oye la canción del álamo.
    No me preguntes por nada,
    no me preguntes.
    Si hablase,
    llorarías. Si enfrentases
    tus espectros al espejo,
    seguro que no verías
    imágenes reflejadas.
    Lo vivo lejano ha muerto:
    lo mató el tiempo. Tú sólo
    puedes enterrarlo. Dale
    tierra mañana, después
    de descansar. Bienvenido
    a tu casa. No preguntes
    nada. Mañana hablaremos.


     

  • IL est évident que.../ Queda de manifiesto que...

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    Nicanor Parra, vous souvenez-vous de lui ?  Né en 1914 et mort en 2018 c'était un poète, mathématicien et physicien chilien qui se présente lui-même comme un antipoète.

    Son œuvre a eu une influence profonde dans la littérature sud-américaine. Il est l'un des poètes chiliens les plus connus, avec les quatre grands de la poésie chilienne.

     

                                "Pleurez si vous voulez, moi pour ma part, je meurs de rire"



    Le poème que j’ai choisi aujourd’hui est très long, je n’en ai retenu que quelques strophes,mais il illustre bien je pense cette antipoésie. Des images, des réflexions, sans lien apparent et qui déroutent, font rire parfois aussi. 

     


     

     

    Lettres du poète qui dort sur une chaise

     

    I

    Je dis les choses comme elle sont

    Ou nous savons tout d’avance

    Ou nous ne saurons jamais absolument rien.

     

    La seule chose qui nous est permise

    C’est apprendre à parler correctement.


    V

    Jeunes

    Écrivez ce que vous voulez

    Dans le style qui vous semblera le meilleur

    Trop de sang est passé sous les ponts

    Pour continuer à croire – je crois

    qu’on ne peut suivre qu’un seul chemin:

    En poésie tout est permis.



    VII

      Il est évident

    Qu’il n’y a pas d’habitants sur la lune

     

    Que les chaises sont des tables

    Que les papillons sont des fleurs en perpétuel mouvement

    Que la vérité est une erreur collective

    Que l’esprit meurt avec le corps.

     

    Il est évident

    Que les rides ne sont pas des cicatrices.



    XVI

    Aphorismes chiliens:

    Tous les chardonnerets ont des taches de rousseur

    Le téléphone sait ce qu’il dit

    Jamais la tortue ne perdit autant de temps

    Que quand elle reçut des leçons de l’aigle.

     

    L’automobile est une chaise roulante.

     

    Et le voyageur qui regarde en arrière

    Court le sérieux danger

    Que son ombre ne veuille le suivre.



    XVII

    Analyser est renoncer à soi-même

    On ne peut que raisonner en rond

    On ne voit que ce qu’on veut voir

    Une naissance ne résout rien

    Je reconnais que les larmes m’en tombent.

     

    Une naissance ne résout rien

    Seule la mort dit la vérité

    La poésie même ne convainc pas.

    Si on nous enseigne que l’espace n’existe pas.

     

    Mais de toute façon

    La vieillesse est un fait accompli.

     

    Ce sera ce que science détermine.

     

    Lire mes poèmes me donne sommeil

    Et pourtant ils ont été écrits avec du sang.

    (Trad: Colette)

                               "C'était écrit: apparaissent les armes d'extermination massive"



    CARTAS DEL POETA QUE DUERME EN UNA SILLA

     

    I
    Digo las cosas tales como son
    O lo sabemos todo de antemano
    O no sabremos nunca absolutamente nada.

    Lo único que nos está permitido
    Es aprender a hablar correctamente.

    V

    Jóvenes
    Escriban lo que quieran
    En el estilo que les parezca mejor
    Ha pasado demasiada sangre bajo los puentes
    Para seguir creyendo -creo yo
    Que sólo se puede seguir un camino:
    En poesía se permite todo.



    VII

    Queda de manifiesto
    Que no hay habitantes en la luna

    Que las sillas son mesas
    Que las mariposas son flores en movimiento perpetuo
    Que la verdad es un error colectivo
    Que el espíritu muere con el cuerpo

    Queda de manifiesto
    Que las arrugas no son cicatrices.

    XVI

    Aforismos chilenos:
    Todas las colorinas tienen pecas
    El teléfono sabe lo que dice
    Nunca perdió más tiempo la tortuga
    Que cuando tomó lecciones del águila.

    El automóvil es una silla de ruedas.

    Y el viajero que mira para atrás
    Corre el serio peligro
    De que su sombra no quiera seguirlo.

    XVII

    Analizar es renunciar a sí mismo
    Sólo se puede razonar en círculo
    Sólo se ve lo que se quiere ver
    Un nacimiento no resuelve nada
    Reconozco que se me caen las lágrimas.

    Un nacimiento no resuelve nada
    Sólo la muerte dice la verdad
    La poesía misma no convence.
    Se nos enseña que el espacio no existe

    Se nos enseña que el tiempo no existe
    Pero de todos modos
    La vejez es un hecho consumado.

    Sea lo que la ciencia determine.

    Me da sueño leer mis poesías
    Y sin embargo fueron escritas con sangre.

     

     
  • Garder ou jeter les lettres d'amour / Guardar o tirar las cartas de amor

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    Voilà, comme annoncé, le second poème sur les lettres de Joan Margarit. Malgré qu’il soit bien plus connu et apprécié que le premier, je préfère ce dernier, plus sensuel et moins sombre.

    Mais ce n’est peut-être pas votre avis...

                                     

                              La lettre (ou les jeunes) Goya 1812-1819, détail


     

    Ne jette pas les lettres d’amour

    Joan Margarit

     

    Ne jette pas les lettres d’amour

    Elles ne t’abandonneront pas.

    Le temps passera, s’effacera le désir

    - cette flèche d’ombre -

    et les visages, sensuels, beaux et intelligents,

    se nicheront en toi, au fond d’un miroir.

    Couleront les ans. Les livres te fatigueront.

    Tu descendras encore plus

    et tu perdras même la poésie.

    Le bruit de la ville aux fenêtres

    finira par être ta seule musique,

    et les lettres d’amour que tu avais gardées

    seront ta dernière littérature.

    Trad: Colette

     

                                            
                                                 The Notebook (2004) - Nick Cassavetes

     

     

    "No tires las cartas de amor"

    No tires las cartas de amor
    Ellas no te abandonarán.
    El tiempo pasará, se borrará el deseo
    -esta flecha de sombra-
    y los sensuales rostros, bellos e inteligentes,
    se ocultarán en ti, al fondo de un espejo.
    Caerán los años. Te cansarán los libros.
    Descenderás aún más
    e, incluso, perderás la poesía.
    El ruido de ciudad en los cristales
    acabará por ser tu única música,
    y las cartas de amor que habrás guardados
    serán tu última literatura.

     

  • J'ai connu la vie en chemin / He conocido la vida en el camino

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    Il y a longtemps que je voulais publier un poème ou deux de cette jeune et déjà très connue poétesse espagnole, Elvira Sastre.

    Traductrice aussi, et romancière, cette jeune femme de 29 ans née à Segovia emploie beaucoup le Je, mais ce Je nous représente tous ou presque, c’est du moins ce que j’ai ressenti.

     

    Dans le poème d’aujourd’hui la recherche de soi à travers les expériences de la vie.

     

     

     
     

    Ma vie sent la fleur            Elvira Sastre

     

    J’ai arrondi les coins des rues

    pour ne pas trouver de monstres au tournant

    et ils m’ont attaquée par derrière

    Je me suis léché la figure quand je pleurais

    pour me souvenir du goût de la mer

    et je n’ai senti que brûlure aux yeux.

    J’ai attendu les bras croisés

    pour m’enlacer

    et je me suis heurtée contre mon propre corps.

    J’ai tant menti

    que quand j’ai dit la vérité

    je ne me suis

    pas

    crue.

     

    J’ai fui

    les yeux ouverts

    et le passé m’a rattrapée.

    J’ai accepté

    les yeux fermés

    des coffres vides

    et je me suis sali les mains.

    J’ai écrit ma vie

    et ne me suis pas reconnue.

     

    J’ai tant aimé

    que je me suis oubliée.

    J’ai tant oublié

    que j’ai cessé de m’aimer.

    (...)

     

    J’ai perdu le cap

    mais j’ai connu la vie en chemin.

    Je suis tombée

    mais dans la descente j’ai vu des étoiles

    et l’écroulement a été un rêve.

     

    J’ai saigné,

    mais

    toutes mes épines

    se sont transformées en rose.

     

    Et maintenant

    ma vie sent la fleur.

     

    Trad: Colette

     

    MI VIDA HUELE A FLOR            Elvira Sastre

     

    He redondeado esquinas
    para no encontrar monstruos a la vuelta
    y me han atacado por la espalda.
    He lamido mi cara cuando lloraba
    para recordar el sabor del mar
    y solo he sentido escozor en los ojos.
    He esperado de brazos cruzados
    para abrazarme
    y me he dado de bruces contra mi propio cuerpo.
    He mentido tanto
    que cuando he dicho la verdad
    no
    me
    he
    creído.

     

    He huido
    con los ojos abiertos
    y el pasado me ha alcanzado.
    He aceptado
    con los ojos cerrados
    cofres vacíos
    y se me han ensuciado las manos.
    He escrito mi vida
    y no me he reconocido.


    He querido tanto
    que me he olvidado.
    He olvidado tanto
    que me he dejado de querer.

     

    (...)

    He perdido el rumbo
    pero he conocido la vida en el camino.
    He caído
    pero he visto estrellas en mi descenso
    y el desplome ha sido un sueño.

    He sangrado,
    pero
    todas mis espinas
    han evolucionado a rosa.

    Y ahora
    mi vida
    huele a flor.

     

     

     
  • Voix / Voz

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    Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles ; et l'harmonie la plus douce est le son de voix de celle que l'on aime. “

    Jean de La Bruyère



    Pourquoi diable cette citation aujourd’hui penserez vous avec raison.
    Et bien, vous me connaissez un peu, pour introduire ce court poème
    d’Alejandra Pizarnik.

     

    Présence
    ta voix
    là où les choses ne peuvent s’extraire
    de mon regard
    elles me dépouillent
    font de moi une barque sur un fleuve de pierres
    si ce n’est ta voix
    pluie seule dans mon silence de fièvres
    tu me détaches les yeux
    et s’il te plaît
    que tu me parles
    toujours

     

    (traduction Silvia Baron Supervielle)

     

                               Paul Klee, harmonie des couleurs.

     

     

    Presencia - Pizarnik

     

     

    tu voz

    en este no poder salirse las cosas

    de mi mirada

    ellas me desposeen

    hacen de mí un barco sobre un río de piedras

    si no es tu voz

    lluvia sola en mi silencio de fiebres

    tú me desatas los ojos

    y por favor

    que me hables

    siempre

  • Le vieil orme / El olmo viejo

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    https://www.verpueblos.com/castilla+la+mancha/guadalajara/picazo/foto/1149961/

     

    Jeune, avec les amies ou seule, le plus souvent seule, je montais dans les arbres ; plaisir de m'asseoir sur une branche pour me cacher, voir sans être vue, ou pour cueillir des cerises, des pommes. Ou juste pour m'isoler au milieu des feuilles. 

    Peut-être en avez-vous planté, moi jamais quand j'étais très jeune. Mais ils ont toujours été mes endroits refuge.

    Si dans mes souvenirs il y a peu ou pas d'ormes, j'ai vu grandir et parfois lentement se dessécher les marronniers de la rue devant la maison.

    Parfois aussi les croire morts puis...

    C'est qu'a vu Antonio Machado qui l'écrit dans ce poème que je trouve si beau et émouvant.

    La traduction que j'ai lue en français me plaît beaucoup, je l'ai gardée.

    Joan Manuel Serrat en a fait une adaptation, la voici:

     

     

     

     

     

    À un orme desséché

     

     À un orme desséché

    Sur le vieil orme, fendu par la foudre,

    pourri en son milieu,

    avec les pluies d'avril et le soleil de mai,

    ont poussé quelques feuilles vertes.

     

    L'orme centenaire sur la colline

    que baigne le Douro ! Une mousse jaunâtre

    salit l'écorce blanchâtre

    du tronc vermoulu et poussiéreux.

     

    Il ne doit pas comme les peupliers chantant

    qui gardent le chemin et le rivage

    être habité de rossignols gris.

     

    Une armée de fourmis en file

    grimpe sur lui ; dans ses entrailles,

    les araignées tissent leurs toiles grises.

     

    Avant que de sa hache, orme du Douro,

    le bûcheron ne t'abatte, et avant que le charpentier

    ne te transforme en sommier de cloche,

    en timon de chariot ou en joug de charrette,

    avant que tu ne brûles tout rouge demain

    dans l'âtre d'une misérable chaumière

    sur le bord du chemin ;

    avant que la tempête ne te déracine

    que ne te brise le souffle des sierras blanches,

    et avant que le fleuve à la mer ne t'emporte

    par les vallées et les escarpements

    orme, je veux noter sur mon carnet

    la grâce de ta branche reverdie.

     

    Mon cœur attend

    aussi, vers la lumière et vers la vie,

    un nouveau miracle de printemps.

     

     

    Soria, 1012

    Antonio Machado / Champs de Castille

    traduit de l'espagnol par Sylvie Léger et Bernard Sesé

     

    A un olmo seco

    Al olmo viejo, hendido por el rayo
    y en su mitad podrido,
    con las lluvias de abril y el sol de mayo
    algunas hojas verdes le han salido.

    ¡El olmo centenario en la colina
    que lame el Duero! Un musgo amarillento
    le mancha la corteza blanquecina
    al tronco carcomido y polvoriento.

    No será, cual los álamos cantores
    que guardan el camino y la ribera,
    habitado de pardos ruiseñores.

    Ejército de hormigas en hilera
    va trepando por él, y en sus entrañas
    urden sus telas grises las arañas.

    Antes que te derribe, olmo del Duero,
    con su hacha el leñador, y el carpintero
    te convierta en melena de campana,
    lanza de carro o yugo de carreta;
    antes que rojo en el hogar, mañana,
    ardas de alguna mísera caseta,
    al borde de un camino;
    antes que te descuaje un torbellino
    y tronche el soplo de las sierras blancas;
    antes que el río hasta la mar te empuje
    por valles y barrancas,
    olmo, quiero anotar en mi cartera
    la gracia de tu rama verdecida. 


    Mi corazón espera
    también, hacia la luz y hacia la vida,
    otro milagro de la primavera.

  • Et on est encore debout.

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                         Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

     

     

    Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

    d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

    Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

    d’“Étonnants voyageurs”

    Alors, dans ce recueil reçu il y a peu d'une amie de Bordeaux, et intitulé :

     

    Habitant de nulle part

    Originaire de partout

     

    j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.

     

     

     


    https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI

     

     

     

    Les poètes se cachent pour écrire.

    (Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)

     

    Les mots sont les vêtements de l’émotion

    Et même si nos stylos habillent nos phrases

    Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Chacun purge sa pénombre

    Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

    On somme les mots de s’additionner comme des nombres

    La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

    J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

    Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

    Versificateur notoire chaque rime est une cascade

    Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades

     

    Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

    Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

    J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

    De chaque conte de chaque charade

    J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

    Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*

     

    J’ai couru après les horizons sur chaque page

    Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

    Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

    C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

    Et tant pis pour celui qui le nie

    Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

    Le verbe est une clé indispensable

    Dehors on nous demande des mots de passe partout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige

    Et on est encore debout.

     

      *Amiini= Amen

    * Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                       -------------------------------------

     

    On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

  • Mon unique patrie, la mer, Mi única patria, la mar

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    Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

    Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.

     

    Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.

     

    La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

     

    Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



     

     

     

     

    La chanson du pirate     José de Espronceda

    Avec dix canons de chaque côté

    vent en poupe, à toute voile,

    ne coupe pas la mer, mais vole

    un voilier brigantin.

     

    Le bateau pirate, nommé

    pour sa bravoure « Le Redouté »,

    connu sur toute mer

    de l'un à l'autre confins.

     

    Sur la mer la lune brille

    dans la voile gémit le vent,

    et soulève d'un doux mouvement

    des vagues bleues et argentées;

     

    Et voilà le capitaine pirate,

    Joyeux et chantant sur la poupe,

    l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

    et là-bas, devant, Istanbul.

     

    Navigue, mon voilier

    sans crainte, ni navire ennemi

    ni orage, ni calme

    ne détourneront ton cap

    ni ne soumettront ton courage

     

    Vingt prises avons-nous faites

    en dépit de l’anglais

    et ont baissé leurs bannières

    cent nations à mes pieds.

     

     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Au loin ; menez de féroces guerres

    rois aveugles,

    pour un empan de terre.

    Ici j'ai à moi

    tout ce que contient la mer sauvage,

    à qui personne n’imposa de lois.

     

    Et il n’y a plage

    où que ce soit

    ni drapeau,

    qui ne s’incline devant mon droit

    et mon courage.



     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.



    Au cri « Navire en vue ! »

    il faut voir comme il vire et se prépare

    à échapper à toute voile;

    je suis le roi de la mer

    et ma furie est à craindre.

     

    Mon butin

    équitablement

    je le partage

    je ne désire pour seule richesse

    que la beauté

    sans rival.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer. 

     

    Je suis condamné à mort !

    Oh je ris

    et si la chance me sourit

    celui qui me condamne

    pendu sera à une poutre

    à bord de son propre bateau.

     

    Et si je meurs

    Qu'est-ce la vie ?

    Je l’avais déjà donnée

    pour perdue

    quand du joug de l'esclave

     comme un brave,

    je me suis débarrassé.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Ma musique préférée

    sont les aquilons,

    le fracas et le tremblement

    des câbles secoués

    les mugissements de la mer noire

    et les rugissement de mes canons.

     

    Et au violent son du tonnerre

    et du vent hurlant

    je m'endors apaisé,

    par la mer bercé

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

    Traduction: Colette

     

     

     

    La Canción del Pirata

    Con diez cañones por banda,

    viento en popa, a toda vela,

    no corta el mar, sino vuela

    un velero bergantín.

     

    Bajel pirata que llaman,

    por su bravura, El Temido,

    en todo mar conocido

    del uno al otro confín.

     

    La luna en el mar riela

    en la lona gime el viento,

    y alza en blando movimiento

    olas de plata y azul;

     

    y va el capitán pirata,

    cantando alegre en la popa,

    Asia a un lado, al otro Europa,

    y allá a su frente Istambul,

     

    Navega, velero mío

    sin temor, que ni enemigo navío

    ni tormenta, ni bonanza

    tu rumbo a torcer alcanza,

    ni a sujetar tu valor.

     

    Veinte presas hemos hecho

    A despecho del inglés

    y han rendido sus pendones

    cien naciones a mis pies.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Allá; muevan feroz guerra

    ciegos reyes

    por un palmo más de tierra;

    que yo aquí; tengo por mío

    cuanto abarca el mar bravío,

    a quien nadie impuso leyes.

     

    Y no hay playa,

    sea cualquiera,

    ni bandera de esplendor,

    que no sienta mi derecho

    y dé pechos mi valor.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    A la voz de "¡barco viene!"

    es de ver cómo vira y se previene

    a todo trapo a escapar;

    que yo soy el rey del mar,

    y mi furia es de temer.

     

    En las presas yo divido

    lo cogido por igual;

    sólo quiero

    por riqueza

    la belleza

    sin rival.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    ¡Sentenciado estoy a muerte!

    Yo me río

    no me abandone la suerte,

    y al mismo que me condena,

    colgaré de alguna antena,

    quizá; en su propio navío.

     

    Y si caigo,

    ¿qué es la vida?

    Por perdida

    ya la di,

    cuando el yugo del esclavo,

    como un bravo,

    sacudí.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Son mi música mejor

    aquilones,

    el estrépito y temblor

    de los cables sacudidos,

    del negro mar los bramidos

    y el rugir de mis cañones.

     

    Y del trueno al son violento,

    y del viento al rebramar,

    yo me duermo sosegado,

    arrullado por el mar.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

    JOSE DE ESPRONCEDA

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Deux poèmes cubains / Dos poemas de Cuba

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    Après Lágrimas Negras, nous restons à Cuba (pour un bon moment je crois) . Aujourd’hui deux courts poèmes.

     

    Roberto Branly (La Havane 1930-1980)

    Réponse

    (14 mars 1970)

     

    À un jeune écrivain,

    exclusivement agnostique ?

     

    La mémoire, simplement,

    dans l’obscurité,

    peut être le fil d’une épée,

    le nœud dans une corde, le chaos,

    la propre voix comme un marteau

    dans le silence;

    ou, au contraire,

    une étoile jeune

    brillant, étonnamment,

    sur le fond de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    ROBERTO BRANLY (La Havane 1930-1980)



    RESPUESTA
    (14 de marzo de 1970)

    A un joven escritor,
    ¿exclusivamente agnóstico?

    La memoria, simplemente,
    dentro de la oscuridad,
    puede ser el filo de una espada,
    el nudo en una cuerda, el caos,
    la propia voz como un martillo
    en el silencio;
    o, por el contrario,
    una estrella joven
    brillando, inesperadamente,
    sobre el fondo de la noche.

     

    Memoria Carlos Alonso (Argentina)

     

     

     

    Manuel Diaz Rodriguez (Cuba 1936-)

     

     

    Mauvais temps

     

    Dehors il pleut trop, mais

    par moments la tempête se calme,

    et alors continue de ruisseler, partout

    une mélancolie obstinée.

     

    On pronostique pour les prochaines heures

    des silences torrentiels

    et en fin de journée

    un mutisme en forme de neige.

     

    Les précautions seraient inutiles

    pour éviter les ravages du mauvais temps

    nous communique le météorologue E.M. Cioran.

    (Trad: Colette)

     

     

                                           Lluvia /Pluie , Elio Fidel Villate Lam (Cuba)

     

    Mal tiempo

     

    Afuera llueve demasiado, pero

    por momentos amaina el temporal,

    y entonces queda goteando sobre todo

    una pertinaz melancolía.

     

    Pronostican para las próximas horas

    silencios torrenciales

    y al final de la jornada

    una mudez en forma de nieve.

     

    Serán inútiles las precauciones

    para evitar los estragos del mal tiempo,

    nos comunica el meteorólogo E. M. Cioran.

  • Toc, toc !

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     Nous voilà en début d'Année, souhaitons pour 2021 que le tempête s'éloigne et que chacun de nous puisse donner et recevoir visites, baisers et caresses, avoir travail, logement, tout ce qui lui manque.

     

     

    Foto: https://www.ultimahora.es/noticias/local/2020/12/29/1226099/tiempo-mallorca-amaina-borrasca-bella.html

     

    Gioconda Belli Poeta Nicaragua 1948-

     

    “Dis-moi que tu ne me façonneras jamais, 

    ni ne me donneras le bonheur de la résignation 

    mais celui dont souffrent les élus, ceux qui peuvent

     embrasser des yeux la mer et le ciel 

    et amener l'Univers dans leurs corps.”

    (Trad: Colette)

     

     

    Bonne Année                          Feliz Año

     

    “Dime que no me conformarás nunca, 

    ni me darás la felicidad de la resignación, 

    sino la felicidad que duele de los elegidos, 

    los que pueden abarcar el mar y el cielo con sus ojos 

    y llevar el Universo dentro de sus cuerpos.” 

     

    Nota:  Poema entero aquí.

  • Ah ces baisers.../ Ah esos besos...

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    On peut bien sûr embrasser du regard, avoir de la tendresse plein les yeux, mais cela remplace-t-ils ces baisers, ces bras qui rapprochent les corps, tous ces gestes de tendresse qui me manquent, vous manquent sans doute aussi ?

    Des mois sans embrasser mes enfants, à se voir masqués, à distance...

     

    Les souvenirs de baisers suffisent-ils ? 

     

     

     

     

                                 E. Munch Beso en la orilla bajo la luz de la luna / Museo Thyssen

                                               Baiser sur la rive sous la lumière de la lune
     

     

     

    Ce baiser

    Claribel Alegría, Nicaragua (1924-2018)



    Ce baiser d'hier

    m'a ouvert la porte

    et tous les souvenirs

    que je croyais fantômes

    têtus se levèrent

    pour me mordre.

    (Trad : Colette)

     

     

    Ese beso

    Claribel Alegría (1924-2018)
    Nicaragua



    Ese beso de ayer
    me abrió la puerta
    y todos los recuerdos
    que yo creí fantasmas
    se levantaron tercos
    a morderme.
  • Allergies / Alergias

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    Aujourd'hui un poème qui, je l'espère, vous fera sourire...

    Hoy un poema que, espero, os hará sonreír...

     

    Test                    Mario Benedetti

     

    Aujourd’hui on m’a fait un test / le décisif

    je suis allergique à la noix à la fumée à la poussière

    à la saisissante beauté de l’iguane

    et au concert de piano de rachmaninov

    aux brusques galernes de novembre

    et à l’ardeur importune des opportunistes

    à l’occulte violence des conciliateurs

    au papamobile et aux pompes funèbres

     

    aujourd’hui on m’a fait le test / tout est clair

    je suis allergique au soja aux acariens et au moisi

    au sourire et rires des hyènes et jocondes

    à la main que cache napoléon bonaparte

    à l’otan le usis le kgb et la cia

    et à l’inutile parapluie contre le vent

    au faible syndicat des fainéants

    et au matriarcat de l’abeille reine

     

    aujourd’hui on m’a fait le test / je l’apprends enfin

    je suis allergique au cognac / à la tomate/ au tanin

    aux singes en cage / au doublage au cinéma

    au marteau piqueur / à l’heure de l’angélus

    et même aux présidents au joli toupet

    à l'opus dei et aux postmodernistes

    aux gaudeamus et aux gueuletons

    et/ bien sûr/ aux tests sur les allergies

    (Trad: Colette)

     

     

     

     

    Mario Benedetti

     

    Test

     

    Hoy me hicieron un test/ el decisivo
    tengo alergia a la nuez al humo al polvo
    a la estremecedora belleza de la iguana
    y al concierto de piano de rachmáninof
    a las bruscas galernas de noviembre
    y al importuno celo de los oportunistas
    a la oculta violencia de los conciliadores
    al papamóvil y a las pompas fúnebres

    hoy me hicieron el test/ todo está claro
    tengo alergia a la soja al ácaro y al moho
    a risas y sonrisas de hienas y giocondas
    a la mano que esconde napoleón bonaparte
    a la otan el usis el kgb y la cia
    y al inútil paraguas contra el viento
    al débil sindicato de los zánganos
    y al matriarcado de la abeja reina

    hoy me hicieron el test/ al fin me entero
    tengo alergia al coñac/ al tomate/ al tanino
    a los monos en jaulas/ al doblaje en el cine
    a la picana eléctrica/ a la hora del ángelus
    y hasta a los presidentes con pulcro bisoñé
    al opus dei y a los posmodernistas
    a los gaudeamus y a las cuchipandas
    y/ no faltaba más/ a los tests sobre alergias

  • Croquer un soupir / Dibujar un suspiro

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    A part les doux appels de la pluie, tout était silencieux; elle lisait, le chien, couché sur le canapé interdit, dormait, paisible.

    Soudain un long soupir.

    Qui?

    Oubliant l’obligation de passer inaperçu et pouvoir ainsi prolonger son confortable somme, ce souffle lui avait échappé.

    Bien-être ? Ennui ?

    Elle écarta, peut-être à tort, l’idée d’un mal d’amour ou de mélancolie.

    Musique de la pluie ; notes, silences, soupirs.

    Le soupir entendu semblait plutôt léger….

    Tant de soupirs, exaspérés ou satisfaits. Quand, pourquoi soupirons-nous ? Y faisons-nous attention, parfois ?

     

                                                          Distorsión de un suspiro Cristobal Delgado- España

     

    Excepto las dulces llamadas de la lluvia, todo estaba en silencio; ella leía, el perro, tumbado en el sofá prohibido, dormía, apacible.

    De repente un largo suspiro.

    ¿Quién?

    Olvidándose de la obligación de pasar desapercibido y poder así prolongar su confortable sueño, ese soplo le había escapado.

    ¿Bienestar? ¿Aburrimiento?

    Descartó, tal vez sin razón, la idea de un mal de amores o de melancolía.

    Música de la lluvia; notas, silencios, suspiros.

    El suspiro parecía mas bien ligero….

     


     

     

     

    Poème d'Antonio Gala chanté par Clara Montés

                                    

    A pied vont mes soupirs

    chemin de mon bien

     

    Avant qu’ils n’arrivent

    j’arriverai

     

    Mon cœur  avec des ailes

    mes soupirs à pied

     

    Tiens la porte ouverte

    et ouverte l’âme aussi.

     

    Avant qu’ils n’arrivent

    j’arriverai

     

    Mon cœur a des ailes

    mes soupirs vont à pied

    (Trad:Colette) 

     

     

    A PIÉ VAN MIS SUSPIROS poema de Antonio Gala

     

     A pié van mis suspiros

    camino de mi bien.

    Antes de que ellos lleguen
    yo llegaré.

    Mi corazón con alas
    mis suspiros a pié.

    Abierta ten la puerta
    y abierta el alma ten.

    Antes de que ellos lleguen
    yo llegaré.

    Mi corazón con alas
    mis suspiros a pié.



    Tantos suspiros, exasperados o satisfechos. ¿Cuándo, por qué suspiramos? ¿A veces les prestamos atención a esos suspiros?

     

    Cette note a été en partie publiée ici il y a des années.

  • La vie, quelle beauté ! La vida, ¡qué hermosura!

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    MaríaZambrano, plus philosophe que poète et que nous avons rencontrée la semaine dernière, écrivait des textes en prose, en vers aussi, Ce poème je l’ai trouvé sous les deux formes. Elle appelait la poésie, “mes délires”

    …………………….

     

    "...Y yo había pasado por la vida
    tan sólo de paso, lejana de mí misma."

     

    “..Et j’étais déjà passée par la vie

    seulement de passage, loin de moi-même”

     

     





     

    La penseuse de l’aura

     

     

    Naître sans passé

    sans rien d’antérieur à quoi se référer

    et pouvoir alors tout voir

    tout sentir

    comme doivent sentir l’aurore les feuilles qui reçoivent la rosée

    ouvrir les yeux à la lumière en souriant

    bénir le matin

    l’âme

    la vie reçue

    la vie, quelle beauté!

     

    N’étant rien ou presque rien

    pourquoi ne pas sourire à l’univers, au jour qui avance?

    Accepter le temps comme un splendide cadeau

    le cadeau d’un Dieu qui nous connaît

    qui sait notre secret

    notre inanité

    et que ça ne le dérange pas

    qui ne nous garde pas rancœur de ne pas être…

     

    ...Et comme je suis libre de cet être, que je croyais avoir,

    je vivrai simplement

    je lâcherai cette image que j’avais de moi-même

    puisqu'elle ne correspond à rien

    et toutes, quelconque obligation

    qui découlent d'être moi, ou de vouloir l’être.

     

    (Trad:Colette)

     

    “Sera-t-il possible qu’un jour heureux la poésie récupère que ce que la philosophie

    sait, tout ce qu’elle a appris dans sa prise de distance et ses doutes, pour fixer

    lucidement et pour tous son rêve?”(Dans Philosophie et poésie)

     

    «¿No será posible que algún día afortunado la poesía recoja todo lo que la filosofía

    sabe, todo lo que aprendió en su alejamiento y en su duda, para fijar lúcidamente y

    para todos su sueño?» en Filosofía y poesía. 

     

    La pensadora del aura



    Nacer sin pasado

    sin nada previo a que referirse

    y poder entonces verlo todo

    sentirlo

    como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío

    abrir los ojos a la luz sonriendo

    bendecir la mañana

    el alma

    la vida recibida

    la vida ¡qué hermosura!

     

    No siendo nada o apenas nada

    por qué no sonreír al universo? al día que avanza?

    aceptar el tiempo como un regalo espléndido

    un regalo de un Dios que nos sabe

    que conoce nuestro secreto

    nuestra inanidad

     y no le importa

    que no nos guarda rencor por no ser...


    ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener

    viviré simplemente

    soltaré esa imagen que tenía de mí misma

    puesto que a nada corresponde

    y todas, cualquier obligación

    de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

     

    Maria Zambrano 

    En Delirio y Destino, Madrid,



    Versión en prosa.


         Nacer sin pasado, sin nada previo a que referirse, y poder entonces verlo todo, sentirlo, como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío; abrir los ojos a la luz sonriendo; bendecir la mañana, el alma, la vida recibida, la vida ¡qué hermosura! No siendo nada o apenas nada por qué no sonreír al universo, al día que avanza, aceptar el tiempo como un regalo espléndido, un regalo de un Dios que nos sabe, que nuestro secreto, nuestra inanidad y no le importa, que no nos guarda rencor por no ser...
         ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener, viviré simplemente, soltaré esa imagen que tenía de mí misma, puesto que a nada corresponde y todas, cualquier obligación, de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

  • Le rire de l'ail / La risa del ajo

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    Nous terminons pour le moment ce petit tour de la poésie cubiste, avec Picasso.

    Alors là inutile d'y chercher midi à 14 heures à mon avis ;  ce sont des écrits pleins de fantaisie où se côtoient réel et imaginaire, concret et abstrait. Images, couleurs et sourires.

    J’ai traduit 2 poèmes, un “en prose” et puis un autre.

     

                                              Pablo Picasso 1939 Femme avec oiseau

     

    Pablo Picasso Mai / mayo de 1936

    ah si l’oiseau tisse des guirlandes avec les heures endormies dans le ventre de l’araignée de bronze pouvait se faire une friture d’étoiles dans le fond de l’air de la mer des numéros la colère déchaînée des chevreaux vêtus de plumes et chanter sur le fil du télégraphe rose de l’œil de l’œuf bleu de l’écharpe nouée au clou ardent planté exactement au milieu du front entre les cornes de la tête du toro quel silence

    (Trad: Colette)

    ah si el pájaro teje guirnaldas con las horas dormidas en el vientre de la araña de bronce pudiera hacerse una fritura de estrellas en el fondo del aire del mar de los números la cólera desatada de los chivos vestidos con plumas y cantar sobre el tendido del telégrafo rosa del ojo del huevo azul de la bufanda anudada al clavo ardiente plantado exactamente en medio de la frente entre los cuernos de la testa del toro qué silencio

     

                                               Picasso 1936 Nature morte / Bodegón

     

    Pablo Picasso Juin / junio de 1936

     

    il rit l’ail de sa couleur d’étoile feuille sèche

    il rit de son air moqueur de la rose le poignard que sa couleur lui inflige

    l’ail de l’étoile qui est feuille sèche

    rit de son air malin du bouquet de roses l’odeur d’étoile tombante

    qui est feuille morte

    l’ail de l’aile

    (Trad: Colette)

     

    se ríe el ajo de su color de estrella hoja seca

    se ríe con su aire burlón de la rosa el puñal que su color le clava

    el ajo de la estrella que es hoja seca

    se ríe con su aire astuto del piñal de rosas el olor de la estrella caediza

    que es hoja seca

    el ajo del ala

     

    Un autre billet sur le cubisme chez Jacques Davier : https://jacquesdavier.blog.tdg.ch/archive/2020/09/29/apollinaire-poete-cubiste-309441.html?c