poéme

  • Seul un fin papier nous unit encore / Sólo un papel fino aún nos une

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    Joan Margarit, grand poète catalan né en 1938 à Lerida, écrivit en espagnol du temps de Franco puis peu à peu en catalan et il traduisit lui-même ses poèmes dans cette langue.

     

    Pas grand chose de traduit en français si ce n’est, publié en 2016 ,“Leçons de vertige”, un bel article à lire ici.

    Cette semaine et la suivante, deux poèmes traitant du même sujet: les lettres d’amour…ces lettres qu’on relit cent fois, qu’on garde parfois toute la vie. Pas vous ?

    Voilà le premier.

     

     

    La lettre



    Tu regardais toujours vers l’avant

    comme si la mer s’y trouvait. Tu créais

    ainsi un mouvement de vagues

    étrange et mythique sur une plage. 

     

    Nous unissait la force dangereuse

    qui donne à l’amour la solitude.

    Tremble encore entre mes doigts,

    de façon imperceptible, ce papier. 

     

    Chemin abandonné entre toi et moi,

    couvert de lettres, feuilles mortes.

    Mais je sais que le chemin perdure.

    Si j’abandonne la main sur le petit tas,

    je la sens reposer sur ton dos. 

     

    Tu regardais souvent vers l’avant

    comme si la mer y était, déjà transformée

    en une voix fatiguée, rauque et chaude.

    Peu nous unit encore: seul le tremblement

    de ce papier si fin entre les doigts.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    La carta de Joan Margarit

    Mirabas siempre hacia adelante
    como si allí estuviese el mar. Creabas
    de esta manera un movimiento de olas
    ajeno y mítico en alguna playa.
    Nos unía la fuerza peligrosa
    que da al amor la soledad.
    Aún hace temblar entre mis dedos,
    de forma imperceptible este papel.
    Camino abandonado entre tú y yo,
    cubierto por las cartas, hojas muertas.
    Pero sé que el camino persiste.
    Si abandono la mano sobre el pequeño fajo,
    la siento descansar sobre tu espalda.
    Solías escuchar hacia adelante
    como si allí estuviese el mar, ya transformado
    en una voz cansada, ronca y cálida.
    Poco nos une aún: sólo el temblor
    de este papel tan fino entre los dedos.

     

  • Nourrir et sourire

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    Fin mai. 


    Billet léger, gai, nature.


    Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
    Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
    I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


    Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

    Voilà Mirlenko



     

     


     

     

     

    La señora Mirlenka....

     

     

                                                          Fotos I. Pampin gracias

     

    Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
    Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


    Les oisillons affamés.
      Foto I. Pampin

     

    Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

     

    Mai

    Gioconda Belli

    Les baisers ne se fanent pas

    comme les flamboyants,

    ni ne me poussent des gousses sur les bras;

    toujours je fleuris

    de cette pluie intérieure,

    comme les patios verts de mai

    et je ris car j’aime le vent et les nuages

    et le passage des oiseaux chanteurs,

    bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

    couverte de lierre comme les vieux murs,

    je crois toujours aux murmures gardés,

    en la force des chevaux sauvages,

    au message ailé des mouettes.

    Je crois aux innombrables racines de mon chant.

    (Trad: Colette)

     

    MAYO


    No se marchitan los besos
    como los malinches, (flamboyants)
    ni me crecen vainas en los brazos;
    siempre florezco
    con esta lluvia interna,
    como los patios verdes de mayo
    y río porque amo el viento y las nubes
    y el paso del los pájaros cantores,
    aunque ande enredada en recuerdos,
    cubierta de hiedra como las viejas paredes,
    sigo creyendo en los susurros guardados,
    la fuerza de los caballos salvajes,
    el alado mensaje de las gaviotas.
    Creo en las raíces innumerables de mi canto.


     Gioconda Belli

     
  • Une valse surréaliste / Un vals surrealista

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    Cette chanson de Leonard Cohen, tant écoutée dans ma jeunesse, vous la connaissez sans doute: Take This Waltz.

    Esa canción de Leonard Cohen, escuchado tantas veces en mi juventud, le conocéis tal vez,

     





    Peut-être comme moi ne compreniez-vous pas alors les paroles. 

    Et bien cette chanson est la traduction d'un poème, (très) surréaliste, de F. Garcia Lorca, extrait de "Poète à New-York".
    Alors "mon travail" est de vous livrer ce poème, non ?

    Quizás, al igual que yo entonces, no entendíais las palabras. Esa canción es la traducción de un poema, (muy) surrealista, de F. Garcia Lorca, del poemario “Poeta en Nueva York”.
    Aquí van el poema y la canción interpretada por Ana Belén.


    Ana Belén, entres autres, la chante en espagnol.

                             




     

    Petite Valse Viennoise

     
    F. Garcia Lorca

    À Vienne il y a dix jeunes filles,
    une épaule où sanglote la mort
    et une forêt de colombes disséquées.
    Il y a un fragment du matin
    dans le musée du givre.
    Il y a un salon à mille fenêtres.

    Ay, ay, ay, ay !
    Prends cette valse la bouche fermée.
     
    Cette valse, cette valse, cette valse,
    de oui, de mort et de cognac
    qui mouille sa traîne dans la mer.
     
    Je t’aime, je t’aime, je t’aime,
    avec le fauteuil et le livre mort,
    dans le couloir mélancolique,
    dans l’obscur grenier de l’iris,
    dans notre lit de la lune
    et dans la danse que rêve la tortue.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse à la taille brisée.
     
    À Vienne il y a quatre miroirs
    où jouent ta bouche et les échos.
    Il y a une mort pour piano
    qui peint en bleu les garçons.
    Il y a des mendiants sur les toits.
    Il y a de fraîches guirlandes de larmes.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse qui se meurt dans mes bras.
     
    Parce que je t'aime, je t'aime, mon amour,
    dans le grenier où jouent les enfants,
    en rêvant de vieux lustres de Hongrie
    dans la rumeur de la soirée tiède,
    en voyant des brebis et des iris de neige
    dans le silence obscur de ton front.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse du : « Je t’aime toujours. »
     
    À Vienne je danserai avec toi
    costumé avec
    une tête de fleuve.
    Regarde mes rives de jacinthes !
    Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
    mon âme dans des photographies et des lys ;
    et dans les ondes obscures de ta démarche
    je veux, mon amour, mon amour, laisser,
    violon et sépulcre, les rubans de la valse.

     
     
     
     

    Pequeño vals vienés
    F. Garcia Lorca

    En Viena hay diez muchachas,
    un hombro donde solloza la muerte
    y un bosque de palomas disecadas.
    Hay un fragmento de la mañana
    en el museo de la escarcha.
    Hay un salón con mil ventanas.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals con la boca cerrada.

    Este vals, este vals, este vals,
    de sí, de muerte y de coñac
    que moja su cola en el mar.

    Te quiero, te quiero, te quiero,
    con la butaca y el libro muerto,
    por el melancólico pasillo,
    en el oscuro desván del lirio,
    en nuestra cama de la luna
    y en la danza que sueña la tortuga.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals de quebrada cintura.

    En Viena hay cuatro espejos
    donde juegan tu boca y los ecos.
    Hay una muerte para piano
    que pinta de azul a los muchachos.
    Hay mendigos por los tejados.
    Hay frescas guirnaldas de llanto.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals que se muere en mis brazos.

    Porque te quiero, te quiero, amor mío,
    en el desván donde juegan los niños,
    soñando viejas luces de Hungría
    por los rumores de la tarde tibia,
    viendo ovejas y lirios de nieve
    por el silencio oscuro de tu frente.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals del “Te quiero siempre”.

    En Viena bailaré contigo
    con un disfraz que tenga
    cabeza de río.
    ¡Mira qué orilla tengo de jacintos!
    Dejaré mi boca entre tus piernas,
    mi alma en fotografías y azucenas,
    y en las ondas oscuras de tu andar
    quiero, amor mío, amor mío, dejar,
    violín y sepulcro, las cintas del vals.

    Federico García Lorca
    Poeta en Nueva York (1929-30)

  • Abattre le mur / Derribar el muro

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    Un poème, un Kinépoème

     

    Grâce à Deylan Caylon je découvre une poétesse, un tout grand merci.

     

     

     

     

     

    Si tu abats le mur…..

    Ernestina de Champourcin

     

    Si tu abats le mur

    quel plaisir partout !

    Quel ruban de paroles

    s’entendra sur terre !

    Et tout sera nouveau

    comme venant de naître…

    Si tu abats le mur

    de tous les mensonges

    Quelle joie d’amour

    ouverte sur le monde !

    Quel horizon sans nuages

      dans l’arc du ciel !

     

    (Trad DB et Colette)

                                                     Kinépoème

     

     

     

    Si derribas el muro... 

    Ernestina de Champourcin



    ¡Si derribas el muro

    ¡Si derribas el muro
    qué gozo en todas partes!
    ¡Qué lazo de palabras
    se sentirá en la tierra!
    Y todo será nuevo,
    como recién nacido...
    Si derribas el muro
    de todas las mentiras
    ¡Qué júbilo de amor
    abierto sobre el mundo!
    ¡Qué horizonte sin nubes
    en la curva del cielo!

    De "Primer exilio"

                                                                             ------------------------

     

    Sous la vidéo ceci:

     

    "Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte d’Ernestina de Champourcín et une musique d’Ernesto Nazareth.

    Ernestina de Champourcín fait partie, avec Federico Garcia Lorca et Rafael Alberti du groupe d’avant-garde « Generación del 27 ». La guerre d’Espagne lui fit prendre le chemin de l’exil en France puis au Mexique. Veuve, son retour au pays en 1972 fut pour elle comme un second exil.

    Ernesto Nazareth, né et mort à Rio de Janeiro est considéré comme l’un des spécialiste du matchiche. Comme ce genre était mal considéré à l’époque, il a préféré intituler ses compositions « tango brésilien », d’autant qu’il goûtait autant sa musique populaire jouée dans les rues que la musique classique européenne, dont celle de Chopin. Il a produit plus de 200 pièces pour piano dont presque la moitié de tangos, le reste étant principalement composé de valses, polkas et autres danses en vogue au Brésil dans ce début de XXème siècle.

    Les mots ont pris la voix de Séverine Lanz qui chante à ses moments gagnés."

     

  • Dit la pierre / Dice la piedra

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    Certains poèmes courts en disent tant...

    IV

    La pierre dit

     

    La pluie me baigne

    juillet me cuit

    l’hiver me fend.

     

    Sans douceur

    sans humeur

    sans mollesse

     

    Je tiens, dit-elle,

    c’est ma vertu

    elle me tient lieu

                 d’ivresse.

     

    Anne Le Maître

     

    Extrait de “Journal d’une pierre” IV

    L’Atelier des Noyers,

     

                               Dessin de Michel Rouvière
                                  https://www.pierreseche.com/dessins_Rouviere.html

     

     

     

    Dice la piedra

     

    La lluvia me baña

    julio me asa

    el invierno me quiebra

     

    Sin dulzura

    sin humor

    sin blandura

     

    Aguanto, dice,

    es mi virtud

    me sirve de

             embriaguez.

    (Trad: Colette)

  • Un Air Chilien / Un Aire Chilieno

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    Le nom de Gabriela Mistral vous dit sans doute quelque chose, sinon je vous raconterai la semaine prochaine qui était cette femme extraordinaire, cette poète chilienne qui reçut, avant Pablo Neruda et Vicente Huidobro, le prix Nobel de littérature en 1945.

    Mais aujourd’hui, un « apéritif » poétique.

     

    Sin duda conocéis, por lo menos el nombre, a Gabriela Mistral. La próxima semana os contaré en detalle quién era esa mujer extraordinaria quien recibió, antes que P. Neruda o V. Huidobro, el premio Nobel de literatura en 1945.

    Pero hoy un « aperitivo » poético. 

     

     

                              

       

                          Brumes Chili

     
    L’Air
     
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
     
    (Trad:Colette)
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...

    Brumes Chili

  • Un coeur triste / Un corazón triste

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    Coeur dans la nuit

    José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

     

    Une fenêtre ouverte, La pluie. Et un lointain souvenir.

    Une rue vide. Seulement une rue et le vent.

    Cœur dans la nuit sans personne qui partage un rêve.

    La pluie, un homme seul. Et la douleur des roses qui sont mortes.

    La vie passe. C’est la vie, et non le temps qui passe.

    C’est ainsi. Et c’est égal. Le reste est un long silence.

    (Trad:Colette)

    "Callejón después de la lluvia / Alley After Rain" © Gus (Fine Art)

     

     

    Corazón en la noche

    José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

    Una ventana abierta. La lluvia. Y un lejano recuerdo.
    Una calle vacía. Nada más que una calle y el viento.
    Corazón en la noche sin que nadie comparta un sueño.
    La lluvia, un hombre solo. Y el dolor de las rosas que han muerto.
    La vida está pasando. La vida es lo que pasa no el tiempo.
    Eso es así. Y no importa. Lo demás es un largo silencio.

     

     

    Pas gai le poème de la semaine, les poètes ont des moments comme ça….

    Triste el poema de esta semana, los poetas tienen momentos así…

     

                             

                               "Que llueva / Let it Rain" © Gus (Fine Art)

     

    La pluie me fait penser aux photos de cet homme (qui signe Gus) que je vois souvent amener sa petite fille à la garderie, on se salue, toujours. J’ignorais jusqu’à présent qu’il était photographe, et renommé, pourtant dans notre petit village tout est censé se savoir, non?

    La lluvia me hace pensar en las fotos de ese hombre (que firma Gus) que a menudo veo llevando a su hija a la guardería y nos saludamos, siempre. Hasta ahora ignoraba que era fotógrafo, de renombre, sin embargo en nuestro pequeño pueblo se supone que todo lo sabemos, ¿verdad?

     

     

                               "Oscuridad / Darkness" © Gus (Fine Art)

     

     

     

                              "El gran bosque / The Great Forest" © Gus (Fine Art)

     

    Voilà quelques unes de ses photos, vous pouvez en admirer beaucoup plus ici:

    Hé aquí unas fotos pero podéis ver muchas más aquí: 

     

    https://elhurgador.blogspot.com/2020/01/gus-fotografia-fotomanipulacion.html

    Et là /Y allí: https://carretedigital.com/gus-fine-art-el-fotografo-del-mes/

  • Peurs et courages / Miedos y valentías

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      Courageux

    GRACIA IGLESIAS LODARES (Madrid 1977)

     Il avait peur des pas
    des portes entrouvertes
    des rideaux
    des pieds des sphinx
    de la langue des chats

    Il était effrayé par les rires des vieux
    et par les photos d'enfants en cravate
    par les ours en peluche
    par les mouettes au cinéma
    des années soixante

    Il craignait surtout de
    voir pleurer son père
    de parcourir un couloir
    de se couper avec du papier
    et de mourir chaque nuit

    Mais il était si courageux
    qu'il regardait dans les yeux
    et qu'il épanchait son âme
    et disait je t'aime
    et c'était vrai.

    (Trad: Colette)


    Valiente  
           

    GRACIA IGLESIAS LODARES
    (Madrid 1977)
     
    Le daban miedo las pisadas
    las puertas entreabiertas
    las cortinas
    los pies de las esfinges
    la lengua de los gatos.

    Le asustaban la risa de los viejos
    y las fotos de niños con corbata
    los osos de peluche
    las gaviotas de cine
    de los años sesenta.

    Temía sobre todo
    ver llorar a su padre
    recorrer un pasillo
    cortarse con papel
    y morir cada noche.

    Pero era tan valiente
    que miraba a los ojos
    y derramaba el alma
    y decía te amo
    y era cierto.

  • À fleur de peau / A flor de piel

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    Gioconda Belli, une poétesse que nous avons déjà rencontrée plusieurs fois sur ce blog.

    Si vos sens sont un peu engourdis par le froid, par l’apathie de ces derniers mois, je pense que

    ce poème vous réveillera ...

     

    Ya hemos encontrado esta poetisa varias veces en este blog.

    Si tenéis los sentidos algo adormecidos por el frío o la apatía de esos últimos meses,creo que este poema os despertará...

     

     

                                          El visitante / Le visiteur  Fernando de Szyszlo (Perú)

     

    Gioconda Belli

     

    Je te vois comme un tremblement...

     

    Je te vois comme un tremblement

    dans l’eau.

    Tu vas

    tu viens,

    et laisses des ronds dans mon imagination.



    Quand je suis avec toi

    j’aimerais avoir plusieurs moi,

    envahir l’air que tu respires,

    me transformer en un amour chaud

    pour que tu me sues

    et pouvoir entrer et sortir de toi.

     

    Te caresser cérébralement

    ou me glisser dans ton cœur et exploser

    à chacun de tes battements.

     

    Te semer, tel un grand arbre, dans mon corps

    et soigner tes feuilles et ton tronc,

    te donner mon sang de sève

    et, pour toi, me convertir en terre.

     

    Je sens un souffle chatouilleur

    quand nous sommes ensemble,

    je voudrais me transformer en rire,

    pleine de plaisir,

    batifoler sur plages de tendresse

    récentes,

    mais que j’ai toujours pressenties,

    t’aimer, t’aimer

    jusqu’à ce que nous oubliions tout

    et ne sachions plus qui est qui.

    (Trad: Colette)

     

     

     

     

    Te veo como un temblor...

    Te veo como un temblor
    en el agua.
    Te vas,
    te venís,
    y dejás anillos en mi imaginación.

    Cuando estoy con vos
    quisiera tener varios yo,
    invadir el aire que respiras,
    transformarme en un amor caliente
    para que me sudes
    y poder entrar y salir de vos.

    Acariciarte cerebralmente
    o meterme en tu corazón y explotar
    con cada uno de tus latidos.

    Sembrarte como un gran árbol en mi cuerpo
    y cuidar de tus hojas y tu tronco,
    darte mi sangre de savia
    y convertirme en tierra para vos.

    Siento un aliento cosquilloso
    cuando estamos juntos,
    quisiera convertirme en risa,
    llena de gozo,
    retozar en playas de ternuras
    recién descubiertas,
    pero que siempre presentí,
    amarte, amarte
    hasta que todo se nos olvide
    y no sepamos quién es quién.

     

  • Nous rendre idiots / Volvernos tontos

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     J’ignore à quel moment de sa vie J.R Wilcock, homme culte s’il en était, écrivit ce poème, ou plutôt ces réflexions.  Mais, pour une raison ou une autre, il devait être en pétard contre les idée reçues. Bienvenu donc !

     

     

     

    HORS DES LIMBES PAS D’ÉLYSÉE*

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La société t’enseigne: ceci est beau,

    est bon, est vrai, et tu ne dois pas faire cela.

     

    À chaque homme elle offre, déjà bien établies, l’éthique,

    la métaphysique, la logique et l’esthétique.

     

    Mais, de temps en temps, apparaît un voyant

    qui explique aux autres que rien n’est vrai.

     

    Ensuite il disparaît et la société s’emploie

    à déformer le sens de son œuvre.

     

    Il est vraiment curieux, alors qu’elle est nous-mêmes,

    qu’elle s’obstine tant à nous rendre idiots.

     

    Quelle communauté du monde animal

    enseigne aux siens l’art de se faire du tort?

     

    Mais les animaux ne possèdent pas, c’est vrai,

    la faculté d’exprimer la pensée.

     

    L’homme, par contre, est un être extraordinaire,

    il ne peut se réjouir que s'il jouit du vocabulaire..

     

    Prenons, par exemple, le mot heureux:

    s’il n’existait pas, qui serait malheureux?

     

    Il en va de même avec le mot honneur,

    avec l’histoire, avec Dieu et avec l’amour.

     

    Essayez de renoncer aux concepts abstraits

    et de vivre en ne prêtant attention qu’aux faits.

     

    On vous expulsera immédiatement de la société

    et vous retournerez aux limbes des premiers âges.

    (Trad:Colette)

     

    * L'Élysée ou les champs Élysées, dans la mythologie grecque, font partie des Enfers.

     

    (Note: Peinant à trouver une illustration pour ce billet, j'ai tapé Eliseo, et voilà qu'est apparu un peintre catalan intéressant, Eliseo Meifrén Roig)

                                                   

     


                                 Mallorca, noche de luna, Eliseo Meifren Roig

     

     

     

     

    FUERA DEL LIMBO NO HAY ELISEO

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La sociedad te enseña: esto es bello,
    es bueno, es verdadero, y no debes hacer aquello.

    A cada hombre le ofrece, ya establecidas, la ética,
    la metafísica, la lógica y la estética.

    Mas, de vez en cuando, surge un vidente
    que explica a los demás que nada es verdadero.

    Luego desaparece y la sociedad se dedica
    a tergiversar el sentido de su obra.

    Es en verdad curioso que siendo ella nosotros mismos
    tanto se empeñe en volvernos tontos.

    ¿Qué comunidad del mundo animal
    enseña a los suyos el arte de hacerse daño?

    Pero los animales no poseen, es cierto,
    la facultad de expresar el pensamiento.

    El hombre, en cambio, es un ser extraordinario,
    sólo goza si goza el vocabulario.

    Tomemos, por ejemplo, la palabra feliz:
    si no existiera, ¿quién sería infeliz?

    Lo mismo ocurre con la palabra honor,
    con la historia, con Dios y con el amor.

    Tratad de renunciar a los conceptos abstractos
    y de vivir atendiendo solamente a los hechos.

    Os expulsarán de inmediato de la sociedad
    y regresaréis al limbo de la primera edad.

     

  • Il pleut ? / ¿Llueve ?

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    Sans doute n’est-ce pas ce qu’on appelle “un grand poème” celui d’aujourd’hui, il manque de rythme. De la prose mise en poème.

    Mais ce regard par la fenêtre, ces petites rencontres et ces mots quotidiens puis – inattendue -, cette vue sur la Villa Hadrien qui nous transporte là-bas,

    Un peu comme nos vies ai-je pensé, surtout en ce moment, monotones puis tout à coup une amitié, un joli nuage, une phrase dite ou lue, un excellent café, un mail affectueux ou une belle musique et tout s’illumine.

     

    À la fenêtre J.R. Wilcock

     

    De gris variés se compose le vent.

    Schubert croyait en l’amitié:

    un homme regarde au balcon entre deux draps

    et un autre lui sourit du patio

    assis à la fenêtre

    un tournevis à la main.

    Il pleut?”, demande l’homme au balcon;

    l’autre n’entend pas mais montre les nuages:

    comment des voiles grises passent sur les toits

    dans la pénombre d’un soir d’octobre,

    mois de pluie, de lumières sales, de raisin.

    Là, sous le mont, est Tívoli,

              la villa d’Este avec ses fontaines,

       la villa construite par Hadrien

    sur les terres de sa femme,

                        et les différentes typographies romaines.

    (Trad:Colette)

     

     

                                 Villa Adriana Tivoli

     

     

    En la ventana J. R Wilcock

    De grises varios se compone el viento.
    Schubert creía en la amistad:
    un hombre se asoma al balcón entre dos sábanas
    y otro le sonríe desde el patio
    sentado en la ventana
    con un destornillador en la mano.
    "¿Llueve?", pregunta el hombre del balcón;
    el otro no oye pero señala las nubes:
    como velas grises pasan sobre los techos
    en la penumbra de un atardecer de octubre,
    mes de lluvias, de luces sucias, de uva.
        Allá, bajo aquel monte, está Tívoli,
        la Villa d'Este con sus fuentes,
        la villa construida por Adriano
        en las tierras de su mujer,
        y las diferentes tipografías romanas.

  • Au sujet des plantes de tomates / Regarding the tomato plants

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     Vu le peu de traductions en français des poèmes de Louise Glück, une amie blogueuse et moi avons eu l’idée d’en traduire un . Celui que nous avons choisi parle de la Terre, de Gaia, et commence par la difficulté, que nous connaissons bien toutes les deux, de cultiver de belles tomates chaque année. Après moultes échanges, nous avons pensé que le YOU du poème est sans doute Gaia elle-même.

    Vous pouvez bien sûr intervenir pour donner votre avis….

     

    Vêpres

    Louise Glück - 1943-

     

    Durant ton absence prolongée, tu me permets

    l'usage de la terre, anticipant

    un retour sur investissement. Je dois signaler

    que j’ai failli à ma mission, principalement

    au sujet des plantes de tomates.

    Je crois qu’il ne faudrait pas m'encourager à cultiver

    des tomates. Sinon il te faudrait retenir

    les fortes pluies, les nuits froides qui arrivent

    si souvent ici, tandis que d'autres régions ont

    douze semaines d'été. Tout ceci

    t'appartient: d'autre part,

    c’est moi qui ai planté les semences, surveillé les premières pousses

    comme des ailes déchirant le sol, et ce fut mon cœur

    meurtri par la rouille, les taches noires qui si vite

    se multiplient dans les rangées. Je doute

    que tu aies un cœur, dans notre conception

    du mot. Toi qui ne fais pas la différence

    entre le mort et le vivant, toi qui es ainsi

    immunisé aux signes avant-coureurs, tu peux ne pas savoir

    quelle est la terreur que nous supportons, la feuille mouchetée,

    les feuilles rouges de l'érable qui tombent

    même en août, dans l'obscurité hâtive : je suis responsable

    de ces vignes.

    (Trad:Amie, Colette) 

     

                                                         Pekka Halonen 1913 Tomaatteja

     

     

    Vespers  (1992)


    Louise Glück - 1943-

    In your extended absence, you permit me
    use of earth, anticipating
    some return on investment. I must report
    failure in my assignment, principally
    regarding the tomato plants.
    I think I should not be encouraged to grow
    tomatoes. Or, if I am, you should withhold
    the heavy rains, the cold nights that come
    so often here, while other regions get
    twelve weeks of summer. All this
    belongs to you: on the other hand,
    I planted the seeds, I watched the first shoots
    like wings tearing the soil, and it was my heart
    broken by the blight, the black spot so quickly
    multiplying in the rows. I doubt
    you have a heart, in our understanding of
    that term. You who do not discriminate
    between the dead and the living, who are, in consequence,
    immune to foreshadowing, you may not know
    how much terror we bear, the spotted leaf,
    the red leaves of the maple falling
    even in August, in early darkness: I am responsible
    for these vines.
     

    From The Wild Iris, published by The Ecco Press, 1992. Copyright © 1992 by Louise Glück. All Rights reserved. Used with permission.

  • Fou, Picabia? ¿Loco, Picabia?

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    Picabia. Francis-Marie Martinez de Picabia Écrivain, poète, peintre... Il est né en France en 1879 de père espagnol et de mère française.

    Nous restons dans le cubisme, un poème de lui aussi biscornu que certaines de ses peintures…

    Je me suis demandé pourquoi, en mots, ces étrangetés sont moins appréciées que  dans ses peintures. Regardez ce tableau de lui, UDNI…connu, applaudi, très cher sûrement; il est au Centre Pompidou

     

                                       F. Picabia Udnie 1913

     

     

    Et maintenant lisez ce poème...

     

     

    Un fou qui est devenu fou           F. Picabia

     

    La lune s'est couchée dans une cheminée

    en rue il faisait froid

    j'entends la pluie

    je suis assis en attente de rien

    j'en ai trouvé une

    j'en cherche deux

    deux feuilles pour la couronne

    de l'héritage

    du fantasme solitaire

    qui se traîne vers l'amour

    pour vider mon cœur.

     

    (Trad: Colette, pas trouvé l'original-français sur la toile, hélas.)

     

    Un loco que se ha vuelto loco  


                                               

    La luna se ha acostado en una chimenea

    hacia frío en la calle

    oigo la lluvia

    estoy sentado a la espera de nada

    he encontrado una

    busco dos

    dos hojas para la corona

    de la herencia

    del fantasma solitario

    que se arrastra hacia el amor

    para vaciar mi corazón.

    Francis Picabia

  • Emmène-moi J.R. Wilcock / Llévame

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    Juan Rodolfo Wilcock, ( Argentine 1919-Italie 1978) est un poète peu connu qui écrit tant en espagnol qu'en italien et très intéressant dans ses genres variés; nous l’avons déjà croisé ici

    J. R. Wilcock, (Argentina 1919-Italia 1978) poeta poco conocido, y muy interesante en sus estilos diversos; ya lo hemos cruzado aquí.

    Le poème d’aujourd’hui est à la fois court et long car, vous le verrez: à part les 3 premiers vers, il n’est constitué que d’une seule longue phrase, presque à perdre haleine…Écrit en italien, le voici traduit en français et espagnol.

     

    Un poema a la vez corto y largo ya que, lo veréis, excepto los tres primeros versos, está constituido por una sola frase larga, para perder casi el aliento...Escrito en italiano, aquí la traducción al español por Guillermo Piro.



    Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi

     

    Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi.

    Devant un saint ou une vierge, qui

    dirait "viens, on va à Tunis ?".

    Et si l'image sortait faire un tour,

    qui ne voudrait l'accompagner, qui ?

    À trente mètres je vois très bien,

    je voudrais toujours te suivre à trente mètres,

    et parfois, près d'une rivière ou d’une fontaine,

    m'approcher de cet éclat fabuleux,

    quand tu dors, te reposes ou souris,

    pour, la nuit venue, me reclure dans l'obscurité

    et constater que je brille aussi par moi-même

    et qu'au-delà de l'enregistreur

    avec ta voix gravée sur la bande

    se condensent des apparences lumineuses

    qui en d'autres temps s'appelaient des anges,

    des formes suspendues, des esprits novices

    qui de toi veulent apprendre, en ces lieux étranges,

    pureté et tendresse,

    modestie, vérité et autres arts angéliques

    jamais vus réunis, ni en ces lieux-là ni ailleurs,

    ou comment une nation entière se rend

    en baissant simplement les paupières.

    (Trad Colette)

     

     Xeneize19 (Xeneize19) en Pinterest

     

     

     

    No digo ven conmigo, digo llévame

     

    No digo ven conmigo, digo llévame.

    Delante de un santo o de una virgen ¿quién

    diría: "ven ¿vamos a Túnez?".

    Y si la imagen saliera a dar vueltas

    ¿quién no querría acompañarla, quién?.

    A treinta metros veo muy bien,

    quisiera seguirte siempre a treinta metros,

    y a veces, cerca de un río o de una fuente,

    acercarme a ese fabuloso fulgor,

    cuando duermes, reposas o sonríes,

    para después a la noche recluirme en la oscuridad

    y comprobar que brillo también por mí mismo

    y que más allá del grabador

    con tu voz registrada en la cinta

    se condensan apariencias luminosas

    que en otros tiempos se llamaban ángeles,

    formas suspendidas, espíritus aprendices

    que de ti quieren en aquellos extraños parajes

    aprender pureza y ternura,

    recato, verdad y otras artes angelicales

    jamás vistas juntas, ni en aquellos lugares ni en otros,

    o cómo se rinde una nación entera

    bajando los párpados simplemente.

    (Trad: Guillermo Piro)

     

    Vieni con me non dico, dico portami.

    Vieni con me non dico, dico portami.
    Davanti a un Santo o a una Madonna chi
    direbbe, « vieni, andiamo in Tunisia »? 
    Ma se l’immagine se ne andasse in giro
    chi non vorrebbe accompagnarla, chi?
    A trenta metri vedo molto bene,
    vorrei seguirti sempre a trenta metri,
    e a volte, presso un fiume o una fontana,
    avvicinarmi a tanto irraggiamento,
    se dormi, se riposi, se sorridi,
    per poi la sera chiudermi nel buio
    e accertare che splendo anche da solo
    e che al di sopra del registratore
    col nastro inciso con la tua voce
    si addensano apparenze luminose
    che in altri tempi si chiamavano angeli,
    forme sospese, spiriti apprendisti
    che da te vogliono in quei rari paraggi
    imparare purezza e tenerezza,
    ritegno, verità e altre arti angeliche
    mai viste insieme, né in quei luoghi né altrove,
    o come si asservisce una nazione
    abbassando le palpebre semplicemente.

  • Les cales de l'espoir / Las bodegas de la espera

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     Marine Décembre 1993

     

    Renée Ferrer Paraguay 1944-



    Marcher
    sur les sables de ta pensée
    voyager en clandestin dans les cales de l’espoir,
    et céder
    -en cette attente de toi,
    de ton désir survivant d’un cataclysme d’écumes.

    L’horizon se loge en moi
    s’appuyant
    de l’autre côté de mon front.
    La mer s’en tient aux rites du temps
    et réitère un appel secret.

    Ne me dis pas que j’ai à nouveau rêvé,
    qu’il fait déjà jour.


     (Trad:Colette)

     

     

                               Joaquin Sorolla http://museosdelmundo.com/c-espana/joaquin-sorolla/
     

     

     

    Marina

    Renée Ferrer Paraguay 1944-

    Caminar
    por las arenas de tu pensamiento,
    viajar de polizón en las bodegas de la espera,
    y ceder
    -a esa espera de ti,
    de tu deseo sobreviviente de un cataclismo de espumas.

    El horizonte se aposenta en mí
    recostándose
    del otro lado de mi frente.
    El mar se atiene a los ritos del tiempo
    reiterando un llamado secreto.

    No me digas que he soñado otra vez,
    que ya es de día.