poèmes

  • Emily

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    Voici encore un billet sur les portraits de Femmes de E. Galeano. En quelques mots il nous parle d’Emily Dickinson, la voici accompagnée de deux courts poèmes.
    Aquí va otra entrada sobre retratos de “Mujeres” de E. Galeano. En pocos palabras nos habla de Emily Dickinson, lo he acompañado de dos breves poemas suyos.
     
     
     
    Emily
     
    C’est arrivé à Amherst, en 1886
    Quand mourut Emily Dickinson, la famille découvrit mille huit cents poèmes gardés dans sa chambre.
    Sur la pointe des pieds elle avait vécu, sur la pointe des pieds elle écrivit. Elle ne publia pas plus de onze poèmes durant toute sa vie, presque tous anonymes ou signés sous un autre nom.
    De ses ancêtres puritains elle hérita l’ennui, marque de distinction de sa race et de sa classe: interdit de se toucher, interdit de se dire.
    Les hommes faisaient de la politique et des affaires et les dames perpétuaient l’espèce et vivaient malades.
    Emily vécut la solitude et le silence. Enfermée dans sa chambre, elle inventait des poèmes qui violaient les lois, les lois de la grammaire et les loi de son propre enfermement, et c’est là que chaque jour elle écrivait une lettre à sa belle-sœur, Susan, la lui envoyait par courrier, bien que vivant dans la maison à côté.
    Ces poèmes et ces lettres fondèrent son sanctuaire secret, où ses douleurs cachées et ses désirs interdits voulurent être libres.
    (Trad:Colette)


    EMILY
    Ocurrió en Amherst, en 1886.
    Cuando Emily Dickinson murió, la familia descubrió mil ochocientos poemas guardados en su dormitorio.
    En puntas de pie había vivido, y en puntas de pie escribió. No publicó más que once poemas en toda su vida, casi todos anónimos o firmados con otro nombre.
    De sus antepasados puritanos heredó el aburrimiento, marca de distinción de su raza y de clase: prohibido tocarse, prohibido decirse.
    Los caballeros hacían política y negocios y las damas perpetuaban la especie y vivían enfermas.
    Emily habitó la soledad y el silencio. Encerrada en su dormitorio, inventaba poemas que violaban las leyes, las leyes de la gramática y las leyes de su propio encierro, y allí escribía una carta por día a su cuñada, Susan, y se la enviaba por correo, aunque ella vivía en la casa de al lado.
    Esos poemas y esas cartas fundaron su santuario secreto, donde quisieron ser libres sus dolores escondidos y sus prohibidos deseos.
    En Mujeres (Siglo XXI), página 174.
      

     
    Poème 288 


    Je suis Personne! Qui êtes-vous?
     
    Êtes-vous —Personne — vous aussi?
     
    Alors nous sommes deux.- Mais silence!
     
    On nous chasserait —vous savez!
     

     
     
    Que c'est pénible d'être— Quelqu'un!
     
     
    Que c'est commun —telle une Grenouille-
     
     
    De dire son nom —sans cesse—
     
     
    Au Marais qui admire!

    -----------------------
     
    ¡Yo no soy Nadie! ¿Quién eres tú?
    ¿Tampoco eres Nadie tú?
    Ya somos dos - ¡Pero no lo digas!
    Ya sabes, luego se percatarían.

    ¡Qué terrible ser - Alguien!
    ¡Qué público decir tu nombre
    Cual Rana ‑ todo el santo día –
    Para que un Pantano se asombre!
     
     
    I'm Nobody! Who are you?
    Are you – Nobody – too?
    Then there's a pair of us!
    Don't tell! they'd advertise – you know!

    How dreary – to be – Somebody!
    How public – like a Frog –
    To tell one's name – the livelong June –
    To an admiring Bog!
     

     
     
    Poème 249
     
     
    Folles nuits —Folles nuits!
    Si j'étais avec toi
    De folles nuits seraient
    Notre luxure!
     
    Futiles —les vents—
    Pour un Cœur au port—
    Plus de Boussole—
    Plus de Carte!
     
    Ramant dans l'Eden—
    Oh! la mer!
    Si je pouvais amarrer —ce soir—
    En toi!
     
    ¡Noches locas-Noches locas!
    Si estuviera contigo
    Serían esas noches
    Nuestro Gozo sin fin.
     
    Fútiles- los vientos
    Para un corazón al puerto-
    Nada de Brujulas-
    Nada de Mapas!
     
    ¡Remando al Paraíso!
    ¡Oh este mar!
    ¡Si pudiera anclar en Ti-
    Esta noche!
     
     

    Wild nights - Wild nights!
    Were I with thee
    Wild nights should be
    Our luxury!

    Futile - the winds -
    To a Heart in port -
    Done with the Compass -
    Done with the Chart!
    Rowing in Eden -
    Ah - the Sea!
    Might I but moor - tonight -
    In thee!

     
     
     
  • Le silence est ma voix / El silencio es mi voz

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    Après “Sagesse de l’herbe” que j’avais tant aimé, je découvre “Journal d’une pierre” d’Anne Le Maître.
     
    https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/  
     
     
    Comme un cahier très soigné à emporter avec soi, à chaque page un court texte poétique et une illustration en noir encre, gris et blanc réalisée par elle-même. L’ensemble est des plus réussis.
     
     
    Diario de una piedra” por Anne Le Maître
    El librito, como un cuaderno muy cuidado para llevar consigo, en cada página un texto corto y una ilustración hecha por ella en tinta china, gris y blanco. El conjunto es precioso.
     
    J’ai choisi deux pages et les ai traduites en espagnol.
     
    VI
    Pierre à secret
    pierre à mémoire
     
            je dis
     
    Pierre de patience
    et de silence
     
    Sans chagrin
    sans voix
    sans espoir
     
    Que connais-tu des larmes
    que sais-tu d’être tendre
    que sais-tu de l’amour
    que sais-tu de la joie
    que je pourrais t’apprendre?
     
    VII
     
    - Et à qui parles-tu,
    toi qui bruisses et qui geins
    et de quoi?
    Et pourquoi?
     
    La leçon
    je la donne
     
    Se taire est mon langage
    le silence
           est ma voix.
     
                              …
    Ce que j’ai dans le cœur,
    dit la pierre,
    m’appartient.
                                   
    Carte postale Anne Le Maître, photo Colo
     
     
     

     

    VI
    Piedra de secretos
    piedra de memoria
     
              digo
     
    Piedra de paciencia
    y de silencio
     
    Sin pena
    sin voz
    sin esperanza
     
    ¿Qué sabes de las lágrimas
    qué sabes de ser tierno
    qué sabes del amor
    qué sabes de la alegría
    que podría enseñarte?
     
    VII
     
    - ¿Y con quién hablas,
    tú que susurras y gimes
    y de qué?
    Y por qué?
     
    La lección
    la doy yo
     
    Callar es mi lenguaje
    el silencio
    es mi voz
     
    ---------
     
    Lo que tengo en el corazón,
    dice la piedra
    me pertenece.
     
    (Trad: Colette)

    Vous trouverez une présentation et une page sur le blog d’Anne: https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/2019/12/parution-dhiver.html
     
     
     
     
  • D'exil en exil / De exilio en exilio

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    Suite et fin de la vie de Rafael Alberti.

    Nous avons laissé le poète lors de son inscription au parti communiste et de son engagement républicain pendant la Guerre civile. Les choses empirent, son ami Federica Garcia Lorca est assassiné. Il écrit plusieurs poèmes en son hommage. En voici un.


    A Federico Garcia Lorca
    Poète de Grenade.
       Automne 1924
     
    Cette nuit où le poignard du vent 
    sabre le cadavre de l’été,
    j’ai vu dans ma chambre se dessiner
    ton visage brun au profil gitan.
     
    La plaine fleurie. Les fleuves, cimeterres
    rougis par le sang virginal des fleurs.
    Lauriers-roses. Cabanes. Prairies.
     
    Dans la sierra, quarante brigands.
     
    Tu t’es réveillé à l’ombre d’un olivier,
    avec près de toi la fleur des comptines.
    Ton âme de terre et brise, captive…
     
    Abandonnant, très doux, ses autels,
    l’ange des chants populaires a brûlé
    devant toi une anémone votive.
    (Trad: Colette)
     
    Rafel Aberti et F. Garcia Lorca

               
     
    A FEDERICO GARCÍA LORCA,
    POETA DE GRANADA
    (1924)
    1
    (OTOÑO)
    En esta noche en que el puñal del viento
    acuchilla el cadáver del verano,
    yo he visto dibujarse en mi aposento
    tu rostro oscuro de perfil gitano.

    Vega florida. Alfanjes de los ríos,
    tintos en sangre pura de las flores.
    Adelfares. Cabañas. Praderíos.

    Por la sierra, cuarenta salteadores.

    Despertaste a la sombra de una oliva,
    junto a la pitiflor de los cantares.
    Tu alma de tierra y aire fue cautiva…

    Abandonando, dulce, sus altares,
    quemó ante ti una anémona votiva
    el ángel de los cantos populares. 

     

     

    Paloma, dessin de R. Alberti




    C’est pour lui et sa femme le moment de s’exiler; Pablo Neruda l’invite dans sa maison Parisienne, Quai de l’Horloge. Picasso leur trouve du travail. Mais très vite, nous sommes en '39-'40, la Guerre Mondiale s’annonce, le Gouvernement de Pétain, allégeant leur affiliation au parti communiste, leur refuse le permis de travail.
    Nouvel exil. Ils partent en Argentine où ils resteront une vingtaine d’années. Toujours actif, militantisme et surtout l’écriture de poèmes.
     La souffrance énorme aussi. Et cette amitié profonde avec Neruda.
    « Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversé nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

    Parfois un brin d'humour dans ses poèmes de l’époque.


    A cinquante ans, aujourd'hui j'ai ma bicyclette.
    Beaucoup ont un yacht
    et beaucoup plus encore ont une automobile ;
    il en est même beaucoup qui ont déjà un avion.
    Mais moi,
    à cinquante ans tout juste, je n'ai qu'une bicyclette (...)
    A los cincuenta años, hoy, tengo una bicicleta.
    Muchos tienen un yate
    y muchos más un automóvil
    y hay muchos que también tienen ya un avión.
    Pero yo,
    a mis cincuenta años justos, tengo sólo una bicicleta(…)


    Arrive  Juan Perón au pouvoir, nouvel exil, à Rome cette fois car Franco est toujours en place. Ce n’est qu’en 1977 qu’il rentre finalement dans son pays natal où il croit que tout le monde l’a oublié. Pas du tout, il est reçu très chaleureusement.
     
    Voilà. Rafael Albert meurt chez lui, dans son village, en 1999. Il avait 97 ans, avait toujours écrit et tant vécu que vous comprendrez que cette biographie soit très incomplète.
    Il disait que les poèmes sont faits pour être lus à voix haute, alors, rien que pour les sonorités, écoutez ce très court poème dédié à Picasso et lu par lui-même mais intraduisible car les rimes et assonances en sont le bijou.
     
  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     

  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     
  • Savoir nommer / Saber nombrar

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    Nous revenons une fois encore à Alejandra Pizarnik.
    Volvemos una vez más a Alejandra Pizarnik.
     
     
    elle se dénude dans le paradis
    de sa mémoire
    elle ignore le féroce destin
    de ses visions
    elle a peur de ne savoir nommer
    ce qui n'existe pas
    (Trad: Colette)
     
    ella se desnuda en el paraíso
    de su memoria
    ella desconoce el feroz destino
    de sus visiones
    ella tiene miedo de no saber nombrar
    lo que no existe
     
    expliquer avec des mots de ce monde
    que de moi sortit un bateau qui m'emporta
     
    (trad:Colette)
     
    explicar con palabras de este mundo
    que partió de mí un barco llevándome
     
     
     
    Je lisais et traduisais ces courts poèmes quand je me suis demandé si cette difficulté à nommer l’avait poussée à s’exprimer aussi d’une autre façon qu’avec des mots. Et j’ai trouvé ça:
    Leía y traducía esos cortos poemas cuando me pregunté si esa dificultad en nombrar le había empujado a expresarse también de otra forma que con palabras. Y encontré esto:
     
    Seul le fragile reste

     

    La cage est devenue oiseau et s'est envolée  

     

     

     

    Je demande le silence * (détail)

     

    Ce voyage fut une erreur *

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
  • Une tiède soirée / Una tibia tarde

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    Inattendu cet e-mail venu tout droit d'Équateur. Une poétesse me remerciait d'avoir traduit, il y a tout un temps, “Choses absurdes”. Elle avait aimé ma traduction. Un échange de courriers chaleureux et voilà que Rosa Amelia Alvarrado Roca vient de me faire parvenir un très beau cadeau: son dernier recueil, une anthologie personnelle de poèmes inédits. 

     

     

    Una tarde tibia poemas Rosa Amelia Alvarrado

     

     

    La présentation est très soignée, de fins dessins de Pilar Bustos séparent les différenets parties du livre. Bref, un présent dédicacé “Para Colette en reunión de la poesía y el habla castellana...” qui m'a fait grand plaisir
    Rosa Amelia a fait des études de philologie et lettres à Paris, elle comprend donc parfaitement le français et c'est donc avec grand soin que j'ai traduit ces poèmes, choisis surtout en fonction de ma capacité à les rendre en français de façon musicale.
     
    Inesperado el e-mail llegado directo desde Ecuador. Una poetisa me daba las gracias por haber traducido, hace tiempo, “Cosas absurdas”. Le había gustado mi traducción. Continuó con un intercambio de cálidos correos y he aquí que Rosa Amelia Alvarrado Roca me ha hecho llegar un precioso regalo: su último poemario, una antología personal de poemas inéditos.
     
    Una presentación muy cuidada, delicados dibujos de Pilar Bustos en la hojas que separan las diferentes partes del libro. En fin, un presente dedicado: “Para Colette en reunión de la poesía y el habla castellana...” que me ha complacido mucho.
    Rosa Amelia ha estudiado Filología y Letras en París. Como comprende perfectamente el francés, he traducido sus poemas con el mayor esmero y los he escogido sobre todo en función de mi capacidad para restituirlos en francés de manera musical

     

     
    Navegando

     

    Quiero trepar por las venas
    de tu navío
    navegar por tu sangre morena de sol
    quiero llegar al corazón de tu barca herida
    que vive en el silencio
    al borde del acantilado

     

    quiero ser el puerto
    donde anclar tus tormentas

     

     

    Navigant

     

     
    Je veux escalader les veines
    de ton vaisseau
    naviguer sur ton sang brun de soleil
    je veux arriver au cœur de ta barque blessée
    qui vit en silence
    au bord de la falaise
     
    je veux être le port
    où ancrer tes orages

     

     

     

    (clic pour agrandir)

     

     

     

    Canto insomne 

     

    Tengo un canto
    metido en la mitad de la garganta
    que no tiene notas
    ni tiene armonías
    es apenas una voz delgada como fino hilo de seda
    que se le escapó a la crisálida
    y quiere salir de cualquier manera
    porqué llegó el tiempo
    de ser mariposa

     

     

     

    Chant insomniaque

     

    J'ai un chant
    posé au milieu de la gorge
    qui n'a ni notes
    ni harmonies
    c'est à peine une mince voix comme un fin fil de soie
    qui aurait échappé à la chrysalide
    et veut sortir à tout prix
    car est arrivé le moment
    d'être papillon


    Trad: Colette

  • Rêve et vision / S. Ocampo / Sueño y visión

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    C'est chez la soeur de Silvina Ocampo, Victoria, une femme hors du commun, qu' Adolfo Bioy Casares (vous connaissez peut-être L'invention de Morel ) rencontra Borges. Il devinrent rapidement amis, complices d'écriture, et, avec Silvina (qui épousa Adolfo), formèrent un trio d'écrivains “fantastiques”.
     
    Gracias a la hermana de Silvina Ocampo,Victoria, Adolfo Bioy Casares (tal vez habéis leido La invención de Morel ) conoció a Borges. Se hicieron rápidamente amigos, cómplices de escritura y junto a Silvina (que se casó con Adolfo), formaron un trío de escritores “fantásticos”.


    Sur Silvina ces quelques mots: 
    Son œuvre est connue principalement pour son inépuisable imagination et son intérêt pour les nuances d'un langage cultivé qui sert de support à ses inventions biscornues. “Silvina déguise son écriture avec l'innocence d'un enfant pour nommer, avec surprise ou indifférence, la rupture dans le quotidien qu'installe la majorité de ses récits dans le territoire du fantastique.(trad Colo, wiki esp.)

    La obra de Silvina Ocampo es reconocida principalmente por su inagotable imaginación y su aguda atención por las inflexiones del lenguaje. Dueña de un lenguaje cultivado que sirve de soporte a sus retorcidas invenciones, Silvina disfraza su escritura con la inocencia de un niño para nombrar, ya sea con sorpresa o con indiferencia, la ruptura en lo cotidiano que instala la mayoría de sus relatos en el territorio de lo fantástico.” (Wiki)

             Borges, à droite, à gauche Bioy Casares, puis Josefina Dorado, Silvina




    Silvina Ocampo a écrit de nombreux contes que Borges appréciait énormément, j'en publierai, mais aujourd'hui j'ai traduit deux poèmes “fantastiques”.

    Silvina Ocampo escribió numerosos cuentos que Borges apreciaba muchísimo, publicaré algunos, pero hoy estos poemas “fantásticos”.

     

     

    La Vision

     


    Nous marchions loin de la nuit,
    citant des vers au hasard,
    non loin de la mer.
    Nous rencontrions parfois une voiture.

     

    Il y avait un eucalyptus, un pin sombre
    et les traces d'une charrette
    là où le ciment devenait boue.
    Nous rencontrions parfois un mur.

     

    Nous n'allions nulle part, c'est vrai,
    et nous étions perdus: aucune importance.
    La rue nous portait
    près d'un cheval noir quasi mort.

     

    Il faisait nuit - ce sera faux-
    Peut-être, mais c'est vrai dans mes vers -.
    Une divinité secrète
    presque toujours nocturne qui nous regardait

     

    vit que nous nous arrêtions et le jour
    suspendit ses honneurs fanatiques,
    clôtura ses couleurs
    car le cheval lui aussi nous voyait.

     

    Ne dis pas que ce n'est pas vrai: il nous regardait.
    Avec la pierre stupéfaite de ses yeux,
    sous les astres rouges,
    il nous vit comme les dieux qu'il attendait.

     

     (trad: Colette)

     

     

     

    La visión

    Caminábamos lejos de la noche,
    citando versos al azar,
    no muy lejos del mar.
    Cruzábamos de vez en cuando un coche.

    Había un eucalipto, un pino oscuro
    y las huellas de un carro
    donde el cemento se volvía barro.
    Cruzábamos de vez en cuando un muro.

    Íbamos a ninguna parte, es cierto,
    y estábamos perdidos: no importaba.
    La calle nos llevaba
    junto a un caballo negro casi muerto.

    Era de noche -esto será mentira.
    Tal vez, pero en mis versos es verdad-.
    Una arcana deidad
    casi siempre nocturna que nos mira

    vio que nos deteníamos y el día
    suspendió sus fanáticos honores,
    clausuró sus colores
    pues también el caballo nos veía.

     

    No digas que no es cierto: nos miraba.
    Con la atónita piedra de sus ojos,
    bajo los astros rojos,
    nos vio como los dioses que esperaba.



                  Le rêve récurrent



    J'arrive comme j'arrivai, solitaire, effrayée,
    à la porte de rue de bois ciré.


    J'ouvre la porte et j'entre, silencieuse, parmi des tapis.
    Les murs et les meubles m'effrayent de leurs ombres.


    Je monte les marches de marbre jaune,
    aux reflets rosés. J'entre dans un couloir.


    Il n'y a personne, mais quelqu'un est caché dans les portes.
    Les volets sombres sont tous ouverts.


    Les hauts faux plafonds paraissent, de jour,
    un ciel rempli d'étoiles éteintes grandissantes.


    Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
    s'élève comme un arbre ou une colonne dorique,


    il dort habituellement dans nos rêves
    et nous sommes en secret ses maîtres exclusifs.
    (trad: Colette)


             El sueño recurrente

    Llego como llegué, solitaria, asustada,
    a la puerta de calle de madera encerada.

    Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
    Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

    Subo los escalones de mármol amarillo,
    con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

    No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
    Las persianas oscuras están todas abiertas.

    Los cielos rasos altos en el día parecen
    un cielo con estrellas apagadas que crecen.

    El recuerdo conserva una antigua retórica,
    se eleva como un árbol o una columna dórica,

    habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
    y somos en secreto sus exclusivos dueños.

  • Les jours heureux / Los hermosos días

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    La vie et l’œuvre (abondante) de Juan Rodolfo Wilcock sont un exemple de transculturation et de marginalité... impossible à en rendre compte en un seul billet; pas grave, nous en ferons plusieurs.

    Les difficultés sont nombreuses qui ne tiennent pas toutes à son caractère fort particulier; Argentin de père Anglais, il est mal-aimé, et donc peu/mal connu dans son pays natal, qu'il quitta et ne regretta jamais, et où il écrivit en espagnol. Silvia Baron Supervielle a traduit certains poèmes.
    Par la suite il décida de vivre en Italie et d'écrire dans cette langue....mais peu de ces poèmes sont traduits en espagnol, et en français, je l'ignore. Vous voyez le micmac!
     
    Alors, pour aujourd'hui, j'ai traduit deux poèmes de sa première période, celle où sa créativité constitue comme un processus d'introspection, un intimisme néo-romantique dont les thèmes principaux sont l'enfance, la mort et l'amour le tout dans un style classique. (ref ici). Rien d'original bien sûr, mais...vous verrez.
     
    J.R: Wilcock
     
     
    La vida y la obra (abundante) de Juan Rodolfo Wilcock son un modelo de transculturación y de marginalidad, imposible pues hablar de ello en una sola nota; no importa, haremos varias.
    Las dificultades son numerosas: Argentino de padre Inglés, es mal querido, y poco conocido, en ese país, del cual se marchó y no echó nunca de menos, y donde escribió en español...Algunos poemas son traducidos al francés por Silvia Baron Supervielle.
    Decidió luego vivir en Italia y escribir en ese idioma...no todos sus poemas (pero cada vez más) están traducidos al español (a veces por él), otros en francés, tampoco todos. ¡Un follón!
     
    Entonces, y por hoy, traduje al francés dos poemas de su primera etapa, donde su creatividad constituye un proceso de introspección, un intimismo neo-romántico; sus temas principales son la infancia, la muerte y el amor, eso en un estilo clásico. Nada original pero...veréis.
    (fuente información aquí)

    Les deux poèmes sont extraits du recueil "Les jours heureux"
    Los dos poemas pertenecen a "Los hermosos días"


    Monet peupliers / álamos 1894


    Personne ne saura pourquoi je vais si triste
    cet été, entre deux rivières de peupliers;
    personne ne comprend l'angoisse des racines
    crispées, de l'âge, des cordes
    abandonnées au vent. Pas même
    l'amour. Oh celui qui t'a vu
    sur l'horizon inondé, effeuillant
    une rose; celui qui ne trouva
    que les feuilles sur le sol, le parfum sur les pierres!
    (Trad: Colette)
     

    Nadie sabrá por qué voy tan triste
    este verano, entre dos riberas de álamos;
    nadie comprende la angustia de las raíces
    crispadas, de la edad, de las cuerdas
    abandonadas al viento. Ni siquiera
    el amor. ¡Oh aquel que te ha visto
    sobre el horizonte inundado, deshaciendo
    una rosa; aquel que sólo encontró
    las hojas en el suelo, el perfume en las piedras!
     

     

     
     
    Van Gogh

     

     

     

    Je porte sur le cœur un numéro, un sceau
    d'amour, comme si le silence s'inscrivait
    profondément dans la chair; et j'ai déambulé
    dans des couloirs de feuilles passionnées, sur des chemins
    qui menaient au soleil, en criant, t'arrachant,
    te raclant l'âme. Oh s'il m'était donné
    de ne pas te voir apparaître, pour que tu restes immuable,
    là où naît l'amour, comme une image
    au fond de l'eau!
     (trad: Colette)

    Llevo un número sobre el corazón, un sello
    de quererte, como si el silencio se inscribiera
    profundamente en la carne; y he discurrido
    por galerías de hojas apasionadas, por caminos
    que iban a dar al sol, gritando, arrancándote,
    raspándote del alma. Oh si me fuera dado
    no verte aparecer, inmutable,
    allí donde nace el amor, como una imagen
    en el fondo del agua!
  • Gardiens des signes / Guardianes de los signos

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    Les figuiers de barbarie qui bordent l'entrée des villages ont toujours été les gardiens des signes. Quand nous étions enfants, il y a quelques minutes, les figuiers nous indiquaient le chemin. C'est pour cela que nous restions dehors fort tard, en compagnie des chacals et des étoiles. C'est pour cela que nous cachions les broutilles que nous volions – une datte, une figue sèche, un cahier – dans leurs lits d'épines. Quand nous grandîmes, sans savoir ni comment ni quand, leurs fleurs jaunes nous incitaient à aborder les filles qui allaient à la fontaine, souriantes, et nous nous vantions des épines qui s'enfonçaient dans nos mains. Quand la fleur se fana et surgit le fruit, les figuiers se montrèrent incapables de repousser les armes de l'armée assassine. Mais ils poursuivirent le rôle de gardiens des signes: là-bas, derrière les figuiers, il y a des maisons enterrées vivantes, et des royaumes, des royaumes de souvenirs, et une vie qui attend un poète qui ne se délecte pas dans les ruines, à moins que le poème ne l'exige.”

     

    Mahmud Darwix, L'empreinte du papillon
    (trad: Colette)

     

    Il fleurit en ce moment ici / Florece en este momento aquí ....foto Colette

     

     

    Las chumberas que flanquean la entrada de los pueblos han sido siempre las guardianas de los signos. Cuando éramos niños, hace unos minutos, las chumberas nos indicaban el camino. Por eso nos quedábamos hasta tarde fuera, en compañía de los chacales y de las estrellas. Por eso escondíamos las pequeñeces que sisábamos —un dátil, un higo seco, un cuaderno— en sus alcobas de espinas. Cuando crecimos, sin saber cómo ni cuándo, sus flores amarillas nos incitaron a abordar a las chicas que iban a la fuente risueña, y nos jactábamos de las espinas que se nos clavaban en las manos. Cuando la flor se ajó y el fruto brotó, las chumberas se mostraron incapaces de repeler las armas del ejército asesino. Pero siguieron siendo las guardianas de los signos: allí, detrás de las chumberas, hay casas enterradas vivas, y reinos, reinos de recuerdos, y una vida que aguarda a un poeta que no se recree en las ruinas, a menos que el poema lo exija.”

     

     

    La huella de la mariposa , Mahmud Darwix

    Traducción de Luz Gómez García