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  • E. Cardenal, le combatif / E. Cardenal el combativo

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    Nous retrouvons Ernesto Cardenal en 1971. 




    Il publie “Théologie de la libération”, livre qui fut rapidement  traduit en une vingtaine de langues et qui présente une “ nouvelle spiritualité fondée sur la solidarité avec les pauvres et qui exhorte l’Église à participer au changement des institutions sociales et économiques dans le but d’instaurer la justice sociale.
    Ce courant emporte une large part de l’église d’Amérique latine dans son sillage, en suscitant de très vives réactions dans le monde catholique, car, accusé par le Vatican et la réaction religieuse officielle de « perversion de la chrétienté » et de « théologie des rues », mais également de « dérive idéologique marxiste dans le discours ».*
    De nombreux membres du clergé, dont E. Cardenal, se sont impliqués dans ces luttes politiques, ce qui a éveillé et augmenté la méfiance des pouvoirs de droite du Vatican.
    Vu le nombre de pauvres et d’opprimés l’adhésion à ces idées est grande.
    « La théologie de la Libération dit aux pauvres que la situation qu’ils vivent actuellement n’est pas voulue par Dieu », écrit Gustavo Gutiérrez. Elle repose sur la prise de conscience que les pauvres attendent une libération réelle et qu’il est vain de parler du Christ et du salut qu’il apporte si ce salut n'est pas immédiat. Le critère le plus précis de l’authenticité évangélique est donc la lutte contre la pauvreté.."*



    Je vous passe les détails du coup d’État, de son exil, mais en 1979 le dictateur Somoza est évincé après 18 ans de lutte sandiniste.
    Ceci représente bien sûr un immense espoir pour tous les peuples opprimés d’Amérique latine.
    Cardenal est nommé ministre de la culture.


    Et alors, en 1983, a lieu cette scène inouïe, vous vous en souvenez sans doute, où Jean-Paul ll, sur le tarmac de l’aéroport de Caracas où était agenouillé E. Cardenal, accable le prêtre de remontrances. On lui interdira l’exercice de son ministère sacerdotal.
    Le pape Francisco le réhabilitera.
    E. Cardenal restera combatif toute sa vie, défendant les plus pauvres, il sculpta et écrivit des poèmes jusqu’à son récent décès.


    * Source en français: http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.htmlhttp://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.html


    Après un poème d’amour, et celui sur Marylin, en voilà un dans la ligne politico-religieuse, comme beaucoup de ses poèmes.

     
    E. Cardenal

    Ernesto cardenal escultura.jpg


    Psaume 25

    Rends-moi justice Seigneur
                car je suis innocent
    Parce que j’ai eu confiance en toi
                    et non dans les leaders


    Défends-moi au Conseil de Guerre
    défends-moi au Procès des faux témoins
                                et des fausses preuves
     
    Je ne m’assieds pas avec eux à leurs tables rondes
    ni ne trinque à leurs banquets
    Je n’appartiens pas à leurs organisations
    ni ne suis dans leurs partis
    ni n’ai d’actions dans leurs compagnies
    ils ne sont pas mes associés


         Je me laverai les mains parmi les innocents
          et je serai autour de ton autel Seigneur


    Ne me confonds pas avec les politiques sanguinaires
    qui n’ont dans leurs cartables que le crime
    et dont les comptes bancaires sont faits de pots-de-vin


    Ne me livre pas au Parti des hommes iniques
                                         Délivre-moi Seigneur!
    Et je bénirai le Seigneur dans notre communauté
                                           dans nos assemblées


    (Trad: Colette)
    Sculptures de E. Cardenal


    Psalmo 25



    Hazme justicia Señor
                                  porque soy inocente
    Porque he confiado en ti
                                  y no en los líderes

    Defiéndeme en el Consejo de Guerra
    defiéndeme en el Proceso de testigos falsos
                                                      y falsas pruebas

    No me siento con ellos en sus mesas redondas
    ni brindo en sus banquetes
    No pertenezco a sus organizaciones
    ni estoy en sus partidos
    ni tengo acciones en sus compañías
    ni son mis socios

              Lavaré mis manos entre los inocentes
              y estaré alrededor de tu altar Señor

    No me pierdas con los políticos sanguinarios
    en cuyos cartapacios no hay más que el crimen
    y cuyas cuentas bancarias están hechas de sobornos

    No me entregues al Partido de los hombres inicuos
                                                      ¡Libértame Señor!
    Y bendeciré en nuestra comunidad al Señor
                                                                en nuestras asambleas







  • E. Cardenal, le Seigneur et Marylin / E. Cardenal, el Señor y Marylin

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    D'abord quelques données biographiques...Ernesto Cardenal est né dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, en 1925, à Granada, au Nicaragua, son enfance fut heureuse. Le Nicaragua est alors déchiré par une guerre civile entre libéraux et conservateurs. Les États-Unis sont, on le sait, intervenus plus d’une fois pour soutenir les conservateurs.
    En 1937, à l’âge de douze ans, Ernesto Cardenal entre comme interne au collège des jésuites puis il fait des études de philosophie et de littérature à l’Université Mexico, puis à la Columbia University à New York.
    En 1954, de retour au Nicaragua, il participe à la Révolution d’Avril contre le dictateur Anastasio Somoza. Une grande  pauvreté règne alors dans le pays. Mais cette révolution est un échec et Cardenal entre dans la clandestinité puis, en 1956, il s’exile.
    L’histoire dit que le samedi 2 juin 1956, il est « terrassé » par une expérience mystique, voilà une date bien précise! Il entre dans un monastère trappiste et publie des poèmes d’amour, des épigraphes...
    En 1965 Cardenal, est ordonné prêtre au Nicaragua, à Managua. Commencent alors, ce qui nous intéresse pour la suite, ses premiers écrits sur la Théologie de la Libération dont on parlera dans le prochain billet.

    (Biografía en español aquí
     
    Voici un long poème très connu en espagnol, étonnant quant au sujet.  Très long, mais facile à lire, comme une histoire, une prière.
    E. Cardenal disait “La poésie doit être au service de l’Homme”, ici Marylin. 



    Oraison pour Marylin Monroe (1965)
     Ernesto Cardenal


    Seigneur
    reçois cette fille connue sur la Terre entière sous le nom de Marylin Monroe,
    bien que ce ne soit pas son vrai nom
    (mais Tu connais son vrai nom, celui de la petite orpheline violée à 9 ans et petite employée de magasin qui voulut se tuer à 16 ans)
    et maintenant qu’elle se présente devant Toi sans aucun maquillage
    sans son Agent de Presse
    sans photographes et sans signer d’autographes
    seule comme un astronaute face à la nuit spatiale.
     
    Elle rêva, enfant, qu’elle était nue dans une église (selon ce que raconte le Times)
    devant une multitude prosternée, tête contre le sol,
    et elle devait marcher sur la pointe des pieds pour éviter les têtes.
    Tu connais nos rêves mieux que les psychiatres.
    Église, maison, grotte, sont la sécurité du sein maternel
    mais quelque chose de plus aussi…
     
    Les têtes sont les admirateurs, bien sûr
    (la masse de têtes dans l’obscurité sous le flot de lumière).
     Mais le temple ce ne sont pas les studios de la 20th Century-Fox.
     
    Le temple- de marbre et or- est celui de son corps
    dans lequel se trouve le fils de Homme un fouet à la main
    expulsant les marchands du 20th Century-Fox
    qui transformèrent Ta maison de prière en repère de voleurs.
     
    Seigneur
    dans ce monde contaminé par les péchés et la radioactivité,
    Tu ne culpabiliseras pas seulement une petite employée de magasin
    qui, comme toute employée de magasin rêva d’être une star de cinéma.

     

    Et son rêve devint réalité ( mais comme la réalité du technicolor).
     
    Elle ne fit qu’agir selon un script que nous lui avions donné,
    celui de nos propres vies, et c’était un script absurde.
     
    Pardonne-la, Seigneur, et pardonne-nous
    pour notre 20th Century
    pour cette colossale Super-Production dans laquelle nous avons tous travaillé.
    Elle avait faim d’amour et nous lui avons offert des tranquillisants.
    Contre la tristesse de ne pas être des saints
    on lui recommanda la Psychanalyse.
     
    Rappelle-toi Seigneur sa crainte grandissante de la caméra
    et la haine du maquillage malgré son insistance à se maquiller à chaque scène.
    Et comment grandirent l’horreur et
    le manque de ponctualité aux studios.
     
    Comme toute petite employée de magasin
    elle rêva d’être vedette de cinéma.
     
    Et sa vie fut irréelle comme un rêve qu’un psychiatre interprète et archive.
    Ses histoires d’amour furent un baiser les yeux fermés
    qui, quand les yeux s’ouvrent
    fait découvrir que ce fut sous les projecteurs.
    Mais les projecteurs s’éteignent!
     
    (…)
    Le film termina sans le baiser final.
     
    On la trouva morte au lit, la main sur le téléphone.
     
    Et les détectives ne surent qui elle allait appeler.
     
    Ce fut comme quelqu’un qui a marqué le numéro de la seule voix amie
    et n’entend que la voix d’un disque qui lui dit: WRONG NUMBER.
    Ou comme quelqu’un blessé par les gangsters
    qui allonge la main vers un téléphone déconnecté.
     
    Seigneur
    Qui qu’ait été la personne qu’elle allait appeler
    et n’appela pas (et peut-être n’était-ce personne
    ou quelqu’un dont le numéro n’est pas dans l’annuaire des Anges)
     
    Réponds, Toi, au téléphone!
     
    (Trad:Colette)
     
    Oración por Marylin Monroe
     
     
     
    Señor
    recibe a esta muchacha conocida en toda la Tierra con el nombre de Marilyn Monroe,
    aunque ése no era su verdadero nombre
    (pero Tú conoces su verdadero nombre, el de la huerfanita violada a los 9 años
    y la empleadita de tienda que a los 16 se había querido matar)
    y que ahora se presenta ante Ti sin ningún maquillaje
    sin su Agente de Prensa
    sin fotógrafos y sin firmar autógrafos
    sola como un astronauta frente a la noche espacial.
     
    Ella soñó cuando niña que estaba desnuda en una iglesia (según cuenta el Times)
    ante una multitud postrada, con las cabezas en el suelo
    y tenía que caminar en puntillas para no pisar las cabezas.
    Tú conoces nuestros sueños mejor que los psiquiatras.
    Iglesia, casa, cueva, son la seguridad del seno materno
    pero también algo más que eso…
    Las cabezas son los admiradores, es claro
    (la masa de cabezas en la oscuridad bajo el chorro de luz).
    Pero el templo no son los estudios de la 20th Century-Fox.
    El templo —de mármol y oro— es el templo de su cuerpo
    en el que está el hijo de Hombre con un látigo en la mano
    expulsando a los mercaderes de la 20th Century-Fox
    que hicieron de Tu casa de oración una cueva de ladrones.


    Señor
    en este mundo contaminado de pecados y de radiactividad,
    Tú no culparás tan sólo a una empleadita de tienda
    que como toda empleadita de tienda soñó con ser estrella de cine.
    Y su sueño fue realidad (pero como la realidad del tecnicolor).
    Ella no hizo sino actuar según el script que le dimos,
    el de nuestras propias vidas, y era un script absurdo.
    Perdónala, Señor, y perdónanos a nosotros
    por nuestra 20th Century
    por esa Colosal Super-Producción en la que todos hemos trabajado.
    Ella tenía hambre de amor y le ofrecimos tranquilizantes.
    Para la tristeza de no ser santos
    se le recomendó el Psicoanálisis.
     
    Recuerda Señor su creciente pavor a la cámara
    y el odio al maquillaje insistiendo en maquillarse en cada escena
    y cómo se fue haciendo mayor el horror
    y mayor la impuntualidad a los estudios.
    Como toda empleadita de tienda
    soñó ser estrella de cine.
    Y su vida fue irreal como un sueño que un psiquiatra interpreta y archiva.
    Sus romances fueron un beso con los ojos cerrados
    que cuando se abren los ojos
    se descubre que fue bajo reflectores
    ¡y se apagan los reflectores!
    (...)
    La película terminó sin el beso final.
    La hallaron muerta en su cama con la mano en el teléfono.
    Y los detectives no supieron a quién iba a llamar.
    Fue como alguien que ha marcado el número de la única voz amiga
    y oye tan solo la voz de un disco que le dice: WRONG NUMBER.
    O como alguien que herido por los gángsters
    alarga la mano a un teléfono desconectado.
    Señor:
    quienquiera que haya sido el que ella iba a llamar
    y no llamó (y tal vez no era nadie
    o era Alguien cuyo número no está en el Directorio de los Ángeles)
    ¡contesta Tú al teléfono!
    Ernesto Cardenal
     
     
  • Décès d'un poète / Muerte de un poeta

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    Il avait 95 ans et il est mort le 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 
     
     
     
    Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour pour commencer...
     
     
    Épigramme
     
    Je te donne, Claudia, ces vers,
    parce que tu en es la propriétaire.
     
    Je les ai écrits simples
    pour que tu les comprennes.
     
    Il sont pour toi seule
    mais s’ils ne t’intéressent pas,
    peut-être un jour seront-ils divulgués,
    dans toute l’Amérique latine…
     
    Et si l’amour qui les dicta,
    toi aussi tu le méprises,
     
    d’autres rêveront
    de cet amour
    qui ne fut pas pour elles.
     
    Et peut-être verras-tu,
    Claudia,
    que ces poèmes,
    (écrits pour te séduire, toi)
    éveillent
    dans d’autres couples
    amoureux qui les liront
    les baisers qu’en toi
    n’a pas éveillés le poète.
    (Trad:Colette)
     
     

    Epigrama


    Te doy Claudia, estos versos,
    porque tú eres su dueña.

    Los he escrito sencillos
    para que tú los entiendas.

    Son para ti solamente,
    pero si a ti no te interesan,
    un día se divulgarán,
    tal vez por toda Hispanoamérica...

    Y si al amor que los dictó,
    tú también lo desprecias,

    otras soñarán
    con este amor
    que no fue para ellas.

    Y tal vez verás,
    Claudia,
    que estos poemas,
    (escritos para conquistarte a ti)
    despiertan
    en otras parejas
    enamoradas que los lean
    los besos que en ti
    no despertó el poeta.
     
  • Une fleur sans épines / Una flor sin espinas

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    Les longues soirées devant la cheminée, ce vague à l’âme qui peut nous envahir en laissant notre regard se perdre dans les flammes...et ce poème que j'ai lu un soir.
    Il est de Claribel Alegría, (Nicaragua, 1924-2018) nous l'avons déjà rencontrée sur ce blog; son nom m'a toujours enchantée.


     Évoquant des souvenirs
     
    Évoquant des souvenirs
    j’ai trouvé le tien.
    Il ne faisait pas mal.
    Je l’ai sorti de son étui,
    j’ai secoué ses racines
    dans le vent,
    je l’ai mis à contre-jour:
    C’était un cristal poli
    qui reflétait des poissons de couleurs,
    une fleur sans épines
    qui ne brûlait pas.
    Je l’ai jeté contre le mur
    et la sirène de mon alarme a sonné.
    Qui a éteint son feu?
    Qui a usé le fil
    de mon souvenir-lance
    que j’aimais tant?
     
    (Trad: Colette)

     

     
    In memoriam, Enrique Grau 1990, Colombia
     
     
     
    Barajando recuerdos
     
    Barajando recuerdos
    me encontré con el tuyo.
    No dolía.
    Lo saqué de su estuche,
    sacudí sus raíces
    en el viento,
    lo puse a contraluz:
    Era un cristal pulido
    reflejando peces de colores,
    una flor sin espinas
    que no ardía.
    Lo arrojé contra el muro
    y sonó la sirena de mi alarma.
    ¿Quién apagó su lumbre?
    ¿Quién le quitó su filo
    a mi recuerdo-lanza
    que yo amaba?
  • Illuminer la nuit / Iluminar la noche

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    Poursuivons une semaine encore avec GiocondaBelli et le thème de l’enfance, de l’éphémère.
    Sigamos otra semana con Gioconda Belli y el tema de la infancia, de lo efímero.
     
     
    Le Tombeau des Lucioles -Isao Takahata-1988

     
    Lucioles


    A cinq heures du soir,
    Quand la lumière perd de son brillant
    Et le jardin se submerge dans la dernière ardeur du jour,
    J’entends le bruyant groupe d’enfants
    Qui sortent chasser des lucioles.

     

    Ils courent dans la prairie,
    Se dispersent entre les arbustes,
    Crient leur excitation, palpent leur éblouissement.
    Se forme un cercle autour de la petite
    Qui montre le creux de ses mains illuminé
    Scintillant.
     
    Ancien métier humain
    Celui de vouloir éteindre la lumière.
     
    Te souviens-tu de la dernière fois que nous avons cru pouvoir illuminer
    la nuit?

     

    Le temps nous a vidés d’éclat.
    Mais l’obscurité
    Est toujours peuplée de lucioles.
     
    (Trad: Colette)

    Luciérnagas

     

    A las cinco de la tarde
    Cuando el resplandor se queda sin brillo
    Y el jardín se sumerge en el último hervor dorado del día
    Oigo el grupo bullicioso de niños
    Que salen a cazar luciérnagas.

    Corriendo sobre el pasto
    Se dispersan entre los arbustos,
    Gritan su excitación, palpan su deslumbre
    Se arma un círculo alrededor de la pequeña
    Que muestra la encendida cuenca de sus manos
    Titilando.

    Antiguo oficio humano
    Este de querer apagar la luz.

    ¿Te acordás de la última vez que creímos poder iluminar
    la noche?

    El tiempo nos ha vaciado de fulgor.
    Pero la oscuridad
    Sigue poblada de luciérnagas.
  • C'eût été si beau / Hubiera sido tan hermoso

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    Gioconda Belli née le 9 décembre 1948 à Managua, est une poète et romancière nicaraguayenne dont nous avons déjà parlé ici.
    Elle est peut-être connue en France pour sa sensualité ou sexualité libérée , son engagement révolutionnaire, mais pas beaucoup plus. Elle a cependant écrit de beaux romans et de nombreux poèmes sur la maternité, la vieillesse, la nature...

     

     

    https://www.philippegronon.com/fr/84-philippe-gronon/oeuvres-works/127-chateaux-de-sable-sand-castles

     

     

    Châteaux de Sable


      Gioconda Belli

    Pourquoi ne m'as tu pas dit que tu bâtissais
    ce château de sable ?

    C'eût été si beau
    pouvoir entrer par s
    a petite porte,
    parcourir ses couloirs salés,
    t'attendre aux parterres de coquillages,
    en te parlant depuis le balcon
    la bouche pleine d'écume blanche et transparente
    comme mes mots,
    ces mots frivoles que je te dis,
    qui n'ont que le poids
    de l'air entre mes dents.

    Il est si beau de contempler la mer.

    Elle aurait été si belle la mer
    depuis notre château de sable,
    pourléchant le temps
    avec la tendresse
    dense et profonde de l'eau,
    divaguant sur les histoires qu'
    on nous contait
    quand, enfants, nous étions un seul pore
    ouvert à la nature.

    Maintenant, à marée haute, l’eau a emporté
    ton château de sable.

    Elle a emporté les tours,
    les fossés,
    la petite porte par où nous
    serions passés
    à marée basse,
    quand la réalité est loin
    et qu'il y a des châteaux de sable

    sur la plage... 

     
     (Trad: Colette inspirée par celle de E. Dupas)
     
     
     Castillos de arena
    Gioconda Belli.
     
    ¿Por qué no me dijiste que estabas construyendo
    ese castillo de arena?
     
    Hubiera sido tan hermoso
    poder entrar por su pequeña puerta,
    recorrer sus salados corredores,
    esperarte en los cuadros de conchas,
    hablándote desde el balcón
    con la boca llena de espuma blanca y transparente
    como mis palabras,
    esas palabras livianas que te digo,
    que no tienen más que el peso
    del aire entre mis dientes.
     
    Es tan hermoso contemplar el mar.
     
    Hubiera sido tan hermoso el mar
    desde nuestro castillo de arena,
    relamiendo el tiempo
    con la ternura
    honda y profunda del agua,
    divagando sobre las historias que nos contaban
    cuando, niños, éramos un sólo poro
    abierto a la naturaleza.
     
    Ahora el agua se ha llevado tu castillo de arena
    en la marea alta.
     
    Se ha llevado las torres,
    los fosos,
    la puertecita por donde hubiéramos pasado
    en la marea baja,
    cuando la realidad está lejos
    y hay castillo de arena
    sobre la playa. . .
  • Doutes et amples horizons / Dudas y anchos horizontes

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    Quand j'arriverai à la vieillesse
    -si j'y arrive-
    et me regarderai dans le miroir
    et compterai mes rides
    comme une délicate orographie
    de peau distendue.
    Quand je pourrai compter les marques
    qu'ont laissé les larmes
    et les préoccupations,
    et que déjà mon corps répondra lentement
    à mes désirs,
    quand je verrai ma vie enrobée
    de veines bleues,
    de profondes cernes,
    et que je lâcherai ma chevelure blanche
    pour m’endormir tôt
    -comme il se doit-
    quand viendront mes petits-enfants
    s’asseoir sur mes genoux
    rouillés par le passage de tant d’hivers,
    je sais qu’encore mon cœur
    sera -rebelle- à tictaquer
    et que les doutes et les amples horizons
    salueront aussi
    mes matins.

    (Trad: Colette)

    *André Derain -  Madame Matisse au kimono

     

     
    Desafío a la vejez Gioconda Belli
    Cuando yo llegue a vieja
    -si es que llego-
    y me mire al espejo
    y me cuente las arrugas
    como una delicada orografía
    de distendida piel.
    Cuando pueda contar las marcas
    que han dejado las lágrimas
    y las preocupaciones,
    y ya mi cuerpo responda despacio
    a mis deseos,
    cuando vea mi vida envuelta
    en venas azules,
    en profundas ojeras,
    y suelte blanca mi cabellera
    para dormirme temprano
    -como corresponde-
    cuando vengan mis nietos
    a sentarse sobre mis rodillas
    enmohecidas por el paso de muchos inviernos,
    sé que todavía mi corazón
    estará -rebelde- tictaqueando
    y las dudas y los anchos horizontes
    también saludarán
    mis mañanas.
     
     
    *André Derain (Chatou, 1880 - Garches, 1954) peintre fauviste, grand ami de Matisse.
  • Baiser raté / Beso fallido

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    Ne parlons pas du premier, mais de celui, ou ceux, ratés.
    Promesse de délice
    puis...
    C'est si fragile un baiser: un éternuement, une porte qui claque, un fou rire..

    No hablemos del primero, sino del o de los  totalmente fallidos.
    Promesa de delicia luego...
    Es tan frágil un beso: un estornudo, una puerta golpeada, una risa...

     
    Il y a toujours un intrus
    Claribel Alegría (Nicaragua 1924-    )

    Un regard parfois
    un geste engourdi
    une phrase
    une odeur
    le baiser qui en nous unissant
    nous sépare
    (Trad: Colette)
    Détail du baiser de E. Munch
     
     
    Siempre hay un intruso
     Claribel Alegría (Nicaragua 1924-   )

    Una mirada a veces
    un gesto entorpecido
    una frase
    un olor
    el beso que al unirnos
    nos separa.

  • Si c'était-elle! ¡Si será ella!

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    Nocturno       Rúben Darío (1867-1916, Nicaragua)

    Un poème dans la pure ligne Romantique

    Silence de la nuit, douloureux silence
    nocturne...Pourquoi l'âme tremble-t-elle ainsi?
    J'entends le bourdonnement de mon sang,
    une douce tempête passe dans mon crâne.
    Insomnie! Ne pas dormir et
    pourtant
    rêver. Être l
    'auto-sujet
    de dissection spirituelle, l'auto-Hamlet!
    Diluer ma tristesse
    dans un vin de nuit
    dans le merveilleux cristal des ténèbres...
    Et je me dis: à quelle heure viendra l'aube?
    Une porte s'est fermée...
    Quelqu'un est passé...
    L’horloge a sonné trois heures...Si c'était elle!
     
    Trad: Colette
     
    Photo gentiment prêtée par Kwarkito, merci! http://kwarkito.blogspot.com.es/  

     

     
     
    Silencio de la noche, doloroso silencio
    nocturno… ¿Por qué el alma tiembla de tal manera?
    Oigo el zumbido de mi sangre,
    dentro de mi cráneo pasa una suave tormenta.
    ¡Insomnio! No poder dormir y, sin embargo,
    soñar. Ser la auto-pieza
    de disección espiritual, ¡el auto-Hamlet!
    Diluir mi tristeza
    en un vino de noche
    en el maravilloso cristal de las tinieblas…
    Y me digo: ¿a qué hora vendrá el alba?
    Se ha cerrado una puerta…
    Ha pasado un transeúnte…
    Ha dado el reloj tres horas… ¡Si será ella!...
     

    Le voici traduit en anglais (pas par moi)

    Silence of the night, painful silence,
    Nocturne... Why does my soul tremble like this?
    I hear the low hum of my blood.
    I watch a calm storm pass inside my skull.
    Insomnia! Not to sleep, and perchance
    to dream. To be the whole soliloquy
    of spiritual dissection, my Hamlet!
    To dissolve my sadness
    in one night's wine,
    in the marvelous crystal darkness...
    And then I wonder: When will it be dawn?
    A door just closed...
    Someone is passing on the street...
    The clock strikes three...It must be Her!
  • Dehors et dedans / Fuera y dentro

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    Toujours la canicule, alors voici un poème féministe et amusant d'une  

    contemporaine de Gioconda Belli, Ana María Rodas.
     

    Le poème en espagnol et sa belle traduction je les ai trouvés ici

     

     

     



                                   Miss Hulk

     

     

     

    Je suis une femme incroyable
     
                      quand je m’énerve
     
                      je grandis

                      je deviens vert

                             je déchire tout

    en dedans.
     
                               Bill Bixby
     
                               fait tout cela
    mais 
     
    lui
     
    c’est
     
    un homme
     
    il le fait
     
                     en dehors. 
     


                                 Ms. Hulk

     

    Soy una mujer increíble

                      cuando me enojo

                       crezco

                     me pongo verde

                     desgarro todo

    adentro.

                           Bill Bixby                  

                                  hace todo eso

    pero

     él

    es
     
    hombre
     
    lo hace

               a fuera.



    Nota: Bill Bixby, si vous l'ignoriez est l'acteur qui joue Hulk / el el actor 

    que representa a Hulk

  • Cimenter les rêves / Cimentar los sueños

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    Paresse et chaleur, ou / et vice versa...je n'ai pas écrit, comme annoncé, de détails sur la vie et la personnalité de Gioconda Belli. Mais je vous ai traduit ce court texte.

     

     

    Tendresse des peuples  Gioconda Belli

     

     Je te disais que la solidarité

     est la tendresse des peuples.

     Je te le disais après le triomphe,

     après avoir passé les temps durs des batailles
     
    et des pleurs;
     
    maintenant tandis que je repense aux choses qui se sont passées là-bas
     
    quand tout n'était que rêve et rêve, éveillés et endormis,
     
    sans jamais nous lasser de cimenter le rêve
     
    jusqu'à ce qu'il cesse d'en être un et que nous avons vu les
     
    drapeaux rougenoirs
     
    - en vrai - flottant sur les maisons, les cabanes, les chaumières,
     
    les arbres du chemin et nous avons pensé à tout ce que nous 

     avons dû vivre

     et c'était comme un grand casse-tête de rages et de feu

    et sang et espoirs...


    (Trad: Colette)

     

     

    Consuelo (détail) Antonio Soler

     

     

     

    Consuelo (réconfort) Antonio Soler (link)

     

     

     

     

     

    Ternura de los pueblos   Gioconda Belli

     

     Yo te decía que la solidaridad 

     es la ternura de los pueblos.

     Te lo decía después del triunfo,

     después de que pasamos los tiempos duros de batallas

     y llantos;

     ahora mientras recuerdo cosas que pasaron allá afuera,

     cuando todo era soñar y soñar, despiertos y dormidos, 

     sin cansarnos nunca de ponerle argamasa al sueño

     hasta que dejó de serlo, hasta que vimos las banderas rojinegras

       de verdad— ondeando sobre las casas, las casitas, las chozas,

     los árboles del camino y pensamos en todo lo que nos tocó vivir

     y era como un gran rompecabezas de rabias y fuego

     y sangre y esperanza.. .

     

  • Érotisme poétique / Erotismo poético

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    Le sexe et la Révolution, l'érotisme et la lutte, c'est ce que nous propose la poétesse
     
    Gioconda Belli née en 1948 au Nicaragua. Je vous parlerai d'elle la semaine prochaine, en
     
    attendant commençons l'été avec ces plaisirs charnels.
     
    El sexo y la Revolución, el erotismo y la lucha, es lo que nos propone la poetisa
     
    Gioconda Belli nacida en Nicaragua en 1948. Os hablaré de ella la próxima
     
    semana, mientras...
     
    Empecemos el verano con placeres carnales.

     

     

     

    Gioconda Belli

     

    Pequeñas Lecciones de Erotismo

    Petites leçons d'érotisme
     

    Rodin


    I


    Recorrer un cuerpo en su extensión de vela


    Es dar la vuelta al mundo


    Atravesar sin brújula la rosa de los vientos


    Islas golfos penínsulas diques de aguas embravecidas


    No es tarea fácil - si placentera -


    No creas hacerlo en un día o noche de sábanas explayadas


    Hay secretos en los poros para llenar muchas lunas 

     

    Parcourir un corps à la voile déployée

    C'est faire le tour du monde

     Traverser sans boussole la rose des vents

     Îles golfes péninsules digues d'eaux furieuses

     Ce n'est pas tâche aisée - si plaisante soit-elle -

     Ne crois pas pouvoir le faire en un jour ou une nuit de draps étalés 

     Il y a assez de secrets dans les pores pour emplir bien des lunes


    II, III

    IV

    Instálate en el humus sin miedo al desgaste sin prisa


    No quieras alcanzar la cima


    Retrasa la puerta del paraíso


    Acuna tu ángel caído revuélvele la espesa cabellera con la


    Espada de fuego usurpada


    Muerde la manzana

     

    Installe-toi dans l'humus sans crainte de l'usure, sans hâte

    N'essaye pas d'atteindre la cime

     Retarde la porte du paradis

     Berce ton ange déchu bouleverse l'épaisse chevelure avec

     L'épée de feu usurpée

     Mords la pomme

     

     

     

    Temple Konarka, Inde

     

     

     

    V, VI

    VII

    Traspasa la tierra del fuego la buena esperanza


    navega loco en la juntura de los océanos


    Cruza las algas ármate de corales ulula gime


    Emerge con la rama de olivo llora socavando ternuras ocultas


    Desnuda miradas de asombro


    Despeña el sextante desde lo alto de la pestaña


    Arquea las cejas abre ventanas de la nariz 



     
    Traverse la Terre de Feu le Cap de  Bonne Espérance

    navigue fou à la jonction des océans

    Croise le fer avec les algues arme-toi de coraux hulule gémis
     
    Émerge avec le rameau d'olivier pleure et sape les tendresses occultes
      
    Dénude les regards de surprise  
     
    Jette le sextant depuis le haut du cil
     
     Arque les sourcils ouvre les fenêtres du nez

     


    VIII

    Aspira suspira


    Muérete un poco


    Dulce lentamente muérete


    Agoniza contra la pupila extiende el goce


    Dobla el mástil hincha las velas


    Navega dobla hacia Venus


    estrella de la mañana


    - el mar como un vasto cristal azogado -


    duérmete náufrago. 

     

     

    Aspire soupire 
     
    Meurs un peu


    Doucement meurs

    Agonise contre la pupille étends la jouissance

    Double le mât gonfle les voiles

    Navigue et cingle devers Vénus

    étoile du matin

     -la mer comme un vaste cristal étamé-

     endors-toi naufragé. 

     
     


    Traduction Colette inspirée par celle de E. Dupas. Vous trouverez les autres strophes, qui me plaisaient moins ici:

    Encontraréis las otras estrofas que me gustaban un poco menos aquí.