monique-marie ihry

  • Par pure fantaisie / Por ultra fantasía

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    Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
     
     
    Que dirait-on? Alfonsina Storni
     
    Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
    Si un beau jour, par pure fantaisie,
    Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
    Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
    Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
    Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
    Ou si je disais mes vers en parcourant les places
    Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
     
    Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
    Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
    Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
     
    En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
     
    Traduction Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
    Le doux mal
    p 160-161
     
     
    Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

     
     

    ¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

     
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
    Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    Usara peplo griego, cambiara la peineta
    Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    Cantara por las calles al compás de violines,
    O dijera mis versos recorriendo las plazas,
    Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


    ¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
    ¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
    ¿Campanas tocarían para llamar a misa?

    En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
     
     
     
     

     

  • Caresser un souvenir / Acariciar un recuerdo

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    Delmira Agustini
    Uruguay, Montevideo 1886-1914
    https://www.perfil.com/noticias/cultura/8m-dia-mujer-delmira-agustini-poeta-uruguaya-victima-femicidio.phtml
     
    Au dos du recueil de poèmes “Les calices vides” ceci:
    À la fois “fleur d’innocence”, sculptrice de l’amant imaginaire, femme fatale, Delmira Agustini, poète uruguayenne lyrique, féministe et moderniste appartenant à la Génération de 1900 , décrit l’Amour et sa passion démesurée dans son troisième recueil Les calices vides (1913) dédié à Éros et traduit en français par la poète Monique-Marie Ihry.”
     
    Je vous l’ai écrit la semaine dernière, je ne connaissais pas Delmira. Une vie très courte dont je vous reparlerai la semaine prochaine car je suis tombée quasiment amoureuse de cette jeune femme.
    Voici la première partie d’un long poème.

     

     
    Pour tes mains
     
       Mains faites Vie,
    Mains faites rêve;
    Qui avez donné toute la beauté,
    Que toute la beauté vous ont donné;
    Aussi vivantes que deux âmes,
    Aussi blanches que la mort,
    Aussi douces que l’on croirait
    Caresser un souvenir;
    Calices des élixirs,
    Filtres et venins;
    Mains qui me comblèrent,
    Mains qui me firent peur!
    De vos doigts vous avez pris
    La fleur ardente de mon corps…
    Mains parées
    Du rubis de mon désir,
    De la perle de ma tristesse,
    Et du diamant de mon baiser:
    Emportez dans la fosse-même
    Un pétale de mon corps!
    Mains faites Vie,
    Mains faites Rêves.
     
    (…)
     
    Traduction: Monique-Marie Ihry
    Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.
     
     
     
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño;
    Que disteis toda belleza
    Que toda belleza os dieron;
    Tan vivas como dos almas,
    Tan blancas como de muerto,
    Tan suaves que se diría
    Acariciar un recuerdo;
    Vasos de los elixires
    Los filtros y los venenos;
    ¡Manos que me disteis gloria
    Manos que me disteis miedo!
    Con finos dedos tomasteis
    La ardiente flor de mi cuerpo...
    Manos que vais enjoyadas
    Del rubí de mi deseo,
    La perla de mi tristeza,
    Y el diamante de mi beso:
    ¡Llevad a la fosa misma
    Un pétalo de mi cuerpo!
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño.
     
    (...)
  • Un coup de vent / Un golpe de viento

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    Vous le savez, il y a au moins une dizaine d’années que je publie (principalement) des poèmes espagnols et sud-américains. La plupart du temps je les traduis moi-même. Avec beaucoup de travail et... plus ou moins de succès:-))
    Il y a peu un éditeur Français m’a écrit  pour me demander si cela m’intéressait qu’il m’envoie gracieusement deux recueils de poésie traduits en français, un d’Alfonsina Storni, une Argentine déjà présentée ici et puis un autre de l'Uruguayenne Delmira Agustini. Je ne connaissais cette dernière que de nom.
    Très vite ils sont arrivés chez moi. Joliment présentés avec une introduction de la traductrice, Monique-Marie IHRY et de nombreux poèmes bilingues.
    Un tout grand merci à Monsieur Bruno SALGUES, directeur de la maison d’édition Cap de l’Étang, et à la traductrice.
     
     
    Le recueil d’Alfonsina Storni s’appelle Langueur.
    .
     
    LA BEAUTÉ

    Alfonsina Storni
     
    Les enfants m’entourent
    Et j’entre dans leurs âmes.
    J’y pénètre et j’ai peur:
    L’esprit humain est mauvais.
    Une phrase mord; un regard
    Est lancé de travers.
    Je suffoque d’amertume.
     
    Un coup de vent ouvre
    La fenêtre fermée:
    Le bleu limpide du ciel
    Me blesse le regard
    Et cette vision m’épuise…
     
    Des mains invisibles
    Me libèrent l’âme
    À nouveau; à nouveau
    Je crois en quelque chose: mon
    Amertume s’apaise, et de nouveau
    Je dis, sans le comprendre:
                                            merci!
     
    Traduction: Monique-Marie IHRY, éditions Cap de l’Étang, https://capdeletang.com/, Langueur, p.99.
    Joaquin Sorolla verano, 1904
     
    LA BELLEZA 
    Alfonsina Storni

    Me rodean los niños
    Y penetro sus almas.
    Ahondo y tengo miedo:
    La pasta humana es mala.
    Muerde una frase; viene
    Al sesgo una mirada.
    Me ahogo de amargura.

    La cerrada ventana
    Abre un golpe de viento:

    Me hiere la mirada
    El limpio azul del cielo
    Y esta visión me lava..

    Manos que yo no veo
    El alma me desatan
    De nuevo; nuevamente
    Creo en algo; se aplaca
    Mi amargura, y de nuevo.
    Digo, sin entenderlo:
                                              ¡ gracias !
     
    Dans le prochain billet nous ferons la connaissance de Delmira Agustini.