mercedes escolano

  • Le poids du papier / El peso del papel

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    Aujourd'hui un poème sans prétentions mais qui dit si bien l'amour des livres...

     

    Une vie parmi les livres
    Mercedes  Escolano. Cádiz 1964
     
    Dans la rue attend le camion
    chargé des livres d’une vie.
    Qu’est-ce qui me retient dans ces
    pièces vides? Peut-être l’odeur
    laissée par les livres? Les heures, peut-être,
    partagées dans l’intimité et la tristesse?
    Les étagères sont restées nues
    et les pièces commencent à acquérir
    un air d’orphelinage et de non-sens.
     
    Le poids de l’encre,
    le poids du papier caressé,
    le poids subtil et aérien des mots,
    quel autre plaisir pourraient-ils me donner?
    En bas attend le camion de déménagement.
    Les caisses ont été soigneusement empilées,
    comme si de porcelaine il s’agissait.
     
    (Trad:Colette) 
     
     
    UNA VIDA ENTRE LIBROS 
    de "Placeres y mentiras" 
     
    Mercedes Escolano 
     
     
     En la calle aguarda el camión de la mudanza
    cargado con los libros de una vida.
    ¿Qué me retiene en estas
    habitaciones vacías? ¿Tal vez el olor
    que los libros dejaron? ¿Las horas, tal vez,
    compartidas en intimidad y tristeza?
    Los estantes han quedado desnudos
    y los cuartos comienzan a adquirir
    un aire de orfandad y sinsentido. 
     
     El peso de la tinta,
    el peso del papel acariciado,
    el peso sutil e ingrávido de las palabras,
    ¿qué más placer podrían darme?
    Abajo aguarda el camión de la mudanza.
    Las cajas han sido cuidadosamente apiladas,
    como si de fina porcelana se tratase.
     
     
  • Un tigre-poète / Un tigre-poeta

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    Un tigre
     
    MERCEDES ESCOLANO, Cádiz, España, 1964

     

     
    Je pense à un tigre. Il descendra en ville
    à l’heure où s’ouvrent les bars
    et se répand un intense parfum
    humain. La nuit tombe. Assoiffé
    il s’accoudera au bar et boira
    quelques verres les yeux allumés
    du brillant sinistre et métallique,
    souple sa langue, parfumé le local
    avec le va-et-vient continuel des clients.
    Du fond parvient un blues élastique et le hurlement
    endiablé des machines à sous.
    Il observe en silence et trempe ses crocs.
    La griffe que cache sa chemise le trahit.
    Personne ne dirait -à son aspect-
    que c’est un cruel assassin de la jungle,
    mais plutôt un homme peu pressé, indolent,
    incapable de s’inventer
    une autre routine.
    Chaque vendredi, tendre et solitaire,
    il commettra un crime sans autre trace
    qu’un poème oublié sur le bar.
     
    (Trad:Colette)
     
    Juan Gris, 1912, Hombre en el bar
     

     

    Un tigre 
     
    MERCEDES ESCOLANO, Cádiz 1964 
     
    Pienso en un tigre. Bajará a la ciudad
    a la hora en que abren los bares
    y se expande un intenso perfume
    humano. Anochece. Sediento
    se acodará en la barra y beberá
    unas copas con los ojos prendados
    del brillo siniestro y metálico,
    dúctil su lengua, aromado el local
    con un vaivén continuo de clientes.
    De fondo un blues elástico y el rugir
    endiablado de las máquinas tragaperras.
    Observa en silencio y remoja sus fauces.
    Le delata la garra que esconde su camisa.
    Nadie diría —por su aspecto—
    que es un cruel asesino de la selva,
    sino un hombre sin prisas, indolente,
    incapaz de inventar
    se otra rutina.
    Cada viernes, tierno y solitario,
    cometerá un crimen sin más rastro
    que un poema olvidado sobre la barra.