désir

  • Pur désir /Puro deseo

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    Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.  

                       René Char (Fureur et mystère)

    El poema es el amor realizado del deseo permanecido deseo.

     

    Qu’ajouter? Mon billet de cette semaine est le résultat de plusieurs jours d’immersion, délicieuse, dans la poésie de René Char et de Pablo Neruda. Et de traductions. Oh, même si j’y ai beaucoup travaillé, elles ne sont pas parfaites et j’accepte volontiers toute suggestion de votre part.

    ¿Qué podría añadir? Mi nota de esta semana es el resultado de varios días de deliciosa inmersión en la poesía de René Char y de Pablo Neruda. Y de traducciones. O, aunque trabajé mucho, no son perfectas y acepto con mucho gusto cualquier sugerencia.

     

     

    Le noeud noir   René Char (Chant de la Balandrane 1977)

     

    Je me redis, Beauté,

    ce que je sais déjà,

    Beauté mâchurée

    d’excréments, de brisures.

    Tu es mon amoureuse,le noeud noir Seurat.jpg

    je suis ton désirant.

    Le pain que nous cuisons

    dans les nuits avenantes,

    tel un vieux roi s’avance

    en ouvrant ses deux bras.

     

    Allons de toutes parts.

    Le rire dans nos mains,

    jamais isolément.

    Corbeille aux coins tortus,

    nous offrons tes ressources.

    Nous avons du marteau

    la langue aventureuse.

    Nous sommes des croyants

    pour chemins muletiers.

     

     

    Moins la clarté se courbe

    plus le roseau se troue

    sous les doigts pressentis.

     

     

    El nudo negro René Char (Chant de la Balandrane 1977)

     

    Me repito, Belleza,

    lo que ya sé,

    Belleza tiznada

    de excrementos, hecha trizas.

    Eres mi enamorada,

    soy tu suspirante.Dali-enigmedudesir.jpg

    El pan que cocemos

    en las noches acogedoras,

    cual rey anciano se adelanta

    los dos brazos abiertos.

     

    Vámonos por todas partes,

    con la risa en las manos,

    nunca separados.

    Cesta con picos tuertos,

    ofrecemos tus recursos.

    Tenemos del martillo

    la lengua aventurera.

    Somos creyentes

    Para caminos muleros.

     

    Cuanto menos se dobla la claridad,

    más se ahueca la caña

    bajo los dedos presentidos.

    (Trad. Colette)

     

     

    Déjame sueltas las manos  Pablo Neruda

     

    Déjame sueltas las manos

    y el corazón, déjame libre!

    Deja que mis dedos corran

            por los caminos de tu cuerpo.

    La pasión – sangre, fuego, besos -

    me incendia a llamaradas trémulas.

    Ay, tú no sabes lo que es esto!

     

    Es la tempestad de mis sentidos

       doblegando la selva sensible de mis nervios.

    Es la carne que grita con sus ardientes lenguas!

    Es el incendio!

    Y estás aquí, mujer, como un madero intacto

      ahora que vuela toda mi vida hecha cenizas

    hacia tu cuerpo lleno, como la noche, de astros!

     

    Déjame libre las manos

              y el  corazón, déjame libre!

          Yo sólo te deseo, yo sólo te deseo!

    No es amor, es deseo que se agosta y se extingue,

    es precipitación de furias,

              acercamiento de lo imposible,

    pero estás tú,

                       estás para dármelo todo,

    y a darme lo que tienes a la tierra viniste-

    como yo para contenerte,

    y desearte,

    y recibirte!

     

    Laisse mes mains dénouées  Pablo Neruda

     

    Laisse mes mains dénouées

    et le cœur, laisse-moi libre !

    Laisse courir mes doigts

            sur les chemins de ton corps.

    La passion – sang, feu, baisers –

    m’incendie de flammes tremblantes.

    Aïe, tu ignores ce que c’est !

     

    C’est la tempête de mes sens

      gagnant la jungle sensible de mes nerfs.

    C’est la chair qui crie de ses langues ardentes !

    C’est l’incendie !

    Et tu es ici, femme, comme une bûche intacte

      maintenant que toute ma vie faite cendres vole

    vers ton corps plein d’astres, comme la nuit !

     

    Laisse mes mains dénouées

            et le cœur , laisse-moi libre !

       Je ne fais que te désirer, je ne fais que te désirer !

    Ce n’est pas de l’amour, c’est du désir qui se flétrit et s’éteint,

    pagaille de furies,

          approche de l’impossible,

    mais tu es là,

                   là pour tout me donner

    et pour tout me donner tu es venue sur terre –

    comme moi pour te contenir,

    et te désirer,

    et te recevoir !

    (Trad. Colette)

     

     Illustrations: Seurat, le noeud noir / Dali, l'énigme du désir