chili

  • IL est évident que.../ Queda de manifiesto que...

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    Nicanor Parra, vous souvenez-vous de lui ?  Né en 1914 et mort en 2018 c'était un poète, mathématicien et physicien chilien qui se présente lui-même comme un antipoète.

    Son œuvre a eu une influence profonde dans la littérature sud-américaine. Il est l'un des poètes chiliens les plus connus, avec les quatre grands de la poésie chilienne.

     

                                "Pleurez si vous voulez, moi pour ma part, je meurs de rire"



    Le poème que j’ai choisi aujourd’hui est très long, je n’en ai retenu que quelques strophes,mais il illustre bien je pense cette antipoésie. Des images, des réflexions, sans lien apparent et qui déroutent, font rire parfois aussi. 

     


     

     

    Lettres du poète qui dort sur une chaise

     

    I

    Je dis les choses comme elle sont

    Ou nous savons tout d’avance

    Ou nous ne saurons jamais absolument rien.

     

    La seule chose qui nous est permise

    C’est apprendre à parler correctement.


    V

    Jeunes

    Écrivez ce que vous voulez

    Dans le style qui vous semblera le meilleur

    Trop de sang est passé sous les ponts

    Pour continuer à croire – je crois

    qu’on ne peut suivre qu’un seul chemin:

    En poésie tout est permis.



    VII

      Il est évident

    Qu’il n’y a pas d’habitants sur la lune

     

    Que les chaises sont des tables

    Que les papillons sont des fleurs en perpétuel mouvement

    Que la vérité est une erreur collective

    Que l’esprit meurt avec le corps.

     

    Il est évident

    Que les rides ne sont pas des cicatrices.



    XVI

    Aphorismes chiliens:

    Tous les chardonnerets ont des taches de rousseur

    Le téléphone sait ce qu’il dit

    Jamais la tortue ne perdit autant de temps

    Que quand elle reçut des leçons de l’aigle.

     

    L’automobile est une chaise roulante.

     

    Et le voyageur qui regarde en arrière

    Court le sérieux danger

    Que son ombre ne veuille le suivre.



    XVII

    Analyser est renoncer à soi-même

    On ne peut que raisonner en rond

    On ne voit que ce qu’on veut voir

    Une naissance ne résout rien

    Je reconnais que les larmes m’en tombent.

     

    Une naissance ne résout rien

    Seule la mort dit la vérité

    La poésie même ne convainc pas.

    Si on nous enseigne que l’espace n’existe pas.

     

    Mais de toute façon

    La vieillesse est un fait accompli.

     

    Ce sera ce que science détermine.

     

    Lire mes poèmes me donne sommeil

    Et pourtant ils ont été écrits avec du sang.

    (Trad: Colette)

                               "C'était écrit: apparaissent les armes d'extermination massive"



    CARTAS DEL POETA QUE DUERME EN UNA SILLA

     

    I
    Digo las cosas tales como son
    O lo sabemos todo de antemano
    O no sabremos nunca absolutamente nada.

    Lo único que nos está permitido
    Es aprender a hablar correctamente.

    V

    Jóvenes
    Escriban lo que quieran
    En el estilo que les parezca mejor
    Ha pasado demasiada sangre bajo los puentes
    Para seguir creyendo -creo yo
    Que sólo se puede seguir un camino:
    En poesía se permite todo.



    VII

    Queda de manifiesto
    Que no hay habitantes en la luna

    Que las sillas son mesas
    Que las mariposas son flores en movimiento perpetuo
    Que la verdad es un error colectivo
    Que el espíritu muere con el cuerpo

    Queda de manifiesto
    Que las arrugas no son cicatrices.

    XVI

    Aforismos chilenos:
    Todas las colorinas tienen pecas
    El teléfono sabe lo que dice
    Nunca perdió más tiempo la tortuga
    Que cuando tomó lecciones del águila.

    El automóvil es una silla de ruedas.

    Y el viajero que mira para atrás
    Corre el serio peligro
    De que su sombra no quiera seguirlo.

    XVII

    Analizar es renunciar a sí mismo
    Sólo se puede razonar en círculo
    Sólo se ve lo que se quiere ver
    Un nacimiento no resuelve nada
    Reconozco que se me caen las lágrimas.

    Un nacimiento no resuelve nada
    Sólo la muerte dice la verdad
    La poesía misma no convence.
    Se nos enseña que el espacio no existe

    Se nos enseña que el tiempo no existe
    Pero de todos modos
    La vejez es un hecho consumado.

    Sea lo que la ciencia determine.

    Me da sueño leer mis poesías
    Y sin embargo fueron escritas con sangre.

     

     
  • Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

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    Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

    L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

     

                                        Teresa Will Montt 1893-1921 Chili

     

     


    Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
    http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


    Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                              



    Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

     

    Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

    Extrait de “Le matin “


       “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

       Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

    Extracto de “”La mañana”

       ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

       Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


    Extrait de “Crépuscule”

    J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


       “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
      “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
       Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
      Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
      Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


    Extracto de “El crepúsculo”

       “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
       Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
       Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
       Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
       Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




    Extrait de “La nuit”


      “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
       Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
       Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
       Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
       Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

    Extracto de “La noche “


        "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
       “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
        ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
        ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
        ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

  • Mémoire / Memoria

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    Restons au Chili.

    Michaela Paredes Barraza est une jeune poète Chilienne, née à Santiago de Chile, en 1993

     

                                    Álvaro Bindis, Chili,

     

     

    Cérémonies d’intérieur

     

    Il y a quelque chose de permanent dans la distance

    entre objet et souvenir, ici ou là,

    hier, aujourd’hui et demain.

    Répété et différent dans la mémoire

    tout reste circonscrit à ce lieu

    où un jour il nous fut donné d’aimer le monde.

    Perdurent ses images : l’angoisse

    du rite des dimanches, les miettes du pain

    et du désamour

    que nous nions une fois derrière la fenêtre.

     

    Nous changeons de ville, d’endroits,

    mais là, et seulement là, nous fûmes et sommes

    condamnés pour toujours à l’étreinte

    au secret de la lumière qui, les nuits, nous rappelle

    notre ruine originaire.

     

    (Trad: Colette)

     

    Alvaro Bindis, peintre Chilien 

     

     

    Ceremonias de interior



    Micaela Paredes Barraza (Santiago de Chile 1993)



     

    Hay algo permanente en la distancia

    entre objeto y recuerdo, aquí o allá,

    ayer, hoy y mañana.

    Repetido y diferente en la memoria

    todo queda circunscrito a ese lugar

    en que un día nos fue dado amar al mundo.

    Perduran sus imágenes: la angustia

    del rito los domingos, las migajas del pan

    y el desamor

    que negamos una vez tras la ventana.

     

    Cambiamos de ciudad, contamos sitios,

    pero allí y solo allí fuimos y somos

    para siempre condenados al abrazo,

    al secreto de la luz que nos recuerda por las noches

    nuestra ruina originaria.

     

     
  • Un Air Chilien / Un Aire Chilieno

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    Le nom de Gabriela Mistral vous dit sans doute quelque chose, sinon je vous raconterai la semaine prochaine qui était cette femme extraordinaire, cette poète chilienne qui reçut, avant Pablo Neruda et Vicente Huidobro, le prix Nobel de littérature en 1945.

    Mais aujourd’hui, un « apéritif » poétique.

     

    Sin duda conocéis, por lo menos el nombre, a Gabriela Mistral. La próxima semana os contaré en detalle quién era esa mujer extraordinaria quien recibió, antes que P. Neruda o V. Huidobro, el premio Nobel de literatura en 1945.

    Pero hoy un « aperitivo » poético. 

     

     

                              

       

                          Brumes Chili

     
    L’Air
     
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
     
    (Trad:Colette)
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...

    Brumes Chili

  • Éternellement en fuite, comme la vague / Eternamente en fuga, como la ola

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    Aujourd'hui un poème très connu par ici, de  Pablo Neruda. 

    Si certains poèmes d'amour de Neruda me semblent un peu mielleux, celui-ci par contre...

    Il a été chanté par plus d'un mais principalement par le Cubain Pablo Milanés et par l'Espagnol Paco Ibañez.

     

     


     

     

    À mon cœur suffit ta poitrine,
    à ta liberté mes ailes
    De ma bouche atteindra au ciel
    tout ce qui dormait sur ton âme.

    En toi
    est l'illusion quotidienne.
    Tu arrives comme la rosée sur les corolles.
    Tu creuses l’horizon par ton absence.
    Éternellement en fuite, telle la vague.


    J'ai dit que tu chantais au vent
    comme les pins
    et comme les mâts
    Comme eux tu es haute, taciturne.
    Et t’attristes soudain, telle un voyage.


    Accueillante, pareille à un
    vieux chemin.
    Tu es peuplée d’échos et de voix nostalgiques.
    À mon réveil parfois émigrent et s'en vont
    des oiseaux qui
    dormaient
    dans ton âme.

    Trad. Colette inspirée par celle trouvée ici:http://www.pierdhelune.com/neruda5.htm

    NB: Cette oeuvre a été écrite par Pablo Neruda, publiée à l’origine à Santiago de Chile en 1924

     

     


     

     

     

    Para mi corazón basta tu pecho,

    para tu libertad bastan mis alas.

    Desde mi boca llegará hasta el cielo

    lo que estaba dormido sobre tu alma.



    Es en ti la ilusión de cada día.

    Llegas como el rocío a las corolas.

    Socavas el horizonte con tu ausencia.

    Eternamente en fuga como la ola.



    He dicho que cantabas en el viento

    como los pinos y como los mástiles.

    Como ellos eres alta y taciturna.

    Y entristeces de pronto, como un viaje.



    Acogedora como un viejo camino.

    Te pueblan ecos y voces nostálgicas.

    Yo desperté y a veces emigran

    y huyen pájaros que dormían en tu alma.

     

    Esta obra fue escrita por Pablo Neruda Publicada originalmente en Santiago de Chile por Editorial Nascimento © 1924

     

  • Je ris derrière une chaise / Me río detrás de una silla

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    D'abord lui

    Nicanor Parra (Chili 1914-2018), quel personnage! L’anti-poète que je ne dois sans doute pas vous présenter.
    Voici pour commencer un extrait d’une interview sur lui:
    Le coq à l’âne est son dada, si je puis dire. Il saute d’un sujet à l’autre sans rapport logique. Est-ce seulement un jeu auquel se livre Parra pour désarçonner son lecteur ?

    Parra appartient à une société ou une époque où la force de l’instabilité est permanente. Sa poésie exploite à l’extrême limite les comportements contradictoires de notre monde. Il faut apprendre à vivre dans la contradiction sans conflit, dit-il, c’est une condition pour pouvoir survivre.
     
     
     
     
    Puis sa poésie.

    La montagne Russe (extrait)

    La poésie a été le paradis
    De l'idiot solennel.
    Jusqu’à ce que j’arrive
    M’y installer avec mes montagnes russes

    Montez, si ça vous chante.
    Mais je ne réponds de rien
    si vous redescendez
    en saignant de la bouche et du nez.


    Extracto de « Montaña rusa »



    La Montana Rusa
    Durante medio siglo
    La poesía fue
    El paraíso del tonto solemne.
    Hasta que vine yo
    Y me instalé con mi montaña rusa.

    Suban, si les parece.
    Claro que yo no respondo si bajan
    Echando sangre por boca y narices.


    Montañas Rusas Fabiaba Calandria
     
     
     
    Finalement un poème entier
     

    Nicanor Parra – Casse-tête

    Je ne donne à personne le droit.
    J’adore un morceau de chiffon.
    Je change des tombes de place.
    Je change des tombes de place.
    Je ne donne à personne le droit.
    Je suis un type ridicule
    Sous les rayons du soleil,
    Moi le fléau des bistrots.
    Moi je meurs de rage.
    Je n’ai plus aucun recours,
    Mes propres cheveux m’accusent
    Sur un autel d’occasion
    Les machines ne pardonnent pas.
    Je ris derrière une chaise,
    Mon visage se remplit de mouches.
    C’est moi qui m’exprime mal
    Exprime en vue de quoi.
    Je bégaye,
    Du pied je touche une espèce de fœtus.
    C’est pour quoi faire, ces estomacs ?
    Qui a fait ce méli-mélo-là ?
    Le mieux, c’est de faire l’indien.
    Je dis une chose pour une autre.

    Rompecabezas
    No doy a nadie el derecho.
    Adoro un trozo de trapo.
    Traslado tumbas de lugar.
    Traslado tumbas de lugar.
    No doy a nadie el derecho.
    Yo soy un tipo ridículo
    A los rayos del sol,
    Azote de las fuentes de soda
    Yo me muero de rabia.
    Yo no tengo remedio,
    Mis propios pelos me acusan
    En un altar de ocasión
    Las máquinas no perdonan.
    Me río detrás de una silla,
    mi cara se llena de moscas.
    Yo soy quien se expresa mal
    Expresa en vistas de qué.
    Yo tartamudeo,
    Con el pie toco una especie de feto.
    ¿Para qué son estos estómagos?
    ¿Quién hizo esta mescolanza?
    Lo mejor es hacer el indio.
    Yo digo una cosa por otra.
  • Ce qui fut et ce qui manque.../ Qué ha sido y qué falta...

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     Le rire, si absent en poésie...l'eau, si rare en tant de lieux.
    La risa, tan ausente en poesía...el agua, tan escasa en tantos lugares.

    1 poema de “El cielo de los topos” (2015), de Bruno Montané Krebs (Chile 1957)

     

    Salvador Dali, "Muchacha en la ventana"



    L’eau

    Avec la mémoire des fleurs et le bruit
    ton regard bouge dans l’eau.
    Cette musique est le mouvement de tes yeux,
    ces silences les pensées
    qui, du fond, montent
    au point de te rendre heureuse.
    On sait en regardant l’eau
    ce qui fut et ce qui manque
    on pense à ce qui fait bouger
    corps et orages.
    Ton regard s’allume sous le toit
    brillant de l’eau qui traverse les pores,
    les cellules, l’éclat du ciel.
    Et tu ris.
     
    (trad: Colette)
     

    EL AGUA

    Con la memoria de las flores y el ruido
    tu mirada se mueve en el agua.
    Esa música es el movimiento de tus ojos,
    estos silencios los pensamientos
    que desde el fondo suben
    a punto de hacerte feliz.
    Al mirar el agua se sabe
    qué ha sido y qué falta,
    se piensa en qué mueve
    cuerpos y tormentas.
    Tu mirada se enciende bajo el brillante
    techo del agua que traspasa los poros,
    las células, el resplandor del cielo.
    Y te ríes.

     
  • Brisé mais vivant / Destrozado pero vivo

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    Roberto Bolaño (1953-2003), grand poète, écrivain et conteur chilien, apprit à 38 ans qu'il avait une maladie du foie incurable. Ceci permet de mieux comprendre le poème suivant.


     

    Sale, mal vêtu

     

    Roberto Bolaño

     

    Sur le chemin des chiens mon âme rencontra
    mon cœur. Brisé, mais vivant,
    sale, mal vêtu et plein d'amour.
    Sur le chemin des chiens, là où personne ne veut aller.
    Un chemin que seuls parcourent les poètes
    quand il ne leur reste plus rien à faire.
    Mais moi j'avais encore tant à faire!
    Et pourtant j'étais là: à me faire tuer
    par les fourmis rouges et aussi
    par les fourmis noires, parcourant les hameaux
    vides: l'épouvante qui s'élevait
    à en toucher les étoiles.
    Un chilien élevé au Mexique peut tout supporter,
    pensais-je, mais ce n'était pas vrai.
    Les nuits mon cœur pleurait. Le fleuve de l'être, disaient
    des lèvres fiévreuses que je découvris ensuite être les miennes,
    le fleuve de l'être, le fleuve de l'être, l'extase
    qui se replie sur le rivage de ces villages abandonnés.
    Sumulistes”* et théologiens, devins
    et voleurs de grands chemins émergèrent
    comme des réalité aquatiques au milieu d'une réalité métallique.
    Seules la fièvre et la poésie provoquent des visions.
    Seuls l'amour et la mémoire.
    Ni ces chemins ni ces plaines.
    Ni ces labyrinthes.
    Jusqu'à ce qu'enfin mon âme rencontra mon cœur.
    J'étais malade, certes, mais j'étais vivant.

     


     

    * Celui qui étudie les éléments de la logique.
    (Trad: Colette)



    Sucio, mal vestido 
    Roberto Bolaño

    En el camino de los perros mi alma encontró
    a mi corazón. Destrozado, pero vivo,
    sucio, mal vestido y lleno de amor.
    En el camino de los perros, allí donde no quiere ir nadie.
    Un camino que sólo recorren los poetas
    cuando ya no les queda nada por hacer.
    ¡Pero yo tenía tantas cosas que hacer todavía!
    Y sin embargo allí estaba: haciéndome matar
    por las hormigas rojas y también
    por las hormigas negras, recorriendo las aldeas
    vacías: el espanto que se elevaba
    hasta tocar las estrellas.
    Un chileno educado en México lo puede soportar todo,
    pensaba, pero no era verdad.
    Por las noches mi corazón lloraba. El río del ser, decían
    unos labios afiebrados que luego descubrí eran los míos,
    el río del ser, el río del ser, el éxtasis
    que se pliega en la ribera de estas aldeas abandonadas.
    Sumulistas y teólogos, adivinadores
    y salteadores de caminos emergieron
    como realidades acuáticas en medio de una realidad metálica.
    Sólo la fiebre y la poesía provocan visiones.
    Sólo el amor y la memoria.
    No estos caminos ni estas llanuras.
    No estos laberintos.
    Hasta que por fin mi alma encontró a mi corazón.
    Estaba enfermo, es cierto, pero estaba vivo. 


    Article sur Roberto Bolaño: 
    http://www.magazine-litteraire.com/critique/fiction/2666-12-03-2008-34903
    Entrevista a Roberto Bolaño
    http://www.revistalecturas.cl/la-ultima-entrevista-a-roberto-bolano/
  • En fil de crépuscule / Con hebras de crepúsculo

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    Longues ou pas, lisses ou rayées, propres ou odorantes, souvent dépareillées, ce sont les chaussettes.
    À l'école, à quatre aiguilles, nous devions apprendre à en tricoter. Quel calvaire! Je me souviens que c'était bien souvent grand-mère, dite Bobonne, qui nous aidait à sauver les maudites mailles qui s'étaient échappées. Un mauvais souvenir ces chaussettes que personne ne portait jamais car elles "grattaient".

    Tricoteuse, Albert Anke

     

    Douces par contre, somptueuses, celles que reçut Pablo Neruda.
    Une ode fort amusante, voyez plutôt.

    Largos o no, lisos o a rayas, limpios u olorosos, a menudo desparejados, esos son los calcetines.
    En la escuela, con cuatro agujas, teníamos que aprender a tejerlos. ¡Un calvario! me acuerdo que era muchas veces la abuela, llamada Bobonne, la que nos ayudaba a rescatar los malditos puntos escapados.
    Un mal recuerdo esos calcetines que nadie llevaba nunca porque "picaban".
     
     
    Magritte, pieds            
     
    Suaves sin embargo, suntuosos los que recibió Pablo Neruda. Una oda muy divertida la que sigue.
     
     
    Oda a los calcetines
     
    Ode aux chaussettes 
     
    Pablo Neruda
     
    Me trajo Mara Mori
    un par de calcetines,
    que tejió con sus manos de pastora,
    dos calcetines suaves como liebres.
    En ellos metí los pies
    como en dos estuches
    tejidos con hebras del
    crepúsculo y pellejos de ovejas.
     
    Mara Mori m'a apporté
    une paire de chaussettes,
    tricotées de ses mains de bergère,
    deux chaussettes douces comme des lièvres.
    J'y ai glissé mes pieds
    comme dans deux étuis
    tricotés de fils du
    crépuscule et peau de mouton.


    Violentos calcetines,
    mis pies fueron dos pescados de lana,
    dos largos tiburones
    de azul ultramarino
    atravesados por una trenza de oro,
    dos gigantescos mirlos,
    dos cañones;
    mis pies fueron honrados de este modo
    por estos celestiales calcetines.
     
    Violentes chaussettes,
    mes pieds furent deux poissons de laine,
    deux longs requins
    bleu outremer
    traversés d'une tresse en or,
    deux gigantesques merles,
    deux canons;
    ainsi furent honorés mes pieds
    par ces chaussettes célestes.

    Eran tan hermosos que por primera vez
    mis pies me parecieron inaceptables,
    como dos decrépitos bomberos,
    bomberos indignos de aquel fuego bordado,
    de aquellos luminosos calcetines.
     
    Elles étaient si belles que pour la première fois
    mes pieds m'ont paru inacceptables,
    comme deux pompiers décrépis,
    pompiers indignes de ce feu brodé,
    de ces lumineuses chaussettes.

    Sin embargo, resistí la tentación
    aguda de guardarlos como los colegiales
    preservan las luciérnagas,
    como los eruditos coleccionan
    documentos sagrados,
    resistí el impulso furioso de ponerlos
    en una jaula de oro y darles cada
    día alpiste y pulpa de melón rosado.
     
    Je résistai pourtant à la tentation
    aigüe de les garder comme les écoliers
    conservent les vers luisants,
    comme les érudits collectionnent
    des documents sacrés,
    je résistai à l'élan furieux de les enfermer
    dans une cage dorée et de leur donner chaque
    jour du millet et de la pulpe de melon rose.


    Como descubridores que en la selva
    entregan el rarísimo venado verde
    al asador y se lo comen con remordimiento,
    estiré los pies y me enfundé
    los bellos calcetines, y luego los zapatos.
    Y es esta la moral de mi Oda:
    Dos veces es belleza la belleza,
    y lo que es bueno es doblemente bueno,
    cuando se trata de dos calcetines
    de lana en el invierno.
     
    Comme les explorateurs qui dans la jungle
    livrent le très rare gibier vert
    à la broche et le mangent avec remords,
    j'étirai les pieds et j'enfilai
    les belles chaussettes, puis les souliers.
    Voici la morale de mon Ode:
    Par deux fois la beauté est beauté,
    et ce qui est bon est doublement bon,
    quand il s'agit de deux chaussettes
    de laine en hiver.
     
    Trad: Colette
  • Nicanor, l'anti...

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    Un séjour au Chili, ça vous dit?
    Pays qui, pour une raison que j'ignore, a eu et a plus de poètes(esses) qu'aucun autre pays d'Amérique Latine. Une bonne raison pour y rester un moment, non?
    J'y ai découvert d'excellents peintres aussi, ils nous accompagneront.

    ¡Qué os parece una estancia en Chile?
    País que, por una razón que ignoro, ha tenido y tiene mas poetas (poetisas) que ningún otro país de América Latina. Una buena razón para quedarnos allí un rato, ¿no?
    Descubrí también excelentes pintores, nos acompañaran.

     

    Inutile de présenter Pablo Neruda, nous n'en parlerons pas cette fois, ni la très célèbre Gabriela Mistral dont je n'ai jamais publié ici aucun poème; un manque d'affinité avec sa poésie.
    Inutil presentaros a Pablo Neruda, no hablaremos de él esta vez, ni de Gabriela Mistral, poeta celebre de la cual nunca presenté ningún poema aquí: una falta de afinidad con su poesía.

     

    Nicanor Parra: un personnage, une poésie absolument atypiques. Il a obtenu de nombreux prix, est le frère de la célèbre Violeta Parra et aura 100 ans en septembre 2014.
    Il est connu pour son “antipoesía” et le mouvement “antipoético” qui se caractérise par un style ironique, la moquerie, une vision critique des icônes de la culture et de la religion. Ce mouvement répond à une sorte d'anxiété de rupture associée, au moment où il est apparu, à l'envie d'être dissonant et de se libérer aussi de l'influence de Neruda.

     

    Nicanor Parra: un personaje, una poesía absolutamente atípicos. Obtuvo numerosos premios, es el hermano de la celebre Violeta Parra y cumplirá 100 años en septiembre 2014.
    Es conocido por su”antipoesía” y por el movimiento “antipoético” que se caracteriza por su estilo irónico, la burla, una visión crítica de los iconos de la cultura y de la religión. Ese movimiento respondía a un tipo de ansiedad de ruptura asociada, en el momento de su aparición, al anhelo de ser disonante y de librarse también de la influencia de Neruda.

     

     

    Humberto Parada (Chile)

     

     
    Aujourd'hui ce poème qui donne bien des clés pour comprendre le mouvement.
    Hoy este poema que da muchas claves para entender el movimiento.

     

    TEST

    Qu'est un antipoète:

     un commerçant d'urnes et de cercueils?

    un prêtre qui ne croit en rien?

     un général qui doute de lui-même?

     un vagabond qui rit de tout

     même de la vieillesse et de la mort?

     un interlocuteur au mauvais caractère?

     un danseur au bord de l'abîme?

     un narcisse qui aime tout le monde?

     un blagueur sanguinaire

     délibérément misérable?

     un poète qui dort sur sa chaise?

     un alchimiste des temps modernes?

     un révolutionnaire de poche?

     un petit bourgeois?

    un charlatan?
                              un dieu?
                                          un innocent?

     un villageois de Santiago de Chile?

     

     Soulignez la phrase que vous considérez correcte.

     

     
    Qu'est l'antipoésie:

     une tempête dans une tasse de thé?

     une tache de neige sur un rocher?

     un plateau plein d'excréments humains

     comme le croit le père Salvatierra?

     un miroir qui dit la vérité?

     une baffe à la figure

     du Président de la Société des Écrivains?

     (Que Dieu le garde dans son saint royaune)

     un avertissement aux jeunes poètes?

     un cercueil à réaction?

     un cercueil à force centrifuge?

     un cercueil à gaz de parafine?

     une chapelle ardente sans défunt?


    Marquez d'une croix

     la définition qui vous semble correcte.

      

    (Traduction: Colette)

     

     

    TEST

     

    1. Qué es un antipoeta:
      un comerciante en urnas y ataúdes?
      un sacerdote que no cree en nada?
      un general que duda de sí mismo?
      un vagabundo que se ríe de todo
      hasta de la vejez y de la muerte?
      un interlocutor de mal carácter?
      un bailarín al borde del abismo?
      un narciso que ama a todo el mundo?
      un bromista sangriento
      deliberadamente miserable?
      un poeta que duerme en una silla?
      un alquimista de los tiempos modernos?
      un revolucionario de bolsillo?
      un pequeño burgués?
      un charlatán?
                            un dios?
                                        un inocente?
      un aldeano de Santiago de Chile?

           Subraye la frase que considere correcta.



         Qué es la antipoesía:
         un temporal en una taza de té?
         una mancha de nieve en una roca?
         un azafate lleno de excrementos humanos
         como lo cree el padre Salvatierra?
         un espejo que dice la verdad?
         un bofetón al rostro
         del Presidente de la Sociedad de Escritores?
         (Dios lo tenga en su santo reino) 
         una advertencia a los poetas jóvenes?
         un ataúd a chorro?
         un ataúd a fuerza centrífuga?
         un ataúd a gas de parafina?
         una capilla ardiente sin difunto?

         Marque con una cruz
         la definición que considere correcta.

  • Attrape-mouches / Cazamoscas

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    La Reina Isabel cantaba rancheras / La Reine Isabel chantait des chansons d’amour.

    Roman- novela Hernán Rivera Letelier

     

    Je l’ai reçu en traduction française mais par chance (car je pestais un peu) il se trouve en espagnol sur la Toile. Par chance aussi la traduction est excellente, vraiment.

    Quatrième de couverture :

    « Dans une des compagnies salpêtrières perdues dans les vastes étendues délirantes du désert d’Atacama*, on enterre Isabel, une prostituée, qui y travaille depuis l’âge de 11 ans. Hernán Rivera Letellier, ancien mineur du salpêtre, nous raconte dans un style puissant et burlesque cet enterrement et la fin d’un univers à la fois désespéré et débordant de vitalité. »

    * Chili

     

    Me lo regalaron en francés pero por suerte, ya que me daba rabia, lo encontré en versión original en la Web. La traducción en francés es excelente y he aquí lo que pone en la contraportada.

    “En una de las compañías salitreras perdidas en las delirantes extensas llanuras del desierto de Atacama, se entierra a Isabel, una prostituta, que trabajaba allí desde los 11 años de edad. Hernán Rivera Letellier, antiguo minero de la salitrera, nos cuenta en un estilo potente y burlesco ese entierro y el fin de un universo a la vez desesperado y desbordante de vitalidad.”

     

     

    salitre03.jpg

     

     

    « Regardant l’Échasse du coin de l’oeil, les autres filles éclatèrent de rire à cause de la fine mouche. Car l’Échasse, prostituée à la peau blanchâtre, grande, maigre et légèrement voûtée était aussi surnommée, dans des cercles plus restreints, Sainte-Gobe-Mouche, à cause de son goût intempestif et peu hygiénique pour la capture de ce genre d’insectes. N’importe où et avec n’importe qui, l’Échasse ne pouvait se contrôler et, d’un revers de main, les attrapait en plein vol. Elle était même si habile dans ses gestes d’arachnide qu’elle pouvait attraper la suivante sans laisser s’échapper la précédente et ainsi de suite, jusqu’à réunir cinq mouches vivantes dans son poing fermé. Son geste précis et rapide pour donner le coup de patte était brusque et réflexe comme un tic. Elle ne pouvait pas comprendre comment les autres, avec des armes aussi contondantes qu’un journal plié ou un de ces horribles tapettes en plastique, pouvaient manquer leur coup à un bras de distance, tandis qu’elle, surtout dans la chaleur bourdonnante de l’été des salpêtrières, était capable de les cueillir même absorbée dans la lecture d’un roman-feuilleton ou de les saisir au vol en marchant au milieu des gens dans la rue. « Avec vos revers ratés vous n’êtes bons qu’à laisser ces pauvres mouches toutes décoiffées avec un souffle au cœur », disait l’Échasse sans la moindre vanité. Dans les navires la rumeur prétendait que pendant ses heures de travail, tandis que son client haletait et respirait bruyamment, elle sortait brusquement sa main par-dessous et, sans perdre le rythme de ses trémoussements, rapide comme un serpent, elle se faisait deux ou trois mouches par passe. On disait même qu’elle les gobait quand personne ne la voyait.

     

    Et ce matin-là dans l’église, pendant les quelques instants de l’entrevue, tandis qu’elle écoutait avec une profonde attention les paroles du curé, sous les yeux médusés de l’un et à la grande honte de Croque Monsieur, l’Échasse attrapa machinalement trois mouches catholiques. »

    (Édition Métailié, trad. de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg)

     

    moscas-juego.jpg

     

    Mirando de reojo a la Garuma, las demás niñas estallaron en risas con lo de mosquita muerta. Y es que a la Garuma, prostituta de piel blanquecina, alta y flaca y ligeramente encorvada, se le conocía también en círculos más estrechos como la Mosquita Muerta; y esto por una instintiva y poco higiénica afición que tenía de andar cazando siempre estos insectos. Estuviera donde estuviera y se hallara con quien se hallara, la Garuma no podía controlar su manía de sacar el manotazo y atraparlas en el aire. Y era tan ducha en su arácnido ademán que, como en el juego de la payaya, podía atrapar la siguiente sin que se le escapara la anterior hasta juntar cinco o más moscas vivas en el puño de la mano. Su ademán limpio y rápido de dar el zarpazo, era tan súbito y reflejo como un tic. Y no entendía cómo los demás cristianos, con armas tan contundentes como un diario plegado o uno de esos horribles matamoscas de plásticos, podían errar sus mandobles a un brazo de distancia, cuando ella, sobre todo en el calor zumbante del verano salitrero, era capaz de apañarlas concentrada en la lectura de alguna fotonovela o de agarrarlas al vuelo caminando tranquilamente entre la gente de la calle, «Ustedes con sus manotazos fallidos no hacen sino dejar a las pobres moscas todas despeinadas o con soplo al corazón», decía, sin ningún asomo de alarde, la Garuma. En el ambiente de los buques corría el rumor de que en sus horas de trabajo,"en medio de los jadeos y resuellos de su cliente, súbitamente sacaba una mano por debajo y, sin perder el ritmo del bamboleo, con la rapidez de una serpiente, se cazaba dos o tres moscas por polvo. Algunos comentaban que cuando no miraba nadie, se las comía.

     

    Y aquella mañana en la iglesia, en el corto tiempo que duró la entrevista, mientras oía con abismada atención las palabras del cura, ante la mirada atónita de éste y la vergüenza ajena de la Pan conQueso, la Garuma se atrapó maquinalmente tres moscas católicas.”