chansons d'amour et une chanson désespérée

  • Une faim inutile / Un hambre inútil

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    Dans ce poème, Pablo Neruda dit la nature, la mer, alliées à l’absence d'amour ou plutôt d'un amour. Lu à voix haute il sonne bien, très bien même en espagnol; je crois qu'en traduction il n'est pas trop mal non plus...
     
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    Ici je t’aime.
    Dans les pins sombres se démêle le vent.
    La lune étincelante luit sur les eaux vagabondes.
    Et les jours, tous égaux, se poursuivent.
     
    La brume se défait en figures dansantes.
    Une mouette argentée se décroche du crépuscule.
    Une voile parfois. Hautes, hautes étoiles.
     
    Ou la croix noire d’un bateau.
    Seul.
    Je me lève parfois à l’aube, et même mon âme est humide.
    Sonne, résonne la mer lointaine.
    Voici un port.
    Ici je t’aime.
     
    Ici je t’aime, en vain te cache l’horizon.
    Je t’aime encore parmi ces froides choses.
    Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
    qui courent sur la mer sans
    jamais arriver.
     
    Je me vois oublié comme ces vieilles ancres.
    Si tristes sont les quais lorsque le soir accoste.
    Ma vie est fatiguée de sa faim inutile.
    J’aime ce que je n’ai pas. Toi tu es si distante.
     
    Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
    Mais la nuit vient, chante
    déjà pour moi .
    La lune fait tourner ses rouages de songe.
     
    Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
    Du même amour que moi, les grands pins dans le vent
    veulent chanter ton nom de leurs feuilles de fer.
     
    Pablo NERUDA, Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (1923-1924)
    Trad Colette inspirée de celle de Pierre Thiollière
     
     
     
    Aquí te amo.
    En los oscuros pinos se desenreda el viento.
    Fosforece la luna sobre las aguas errantes.
    Andan días iguales persiguiéndose.

    Se desciñe la niebla en danzantes figuras.
    Una gaviota de plata se descuelga del ocaso.
    A veces una vela. Altas, altas estrellas.

    O la cruz negra de un barco.
    Solo.
    A veces amanezco, y hasta mi alma está húmeda.
    Suena, resuena el mar lejano.
    Este es un puerto.
    Aquí te amo.

    Aquí te amo y en vano te oculta el horizonte.
    Te estoy amando aún entre estas frías cosas.
    A veces van mis besos en esos barcos graves,
    que corren por el mar hacia donde no llegan.

    Ya me veo olvidado como estas viejas anclas.
    Son más tristes los muelles cuando atraca la tarde.
    Se fatiga mi vida inútilmente hambrienta.
    Amo lo que no tengo. Estás tú tan distante.

    Mi hastío forcejea con los lentos crepúsculos.
    Pero la noche llega y comienza a cantarme.
    La luna hace girar su rodaje de sueño.

    Me miran con tus ojos las estrellas más grandes.
    Y como yo te amo, los pinos en el viento,
    quieren cantar tu nombre con sus hojas de alambre.
     
    Pablo Neruda