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  • Chanter cui-cui / Cantar pío-pío

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    Encore un poème de Juan Gelman, fort différent, quoique...

     

    Sur la poésie

    Juan Gelman



    il y aurait deux choses à dire /
    que personne ne la lit beaucoup /
    que ce personne c’est très peu de gens /
    que tout le monde ne pense qu’au problème de la crise mondiale / et
     

    au problème de manger tous les jours / il s’agit
    d’un sujet important / je me rappelle
    quand l’oncle juan est mort de faim /
    il disait qu’il ne se souvenait même pas de manger et qu’il n’y avait pas de problème /
     

    mais le problème vint plus tard /
    il n’y avait pas d’argent pour le cercueil /
    et quand finalement le camion municipal passa pour l’emporter
    l’oncle juan ressemblait à un petit oiseau /
     

    ceux de la municipalité le regardèrent avec mépris et dédain / ils murmuraient
    qu’on leur casse toujours les pieds /
     qu’eux ils étaient des hommes et qu’ils enterraient des hommes / et non
    des oisillons comme l’oncle juan / spécialement
     

    parce que l’oncle s’était mis à chanter cui-cui tout le long du voyage au crématorium municipal /
    ce qui leur avait semblé un manque de respect dont ils étaient très offensés /
    et quand ils lui donnaient une tape pour qu’il ferme sa boîte /
    le cui-cui volait dans la cabine du camion et ils sentaient que ça leur faisait cui-cui dans la tête


    / l’oncle juan était comme ça / il aimait chanter /
    et il ne voyait pas pourquoi la mort était une raison pour ne pas chanter /
    il entra dans le four en chantant cui-cui / on sortit ses cendres elles piaillèrent un moment /
    et les compagnons municipaux regardèrent leurs chaussures grises de honte / mais
     

    pour en revenir à la poésie /
    les poètes aujourd’hui vont assez mal /
    personne ne les lit beaucoup / ce personne c’est très peu de gens /
    le métier a perdu son prestige / pour un poète c’est tous les jours plus difficile
     

    d’obtenir l’amour d’une fille /
    d’être candidat à la présidence / d’avoir la confiance d’un épicier /
    d’avoir un guerrier de qui chanter les exploits /
    un roi pour lui payer trois pièces d’or le vers /
     

    et personne ne sait si ça se passe comme ça parce qu’il n’y a plus de filles / d’épiciers / guerriers / de rois /
    ou simplement de poètes /
    ou les deux choses à la fois et il est inutile
    de se casser la tête à penser au problème /
     

    ce qui est bon c’est de savoir qu’on peut chanter cui-cui
    dans les plus étranges circonstances /
    l’oncle juan après sa mort / moi à présent
    pour que tu m’aimes

     

    Vers le sud et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 2014 

    Traduction : Jacques Ancet

     

     

     

                                    La voix (voz) de Juan Gelman recitant son poème

     

      SOBRE LA POESÍA

    habría un par de cosas que decir/
    que nadie la lee mucho/
    que esos nadie son pocos/
    que todo el mundo está con el asunto de la crisis mundial/ y


    con el asunto de comer cada día/se trata
    de un asunto importante/recuerdo
    cuando murió de hambre el tío juan/
    decía que ni se acordaba de comer y que no había problema/


    pero el problema fue después/
    no había plata para el cajón/
    y cuando finalmente pasó el camión municipal a llevárselo
    el tío juan parecía un pajarito/


    los de la municipalidad lo miraron con desprecio o desdén/
    murmuraban
    que siempre los están molestando/
    que ellos eran hombres y enterraban hombres/y no


    pajaritos como el tío juan/especialmente
    porque el tío estuvo cantando pío-pío todo el viaje
    hasta el crematorio municipal/
    y a ellos les pareció un irrespeto y estaban muy ofendidos/


    y cuando le daban un palmetazo para que se callara la boca/
    el pío-pío volaba por la cabina del camión y ellos sentían que
    les hacía pío-pío en la cabeza/el
    tío juan era así/le gustaba cantar/


    y no veía por qué la muerte era motivo para no cantar/
    entró al horno cantando pío-pío/salieron sus cenizas y piaron un rato/
    y los compañeros municipales se miraron los zapatos grises de vergüenza/pero
    volviendo a la poesía/


    los poetas ahora la pasan bastante mal/
    nadie los lee mucho/esos nadie son pocos/
    el oficio perdió prestigio/para un poeta es cada día más difícil
    conseguir el amor de una muchacha/


    ser candidato a presidente/que algún almacenero le fíe/
    que un guerrero haga hazañas para que él las cante/
    que un rey le pague cada verso con tres monedas de oro/
    y nadie sabe si eso ocurre porque se terminaron


    las muchachas/los almaceneros/los guerreros/los reyes/
    o simplemente los poetas/
    o pasaron las dos cosas y es inútil
    romperse la cabeza pensando en la cuestión/


    lo lindo es saber que uno puede cantar pío-pío
    en las más raras circunstancias/
    tío juan después de muerto/yo ahora
    para que me quier
    as/

  • Après la nuit / Después de la noche

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    Parfois, en très peu de mots, des poètes arrivent à concentrer une longue histoire.

     Juan Gelman que vous avez souvent rencontré sur ce blog, et dont l’histoire personnelle, absolument tragique mais illuminée vers la fin (cet article le raconte vraiment bien), est joliment résumée dans ce court poème qui ne peut, je crois, bien se comprendre qu’en connaissant les drames de sa vie.



    La victoire

     

    Juan Gelman

     

    Dans un livre de vers éclaboussé

    d'amour, de tristesse, du monde,

    mes enfants ont dessiné des femmes jaunes,

    des éléphants qui avancent sur des parapluies rouges,

    des oiseaux arrêtés au bord d'une page,

    ils ont envahi la mort,

    le grand chameau bleu repose sur le mot cendre,

    une joue glisse sur la solitude de mes os,

    la candeur vainc le désordre de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

  • Voix / Voz

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    Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles ; et l'harmonie la plus douce est le son de voix de celle que l'on aime. “

    Jean de La Bruyère



    Pourquoi diable cette citation aujourd’hui penserez vous avec raison.
    Et bien, vous me connaissez un peu, pour introduire ce court poème
    d’Alejandra Pizarnik.

     

    Présence
    ta voix
    là où les choses ne peuvent s’extraire
    de mon regard
    elles me dépouillent
    font de moi une barque sur un fleuve de pierres
    si ce n’est ta voix
    pluie seule dans mon silence de fièvres
    tu me détaches les yeux
    et s’il te plaît
    que tu me parles
    toujours

     

    (traduction Silvia Baron Supervielle)

     

                               Paul Klee, harmonie des couleurs.

     

     

    Presencia - Pizarnik

     

     

    tu voz

    en este no poder salirse las cosas

    de mi mirada

    ellas me desposeen

    hacen de mí un barco sobre un río de piedras

    si no es tu voz

    lluvia sola en mi silencio de fiebres

    tú me desatas los ojos

    y por favor

    que me hables

    siempre

  • Il y a...

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    (Cette version n'est disponible que si vous cliquez sur le lien Yoube qui apparaît)

     


    Mais voici une version au saxophone très intéressante.

     

     

     Aujourd'hui, il y a 100 ans, naissait Astor Piazzola, le maître du tango Argentin, vous le connaissez sûrement.

     

    J'ai choisi ce titre, pas le plus connu,  "Ausencias" (Absences), car ce 11 mars est aussi la date où eut lieu en 2011 le terrible tremblement de terre au Japon avec les conséquences que nous avons peut-être un peu oubliées mais dont les Japonais souffrent encore, et pour longtemps.

     

     

  • Nous rendre idiots / Volvernos tontos

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     J’ignore à quel moment de sa vie J.R Wilcock, homme culte s’il en était, écrivit ce poème, ou plutôt ces réflexions.  Mais, pour une raison ou une autre, il devait être en pétard contre les idée reçues. Bienvenu donc !

     

     

     

    HORS DES LIMBES PAS D’ÉLYSÉE*

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La société t’enseigne: ceci est beau,

    est bon, est vrai, et tu ne dois pas faire cela.

     

    À chaque homme elle offre, déjà bien établies, l’éthique,

    la métaphysique, la logique et l’esthétique.

     

    Mais, de temps en temps, apparaît un voyant

    qui explique aux autres que rien n’est vrai.

     

    Ensuite il disparaît et la société s’emploie

    à déformer le sens de son œuvre.

     

    Il est vraiment curieux, alors qu’elle est nous-mêmes,

    qu’elle s’obstine tant à nous rendre idiots.

     

    Quelle communauté du monde animal

    enseigne aux siens l’art de se faire du tort?

     

    Mais les animaux ne possèdent pas, c’est vrai,

    la faculté d’exprimer la pensée.

     

    L’homme, par contre, est un être extraordinaire,

    il ne peut se réjouir que s'il jouit du vocabulaire..

     

    Prenons, par exemple, le mot heureux:

    s’il n’existait pas, qui serait malheureux?

     

    Il en va de même avec le mot honneur,

    avec l’histoire, avec Dieu et avec l’amour.

     

    Essayez de renoncer aux concepts abstraits

    et de vivre en ne prêtant attention qu’aux faits.

     

    On vous expulsera immédiatement de la société

    et vous retournerez aux limbes des premiers âges.

    (Trad:Colette)

     

    * L'Élysée ou les champs Élysées, dans la mythologie grecque, font partie des Enfers.

     

    (Note: Peinant à trouver une illustration pour ce billet, j'ai tapé Eliseo, et voilà qu'est apparu un peintre catalan intéressant, Eliseo Meifrén Roig)

                                                   

     


                                 Mallorca, noche de luna, Eliseo Meifren Roig

     

     

     

     

    FUERA DEL LIMBO NO HAY ELISEO

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La sociedad te enseña: esto es bello,
    es bueno, es verdadero, y no debes hacer aquello.

    A cada hombre le ofrece, ya establecidas, la ética,
    la metafísica, la lógica y la estética.

    Mas, de vez en cuando, surge un vidente
    que explica a los demás que nada es verdadero.

    Luego desaparece y la sociedad se dedica
    a tergiversar el sentido de su obra.

    Es en verdad curioso que siendo ella nosotros mismos
    tanto se empeñe en volvernos tontos.

    ¿Qué comunidad del mundo animal
    enseña a los suyos el arte de hacerse daño?

    Pero los animales no poseen, es cierto,
    la facultad de expresar el pensamiento.

    El hombre, en cambio, es un ser extraordinario,
    sólo goza si goza el vocabulario.

    Tomemos, por ejemplo, la palabra feliz:
    si no existiera, ¿quién sería infeliz?

    Lo mismo ocurre con la palabra honor,
    con la historia, con Dios y con el amor.

    Tratad de renunciar a los conceptos abstractos
    y de vivir atendiendo solamente a los hechos.

    Os expulsarán de inmediato de la sociedad
    y regresaréis al limbo de la primera edad.

     

  • Emmène-moi J.R. Wilcock / Llévame

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    Juan Rodolfo Wilcock, ( Argentine 1919-Italie 1978) est un poète peu connu qui écrit tant en espagnol qu'en italien et très intéressant dans ses genres variés; nous l’avons déjà croisé ici

    J. R. Wilcock, (Argentina 1919-Italia 1978) poeta poco conocido, y muy interesante en sus estilos diversos; ya lo hemos cruzado aquí.

    Le poème d’aujourd’hui est à la fois court et long car, vous le verrez: à part les 3 premiers vers, il n’est constitué que d’une seule longue phrase, presque à perdre haleine…Écrit en italien, le voici traduit en français et espagnol.

     

    Un poema a la vez corto y largo ya que, lo veréis, excepto los tres primeros versos, está constituido por una sola frase larga, para perder casi el aliento...Escrito en italiano, aquí la traducción al español por Guillermo Piro.



    Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi

     

    Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi.

    Devant un saint ou une vierge, qui

    dirait "viens, on va à Tunis ?".

    Et si l'image sortait faire un tour,

    qui ne voudrait l'accompagner, qui ?

    À trente mètres je vois très bien,

    je voudrais toujours te suivre à trente mètres,

    et parfois, près d'une rivière ou d’une fontaine,

    m'approcher de cet éclat fabuleux,

    quand tu dors, te reposes ou souris,

    pour, la nuit venue, me reclure dans l'obscurité

    et constater que je brille aussi par moi-même

    et qu'au-delà de l'enregistreur

    avec ta voix gravée sur la bande

    se condensent des apparences lumineuses

    qui en d'autres temps s'appelaient des anges,

    des formes suspendues, des esprits novices

    qui de toi veulent apprendre, en ces lieux étranges,

    pureté et tendresse,

    modestie, vérité et autres arts angéliques

    jamais vus réunis, ni en ces lieux-là ni ailleurs,

    ou comment une nation entière se rend

    en baissant simplement les paupières.

    (Trad Colette)

     

     Xeneize19 (Xeneize19) en Pinterest

     

     

     

    No digo ven conmigo, digo llévame

     

    No digo ven conmigo, digo llévame.

    Delante de un santo o de una virgen ¿quién

    diría: "ven ¿vamos a Túnez?".

    Y si la imagen saliera a dar vueltas

    ¿quién no querría acompañarla, quién?.

    A treinta metros veo muy bien,

    quisiera seguirte siempre a treinta metros,

    y a veces, cerca de un río o de una fuente,

    acercarme a ese fabuloso fulgor,

    cuando duermes, reposas o sonríes,

    para después a la noche recluirme en la oscuridad

    y comprobar que brillo también por mí mismo

    y que más allá del grabador

    con tu voz registrada en la cinta

    se condensan apariencias luminosas

    que en otros tiempos se llamaban ángeles,

    formas suspendidas, espíritus aprendices

    que de ti quieren en aquellos extraños parajes

    aprender pureza y ternura,

    recato, verdad y otras artes angelicales

    jamás vistas juntas, ni en aquellos lugares ni en otros,

    o cómo se rinde una nación entera

    bajando los párpados simplemente.

    (Trad: Guillermo Piro)

     

    Vieni con me non dico, dico portami.

    Vieni con me non dico, dico portami.
    Davanti a un Santo o a una Madonna chi
    direbbe, « vieni, andiamo in Tunisia »? 
    Ma se l’immagine se ne andasse in giro
    chi non vorrebbe accompagnarla, chi?
    A trenta metri vedo molto bene,
    vorrei seguirti sempre a trenta metri,
    e a volte, presso un fiume o una fontana,
    avvicinarmi a tanto irraggiamento,
    se dormi, se riposi, se sorridi,
    per poi la sera chiudermi nel buio
    e accertare che splendo anche da solo
    e che al di sopra del registratore
    col nastro inciso con la tua voce
    si addensano apparenze luminose
    che in altri tempi si chiamavano angeli,
    forme sospese, spiriti apprendisti
    che da te vogliono in quei rari paraggi
    imparare purezza e tenerezza,
    ritegno, verità e altre arti angeliche
    mai viste insieme, né in quei luoghi né altrove,
    o come si asservisce una nazione
    abbassando le palpebre semplicemente.

  • Il me manque / Lo extraño

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    Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
    Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.
     
    Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

     
    Ancré à Paris 
     
    Juan Gelman (1930-2014).

    Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
    on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
    il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
    mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.
     
    Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
    sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
    il regardait les Français par la fenêtre du café
    et disait ”les idiots font des enfants”-
     
    Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
    provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
    les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
    en regardant sa crinière dans le miroir du café.
     
    Oui, il me manque beaucoup,
    il ne payait jamais l’addition,
    mais indiquait le pourboire à laisser
    et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.
     
    Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
    il retournait à son bureau*, comme il disait,
    non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
    fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.
     
    Il me manque vraiment beaucoup,
    ses yeux s’emplissaient parfois de désert
    mais il savait se taire comme un frère
    quand, ému, ému,
    je lui parlais de Carlitos Gardel.
     
    Trad: Colette
    *En français dans le texte
     
     
     
    Anclao en París

    Al que extraño es al viejo león del zoo,
    siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
    me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
    pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.

    De todos modos me encantaba su elegancia,
    su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
    miraba a los franceses por la ventana del café
    y decía “los idiotas hacen hijos”.

    Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
    le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
    “las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
    mirándose la melena en el espejo del café.

    Sí, lo extraño mucho,
    nunca pagaba la cuenta,
    pero indicaba la propina a dejar
    y los mozos lo saludaban con especial deferencia.

    Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
    él regresaba a son bureau, como decía,
    no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
    “ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.

    Lo extraño mucho verdaderamente,
    sus ojos se llenaban a veces de desierto
    pero sabía callar como un hermano
    cuando emocionado, emocionado,
    yo le hablaba de Carlitos Gardel.
     

    Juan Gelman (1930-2014).

  • Ils brisent le mythe de la mort / Rompen el mito de la muerte

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    Les plus vieux / Los más viejos

    Rafael Felipe Oteriño (Argentina 1945)

    Acostumbrados a caminar por la sombra,
    los más viejos tienen conductas extravagantes:
    van al mercado, cultivan flores,
    como si la muerte no fuera un telón sino un reto
     

    Habitués à marcher dans l'ombre

    les plus âgés ont des conduites extravagantes:

    ils vont au marché, cultivent des fleurs,
    comme si la mort n'était pas un rideau mais un défi.


    Guardan la moneda de hoy para el concierto de mañana,
    anotan, con tinta gruesa, los números de teléfono,
    mantienen una conversación con los difuntos,
    disimulando las ofensas para que no parezcan excesivas.
     
    Ils gardent la monnaie d'aujourd'hui pour le concert de demain,
    ils notent, à l'encre épaisse, les numéros de téléphone,
    entretiennent des conversations avec les défunts,
    et dissimulent les offenses pour qu'elles ne semblent pas excessives.
     

    Adolf Humborg (1847-1921)
     
    Dicen que fueron felices,
    aunque las pruebas demuestran lo contrario,
    hablan de los hijos como si los vieran a diario,
    comienzan un tejido y aprenden computación.
     
    Ils disent qu'ils furent heureux,
    bien que les preuves démontrent le contraire,
    parlent des enfants comme s'ils les voyaient tous les jours,
    commencent un tricot et apprennent l'informatique.
     
    No hay en ellos señales de alarma
    ni sueños malos que los persigan,
    no se sienten hostigados ni piden auxilio,
    sus relojes no marcan las horas a menos que se rompan.
     
    En eux pas de signaux d'alarme
    ni de mauvais rêves qui les poursuivent,
    ils ne se sentent pas harcelés et ne demandent pas d'aide,
    à moins de se rompre, leurs montres ne marquent pas les heures.

     
    Cecilio Pla y Gallardo / Hombre en la playa

    Maestros de lo improbable,
    pasan muchas horas con las ventanas abiertas,
    están y no están en sus sillas caldeadas, son y no son.
     
    Maîtres de l'improbable,
    ils passent de nombreuses heures les fenêtres ouvertes,
    ils sont et ne sont pas sur leurs chaises chaudes, ils sont et ne sont pas.


    Barren la vereda como si nada estuviera a punto de estallar,
    como si los cuatro puntos cardinales
    no se hubieran fundido, para ellos, en uno solo.
     
    Ils balayent le trottoir comme si rien n'était sur le point d'exploser
    comme si les quatre points cardinaux
    pour eux ne s'étaient pas fondus en un seul.

    Rompen el mito de la muerte,
    sumando un anillo más al árbol que los cobija.
    Dicen que fueron felices.
     
    Ils brisent le mythe de la mort,
    ajoutant un anneau de plus à l'arbre qui les abrite.
    Ils disent qu'ils furent heureux.

    Rafael Felipe Oteriño (La Plata, 1945), Viento extranjero,

    Trad:Colette
     

  • Dialogues avec nous-mêmes / Diálogos con nosotros mismos

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    Né en Italie en 1886, Antonio Pochia a passé toute sa vie en Argentine où il mourut en 1949.
    Au début des années 40 il a réuni ses Voix, ses aphorismes, dans un recueil. VOCES /VOIX. (traduit en français par Roger Caillois en 1949).
     
    L’aphorisme est, selon le dictionnaire: Phrase, sentence qui résume en quelques mots une vérité fondamentale ou énoncé succinct d'une vérité banale mais il est aussi une forme authentique et profonde de dialogue avec soi-même.
    Il aide l’écrivain et le lecteur à maintenir les yeux ouverts, à être lucides, à  illuminer des zones de la pensée occulte en niant, doutant, découvrant,
     
    Les aphorismes de Porchia me semblent moins noirs que ceux de Cioran. Je vous en propose quelques uns, en lire beaucoup à la fois sature l’esprit:-)

     

     

     

    https://www.quo.es/ser-humano/a62471/curiosa-escultura-de-un-pensador-encontrada-en-israel/

     

     



    * L’homme ne va nulle part. Tout vient à l’homme, comme le lendemain.
     
    * Si tu ne lèves pas les yeux, tu croiras que tu es le point le plus haut.

     

    https://www.esculturaurbanaaragon.com.es/ninosentado.htm

    * Quand toi et la vérité me parlent, je n’écoute pas la vérité. Je t’écoute toi.

     
    * Oui, c’est ça le bien: pardonner le mal. Il n’y a pas d’autre bien.

     
    * Tu ne vois pas le fleuve de pleurs parce qu'il lui manque une larme de toi
    .

    (Trad: Colette)
     (En lire plus ici.)

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    Nacido en Italia en 1886, Antonio Porchia pasó toda su vida en Argentina donde murió en 1949.
    A principios de los años 40, reunió sus VOCES, sus aforismos en un libro.
     
    El aforismo es, según el diccionario “Frase o sentencia breve y doctrinal que se propone como regla en alguna ciencia o arte”, pero es también una forma auténtica y profunda de diálogo con uno mismo.
    Ayuda al escritor y el lector a mantener los ojos abiertos, a ser lúcido, a iluminar las zonas del pensamiento oculto negando, dudando, descubriendo.
     
    Los aforismos de Porchia me parecen menos negros que los de Cioran, os propongo unos pocos ya que muchos a la vez satura la mente:-)


    * El hombre no va a ninguna parte. Todo viene al hombre, como el mañana.

    * Si no levantas los ojos, creerás que eres el punto más alto.


    http://marthadicroce.blogspot.com/2016/08/


     * Cuando tú y la verdad me hablan, no escucho a la verdad. Te escucho a ti.

    * Sí, eso es el bien: perdonar el mal. No hay otro bien.


    * El río del llanto no lo ves, porque le falta una lágrima tuya


    Fuente: http://www.materialdelectura.unam.mx/images/stories/pdf5/antonio-porchia-133.pdf

  • Je visite la vie / Visito la vida

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    Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.”
    G. Bachelard.
    Roberto Juarroz est sans aucun doute un poète qui emploie l’imagination, les images, pour étudier, analyser le réel. Ce poème illustre bien, je trouve, le propos de G. Bachelard.

    Un nuage m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    son contour dans le vent. 

     
    Une ombre m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    le poids d’un autre corps. 

     
    Une bouffée d’images m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    l’irréligion du rêve. 

     
    Une absence m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    mon image dans le temps. 

     
    Et moi je visite la vie.
    Je lui laisserai en m’en allant
    la grâce de ces restes.

    Roberto Juarroz

    Poésie verticale, traduction Roger Munier

    Hace falta que la imaginación coja demasiado para que el pensamiento tenga suficiente”. G. Bachelard.
    Roberto Juarroz es, sin duda, un poeta que usa la imaginación, las imágenes, para estudiar, analizar la realidad. Este poema ilustra bien el propósito de G. Bachelard.
     
    Me visitó una nube.
    Y me dejó al marcharse
    su contorno de viento.
     
    Me visitó una sombra.
    Y me dejó al marcharse
    el peso de otro cuerpo.
     
    Me visitó una ráfaga de imágenes.
    Y me dejó al marcharse
    la irreligión del sueño.
     
    Me visitó una ausencia.
    Y me dejó al marcharse
    mi imagen en el tiempo.
     
    Yo visito la vida.
    Le dejaré al marcharme
    la gracia de estos restos.
     
    Roberto Juarroz

  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     

  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     
  • Seulement voir / Solamente ver

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    Roberto Juarroz, 1925-1995; poète Argentin, un des meilleurs selon l'avis général et le mien en particulier:-)
    Son oeuvre est réunie sous un unique titre: Poésie Verticale.
    "Dans l'un de ses derniers recueils, Treizième poésie verticale, publié en 1993, Roberto Juarroz forme le vœu de parvenir à « dessiner les pensées comme une branche se dessine sur le ciel ».(wiki)

     

     

    Ventana, Ernest Descals




    Il dessinait partout des fenêtres.
    Sur les murs trop hauts,
    sur les murs trop bas,
    sur les parois obtuses, dans les coins,
    dans l'air et jusque sur les plafonds.


    Il dessinait des fenêtres comme s'il dessinait des oiseaux.
    Sur le sol, sur les nuits,
    sur les regards tangiblement sourds,
    sur les environs de la mort,
    sur les tombes, les arbres.

    Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
    Mais jamais il ne dessina une porte.
    Il ne voulait ni entrer ni sortir.
    Il savait que cela ne se peut.
    Il voulait seulement voir : voir.
    Il dessinait des fenêtres.

     

     Partout.

     

    (Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)
     
    Roberto Juarroz 1925-1995, considerado como el mejor poeta argentino de su tiempo, así lo veo yo también, reunió toda su obra bajo un mismo título, Poesía Vertical.
    En su Trigésima y última Poesía Vertical, 1993, emite el deseo de dibujar los pensamientos como una rama se dibuja sobre el cielo.
     
     
    Beatriz Kohn, Caracas, 1939
     
     
    Dibujaba ventanas en todas partes.
    En los muros demasiado altos,
    en los muros demasiado bajos,
    en las paredes obtusas, en los rincones,
    en el aire y hasta en los techos. 
     
    Dibujaba ventanas como si dibujara pájaros.
    En el piso, en las noches,
    en las miradas palpablemente sordas,
    en los alrededores de la muerte,
    en las tumbas, los árboles. 
     
    Dibujaba ventanas hasta en las puertas.
    Pero nunca dibujó una puerta.
    No quería entrar ni salir.
    Sabía que no se puede.
    Solamente quería ver: ver.
    Dibujaba ventanas. 
     
    En todas partes.
     
  • Vaillante Alfonsina II / Valiente Alfonsina II

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     (Suite du billet précédent)
     
    Sa vie est plus que remplie ces années-là : elle publie de la poésie, dicte des conférences et est professeur dans une école publique, dans une académie de musique et donne des cours du soir...elle est heureuse. Mais vers les années '20 cet excès de travail la mène à un épuisement physique et émotionnel, on dirait burn out de nos jour...repos total à la Mar de Plata. Mais bien vite Alfonsina a besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son fils et elle reprend son rythme. 
    Trop vite.
     
    Su vida esta más que ocupada durante esos años : publica poesía, da conferencias, es profesora en una escuela publica, también en una academia de música e imparte cursos nocturnos… es feliz. Pero hacia los años '20 este exceso de trabajo la lleva a un agotamiento físico y emocional (ahora diríamos burn out) acaba en una cura de reposo total en el Mar de Plata. Sin embargo, Alfonsina, pronto necesitará dinero para cubrir las necesidades de su hijo y retomará su ritmo. Demasiado pronto.
     
    Alfonsina, Mar de Plata
     
     
    Vers la fin des années vingt, et malgré ses crises nerveuses, c’est une femme qui a acquis une renommée dans un milieu masculin, qui siège avec de grands noms de la vie intellectuelle, dont HoracioQuiroga avec qui elle a eu une relation intime.
    A finales de los años veinte, y a pesar de sus crisis nerviosas, es una mujer que ha adquirido notoriedad en un medio eminentemente masculino, que tiene su sitio entre los grandes nombres de la vida intelectual como el de Horacio Quiroga con el que tuvo una relación intima.
     
    Si jusque là sa poésie avait une forme très traditionnelle, dans “Ocre” publié en 1925 (elle a 33 ans) ses vers deviennent plus introspectifs, ses autoportraits plus ironiques, elle ose même élaborer une théorie sexuelle dans une trilogie.
    Elle a maintenant découvert que la cause de ses douleurs n’est pas les hommes mais elle-même . Que ces derniers ne peuvent que lui apporter des amours éphémères mais, comme elle vit les meilleurs moments de sa vie, cela ne la préoccupe pas. Tout comme la laissent indifférente certains critiques qui la traitent d’immorale.
    Si hasta ahora su poesía tenia una forma bastante tradicional, en « Ocre » a partir de 1925 (tiene 33 años) sus poemas se vuelven más introspectivos, sus autorretratos más irónicos, osa, incluso, elaborar una teoría sexual. Ha descubierto que la causa de sus dolores no son los hombres sino ella misma. Que estos últimos tan solo pueden aportarla amores efímeros. Pero ni eso, ni cierta criticas que la tratan de inmoral, la preocupan.
     
     
     
    Mais, vous l’attendiez, les choses commencent à se gâter. D’abord par la représentation d’une pièce de théâtre qu’elle a écrite, sa première, où ses idées féministes sont interprétées comme des accusations contre les hommes, et qui est suspendue après trois représentations. Elle en est très peinée et indignée.
    Ensuite les Ultraïstes, ce nouveau mouvement poétique argentin, lancent des critiques acerbes sur ses vers intimistes.
    Elle décide alors de voyager, connaît la “Génération de ‘27”, va à Paris et en rentrant son style change; elle se libère de la forme, et adopte une façon plus visuelle de représenter les émotions, une vision du monde instable et précaire, des images qui nous arrivent “chargées de violence et tensions; l’angoisse métaphysique est l’épine dorsale de ses poèmes”.*
    Pero, ustedes lo esperaban, las cosas empiezan a estropearse. Primero por la representación de su primera obra de teatro en la que sus ideas feministas son interpretadas como acusaciones contra los hombres y que es suspendida después de tres representaciones. Esto la deja apenada e indignada.
    Después por las acerbas criticas sobre sus versos intimistas que lanzan los Ultraístas, un nuevo movimiento poético argentino.
    Decide viajar, conoce la « Generación del 27 », visita París y otras ciudades europeas y a la vuelta su estilo cambia; se libera de la forma y adopta una manera mas visual de representar las emociones, una visión del mundo inestable y precaria; imágenes que nos llegan « cargadas de violencia y tensión ; la angustia metafísica es la espina dorsal de sus poemas ».*
     
     
    À Paris
     
    Quatre ans plus tard elle publie “Mascarilla y trébol” où dominent les images sombres, parfois grotesques: c’est le moment où on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle vit affreusement mal la mutilation et durant les deux années suivantes, son état empirant, elle voit clairement venir la mort.
    À ce moment-là également, Alfonsina qui est découragée et souffre énormément,  reçoit la nouvelle que son très cher ami Horacio Quiroga, ainsi que sa fille Eglé qu’Alfonsina aimait beaucoup, se sont suicidés.
    Nous savons, par un poème dédié à Quiroga, qu’elle admirait la décision courageuse de l’écrivain ; suicide décidé, libre. 

     
    Cuatro años más tarde publica « Mascarilla y trébol »libro en el que dominan imágenes sombrías, grotescas algunas veces : es el momento en que ha sido diagnosticada de cáncer de pecho. Vive muy mal esta mutilación y su estado, que no hace más que empeorar, la lleva a ver claramente venir la muerte. Al mismo tiempo recibe la noticia de que Su gran amigo Horacio Quiroga y su hija se han suicidado. Sabemos, por un poema dedicado a Quiroga que ella admiraba la decisión del escritor : suicidio decidido, libre.
     
     
    Monument Afonsina Storni, Mar de Plata
     
     
    Elle part à La Mar de Plata, pour se reposer dit-elle.
    Mais...
    Par une nuit par une nuit pluvieuse, un nuit de douleurs intenses,  et après avoir écrit une lettre à son fils, elle se jette dans le mer. Octobre 1938.

     
    Nous avons, une sorte de testament, ce poème (que l’écrivain Felix Luna a repris pour en faire cette chanson, si connue de tous je crois “Alfonsina y el mar". La musique est du pianiste Argentin Ariel Ramirez).
    Se va al Mar de Plata para descansar, dice ella.
    Pero…
    Una noche lluviosa, una noche de dolores intensos y después de haber escrito una carta a su hijo, se tira al mar. Octubre 1938.
    Tenemos una especie de testamento, este poema. (El escritor Felix Luna se ha servido de el para hacer la tan conocida canción « Alfonsina y el mar » La música es del pianista argentino Ariel Ramirez).
     
     
    Voici d’abord le poème :
    Primero el poema :
     
    Je vais dormir , 1938(traduction Egon Kragel)
     
    Dents de fleurs, coiffe de rosée,
    mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
    prépare les draps de terre
    et l’édredon sarclé de mousse.
    Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
    Pose une lampe à mon chevet;
    une constellation, celle qui te plaît;
    elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
    Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
    un pied céleste te berce de tout là-haut
    et un oiseau esquisse quelques voltes
    pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
    s’il venait à me téléphoner
    dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

    Voy a dormir (1938)
     
    Dientes de flores, cofia de rocío,
    manos de hierbas, tú, nodriza fina,
    tenme prestas las sábanas terrosas
    y el edredón de musgos escardados.

    Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
    Ponme una lámpara a la cabecera;
    una constelación; la que te guste;
    todas son buenas; bájala un poquito.

    Déjame sola: oyes romper los brotes...
    te acuna un pie celeste desde arriba
    y un pájaro te traza unos compases

    para que olvides... Gracias. Ah, un encargo:
    si él llama nuevamente por teléfono
    le dices que no insista, que he salido...
     
     
    Et voici, je vous ai traduit les paroles de la chanson. J’ai choisi comme interprètes d’abord celle qui la première fois l’a enregistrée, Mercedes Sosa en 1969, puis une autre version, plus rythmée, qui m’a profondément émue. Les voilà.
    Alfonsina et la mer
     
    Sur le sable mou que lèche la mer
    Sa petite empreinte ne revient pas
    Un sentier unique de peine et silence arriva
    À l’eau profonde
    Un sentier unique de peines muettes arriva
    À l’écume.
     

    Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
    Quelles anciennes douleurs tu as cachées
    Pour t’allonger bercée par le chant
    Des caracolas (conques) marines
    La chanson que chante dans l’obscur fond de la mer
    La caracola (conque)



    Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
    Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher?
    Une voix antique de vent et de sel
    Te flatte l’âme et l’emmène
    Et tu t’en vas, comme en rêve,
    Endormie, Alfonsina, vêtue de mer



    Cinq petites sirènes t’emporteront
    Par des chemins d’algues et de corail
    Et des hippocampes fluorescents feront
    Une ronde à tes côtés
    Et les habitants de l’eau vont bientôt
    Jouer à tes côtés



    Baisse un peu la lampe
    Laisse-moi dormir, ma nourrice, en paix
    Et s’il appelle ne lui dis pas que j’y suis
    Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
    Et s’il appelle ne lui dis jamais que j’y suis
    Dis que je suis partie
    (Trad : Colette)

     
  • L'illusion d'embrasser / La ilusión de besar

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    -C'est un poème du XVIIIº ou XIXº siècle? me demande el señor M.

    -Non, de la première moitié du XXª, pourquoi?

    -C'est la forme...qui me semble d'un autre temps.
     
    Ah, bon, peut-être, mais l'érotisme n'a pas d'âge.
     
    -¿Es un poema del siglo XVII o XIX,? me pregunta el señor M.
    - No, es de la primera mitad del siglo XX, ¿por qué?
    -Es la forma... que me parece anticuada.
    -Ha, bueno, tal vez, pero el erotismo no tiene edad.

     

    La caresse perdue            Alfonsina Storni
     (le prochain billet sera consacré à cette incontournable poétesse Argentine)
     
    S’échappe de mes doigts la caresse sans cause,
    s’échappe… Dans le vent, en passant,
    la caresse qui erre sans destin ni objet,
    la caresse perdue- qui la recueillera?
     
    J’ai pu aimer cette nuit avec une infinie pitié,
    j’aurais pu aimer le premier arrivant.
    Personne n’arrive. Le sentiers fleuris sont solitaires.
    La caresse perdue, errera...errera…
     
    Si on te baise les yeux cette nuit, voyageur,
    si un doux soupir fait frémir les branches,
    si t’opprime les doigts une petite main
    qui te prend et te laisse, et t’obtient et s’en va.
     
    Si tu ne vois pas cette main, ni cette bouche qui embrasse,
    si c’est l’air qui tisse l’illusion d’embrasser,
    oh, voyageur, toi aux yeux ouverts comme le ciel,
    fondue dans le vent, me reconnaîtras-tu?
     
    (Trad: Colette)
     
    Temple de l'amour - 1916 - Auguste Rodin
     

    La caricia perdida de Alfonsina Storni

     

    Se me va de los dedos la caricia sin causa,
    se me va de los dedos… En el viento, al pasar,
    la caricia que vaga sin destino ni objeto,
    la caricia perdida ¿quién la recogerá? 

     
    Pude amar esta noche con piedad infinita,
    pude amar al primero que acertara a llegar.
    Nadie llega. Están solos los floridos senderos.
    La caricia perdida, rodará… rodará… 

     
    Si en los ojos te besan esta noche, viajero,
    si estremece las ramas un dulce suspirar,
    si te oprime los dedos una mano pequeña
    que te toma y te deja, que te logra y se va. 

     
    Si no ves esa mano, ni esa boca que besa,
    si es el aire quien teje la ilusión de besar,
    oh, viajero, que tienes como el cielo los ojos,
    en el viento fundida, ¿me reconocerás?