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  • Il me manque / Lo extraño

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    Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
    Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.
     
    Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

     
    Ancré à Paris 
     
    Juan Gelman (1930-2014).

    Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
    on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
    il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
    mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.
     
    Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
    sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
    il regardait les Français par la fenêtre du café
    et disait ”les idiots font des enfants”-
     
    Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
    provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
    les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
    en regardant sa crinière dans le miroir du café.
     
    Oui, il me manque beaucoup,
    il ne payait jamais l’addition,
    mais indiquait le pourboire à laisser
    et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.
     
    Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
    il retournait à son bureau*, comme il disait,
    non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
    fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.
     
    Il me manque vraiment beaucoup,
    ses yeux s’emplissaient parfois de désert
    mais il savait se taire comme un frère
    quand, ému, ému,
    je lui parlais de Carlitos Gardel.
     
    Trad: Colette
    *En français dans le texte
     
     
     
    Anclao en París

    Al que extraño es al viejo león del zoo,
    siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
    me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
    pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.

    De todos modos me encantaba su elegancia,
    su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
    miraba a los franceses por la ventana del café
    y decía “los idiotas hacen hijos”.

    Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
    le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
    “las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
    mirándose la melena en el espejo del café.

    Sí, lo extraño mucho,
    nunca pagaba la cuenta,
    pero indicaba la propina a dejar
    y los mozos lo saludaban con especial deferencia.

    Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
    él regresaba a son bureau, como decía,
    no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
    “ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.

    Lo extraño mucho verdaderamente,
    sus ojos se llenaban a veces de desierto
    pero sabía callar como un hermano
    cuando emocionado, emocionado,
    yo le hablaba de Carlitos Gardel.
     

    Juan Gelman (1930-2014).

  • Ils brisent le mythe de la mort / Rompen el mito de la muerte

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    Les plus vieux / Los más viejos

    Rafael Felipe Oteriño (Argentina 1945)

    Acostumbrados a caminar por la sombra,
    los más viejos tienen conductas extravagantes:
    van al mercado, cultivan flores,
    como si la muerte no fuera un telón sino un reto
     

    Habitués à marcher dans l'ombre

    les plus âgés ont des conduites extravagantes:

    ils vont au marché, cultivent des fleurs,
    comme si la mort n'était pas un rideau mais un défi.


    Guardan la moneda de hoy para el concierto de mañana,
    anotan, con tinta gruesa, los números de teléfono,
    mantienen una conversación con los difuntos,
    disimulando las ofensas para que no parezcan excesivas.
     
    Ils gardent la monnaie d'aujourd'hui pour le concert de demain,
    ils notent, à l'encre épaisse, les numéros de téléphone,
    entretiennent des conversations avec les défunts,
    et dissimulent les offenses pour qu'elles ne semblent pas excessives.
     

    Adolf Humborg (1847-1921)
     
    Dicen que fueron felices,
    aunque las pruebas demuestran lo contrario,
    hablan de los hijos como si los vieran a diario,
    comienzan un tejido y aprenden computación.
     
    Ils disent qu'ils furent heureux,
    bien que les preuves démontrent le contraire,
    parlent des enfants comme s'ils les voyaient tous les jours,
    commencent un tricot et apprennent l'informatique.
     
    No hay en ellos señales de alarma
    ni sueños malos que los persigan,
    no se sienten hostigados ni piden auxilio,
    sus relojes no marcan las horas a menos que se rompan.
     
    En eux pas de signaux d'alarme
    ni de mauvais rêves qui les poursuivent,
    ils ne se sentent pas harcelés et ne demandent pas d'aide,
    à moins de se rompre, leurs montres ne marquent pas les heures.

     
    Cecilio Pla y Gallardo / Hombre en la playa

    Maestros de lo improbable,
    pasan muchas horas con las ventanas abiertas,
    están y no están en sus sillas caldeadas, son y no son.
     
    Maîtres de l'improbable,
    ils passent de nombreuses heures les fenêtres ouvertes,
    ils sont et ne sont pas sur leurs chaises chaudes, ils sont et ne sont pas.


    Barren la vereda como si nada estuviera a punto de estallar,
    como si los cuatro puntos cardinales
    no se hubieran fundido, para ellos, en uno solo.
     
    Ils balayent le trottoir comme si rien n'était sur le point d'exploser
    comme si les quatre points cardinaux
    pour eux ne s'étaient pas fondus en un seul.

    Rompen el mito de la muerte,
    sumando un anillo más al árbol que los cobija.
    Dicen que fueron felices.
     
    Ils brisent le mythe de la mort,
    ajoutant un anneau de plus à l'arbre qui les abrite.
    Ils disent qu'ils furent heureux.

    Rafael Felipe Oteriño (La Plata, 1945), Viento extranjero,

    Trad:Colette
     

  • Dialogues avec nous-mêmes / Diálogos con nosotros mismos

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    Né en Italie en 1886, Antonio Pochia a passé toute sa vie en Argentine où il mourut en 1949.
    Au début des années 40 il a réuni ses Voix, ses aphorismes, dans un recueil. VOCES /VOIX. (traduit en français par Roger Caillois en 1949).
     
    L’aphorisme est, selon le dictionnaire: Phrase, sentence qui résume en quelques mots une vérité fondamentale ou énoncé succinct d'une vérité banale mais il est aussi une forme authentique et profonde de dialogue avec soi-même.
    Il aide l’écrivain et le lecteur à maintenir les yeux ouverts, à être lucides, à  illuminer des zones de la pensée occulte en niant, doutant, découvrant,
     
    Les aphorismes de Porchia me semblent moins noirs que ceux de Cioran. Je vous en propose quelques uns, en lire beaucoup à la fois sature l’esprit:-)

     

     

     

    https://www.quo.es/ser-humano/a62471/curiosa-escultura-de-un-pensador-encontrada-en-israel/

     

     



    * L’homme ne va nulle part. Tout vient à l’homme, comme le lendemain.
     
    * Si tu ne lèves pas les yeux, tu croiras que tu es le point le plus haut.

     

    https://www.esculturaurbanaaragon.com.es/ninosentado.htm

    * Quand toi et la vérité me parlent, je n’écoute pas la vérité. Je t’écoute toi.

     
    * Oui, c’est ça le bien: pardonner le mal. Il n’y a pas d’autre bien.

     
    * Tu ne vois pas le fleuve de pleurs parce qu'il lui manque une larme de toi
    .

    (Trad: Colette)
     (En lire plus ici.)

                                 ----------------------------------------


    Nacido en Italia en 1886, Antonio Porchia pasó toda su vida en Argentina donde murió en 1949.
    A principios de los años 40, reunió sus VOCES, sus aforismos en un libro.
     
    El aforismo es, según el diccionario “Frase o sentencia breve y doctrinal que se propone como regla en alguna ciencia o arte”, pero es también una forma auténtica y profunda de diálogo con uno mismo.
    Ayuda al escritor y el lector a mantener los ojos abiertos, a ser lúcido, a iluminar las zonas del pensamiento oculto negando, dudando, descubriendo.
     
    Los aforismos de Porchia me parecen menos negros que los de Cioran, os propongo unos pocos ya que muchos a la vez satura la mente:-)


    * El hombre no va a ninguna parte. Todo viene al hombre, como el mañana.

    * Si no levantas los ojos, creerás que eres el punto más alto.


    http://marthadicroce.blogspot.com/2016/08/


     * Cuando tú y la verdad me hablan, no escucho a la verdad. Te escucho a ti.

    * Sí, eso es el bien: perdonar el mal. No hay otro bien.


    * El río del llanto no lo ves, porque le falta una lágrima tuya


    Fuente: http://www.materialdelectura.unam.mx/images/stories/pdf5/antonio-porchia-133.pdf

  • Je visite la vie / Visito la vida

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    Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.”
    G. Bachelard.
    Roberto Juarroz est sans aucun doute un poète qui emploie l’imagination, les images, pour étudier, analyser le réel. Ce poème illustre bien, je trouve, le propos de G. Bachelard.

    Un nuage m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    son contour dans le vent. 

     
    Une ombre m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    le poids d’un autre corps. 

     
    Une bouffée d’images m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    l’irréligion du rêve. 

     
    Une absence m’a visité.
    Et m’a laissé en s’en allant
    mon image dans le temps. 

     
    Et moi je visite la vie.
    Je lui laisserai en m’en allant
    la grâce de ces restes.

    Roberto Juarroz

    Poésie verticale, traduction Roger Munier

    Hace falta que la imaginación coja demasiado para que el pensamiento tenga suficiente”. G. Bachelard.
    Roberto Juarroz es, sin duda, un poeta que usa la imaginación, las imágenes, para estudiar, analizar la realidad. Este poema ilustra bien el propósito de G. Bachelard.
     
    Me visitó una nube.
    Y me dejó al marcharse
    su contorno de viento.
     
    Me visitó una sombra.
    Y me dejó al marcharse
    el peso de otro cuerpo.
     
    Me visitó una ráfaga de imágenes.
    Y me dejó al marcharse
    la irreligión del sueño.
     
    Me visitó una ausencia.
    Y me dejó al marcharse
    mi imagen en el tiempo.
     
    Yo visito la vida.
    Le dejaré al marcharme
    la gracia de estos restos.
     
    Roberto Juarroz

  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     

  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     
  • Seulement voir / Solamente ver

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    Roberto Juarroz, 1925-1995; poète Argentin, un des meilleurs selon l'avis général et le mien en particulier:-)
    Son oeuvre est réunie sous un unique titre: Poésie Verticale.
    "Dans l'un de ses derniers recueils, Treizième poésie verticale, publié en 1993, Roberto Juarroz forme le vœu de parvenir à « dessiner les pensées comme une branche se dessine sur le ciel ».(wiki)

     

     

    Ventana, Ernest Descals




    Il dessinait partout des fenêtres.
    Sur les murs trop hauts,
    sur les murs trop bas,
    sur les parois obtuses, dans les coins,
    dans l'air et jusque sur les plafonds.


    Il dessinait des fenêtres comme s'il dessinait des oiseaux.
    Sur le sol, sur les nuits,
    sur les regards tangiblement sourds,
    sur les environs de la mort,
    sur les tombes, les arbres.

    Il dessinait des fenêtres jusque sur les portes.
    Mais jamais il ne dessina une porte.
    Il ne voulait ni entrer ni sortir.
    Il savait que cela ne se peut.
    Il voulait seulement voir : voir.
    Il dessinait des fenêtres.

     

     Partout.

     

    (Douzième poésie verticale, traduction de Fernand Verhesen)
     
    Roberto Juarroz 1925-1995, considerado como el mejor poeta argentino de su tiempo, así lo veo yo también, reunió toda su obra bajo un mismo título, Poesía Vertical.
    En su Trigésima y última Poesía Vertical, 1993, emite el deseo de dibujar los pensamientos como una rama se dibuja sobre el cielo.
     
     
    Beatriz Kohn, Caracas, 1939
     
     
    Dibujaba ventanas en todas partes.
    En los muros demasiado altos,
    en los muros demasiado bajos,
    en las paredes obtusas, en los rincones,
    en el aire y hasta en los techos. 
     
    Dibujaba ventanas como si dibujara pájaros.
    En el piso, en las noches,
    en las miradas palpablemente sordas,
    en los alrededores de la muerte,
    en las tumbas, los árboles. 
     
    Dibujaba ventanas hasta en las puertas.
    Pero nunca dibujó una puerta.
    No quería entrar ni salir.
    Sabía que no se puede.
    Solamente quería ver: ver.
    Dibujaba ventanas. 
     
    En todas partes.
     
  • Vaillante Alfonsina II / Valiente Alfonsina II

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     (Suite du billet précédent)
     
    Sa vie est plus que remplie ces années-là : elle publie de la poésie, dicte des conférences et est professeur dans une école publique, dans une académie de musique et donne des cours du soir...elle est heureuse. Mais vers les années '20 cet excès de travail la mène à un épuisement physique et émotionnel, on dirait burn out de nos jour...repos total à la Mar de Plata. Mais bien vite Alfonsina a besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son fils et elle reprend son rythme. 
    Trop vite.
     
    Su vida esta más que ocupada durante esos años : publica poesía, da conferencias, es profesora en una escuela publica, también en una academia de música e imparte cursos nocturnos… es feliz. Pero hacia los años '20 este exceso de trabajo la lleva a un agotamiento físico y emocional (ahora diríamos burn out) acaba en una cura de reposo total en el Mar de Plata. Sin embargo, Alfonsina, pronto necesitará dinero para cubrir las necesidades de su hijo y retomará su ritmo. Demasiado pronto.
     
    Alfonsina, Mar de Plata
     
     
    Vers la fin des années vingt, et malgré ses crises nerveuses, c’est une femme qui a acquis une renommée dans un milieu masculin, qui siège avec de grands noms de la vie intellectuelle, dont HoracioQuiroga avec qui elle a eu une relation intime.
    A finales de los años veinte, y a pesar de sus crisis nerviosas, es una mujer que ha adquirido notoriedad en un medio eminentemente masculino, que tiene su sitio entre los grandes nombres de la vida intelectual como el de Horacio Quiroga con el que tuvo una relación intima.
     
    Si jusque là sa poésie avait une forme très traditionnelle, dans “Ocre” publié en 1925 (elle a 33 ans) ses vers deviennent plus introspectifs, ses autoportraits plus ironiques, elle ose même élaborer une théorie sexuelle dans une trilogie.
    Elle a maintenant découvert que la cause de ses douleurs n’est pas les hommes mais elle-même . Que ces derniers ne peuvent que lui apporter des amours éphémères mais, comme elle vit les meilleurs moments de sa vie, cela ne la préoccupe pas. Tout comme la laissent indifférente certains critiques qui la traitent d’immorale.
    Si hasta ahora su poesía tenia una forma bastante tradicional, en « Ocre » a partir de 1925 (tiene 33 años) sus poemas se vuelven más introspectivos, sus autorretratos más irónicos, osa, incluso, elaborar una teoría sexual. Ha descubierto que la causa de sus dolores no son los hombres sino ella misma. Que estos últimos tan solo pueden aportarla amores efímeros. Pero ni eso, ni cierta criticas que la tratan de inmoral, la preocupan.
     
     
     
    Mais, vous l’attendiez, les choses commencent à se gâter. D’abord par la représentation d’une pièce de théâtre qu’elle a écrite, sa première, où ses idées féministes sont interprétées comme des accusations contre les hommes, et qui est suspendue après trois représentations. Elle en est très peinée et indignée.
    Ensuite les Ultraïstes, ce nouveau mouvement poétique argentin, lancent des critiques acerbes sur ses vers intimistes.
    Elle décide alors de voyager, connaît la “Génération de ‘27”, va à Paris et en rentrant son style change; elle se libère de la forme, et adopte une façon plus visuelle de représenter les émotions, une vision du monde instable et précaire, des images qui nous arrivent “chargées de violence et tensions; l’angoisse métaphysique est l’épine dorsale de ses poèmes”.*
    Pero, ustedes lo esperaban, las cosas empiezan a estropearse. Primero por la representación de su primera obra de teatro en la que sus ideas feministas son interpretadas como acusaciones contra los hombres y que es suspendida después de tres representaciones. Esto la deja apenada e indignada.
    Después por las acerbas criticas sobre sus versos intimistas que lanzan los Ultraístas, un nuevo movimiento poético argentino.
    Decide viajar, conoce la « Generación del 27 », visita París y otras ciudades europeas y a la vuelta su estilo cambia; se libera de la forma y adopta una manera mas visual de representar las emociones, una visión del mundo inestable y precaria; imágenes que nos llegan « cargadas de violencia y tensión ; la angustia metafísica es la espina dorsal de sus poemas ».*
     
     
    À Paris
     
    Quatre ans plus tard elle publie “Mascarilla y trébol” où dominent les images sombres, parfois grotesques: c’est le moment où on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle vit affreusement mal la mutilation et durant les deux années suivantes, son état empirant, elle voit clairement venir la mort.
    À ce moment-là également, Alfonsina qui est découragée et souffre énormément,  reçoit la nouvelle que son très cher ami Horacio Quiroga, ainsi que sa fille Eglé qu’Alfonsina aimait beaucoup, se sont suicidés.
    Nous savons, par un poème dédié à Quiroga, qu’elle admirait la décision courageuse de l’écrivain ; suicide décidé, libre. 

     
    Cuatro años más tarde publica « Mascarilla y trébol »libro en el que dominan imágenes sombrías, grotescas algunas veces : es el momento en que ha sido diagnosticada de cáncer de pecho. Vive muy mal esta mutilación y su estado, que no hace más que empeorar, la lleva a ver claramente venir la muerte. Al mismo tiempo recibe la noticia de que Su gran amigo Horacio Quiroga y su hija se han suicidado. Sabemos, por un poema dedicado a Quiroga que ella admiraba la decisión del escritor : suicidio decidido, libre.
     
     
    Monument Afonsina Storni, Mar de Plata
     
     
    Elle part à La Mar de Plata, pour se reposer dit-elle.
    Mais...
    Par une nuit par une nuit pluvieuse, un nuit de douleurs intenses,  et après avoir écrit une lettre à son fils, elle se jette dans le mer. Octobre 1938.

     
    Nous avons, une sorte de testament, ce poème (que l’écrivain Felix Luna a repris pour en faire cette chanson, si connue de tous je crois “Alfonsina y el mar". La musique est du pianiste Argentin Ariel Ramirez).
    Se va al Mar de Plata para descansar, dice ella.
    Pero…
    Una noche lluviosa, una noche de dolores intensos y después de haber escrito una carta a su hijo, se tira al mar. Octubre 1938.
    Tenemos una especie de testamento, este poema. (El escritor Felix Luna se ha servido de el para hacer la tan conocida canción « Alfonsina y el mar » La música es del pianista argentino Ariel Ramirez).
     
     
    Voici d’abord le poème :
    Primero el poema :
     
    Je vais dormir , 1938(traduction Egon Kragel)
     
    Dents de fleurs, coiffe de rosée,
    mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
    prépare les draps de terre
    et l’édredon sarclé de mousse.
    Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
    Pose une lampe à mon chevet;
    une constellation, celle qui te plaît;
    elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
    Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
    un pied céleste te berce de tout là-haut
    et un oiseau esquisse quelques voltes
    pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
    s’il venait à me téléphoner
    dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

    Voy a dormir (1938)
     
    Dientes de flores, cofia de rocío,
    manos de hierbas, tú, nodriza fina,
    tenme prestas las sábanas terrosas
    y el edredón de musgos escardados.

    Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
    Ponme una lámpara a la cabecera;
    una constelación; la que te guste;
    todas son buenas; bájala un poquito.

    Déjame sola: oyes romper los brotes...
    te acuna un pie celeste desde arriba
    y un pájaro te traza unos compases

    para que olvides... Gracias. Ah, un encargo:
    si él llama nuevamente por teléfono
    le dices que no insista, que he salido...
     
     
    Et voici, je vous ai traduit les paroles de la chanson. J’ai choisi comme interprètes d’abord celle qui la première fois l’a enregistrée, Mercedes Sosa en 1969, puis une autre version, plus rythmée, qui m’a profondément émue. Les voilà.
    Alfonsina et la mer
     
    Sur le sable mou que lèche la mer
    Sa petite empreinte ne revient pas
    Un sentier unique de peine et silence arriva
    À l’eau profonde
    Un sentier unique de peines muettes arriva
    À l’écume.
     

    Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
    Quelles anciennes douleurs tu as cachées
    Pour t’allonger bercée par le chant
    Des caracolas (conques) marines
    La chanson que chante dans l’obscur fond de la mer
    La caracola (conque)



    Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
    Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher?
    Une voix antique de vent et de sel
    Te flatte l’âme et l’emmène
    Et tu t’en vas, comme en rêve,
    Endormie, Alfonsina, vêtue de mer



    Cinq petites sirènes t’emporteront
    Par des chemins d’algues et de corail
    Et des hippocampes fluorescents feront
    Une ronde à tes côtés
    Et les habitants de l’eau vont bientôt
    Jouer à tes côtés



    Baisse un peu la lampe
    Laisse-moi dormir, ma nourrice, en paix
    Et s’il appelle ne lui dis pas que j’y suis
    Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
    Et s’il appelle ne lui dis jamais que j’y suis
    Dis que je suis partie
    (Trad : Colette)

     
  • L'illusion d'embrasser / La ilusión de besar

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    -C'est un poème du XVIIIº ou XIXº siècle? me demande el señor M.

    -Non, de la première moitié du XXª, pourquoi?

    -C'est la forme...qui me semble d'un autre temps.
     
    Ah, bon, peut-être, mais l'érotisme n'a pas d'âge.
     
    -¿Es un poema del siglo XVII o XIX,? me pregunta el señor M.
    - No, es de la primera mitad del siglo XX, ¿por qué?
    -Es la forma... que me parece anticuada.
    -Ha, bueno, tal vez, pero el erotismo no tiene edad.

     

    La caresse perdue            Alfonsina Storni
     (le prochain billet sera consacré à cette incontournable poétesse Argentine)
     
    S’échappe de mes doigts la caresse sans cause,
    s’échappe… Dans le vent, en passant,
    la caresse qui erre sans destin ni objet,
    la caresse perdue- qui la recueillera?
     
    J’ai pu aimer cette nuit avec une infinie pitié,
    j’aurais pu aimer le premier arrivant.
    Personne n’arrive. Le sentiers fleuris sont solitaires.
    La caresse perdue, errera...errera…
     
    Si on te baise les yeux cette nuit, voyageur,
    si un doux soupir fait frémir les branches,
    si t’opprime les doigts une petite main
    qui te prend et te laisse, et t’obtient et s’en va.
     
    Si tu ne vois pas cette main, ni cette bouche qui embrasse,
    si c’est l’air qui tisse l’illusion d’embrasser,
    oh, voyageur, toi aux yeux ouverts comme le ciel,
    fondue dans le vent, me reconnaîtras-tu?
     
    (Trad: Colette)
     
    Temple de l'amour - 1916 - Auguste Rodin
     

    La caricia perdida de Alfonsina Storni

     

    Se me va de los dedos la caricia sin causa,
    se me va de los dedos… En el viento, al pasar,
    la caricia que vaga sin destino ni objeto,
    la caricia perdida ¿quién la recogerá? 

     
    Pude amar esta noche con piedad infinita,
    pude amar al primero que acertara a llegar.
    Nadie llega. Están solos los floridos senderos.
    La caricia perdida, rodará… rodará… 

     
    Si en los ojos te besan esta noche, viajero,
    si estremece las ramas un dulce suspirar,
    si te oprime los dedos una mano pequeña
    que te toma y te deja, que te logra y se va. 

     
    Si no ves esa mano, ni esa boca que besa,
    si es el aire quien teje la ilusión de besar,
    oh, viajero, que tienes como el cielo los ojos,
    en el viento fundida, ¿me reconocerás?

     

     
  • Savoir nommer / Saber nombrar

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    Nous revenons une fois encore à Alejandra Pizarnik.
    Volvemos una vez más a Alejandra Pizarnik.
     
     
    elle se dénude dans le paradis
    de sa mémoire
    elle ignore le féroce destin
    de ses visions
    elle a peur de ne savoir nommer
    ce qui n'existe pas
    (Trad: Colette)
     
    ella se desnuda en el paraíso
    de su memoria
    ella desconoce el feroz destino
    de sus visiones
    ella tiene miedo de no saber nombrar
    lo que no existe
     
    expliquer avec des mots de ce monde
    que de moi sortit un bateau qui m'emporta
     
    (trad:Colette)
     
    explicar con palabras de este mundo
    que partió de mí un barco llevándome
     
     
     
    Je lisais et traduisais ces courts poèmes quand je me suis demandé si cette difficulté à nommer l’avait poussée à s’exprimer aussi d’une autre façon qu’avec des mots. Et j’ai trouvé ça:
    Leía y traducía esos cortos poemas cuando me pregunté si esa dificultad en nombrar le había empujado a expresarse también de otra forma que con palabras. Y encontré esto:
     
    Seul le fragile reste

     

    La cage est devenue oiseau et s'est envolée  

     

     

     

    Je demande le silence * (détail)

     

    Ce voyage fut une erreur *

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
  • Regarder avec innocence / Mirar con inocencia

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    Chemins du miroir
     
    1964 Alejandra Pizarnik* (La piedra de la Locura)
    l
    Et surtout regarder avec innocence. Comme si rien ne se passait, ce qui est vrai.
    ll
    Mais toi je veux te regarder jusqu’à ce que ton visage s’éloigne de ma peur comme un oiseau du bord philosophe de la nuit.
    lll
    Comme une fillette de craie rose sur un très vieux mur soudain effacé par la pluie.
    lV
    Comme quand une fleur s’ouvre et révèle le cœur qu’elle n’a pas.
    V
    Tous les gestes de mon corps et de ma voix pour faire de moi l’offrande, le bouquet qu’abandonne le vent sur le seuil.
    Vl
    Couvre la mémoire de ton visage avec le masque de celle que tu seras et qui effraye la fillette que tu fus.
    Vll
    La nuit des deux se dispersa avec la brume. C’est la saison des aliments froids.
    Vlll
    Et la soif, mon souvenir est de soif, moi en bas, au fond, dans le puits, je buvais, je me souviens.
    lX
    Tomber comme un animal blessé dans le lieu qui allait être celui des révélations.
    X
    L’air de rien. De rien du tout. Bouche cousue. Paupières cousues. J’ai oublié.
    Au dedans le vent. Tout fermé et le vent dedans.
    (Trad: Colette)
     
    * Une poètesse que j'admire, qui me fascine aussi. Si vous avez oublié qui elle est, c'est ici
     
    Girl at the mirror, Norman Rockwell (1954)
     
     
     
    CAMINOS DEL ESPEJO, 1964
     
    Alejandra Pizarnik (La Piedra De La Locura)
    I
    Y sobre todo mirar con inocencia. Como si no pasara nada, lo cual es
    cierto.
    II
    Pero a ti quiero mirarte hasta que tu rostro se aleje de mi miedo como
    un pájaro del borde filoso de la noche.
    III
    Como una niña de tiza rosada en un muro muy viejo súbitamente
    borrada por la lluvia.
    IV
    Como cuando se abre una flor y revela el corazón que no tiene.
    V
    Todos los gestos de mi cuerpo y de mi voz para hacer de mí la
    ofrenda, el ramo que abandona el viento en el umbral.
    VI
    Cubre la memoria de tu cara con la máscara de la que serás y asusta a
    la niña que fuiste.
    VII
    La noche de los dos se dispersó con la niebla. Es la estación de los
    alimentos fríos.
    VIII
    Y la sed, mi memoria es de la sed, yo abajo, en el fondo, en el pozo,
    yo bebía, recuerdo.
    IX
    Caer como un animal herido en el lugar que iba a ser de revelaciones.
    X
    Como quien no quiere la cosa. Ninguna cosa. Boca cosida. Párpados
    cosidos. Me olvidé. Adentro el viento. Todo cerrado y el viento
    adentro.
     

  • Maîtres des souvenirs / Dueños de los recuerdos

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    Rêver de souvenirs lointains; il y a peu une de mes sœurs m’a dit être passée devant la maison de notre grand-mère.
    Je me souviens de tous les détails, des escaliers, des caves, de la chambre bleue au bout du couloir... Pourquoi ai-je rêvé que je m’y étais perdue?

     

    Aujourd’hui, et sur ce thème, un poème de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), une femme très connue pour ses contes qui sont passés à l’histoire de la littérature Argentine du xxºs pour la cruauté déconcertante qu’elle a su imprimer à certains protagonistes de ses récits.
     
    Soñar con lejanos recuerdos; hace poco una de mis hermanas me dijo haber pasado delante de la casa de nuestra abuela.
    Me acuerdo de todos los detalles, de las escaleras, del sótano, de la habitación azul al fondo del pasillo...¿Por qué habré soñado que andaba perdida allí?
     
    Hoy, y sobre este tema, un poema de Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1906 – 1993), mujer muy conocida por sus cuentos que pasaron a la historia de la literatura Argentina del siglo XX “por la crueldad desconcertante que supo imprimir en algunos protagonistas de estos relatos.”*
     
     
     
     
     
    Le rêve récurrent
     
    J’arrive comme je suis arrivée, solitaire, effrayée,

    à la porte de rue en bois ciré.
     
    J’ouvre la porte et j’entre, silencieuse, parmi les tapis.
    Les ombres des murs et des meubles m’effrayent.
     
    Je gravis les marches de marbre jaune,
    avec des reflets rosés. Je pénètre dans un couloir.
     
    Il n’y a personne, mais il y a quelqu’un caché dans les portes.
    Les sombres volets sont tous ouverts.
     
    De jour les hauts plafonds semblent
    un ciel d’étoiles éteintes grandissantes.
     
    Le souvenir conserve une ancienne rhétorique,
    il s’élève comme un arbre ou une colonne dorique,
     
    habituellement il dort dans nos rêves
    et nous en sommes, en secret, ses maîtres exclusifs.
    (Trad: Colette)
     
    El sueño recurrente

    Llego como llegué, solitaria, asustada,
    a la puerta de calle de madera encerada.

    Abro la puerta y entro, silenciosa, entre alfombras.
    Los muros y los muebles me asustan con sus sombras.

    Subo los escalones de mármol amarillo,
    con reflejos rosados. Penetro en un pasillo.

    No hay nadie, pero hay alguien escondido en las puertas.
    Las persianas oscuras están todas abiertas.

    Los cielos rasos altos en el día parecen
    un cielo con estrellas apagadas que crecen.

    El recuerdo conserva una antigua retórica,
    se eleva como un árbol o una columna dórica,

    habitualmente duerme dentro de nuestros sueños
    y somos en secreto sus exclusivos dueños.
  • Arrivé jusqu'ici / Llegado hasta aqui

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    Quel âge avait Pedro Mairal, ce brillant écrivain (romans, contes et poèmes) Argentin de 47 ans, quand il écrivit ce poème-bilan? Peut-être 30 ans, l'âge moyen qu'atteint  un cheval…
    ¿Cuántos años tenía Pedro Mairal, ese brillante escritor (novelas, cuentos y poemas) Argentino de 47 años, cuando escribió este poema? Tal vez 30 años, edad media que alcanza un caballo….
     
    Offrande
     
    J'ai l'âge où meurent les chevaux,
    l'âge où l'arbre
    s'offre tout entier au ciel.
    Ma peur est une faune secrète qui me cherche,
    de la mer je ne suis qu'un nombre de vagues.
    J'ai des dents et des peines et des souliers,
    j'ai une fête éternelle qui parfois me convoque.
    Je connais une femme, peut-être, sauf le mystère
    du ventre des étoiles de la nuit.
    Je ne sais combien de soleils il reste à ma poitrine,
    je sais qu'il a fait bon vivre et j'élève ces années
    comme une offrande brûlante.
    Par dessus le taureau d'ombre des jours,
    par dessus le dégoût et la peur et les miroirs,
    je suis arrivé jusqu'ici.
    (Trad: Colette)
     
    OFRENDA Pedro Mairal
     
    Tengo la edad en la que mueren los caballos,
    la edad en la que el árbol
    se ofrece entero al cielo.
    Mi miedo es una fauna secreta que me busca,
    del mar soy sólo un número de olas.
    Tengo dientes y penas y zapatos,
    tengo una fiesta eterna que a veces me convoca.
    Conozco a una mujer, tal vez, salvo el misterio
    de la panza de estrellas de la noche.
    Yo no sé cuántos soles le quedan a mi pecho,
    yo sé que ha sido bueno vivir y alzo estos años
    como una ofrenda ardiendo.
    Por encima del toro de sombra de los días,
    por encima del asco y el miedo y los espejos,
    he llegado hasta aquí.
     
     

     

     
  • En l'air / En el aire

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    Jorge Boccanera, né en Argentine en 1952.
    Poète et journaliste.
     
    Par petites touches, je vous propose de découvrir sa poésie.
    Voyons si la première, qui amène le sourire, vous plait.
     
    A modo de pinceladas, os propongo descubrir su poesía.
    La de hoy me hizo sonreír.
     

    Juan Gelman (à gauche) et son ami Jorge Boccanera

     

    Chances
     
    Hasard n'est pas jeter une pièce en l'air.
    Ni même attendre le pile ou face...
    Hasard est attraper la pièce en l'air
                et fuir sans laisser de trace.
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    Suertes
    Azar no es arrojar una moneda al aire.
    Ni siquiera esperar el cara o cruz...
    Azar es atrapar la moneda en el aire
                   y huir sin dejar rastro.
  • Soif / Sed

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    Septembre fut un mois d'excursions; la chaleur avait diminué.
    Septiembre fue un mes de excursiones; había disminuido el calor.
     
    L'une d'elles nous emmena dans le centre de l'île appelé Es Pla. Ce plat est décoré par-ci par-là de hautes collines (ou petites montagnes). Et devinez qui a édifié sa demeure en haut, jouissant d'une vue fabuleuse, d'un calme inégalable? Des moines, bien sûr.
    Una de ellas nos llevó al centro de la isla llamado Es Pla. Esa llanura está decorada aquí y allá de altas colinas (o pequeñas montañas). Y adivinad ¿quién edificó allí su morada, gozando de una vista fabulosa, de una quietud incomparable? Unos monjes, claro.
     
     

    C'est du haut de l'une d'elles, dont je vous parlerai dans le prochain billet, que j'ai pris cette photo panoramique; là aussi que j'ai pensé à ce poème...tout était si sec.
     
    Desde lo alto de una de ellas, os hablaré de ella en la próxima entrada,  saqué esta foto panorámica; allí también pensé en este poema...todo estaba tan seco.
     
     

     

     
    Épitaphe
     
    Un oiseau vivait en moi.
    Une fleur voyageait dans mon sang.
    Mon cœur était un violon.
    J'aimai et n'aimai pas. Mais parfois
    on m'aima. Moi aussi me
    réjouissaient: le printemps,
    les mains jointes, l'heureux.
    Je dis que l'homme doit l'être!
    Ci-gît un oiseau.
    Une fleur.
    Un violon.
     
    (Trad: Colette)
     
    Epitafio
    J. Gelman
     
    Un pájaro vivía en mí.
    Una flor viajaba en mi sangre.
    Mi corazón era un violín.
    Quise o no quise. Pero a veces
    me quisieron. También a mí
    me alegraban: la primavera,
    las manos juntas, lo feliz.
    ¡Digo que el hombre debe serlo!
    Aquí yace un pájaro.
    Una flor.
    Un violín.