antonio machado

  • Le vieil orme / El olmo viejo

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    https://www.verpueblos.com/castilla+la+mancha/guadalajara/picazo/foto/1149961/

     

    Jeune, avec les amies ou seule, le plus souvent seule, je montais dans les arbres ; plaisir de m'asseoir sur une branche pour me cacher, voir sans être vue, ou pour cueillir des cerises, des pommes. Ou juste pour m'isoler au milieu des feuilles. 

    Peut-être en avez-vous planté, moi jamais quand j'étais très jeune. Mais ils ont toujours été mes endroits refuge.

    Si dans mes souvenirs il y a peu ou pas d'ormes, j'ai vu grandir et parfois lentement se dessécher les marronniers de la rue devant la maison.

    Parfois aussi les croire morts puis...

    C'est qu'a vu Antonio Machado qui l'écrit dans ce poème que je trouve si beau et émouvant.

    La traduction que j'ai lue en français me plaît beaucoup, je l'ai gardée.

    Joan Manuel Serrat en a fait une adaptation, la voici:

     

     

     

     

     

    À un orme desséché

     

     À un orme desséché

    Sur le vieil orme, fendu par la foudre,

    pourri en son milieu,

    avec les pluies d'avril et le soleil de mai,

    ont poussé quelques feuilles vertes.

     

    L'orme centenaire sur la colline

    que baigne le Douro ! Une mousse jaunâtre

    salit l'écorce blanchâtre

    du tronc vermoulu et poussiéreux.

     

    Il ne doit pas comme les peupliers chantant

    qui gardent le chemin et le rivage

    être habité de rossignols gris.

     

    Une armée de fourmis en file

    grimpe sur lui ; dans ses entrailles,

    les araignées tissent leurs toiles grises.

     

    Avant que de sa hache, orme du Douro,

    le bûcheron ne t'abatte, et avant que le charpentier

    ne te transforme en sommier de cloche,

    en timon de chariot ou en joug de charrette,

    avant que tu ne brûles tout rouge demain

    dans l'âtre d'une misérable chaumière

    sur le bord du chemin ;

    avant que la tempête ne te déracine

    que ne te brise le souffle des sierras blanches,

    et avant que le fleuve à la mer ne t'emporte

    par les vallées et les escarpements

    orme, je veux noter sur mon carnet

    la grâce de ta branche reverdie.

     

    Mon cœur attend

    aussi, vers la lumière et vers la vie,

    un nouveau miracle de printemps.

     

     

    Soria, 1012

    Antonio Machado / Champs de Castille

    traduit de l'espagnol par Sylvie Léger et Bernard Sesé

     

    A un olmo seco

    Al olmo viejo, hendido por el rayo
    y en su mitad podrido,
    con las lluvias de abril y el sol de mayo
    algunas hojas verdes le han salido.

    ¡El olmo centenario en la colina
    que lame el Duero! Un musgo amarillento
    le mancha la corteza blanquecina
    al tronco carcomido y polvoriento.

    No será, cual los álamos cantores
    que guardan el camino y la ribera,
    habitado de pardos ruiseñores.

    Ejército de hormigas en hilera
    va trepando por él, y en sus entrañas
    urden sus telas grises las arañas.

    Antes que te derribe, olmo del Duero,
    con su hacha el leñador, y el carpintero
    te convierta en melena de campana,
    lanza de carro o yugo de carreta;
    antes que rojo en el hogar, mañana,
    ardas de alguna mísera caseta,
    al borde de un camino;
    antes que te descuaje un torbellino
    y tronche el soplo de las sierras blancas;
    antes que el río hasta la mar te empuje
    por valles y barrancas,
    olmo, quiero anotar en mi cartera
    la gracia de tu rama verdecida. 


    Mi corazón espera
    también, hacia la luz y hacia la vida,
    otro milagro de la primavera.

  • Illusions bénies / Benditas ilusiones

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     On sait, à travers ses poèmes, qu' Antonio Machado aimait profondément la nature, et grâce à son frère José, qu’il était un peu gourmand.
    Dans le poème d’aujourd’hui on trouve l’eau, si présente dans ses vers, puis les abeilles et “le doux miel”.
    Je vous parlerai de l’homme dans le prochain billet.

    Se sabe, a través de sus poemas, que a Antonio Machado le gustaba profundamente la naturaleza, y gracias a su hermano José, que era algo goloso.
    En el poema de hoy se encuentra el agua, si presente en sus versos, luego las abejas y su “dulce miel”. 

    En la próxima entrada os hablaré del hombre.

     
    Hier soir, en dormant

    Hier soir, en dormant,
    j’ai rêvé, illusion bénie!
    Que coulait une fontaine
    dans mon cœur

    Dis-moi, pourquoi, filet caché,
    eau, viens-tu jusqu’à moi,
    source de vie nouvelle
    d’où je n’ai jamais bu?

    Hier soir, en dormant,
    j’ai rêvé, illusion bénie!
    Que dans mon cœur
    j’avais une ruche;

    et que les abeilles dorées
    y faisaient
    avec mes vieilles amertumes
    cire blanche et doux miel.

    Hier soir, en dormant,
    j’ai rêvé, illusion bénie!
    qu’en mon cœur
    luisait un soleil brûlant.

    Il était brûlant, car il donnait
    une chaleur de brasier rouge,
    et c’était un soleil parce qu’il éclairait
    et faisait pleurer.

    Hier soir, en dormant,
    j’ai rêvé, illusion bénie!
    que c’était Dieu
    que j’avais dans mon cœur.
    (Trad: Colette)

     

    Foto: JURE MAKOVEC AFP



    Anoche cuando dormía
     
    Anoche cuando dormía
    soñé, ¡bendita ilusión!,
    que una fontana fluía
    dentro de mi corazón.

    Di, ¿por qué  acequia escondida,
    agua, vienes hasta mí,
    manantial de nueva vida
    de donde nunca bebí?

    Anoche cuando dormía
    soñé, ¡bendita ilusión!,
    que una colmena tenía
    dentro de mi corazón;

    y las doradas abejas
    iban fabricando en él,
    con las amarguras viejas,
    blanca cera y dulce miel.

    Anoche cuando dormía
    soñé, ¡bendita ilusión!,
    que un ardiente sol lucía
    dentro de mi corazón.

    Era ardiente porque daba
    calores de rojo hogar,
    y era sol porque alumbraba
    y porque hacía llorar.

    Anoche cuando dormía
    soñé, ¡bendita ilusión!,
    que era Dios lo que tenía
    dentro de mi corazón.

  • Une main amicale / Una mano amiga

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    Du seuil d’un rêve on m'appela…
    C’était la bonne voix, la voix aimée.
    — Dis-moi: viendras-tu avec moi visiter l’âme?…

    À mon cœur parvint une caresse.
    Avec toi, toujours… Et dans mon rêve j’avançai
    par une galerie longue et nue,
    sentant m’effleurer la robe pure,
    doucement palpiter la main amicale.
    (Trad: Colette)
    Antonio Machado

    Desde el umbral de un sueño me llamaron...
    Era la buena voz, la voz querida.
    -Dime: ¿vendrás conmigo a ver el alma?...
    Llego a mi corazón una caricia.
    -Contigo siempre...Y avancé en mi sueño
    por una larga, escueta galería
    sintiendo el roce de la veste pura
    y el palpitar suave de la mano amiga.
     
    Antonio Machado
     
     
     
     
    Luís Enrique Gómez (Cuba)

     

     
  • Naissances poétiques / Nacimientos poéticos

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    Sur le thème “naître” voici deux poèmes, totalement différents.

    Sobre el tema « nacer » he aquí dos poemas, totalmente distintos.

     

    Le premier est de la Paraguayenne et contemporaine Lourdes Espínola.

    Peu de mots, un message clair et fort.

    El primero es de la Paraguaya y contemporánea Lourdes Espínola

    Pocas palabras, un mensaje claro y fuerte.

     

    Nacer Mujer

     

    La alternativa:
    Saltar del balcón; despedazarlo.
    Faldas, abanico, hilo, aguja:
    me desnudo y rebelo.
    ¡Basta de mirar la vida
    desde este balcón!
    Cárcel semicircular
    tímpano sordo, sorda boca
    grito y digo
    del solitario oficio de escribirMaja_celestina_balcon_Goya.jpg

    Manuscrito de internas visiones
    espejos de mujer abriéndose.
    Nazco
    rompiendo venenosos manantiales. (L.Espínola)

     

                                          
    Naître femme

     

    L’alternative:

    Sauter du balcon; le déchiqueter.

    Jupes, éventail, fil, aiguille :

    je me dénude et rebelle.

    Fini de regarder la vie

    du balcon !

    Prison semi-circulaire

    tympan sourd, sourde bouche

    je crie et dis                                                                                          

    du solitaire travail d’écrire.

    Manuscrit de visions internes

    miroirs de femme s’ouvrant.

    Je nais

    brisant de venimeuses sources. (trad. Colette M.) Peinture, Goya.

     

    Le second est nostalgique ; retrouver l’enfance perdue et ses douceurs est le sujet de ce poème, pas fort connu, d’Antonio Machado (1875-1939). Si vous connaissez peu et/ou mal l’homme, sa vie, ses mots, prenez le temps de lire ceci.

    El segundo es nostálgico; volver a encontrar la infancia perdida y sus dulzuras  es el tema de ese poema, poco conocido, de Antonio Machado.

     

    Renacimiento

     

    Galerías del alma... ¡El alma niña!
    Su clara luz risueña;
    y la pequeña historia,
    y la alegría de la vida nueva...
    ¡Ah, volver a nacer, y andar camino,
    ya recobrada la perdida senda!
    Y volver a sentir en nuestra mano
    aquel latido de la mano buena
    de nuestra madre... Y caminar en sueñosMazerine Argentine belgique.jpg
    por amor de la mano que nos lleva.

    En nuestras almas todo
    por misteriosa mano se gobierna.
    Incomprensibles, mudas,
    nada sabemos de las almas nuestras.
    Las más hondas palabras
    del sabio nos enseñan

    lo que el silbar del viento cuando sopla
    o el sonar de las aguas cuando ruedan. (A. Machado)

    Renaissance

     Galeries de l’âme…L’âme, ma fille!

    Sa claire lumière souriante;

    et la petite histoire

    et la joie de la vie nouvelle…

    Ah, renaître et faire du chemin

    le sentier perdu enfin retrouvé !

    Et à nouveau sentir dans notre main

    le battement de la bonne main

    de notre mère…Et marcher en rêve

    par amour de la main qui nous mène.

     

    Tout dans nos âmes

    par une main mystérieuse est gouverné.

    Incompréhensibles, muettes,

    nous ne savons rien de nos âmes.

    Les plus profondes paroles

    du sage nous enseignent

    ce que dit le sifflement du vent quand il souffle

    ou  le murmure de l’eau quand elle roule. (Trad. Colette M.)