édition cap de l'etang.

  • Si doux et si tendres / Tan dulces y tan bellas

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    Le dernier recueil de poèmes d’Alfonsina Storni, traduits en français par Monique-Marie IHRY, et qui vient de paraître, est superbe d’émotions.
    Le titre est “Le doux mal”; qu’il est doux l’amour à ses débuts, qu’il peut devenir amer par la suite…
     
    Une variété de poèmes où, comme dans presque toute la poésie (la littérature aussi) sud-américaine, la nature est très présente.
    Un enchantement.
     
    Voici deux poèmes.
     
    Deux mots
     
    Cette nuit tu m’as dit à l’oreille deux mots
    Ordinaires. Deux mots fatigués
    D’être dits. Des mots
    Qui, à force d’être anciens, deviennent nouveaux.
     
    Deux mots si doux, que la lune 
    Se dessinant entre les branches
    S’est arrêtée dans ma bouche. Deux mots si doux
    Que je n’essaye même pas de bouger pour enlever
    La fourmi qui passe dans mon cou.
     
    Des mots si doux
    Que je dis sans le vouloir - oh, que la vie est belle! -
    Si doux et si tendres
    Qu’ils répandent des olives parfumées sur mon corps.
     
    Si doux et si beaux
    Que les doigts les plus longs de ma main droite
    Bougent vers le ciel imitant des ciseaux.
     
    Mes deux doigts aimeraient
    Couper des étoiles.
     
    Traduction: M-M Ihry
     
    Le Paysage bleu, 1949 (gouache sur papier), Marc Chagall
     
    Dos palabras
     
    Esta noche al oído me has dicho dos palabras
    Comunes. Dos palabras cansadas
    De ser dichas. Palabras
    Que de viejas son nuevas.

    Dos palabras tan dulces que la luna que andaba
    Filtrando entre las ramas
    Se detuvo en mi boca. Tan dulces dos palabras
    Que una hormiga pasea por mi cuello y no intento
    Moverme para echarla.

    Tan dulces dos palabras
    ?Que digo sin quererlo? ¡oh, qué bella, la vida!?
    Tan dulces y tan mansas
    Que aceites olorosos sobre el cuerpo derraman.

    Tan dulces y tan bellas
    Que nerviosos, mis dedos,
    Se mueven hacia el cielo imitando tijeras.
    Oh, mis dedos quisieran
    Cortar estrellas.
     
     
     
     
    L’or de la vie
     
    De la corolle noire de la vie
    Je fais souvent jaillir une petite étamine d’or.
    Je féconde des fruits, je ferme le calice d’or,
    Rit ma vie.
     
    Je redeviens noire. Mais dans la nouvelle vie
    Jaillit de nouveau la petite étamine d’or.
    Rit ma vie
    Lorsque viennent la toucher les papillons d’or.
     
    Noirceur, ensuite l’or.
    Précieux de la vie.
     
    Traduction M-M Ihry
     
    Alfonsina Storni
     
    El oro de la vida
     
    De la corola negra de mi vida
    Suelo brotar, estambrecillo en oro.
    Fecundo frutos, cierro el cáliz de oro,
    Ríe mi vida.
     
    Vuelvo a ser negra. Pero en nueva vida
    Brota de nuevo estambrecillo en oro.
    Ríe mi vida
    Cuando la tocan mariposas de oro.
     
    Negrura, luego el oro
    Precioso de la vida.
     
     
    LE DOUX MAL, Alfonsina Storni
    Traduction de Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
     
    Merci.

  • Caresser un souvenir / Acariciar un recuerdo

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    Delmira Agustini
    Uruguay, Montevideo 1886-1914
    https://www.perfil.com/noticias/cultura/8m-dia-mujer-delmira-agustini-poeta-uruguaya-victima-femicidio.phtml
     
    Au dos du recueil de poèmes “Les calices vides” ceci:
    À la fois “fleur d’innocence”, sculptrice de l’amant imaginaire, femme fatale, Delmira Agustini, poète uruguayenne lyrique, féministe et moderniste appartenant à la Génération de 1900 , décrit l’Amour et sa passion démesurée dans son troisième recueil Les calices vides (1913) dédié à Éros et traduit en français par la poète Monique-Marie Ihry.”
     
    Je vous l’ai écrit la semaine dernière, je ne connaissais pas Delmira. Une vie très courte dont je vous reparlerai la semaine prochaine car je suis tombée quasiment amoureuse de cette jeune femme.
    Voici la première partie d’un long poème.

     

     
    Pour tes mains
     
       Mains faites Vie,
    Mains faites rêve;
    Qui avez donné toute la beauté,
    Que toute la beauté vous ont donné;
    Aussi vivantes que deux âmes,
    Aussi blanches que la mort,
    Aussi douces que l’on croirait
    Caresser un souvenir;
    Calices des élixirs,
    Filtres et venins;
    Mains qui me comblèrent,
    Mains qui me firent peur!
    De vos doigts vous avez pris
    La fleur ardente de mon corps…
    Mains parées
    Du rubis de mon désir,
    De la perle de ma tristesse,
    Et du diamant de mon baiser:
    Emportez dans la fosse-même
    Un pétale de mon corps!
    Mains faites Vie,
    Mains faites Rêves.
     
    (…)
     
    Traduction: Monique-Marie Ihry
    Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.
     
     
     
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño;
    Que disteis toda belleza
    Que toda belleza os dieron;
    Tan vivas como dos almas,
    Tan blancas como de muerto,
    Tan suaves que se diría
    Acariciar un recuerdo;
    Vasos de los elixires
    Los filtros y los venenos;
    ¡Manos que me disteis gloria
    Manos que me disteis miedo!
    Con finos dedos tomasteis
    La ardiente flor de mi cuerpo...
    Manos que vais enjoyadas
    Del rubí de mi deseo,
    La perla de mi tristeza,
    Y el diamante de mi beso:
    ¡Llevad a la fosa misma
    Un pétalo de mi cuerpo!
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño.
     
    (...)