poésie centre et sud-américaine

  • Chanter cui-cui / Cantar pío-pío

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    Encore un poème de Juan Gelman, fort différent, quoique...

     

    Sur la poésie

    Juan Gelman



    il y aurait deux choses à dire /
    que personne ne la lit beaucoup /
    que ce personne c’est très peu de gens /
    que tout le monde ne pense qu’au problème de la crise mondiale / et
     

    au problème de manger tous les jours / il s’agit
    d’un sujet important / je me rappelle
    quand l’oncle juan est mort de faim /
    il disait qu’il ne se souvenait même pas de manger et qu’il n’y avait pas de problème /
     

    mais le problème vint plus tard /
    il n’y avait pas d’argent pour le cercueil /
    et quand finalement le camion municipal passa pour l’emporter
    l’oncle juan ressemblait à un petit oiseau /
     

    ceux de la municipalité le regardèrent avec mépris et dédain / ils murmuraient
    qu’on leur casse toujours les pieds /
     qu’eux ils étaient des hommes et qu’ils enterraient des hommes / et non
    des oisillons comme l’oncle juan / spécialement
     

    parce que l’oncle s’était mis à chanter cui-cui tout le long du voyage au crématorium municipal /
    ce qui leur avait semblé un manque de respect dont ils étaient très offensés /
    et quand ils lui donnaient une tape pour qu’il ferme sa boîte /
    le cui-cui volait dans la cabine du camion et ils sentaient que ça leur faisait cui-cui dans la tête


    / l’oncle juan était comme ça / il aimait chanter /
    et il ne voyait pas pourquoi la mort était une raison pour ne pas chanter /
    il entra dans le four en chantant cui-cui / on sortit ses cendres elles piaillèrent un moment /
    et les compagnons municipaux regardèrent leurs chaussures grises de honte / mais
     

    pour en revenir à la poésie /
    les poètes aujourd’hui vont assez mal /
    personne ne les lit beaucoup / ce personne c’est très peu de gens /
    le métier a perdu son prestige / pour un poète c’est tous les jours plus difficile
     

    d’obtenir l’amour d’une fille /
    d’être candidat à la présidence / d’avoir la confiance d’un épicier /
    d’avoir un guerrier de qui chanter les exploits /
    un roi pour lui payer trois pièces d’or le vers /
     

    et personne ne sait si ça se passe comme ça parce qu’il n’y a plus de filles / d’épiciers / guerriers / de rois /
    ou simplement de poètes /
    ou les deux choses à la fois et il est inutile
    de se casser la tête à penser au problème /
     

    ce qui est bon c’est de savoir qu’on peut chanter cui-cui
    dans les plus étranges circonstances /
    l’oncle juan après sa mort / moi à présent
    pour que tu m’aimes

     

    Vers le sud et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 2014 

    Traduction : Jacques Ancet

     

     

     

                                    La voix (voz) de Juan Gelman recitant son poème

     

      SOBRE LA POESÍA

    habría un par de cosas que decir/
    que nadie la lee mucho/
    que esos nadie son pocos/
    que todo el mundo está con el asunto de la crisis mundial/ y


    con el asunto de comer cada día/se trata
    de un asunto importante/recuerdo
    cuando murió de hambre el tío juan/
    decía que ni se acordaba de comer y que no había problema/


    pero el problema fue después/
    no había plata para el cajón/
    y cuando finalmente pasó el camión municipal a llevárselo
    el tío juan parecía un pajarito/


    los de la municipalidad lo miraron con desprecio o desdén/
    murmuraban
    que siempre los están molestando/
    que ellos eran hombres y enterraban hombres/y no


    pajaritos como el tío juan/especialmente
    porque el tío estuvo cantando pío-pío todo el viaje
    hasta el crematorio municipal/
    y a ellos les pareció un irrespeto y estaban muy ofendidos/


    y cuando le daban un palmetazo para que se callara la boca/
    el pío-pío volaba por la cabina del camión y ellos sentían que
    les hacía pío-pío en la cabeza/el
    tío juan era así/le gustaba cantar/


    y no veía por qué la muerte era motivo para no cantar/
    entró al horno cantando pío-pío/salieron sus cenizas y piaron un rato/
    y los compañeros municipales se miraron los zapatos grises de vergüenza/pero
    volviendo a la poesía/


    los poetas ahora la pasan bastante mal/
    nadie los lee mucho/esos nadie son pocos/
    el oficio perdió prestigio/para un poeta es cada día más difícil
    conseguir el amor de una muchacha/


    ser candidato a presidente/que algún almacenero le fíe/
    que un guerrero haga hazañas para que él las cante/
    que un rey le pague cada verso con tres monedas de oro/
    y nadie sabe si eso ocurre porque se terminaron


    las muchachas/los almaceneros/los guerreros/los reyes/
    o simplemente los poetas/
    o pasaron las dos cosas y es inútil
    romperse la cabeza pensando en la cuestión/


    lo lindo es saber que uno puede cantar pío-pío
    en las más raras circunstancias/
    tío juan después de muerto/yo ahora
    para que me quier
    as/

  • Après la nuit / Después de la noche

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    Parfois, en très peu de mots, des poètes arrivent à concentrer une longue histoire.

     Juan Gelman que vous avez souvent rencontré sur ce blog, et dont l’histoire personnelle, absolument tragique mais illuminée vers la fin (cet article le raconte vraiment bien), est joliment résumée dans ce court poème qui ne peut, je crois, bien se comprendre qu’en connaissant les drames de sa vie.



    La victoire

     

    Juan Gelman

     

    Dans un livre de vers éclaboussé

    d'amour, de tristesse, du monde,

    mes enfants ont dessiné des femmes jaunes,

    des éléphants qui avancent sur des parapluies rouges,

    des oiseaux arrêtés au bord d'une page,

    ils ont envahi la mort,

    le grand chameau bleu repose sur le mot cendre,

    une joue glisse sur la solitude de mes os,

    la candeur vainc le désordre de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

  • Des yeux / Ojos

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    Foto I. Pampín. Muchas gracias.
     
    Je le vois, l'observe qui guette, souvent très longtemps, le moment où l'insecte, la lumière, le fond seront parfaits pour la photo. Ça semble si facile une photo...
     
    Peut-être est-elle assez poétique pour ne pas ajouter un poème, mais...
     
    les yeux parlent …

    les yeux
    parlent ou juste
    des yeux qui s’ouvrent
    chassent le surplus
    des yeux
    pas des mots
    des yeux
    pas des promesses
    je travaille avec mes yeux
    à construire
    à réparer
    à reconstruire
    une chose semblable à un regard humain
    à un poème d’homme
    à un chant lointain de la forêt.

    Trad: Colette

     

    De " Approximations " Alejandra Pizarnik. 



    Los ojos (Alejandra Pizarnik)

    los ojos
    hablan o justo
    ojos que se abren
    arrojan lo sobrante
    ojos
    no palabras
    ojos
    no promesas
    trabajo con mis ojos
    en construir
    en reparar
    en reconstruir
    algo parecido a una mirada humana
    a un poema del hombre
    a un canto lejano del bosque

  • IL est évident que.../ Queda de manifiesto que...

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    Nicanor Parra, vous souvenez-vous de lui ?  Né en 1914 et mort en 2018 c'était un poète, mathématicien et physicien chilien qui se présente lui-même comme un antipoète.

    Son œuvre a eu une influence profonde dans la littérature sud-américaine. Il est l'un des poètes chiliens les plus connus, avec les quatre grands de la poésie chilienne.

     

                                "Pleurez si vous voulez, moi pour ma part, je meurs de rire"



    Le poème que j’ai choisi aujourd’hui est très long, je n’en ai retenu que quelques strophes,mais il illustre bien je pense cette antipoésie. Des images, des réflexions, sans lien apparent et qui déroutent, font rire parfois aussi. 

     


     

     

    Lettres du poète qui dort sur une chaise

     

    I

    Je dis les choses comme elle sont

    Ou nous savons tout d’avance

    Ou nous ne saurons jamais absolument rien.

     

    La seule chose qui nous est permise

    C’est apprendre à parler correctement.


    V

    Jeunes

    Écrivez ce que vous voulez

    Dans le style qui vous semblera le meilleur

    Trop de sang est passé sous les ponts

    Pour continuer à croire – je crois

    qu’on ne peut suivre qu’un seul chemin:

    En poésie tout est permis.



    VII

      Il est évident

    Qu’il n’y a pas d’habitants sur la lune

     

    Que les chaises sont des tables

    Que les papillons sont des fleurs en perpétuel mouvement

    Que la vérité est une erreur collective

    Que l’esprit meurt avec le corps.

     

    Il est évident

    Que les rides ne sont pas des cicatrices.



    XVI

    Aphorismes chiliens:

    Tous les chardonnerets ont des taches de rousseur

    Le téléphone sait ce qu’il dit

    Jamais la tortue ne perdit autant de temps

    Que quand elle reçut des leçons de l’aigle.

     

    L’automobile est une chaise roulante.

     

    Et le voyageur qui regarde en arrière

    Court le sérieux danger

    Que son ombre ne veuille le suivre.



    XVII

    Analyser est renoncer à soi-même

    On ne peut que raisonner en rond

    On ne voit que ce qu’on veut voir

    Une naissance ne résout rien

    Je reconnais que les larmes m’en tombent.

     

    Une naissance ne résout rien

    Seule la mort dit la vérité

    La poésie même ne convainc pas.

    Si on nous enseigne que l’espace n’existe pas.

     

    Mais de toute façon

    La vieillesse est un fait accompli.

     

    Ce sera ce que science détermine.

     

    Lire mes poèmes me donne sommeil

    Et pourtant ils ont été écrits avec du sang.

    (Trad: Colette)

                               "C'était écrit: apparaissent les armes d'extermination massive"



    CARTAS DEL POETA QUE DUERME EN UNA SILLA

     

    I
    Digo las cosas tales como son
    O lo sabemos todo de antemano
    O no sabremos nunca absolutamente nada.

    Lo único que nos está permitido
    Es aprender a hablar correctamente.

    V

    Jóvenes
    Escriban lo que quieran
    En el estilo que les parezca mejor
    Ha pasado demasiada sangre bajo los puentes
    Para seguir creyendo -creo yo
    Que sólo se puede seguir un camino:
    En poesía se permite todo.



    VII

    Queda de manifiesto
    Que no hay habitantes en la luna

    Que las sillas son mesas
    Que las mariposas son flores en movimiento perpetuo
    Que la verdad es un error colectivo
    Que el espíritu muere con el cuerpo

    Queda de manifiesto
    Que las arrugas no son cicatrices.

    XVI

    Aforismos chilenos:
    Todas las colorinas tienen pecas
    El teléfono sabe lo que dice
    Nunca perdió más tiempo la tortuga
    Que cuando tomó lecciones del águila.

    El automóvil es una silla de ruedas.

    Y el viajero que mira para atrás
    Corre el serio peligro
    De que su sombra no quiera seguirlo.

    XVII

    Analizar es renunciar a sí mismo
    Sólo se puede razonar en círculo
    Sólo se ve lo que se quiere ver
    Un nacimiento no resuelve nada
    Reconozco que se me caen las lágrimas.

    Un nacimiento no resuelve nada
    Sólo la muerte dice la verdad
    La poesía misma no convence.
    Se nos enseña que el espacio no existe

    Se nos enseña que el tiempo no existe
    Pero de todos modos
    La vejez es un hecho consumado.

    Sea lo que la ciencia determine.

    Me da sueño leer mis poesías
    Y sin embargo fueron escritas con sangre.

     

     
  • Riche de pourpre et de mélancolie / Rica de púrpura y de melancolía

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    Cette semaine dans ma boite aux lettres, une enveloppe, une écriture amie. À l’intérieur un article et la traduction en français de ce poème de Gabriela Mistral. Merci beaucoup !

                               http://www.cervantesvirtual.com/obra-visor/tala--1/html/ff25d1ee-82b1-11df-acc7-002185ce6064_8.html
     

    Richesse, par Gabriela Mistral

    J’ai le bonheur fidèle
    et le bonheur perdu :
    j’ai l’un comme une rose,
    l’autre comme une épine.
    De ce qu’on m’a volé,
    ne suis dépossédée :
    j’ai le bonheur fidèle
    et le bonheur perdu,
    et suis riche de pourpre
    et de mélancolie.
    Ah ! quelle aimée est la rose
    et quelle amante l’épine !
    Tel le double contour
    de deux fruits faux jumeaux,
    j’ai le bonheur fidèle
    et le bonheur perdu.

     

    Traduit par Irène Gayraud,

    Sous le titre Essart, Irène Gayraud publie le premier recueil de traduction en français de

    poèmes de Gabriela.  Curieux ce vide pour une poète qui a eu un prix Nobel, applaudissements

    donc !!!!

     

     



    Riqueza

    Gabriela Mistral

    Tengo la dicha fiel
    y la dicha perdida:
    la una como rosa,
    la otra como espina.
    De lo que me robaron
    no fui desposeída;
    tengo la dicha fiel
    y la dicha perdida,
    y estoy rica de púrpura
    y de melancolía.
    ¡Ay, qué amante es la rosa
    y qué amada la espina!
    Como el doble contorno
    de dos frutas mellizas
    tengo la dicha fiel
    y la dicha perdida.

  • Voix / Voz

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    Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles ; et l'harmonie la plus douce est le son de voix de celle que l'on aime. “

    Jean de La Bruyère



    Pourquoi diable cette citation aujourd’hui penserez vous avec raison.
    Et bien, vous me connaissez un peu, pour introduire ce court poème
    d’Alejandra Pizarnik.

     

    Présence
    ta voix
    là où les choses ne peuvent s’extraire
    de mon regard
    elles me dépouillent
    font de moi une barque sur un fleuve de pierres
    si ce n’est ta voix
    pluie seule dans mon silence de fièvres
    tu me détaches les yeux
    et s’il te plaît
    que tu me parles
    toujours

     

    (traduction Silvia Baron Supervielle)

     

                               Paul Klee, harmonie des couleurs.

     

     

    Presencia - Pizarnik

     

     

    tu voz

    en este no poder salirse las cosas

    de mi mirada

    ellas me desposeen

    hacen de mí un barco sobre un río de piedras

    si no es tu voz

    lluvia sola en mi silencio de fiebres

    tú me desatas los ojos

    y por favor

    que me hables

    siempre

  • À l'envers / Al revés

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    Nous partons au Guatemala, il y a des merveilles partout.

    Cette fois avec un poète, Humberto Ak’abal, d’origine Maya Quiché et qui pensait (il est décédé il y a peu) et écrivait dans cette langue, et traduisait lui-mème ses poèmes en espagnol.

    Très connu en Amérique centrale et latine, il a aussi été traduit en plusieurs langues dont le français. Un recueil de lui “Les traces du jour et de la nuit” si cela vous tente.

     

    Aujourd’hui deux poèmes, courts. Le premier plutôt philosophique, le second sur la nature.

     

    Camino al revés
    De vez en cuando
    camino al revés:
    es mi modo de recordar.

    Si caminara sólo hacia delante,
    te podría contar
    cómo es el olvido.



    Je marche à l’envers

    De temps en temps

    je marche à l’envers:

    c’est ma façon de me souvenir.

     

    Si je ne marchais qu’en avant

    je pourrais te dire

    comment est l’oubli.

    (Trad: Colette)

     

     

    Walk backwards (https://mygoodtimestories.com/2020/10/20/walk-backwards/)
     

     

     

    LA PLUIE

     

    Hier j'ai rencontré un nuage en pleurs.

    Il m'a raconté qu'il avait porté son eau

    à la ville
    et qu'il s'était perdu.

    Il a cherché des paysages
    mais la ville les avait tous avalés.

    Pieds nus, triste et seul,
    il est revenu.

    Il a plu à nouveau sur les champs ;
    charas et quiscale
    ont fait la fête.

    Et les crapauds ont chanté.

     

    (Trad:Colette)

     

     

    La Lluvia

     

    Ayer encontré una nube llorando.

     

    Me contó que había llevado su agua

    a la ciudad

    y se perdió.

     

     

    Buscó paisajes

    y la ciudad se los había tragado.

     

    Descalza, triste y sola

    regresó.

     

    Volvió a llover en el campo;

    xaras y sanates

    hicieron fiesta.

     

    Y cantaron los sapos.

     

     

     

     

  • Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

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    Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

    L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

     

                                        Teresa Will Montt 1893-1921 Chili

     

     


    Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
    http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


    Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                              



    Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

     

    Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

    Extrait de “Le matin “


       “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

       Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

    Extracto de “”La mañana”

       ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

       Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


    Extrait de “Crépuscule”

    J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


       “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
      “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
       Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
      Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
      Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


    Extracto de “El crepúsculo”

       “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
       Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
       Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
       Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
       Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




    Extrait de “La nuit”


      “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
       Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
       Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
       Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
       Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

    Extracto de “La noche “


        "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
       “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
        ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
        ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
        ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

  • Nourrir et sourire

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    Fin mai. 


    Billet léger, gai, nature.


    Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
    Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
    I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


    Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

    Voilà Mirlenko



     

     


     

     

     

    La señora Mirlenka....

     

     

                                                          Fotos I. Pampin gracias

     

    Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
    Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


    Les oisillons affamés.
      Foto I. Pampin

     

    Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

     

    Mai

    Gioconda Belli

    Les baisers ne se fanent pas

    comme les flamboyants,

    ni ne me poussent des gousses sur les bras;

    toujours je fleuris

    de cette pluie intérieure,

    comme les patios verts de mai

    et je ris car j’aime le vent et les nuages

    et le passage des oiseaux chanteurs,

    bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

    couverte de lierre comme les vieux murs,

    je crois toujours aux murmures gardés,

    en la force des chevaux sauvages,

    au message ailé des mouettes.

    Je crois aux innombrables racines de mon chant.

    (Trad: Colette)

     

    MAYO


    No se marchitan los besos
    como los malinches, (flamboyants)
    ni me crecen vainas en los brazos;
    siempre florezco
    con esta lluvia interna,
    como los patios verdes de mayo
    y río porque amo el viento y las nubes
    y el paso del los pájaros cantores,
    aunque ande enredada en recuerdos,
    cubierta de hiedra como las viejas paredes,
    sigo creyendo en los susurros guardados,
    la fuerza de los caballos salvajes,
    el alado mensaje de las gaviotas.
    Creo en las raíces innumerables de mi canto.


     Gioconda Belli

     
  • Deux poèmes cubains / Dos poemas de Cuba

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    Après Lágrimas Negras, nous restons à Cuba (pour un bon moment je crois) . Aujourd’hui deux courts poèmes.

     

    Roberto Branly (La Havane 1930-1980)

    Réponse

    (14 mars 1970)

     

    À un jeune écrivain,

    exclusivement agnostique ?

     

    La mémoire, simplement,

    dans l’obscurité,

    peut être le fil d’une épée,

    le nœud dans une corde, le chaos,

    la propre voix comme un marteau

    dans le silence;

    ou, au contraire,

    une étoile jeune

    brillant, étonnamment,

    sur le fond de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    ROBERTO BRANLY (La Havane 1930-1980)



    RESPUESTA
    (14 de marzo de 1970)

    A un joven escritor,
    ¿exclusivamente agnóstico?

    La memoria, simplemente,
    dentro de la oscuridad,
    puede ser el filo de una espada,
    el nudo en una cuerda, el caos,
    la propia voz como un martillo
    en el silencio;
    o, por el contrario,
    una estrella joven
    brillando, inesperadamente,
    sobre el fondo de la noche.

     

    Memoria Carlos Alonso (Argentina)

     

     

     

    Manuel Diaz Rodriguez (Cuba 1936-)

     

     

    Mauvais temps

     

    Dehors il pleut trop, mais

    par moments la tempête se calme,

    et alors continue de ruisseler, partout

    une mélancolie obstinée.

     

    On pronostique pour les prochaines heures

    des silences torrentiels

    et en fin de journée

    un mutisme en forme de neige.

     

    Les précautions seraient inutiles

    pour éviter les ravages du mauvais temps

    nous communique le météorologue E.M. Cioran.

    (Trad: Colette)

     

     

                                           Lluvia /Pluie , Elio Fidel Villate Lam (Cuba)

     

    Mal tiempo

     

    Afuera llueve demasiado, pero

    por momentos amaina el temporal,

    y entonces queda goteando sobre todo

    una pertinaz melancolía.

     

    Pronostican para las próximas horas

    silencios torrenciales

    y al final de la jornada

    una mudez en forma de nieve.

     

    Serán inútiles las precauciones

    para evitar los estragos del mal tiempo,

    nos comunica el meteorólogo E. M. Cioran.

  • Quand des larmes font une chanson / Cuando lágrimas hacen una canción

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    Nous sommes en 1929 et le musicien-compositeur et chanteur cubain Miguel Matamoros (Santiago de Cuba 1894-1971) se trouve en déplacement à Saint Domingue.

    L’histoire raconte qu’un soir, dans la chambre de la pension où il séjournait, il entend des pleurs de femme dans la chambre voisine. Il pense à un deuil, puis il apprend que le mari de la dame l’a quitté la veille pour une autre.

    Ceci lui aurait inspiré les paroles de la chanson “Lágrimas negras”

    La liste des interprètes est très longue, mais nous allons nous centrer sur la version de Bebo y  El Cigala, extraordinaire réunion d’artistes variés.

     

     

    D’abord Bebo Valdés, le connaissez-vous ?  Pianiste de jazz et compositeur cubain, lié au latin-jazz et au jazz afro-cubain.

    El Cigala, né à Madrid, célèbre cantaor de flamenco, gitan, espagnol donc mais de nationalité Dominicaine depuis 2014.

    Il reste le saxophoniste, magnifique, mais pas de nom fixe ai-je vu, il semble être différent à chaque concert ou enregistrement.

    L’album Produit par les Espagnols Javier Limón et Fernando Trueba et la chanson d’aujourd’hui ont le même titre “Lágrimas (larmes ) negras”.

     

    Allez, écoutez, laissez-vous emporter, regardez leur plaisir. (les paroles, qui diffèrent d’un chanteur/chanteuse à l’autre) sont plus bas. 

     

     

     

    Bien que tu m'aies jeté dans l’abandon
    Bien que tu aies tué mes illusions
    Au lieu de te maudire d'une juste rancœur
    dans mes rêves, je te couvre
    dans mes rêves, je te couvre de bénédictions


    Ton égarement me fait souffrir d'une peine immense
    je sens la douleur profonde de ton départ
    Je pleure, sans que tu saches que mes pleurs
    sont des larmes noires
    sont des larmes noires comme ma vie

    Aïe, dans le Guadalquivir

    Les gitanes lavent

    les enfants sur les berges

    en regardant passer les bateaux,



    Eau du citronnier

    Eau du citronnier

    Si je te caresse la figure

    Tu dois me donner un baiser


    Tu veux me quitter, je ne veux pas souffrir
    je pars avec toi, ma sainte même si je dois en mourir

     

    (Dans ces mots chantés par Cigala, je soupçonne que le Guadalquivir, les gitanes et l'eau du citronnier sont des ajouts personnels du cantaor...)

  • Mémoire / Memoria

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    Restons au Chili.

    Michaela Paredes Barraza est une jeune poète Chilienne, née à Santiago de Chile, en 1993

     

                                    Álvaro Bindis, Chili,

     

     

    Cérémonies d’intérieur

     

    Il y a quelque chose de permanent dans la distance

    entre objet et souvenir, ici ou là,

    hier, aujourd’hui et demain.

    Répété et différent dans la mémoire

    tout reste circonscrit à ce lieu

    où un jour il nous fut donné d’aimer le monde.

    Perdurent ses images : l’angoisse

    du rite des dimanches, les miettes du pain

    et du désamour

    que nous nions une fois derrière la fenêtre.

     

    Nous changeons de ville, d’endroits,

    mais là, et seulement là, nous fûmes et sommes

    condamnés pour toujours à l’étreinte

    au secret de la lumière qui, les nuits, nous rappelle

    notre ruine originaire.

     

    (Trad: Colette)

     

    Alvaro Bindis, peintre Chilien 

     

     

    Ceremonias de interior



    Micaela Paredes Barraza (Santiago de Chile 1993)



     

    Hay algo permanente en la distancia

    entre objeto y recuerdo, aquí o allá,

    ayer, hoy y mañana.

    Repetido y diferente en la memoria

    todo queda circunscrito a ese lugar

    en que un día nos fue dado amar al mundo.

    Perduran sus imágenes: la angustia

    del rito los domingos, las migajas del pan

    y el desamor

    que negamos una vez tras la ventana.

     

    Cambiamos de ciudad, contamos sitios,

    pero allí y solo allí fuimos y somos

    para siempre condenados al abrazo,

    al secreto de la luz que nos recuerda por las noches

    nuestra ruina originaria.

     

     
  • Gabriela (2)

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    Nous avions quitté Gabriela Mistral la semaine dernière alors qu’elle partait faire des conférences de par monde. Finalement elle est nommée consul honoraire du Chili à Naples.
    C’est en 1945 qu’on lui attribue le prix Nobel (le premier donné à une écrivaine de langue espagnole) et en 1951 elle reçut le Prix national de Littérature du Chili.
    Elle poursuit de pair sa carrière diplomatique, la poésie, et ses nombreux voyages jusqu’à sa mort en 1957 à New York. Selon son désir ses restes furent amenés au Chili. Certaines de ses œuvres inédites furent publiées après sa mort.
     

    Alors, et comme le dit Angèle Paoli (ici, sur Terres de femmes):

    La poésie de Gabriela Mistral est malheureusement quasi inaccessible aux non-hispanisants, compte tenu de la rareté – du moins en France – des traductions de ses recueils poétiques, publiées pour la plupart en 1946, au lendemain de son Prix Nobel (et non rééditées depuis), hors une anthologie poétique parue en 1989 à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance (D’amour et de désolation, Orphée/La Différence). Cette anthologie a été rééditée en 2012.”


     

     
    Je ne vous mets qu’un seul poème aujourd’hui car il est long. Et pas gai, mais la poésie doit-elle l'être à toux prix?
     
    Pour comprendre ce poème, le plus connu sans doute des francophones, il vous faut savoir ceci: le Chili vécut, au milieu du XIXºs, ce qu’ils appellent une colonisation sélective. Le gouvernement avait ouvert ses frontières pour recevoir des étrangers, catholiques, qui avaient eu une éducation secondaire.
    C’est ainsi qu’arrivèrent des Allemands, qui imposèrent plus ou moins leur langue et leurs coutumes dans les zones où ils habitaient. Gabriela élève la voix devant la transformation de son paysage affectif, devant l’étrangeté d’un espace qui commençait à perdre son identité.
     

    DÉSOLATION


    La brume épaisse, éternelle, pour me faire oublier où
    m’a rejetée la mer dans son flot saumâtre.
    La terre où j'ai abordé n'a pas de printemps :
    sa nuit sans fin me couvre comme une mère.

    Autour de mon logis, le vent fait sa ronde de sanglots
    et de hurlements et, tel un fil de cristal, brise mon cri.
    Sur la plaine blanche, à l'horizon sans fin,
    je regarde mourir d'immenses couchants douloureux.

    Qui pourra appeler celle qui est venue jusqu'ici,
    puisque seuls les morts sont allés plus loin ?
    Ils regardent une mer muette et glacée
    s'allonger entre leurs bras et les bras chéris.

    Les bateaux dont les voiles blanchissent le port
    viennent de terres où ne sont pas les miens ;
    leurs hommes aux yeux clairs ne connaissent pas mes fleuves,
    et n'apportent que des fruits pâles, qui n'ont pas la lumière de mes vergers.

    La question qui monte à ma gorge
    lorsque je les vois passer, retombe, accablée :
    ils parlent des langues étrangères, non l'émouvante
    langue que, sur des terres dorées, chante ma pauvre mère.

    Je regarde tomber la neige comme poussière dans la tombe ;
    je regarde s'épaissir le brouillard comme l'agonisant,
    pour ne pas tomber dans la folie, je ne compte pas les instants ;
    la longue nuit ne fait que commencer.

    Je contemple la plaine figée et en recueille le deuil,
    car je suis venue voir les paysages de mort.
    La neige est le visage qui regarde à travers mes vitres,
    sa blancheur descend sans trêve des cieux.

    Toujours elle, silencieuse, ainsi que le vaste
    regard de Dieu sur moi, toujours ses jasmins sur mon toit ;
    toujours, tel le destin égal, présent,
    elle viendra me couvrir, terrible, extasiée.

     

    Gabriela Mistral, Poèmes choisis, Éditions Stock. Traduction de Mathilde Pomès. (Trouvé sur le même site :“Terres de femmes”

     

    La bruma espesa, eterna, para que olvide dónde
    me ha arrojado la mar en su ola de salmuera.
    La tierra a la que vine no tiene primavera:
    tiene su noche larga que cual madre me esconde.

    El viento hace a mi casa su ronda de sollozos
    y de alarido, y quiebra, como un cristal, mi grito.
    Y en la llanura blanca, de horizonte infinito,
    miro morir intensos ocasos dolorosos.

    ¿A quién podrá llamar la que hasta aquí ha venido
    si más lejos que ella sólo fueron los muertos?
    ¡Tan sólo ellos contemplan un mar callado y yerto
    crecer entre sus brazos y los brazos queridos!

    Los barcos cuyas velas blanquean en el puerto
    vienen de tierras donde no están los que no son míos;
    sus hombres de ojos claros no conocen mis ríos
    y traen frutos pálidos, sin la luz de mis huertos.

    Y la interrogación que sube a mi garganta
    al mirarlos pasar, me desciende, vencida:
    hablan extrañas lenguas y no la conmovida
    lengua que en tierras de oro mi pobre madre canta.

    Miro bajar la nieve como el polvo en la huesa;
    miro crecer la niebla como el agonizante,
    y por no enloquecer no encuentro los instantes,
    porque la noche larga ahora tan solo empieza.

    Miro el llano extasiado y recojo su duelo,
    que viene para ver los paisajes mortales.
    La nieve es el semblante que asoma a mis cristales:
    ¡siempre será su albura bajando de los cielos!

    Siempre ella, silenciosa, como la gran mirada
    de Dios sobre mí; siempre su azahar sobre mi casa;
    siempre, como el destino que ni mengua ni pasa,
    descenderá a cubrirme, terrible y extasiada.

     

     

  • Gabriela (1)

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    Autant vous le dire tout de suite: la poésie de Gabriela Mistral ne m’enthousiasme pas vraiment. Peut-être y a-t-il des clés pour y entrer que je n’ai pas perçues. Pourtant la nature, omniprésente, devrait m’enchanter. 


    Mais la femme est digne de toute mon admiration .
    Comme elle est une des toutes grandes poétesses sud-américaines, qu’elle a eu un prix Nobel, qu’elle a toujours lutté contre la pauvreté, la démocratie, pour les enfants...je vous raconte un peu sa vie. Pas facile car il y a la version officielle du gouvernement chilien (dictature) et l’autre. Je me contenterai donc des faits.

    Née en en 1889 au nord du Chili, son vrai nom est Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, et Gabriela Mistral un nom qu’elle a choisi à cause de ses deux poètes préférés: Gabriele D’Annunzio et Frédéric Mistral.
    Elle avait 3 ans quand son père quitta la maison, laissant la famille dans des conditions fort difficiles. Elle arrive pourtant à poursuivre son éducation et à 14 ans devient “aide-institutrice”. Déjà elle écrit des poèmes, a un amoureux, un mauvais garçon qu’elle quitte puis qui se suicide. L’histoire dit qu’elle gardera cette blessure sa vie durant.


    Ensuite elle s’installe à Santiago, poursuit des études supérieures et elle va travailler  comme institutrice dans différentes parties du Chili, C’est là qu’elle rencontre le jeune Neftali Reyes Basoalto. Vous devinez qui c’est ? C’est Pablo Neruda ! Elle l’initie à l’écriture.


    À ce moment, 1922, le gouvernement mexicain lui demande de venir organiser les bibliothèques et les écoles. Elle publie « Desolación» qui a un succès international, et aussi « Lectures pour femmes » sur la maternité et l’éducation des enfants. Devenue professeure d’espagnol à l’Université du Chili, Gabriela part donner des conférences aux États-Unis et en Europe puis parcourt l’Amérique Latine.
    Elle publie des comptines pour enfants.


     

    Voici une ronde.

     

    CEUX QUI NE DANSENT PAS

    Une petite infirme

    dit: comment danserai-je ?

    Nous lui répondons

    fais danser ton cœur.

     

    Et l’estropiée

    dit: comment chanterai-je ?

    Nous lui répondons

    fais chanter ton cœur.

     

    Le pauvre chardon mort dit :

    comment danserai-je ?

    Nous lui disons: laisse le vent

    emporter ton cœur.

     

    Dieu dans la hauteur

    dit: comment descendre de l’azur ?

    Nous lui disons de descendre danser

    pour nous dans la lumière.

     

    Toute la vallée danse

    en vaste ronde sous le soleil

    et qui n’entre pas

    son cœur de terre deviendra.

                                                                                                        (Trad Colette)

     

    (suite la semaine prochaine, avec un autre poème).

     

    Los que no danzan  Gabriela Mistral



    Una niña que es inválida
    dijo: ?«¿Cómo danzo yo?»
    Le dijimos que pusiera
    a danzar su corazón...

    Luego dijo la quebrada:
    ?«¿Cómo cantaría yo?»
    Le dijimos que pusiera
    a cantar su corazón...

    Dijo el pobre cardo muerto:
    ?«¿Cómo danzaría yo?»
    Le dijimos: ?«Pon al viento
    a volar tu corazón...»

    Dijo Dios desde la altura:
    ?«¿Cómo bajo del azul?»
    Le dijimos que bajara
    a danzarnos en la luz.

    Todo el valle está danzando
    en un corro bajo el sol,
    y al que no entra se le hace
    tierra, tierra el corazón.

     

  • Un Air Chilien / Un Aire Chilieno

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    Le nom de Gabriela Mistral vous dit sans doute quelque chose, sinon je vous raconterai la semaine prochaine qui était cette femme extraordinaire, cette poète chilienne qui reçut, avant Pablo Neruda et Vicente Huidobro, le prix Nobel de littérature en 1945.

    Mais aujourd’hui, un « apéritif » poétique.

     

    Sin duda conocéis, por lo menos el nombre, a Gabriela Mistral. La próxima semana os contaré en detalle quién era esa mujer extraordinaria quien recibió, antes que P. Neruda o V. Huidobro, el premio Nobel de literatura en 1945.

    Pero hoy un « aperitivo » poético. 

     

     

                              

       

                          Brumes Chili

     
    L’Air
     
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
     
    (Trad:Colette)
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...

    Brumes Chili