poésie centre et sud-américaine

  • Emmène-moi J.R. Wilcock / Llévame

    Imprimer

    Juan Rodolfo Wilcock, ( Argentine 1919-Italie 1978) est un poète peu connu qui écrit tant en espagnol qu'en italien et très intéressant dans ses genres variés; nous l’avons déjà croisé ici

    J. R. Wilcock, (Argentina 1919-Italia 1978) poeta poco conocido, y muy interesante en sus estilos diversos; ya lo hemos cruzado aquí.

    Le poème d’aujourd’hui est à la fois court et long car, vous le verrez: à part les 3 premiers vers, il n’est constitué que d’une seule longue phrase, presque à perdre haleine…Écrit en italien, le voici traduit en français et espagnol.

     

    Un poema a la vez corto y largo ya que, lo veréis, excepto los tres primeros versos, está constituido por una sola frase larga, para perder casi el aliento...Escrito en italiano, aquí la traducción al español por Guillermo Piro.



    Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi

     

    Je ne dis pas viens avec moi, je dis emmène-moi.

    Devant un saint ou une vierge, qui

    dirait "viens, on va à Tunis ?".

    Et si l'image sortait faire un tour,

    qui ne voudrait l'accompagner, qui ?

    À trente mètres je vois très bien,

    je voudrais toujours te suivre à trente mètres,

    et parfois, près d'une rivière ou d’une fontaine,

    m'approcher de cet éclat fabuleux,

    quand tu dors, te reposes ou souris,

    pour, la nuit venue, me reclure dans l'obscurité

    et constater que je brille aussi par moi-même

    et qu'au-delà de l'enregistreur

    avec ta voix gravée sur la bande

    se condensent des apparences lumineuses

    qui en d'autres temps s'appelaient des anges,

    des formes suspendues, des esprits novices

    qui de toi veulent apprendre, en ces lieux étranges,

    pureté et tendresse,

    modestie, vérité et autres arts angéliques

    jamais vus réunis, ni en ces lieux-là ni ailleurs,

    ou comment une nation entière se rend

    en baissant simplement les paupières.

    (Trad Colette)

     

     Xeneize19 (Xeneize19) en Pinterest

     

     

     

    No digo ven conmigo, digo llévame

     

    No digo ven conmigo, digo llévame.

    Delante de un santo o de una virgen ¿quién

    diría: "ven ¿vamos a Túnez?".

    Y si la imagen saliera a dar vueltas

    ¿quién no querría acompañarla, quién?.

    A treinta metros veo muy bien,

    quisiera seguirte siempre a treinta metros,

    y a veces, cerca de un río o de una fuente,

    acercarme a ese fabuloso fulgor,

    cuando duermes, reposas o sonríes,

    para después a la noche recluirme en la oscuridad

    y comprobar que brillo también por mí mismo

    y que más allá del grabador

    con tu voz registrada en la cinta

    se condensan apariencias luminosas

    que en otros tiempos se llamaban ángeles,

    formas suspendidas, espíritus aprendices

    que de ti quieren en aquellos extraños parajes

    aprender pureza y ternura,

    recato, verdad y otras artes angelicales

    jamás vistas juntas, ni en aquellos lugares ni en otros,

    o cómo se rinde una nación entera

    bajando los párpados simplemente.

    (Trad: Guillermo Piro)

     

    Vieni con me non dico, dico portami.

    Vieni con me non dico, dico portami.
    Davanti a un Santo o a una Madonna chi
    direbbe, « vieni, andiamo in Tunisia »? 
    Ma se l’immagine se ne andasse in giro
    chi non vorrebbe accompagnarla, chi?
    A trenta metri vedo molto bene,
    vorrei seguirti sempre a trenta metri,
    e a volte, presso un fiume o una fontana,
    avvicinarmi a tanto irraggiamento,
    se dormi, se riposi, se sorridi,
    per poi la sera chiudermi nel buio
    e accertare che splendo anche da solo
    e che al di sopra del registratore
    col nastro inciso con la tua voce
    si addensano apparenze luminose
    che in altri tempi si chiamavano angeli,
    forme sospese, spiriti apprendisti
    che da te vogliono in quei rari paraggi
    imparare purezza e tenerezza,
    ritegno, verità e altre arti angeliche
    mai viste insieme, né in quei luoghi né altrove,
    o come si asservisce una nazione
    abbassando le palpebre semplicemente.

  • Les cales de l'espoir / Las bodegas de la espera

    Imprimer

     Marine Décembre 1993

     

    Renée Ferrer Paraguay 1944-



    Marcher
    sur les sables de ta pensée
    voyager en clandestin dans les cales de l’espoir,
    et céder
    -en cette attente de toi,
    de ton désir survivant d’un cataclysme d’écumes.

    L’horizon se loge en moi
    s’appuyant
    de l’autre côté de mon front.
    La mer s’en tient aux rites du temps
    et réitère un appel secret.

    Ne me dis pas que j’ai à nouveau rêvé,
    qu’il fait déjà jour.


     (Trad:Colette)

     

     

                               Joaquin Sorolla http://museosdelmundo.com/c-espana/joaquin-sorolla/
     

     

     

    Marina

    Renée Ferrer Paraguay 1944-

    Caminar
    por las arenas de tu pensamiento,
    viajar de polizón en las bodegas de la espera,
    y ceder
    -a esa espera de ti,
    de tu deseo sobreviviente de un cataclismo de espumas.

    El horizonte se aposenta en mí
    recostándose
    del otro lado de mi frente.
    El mar se atiene a los ritos del tiempo
    reiterando un llamado secreto.

    No me digas que he soñado otra vez,
    que ya es de día.

  • Souvenir / Recuerdo

    Imprimer

    Idea Vilariño, Uruguay 1920-2009

     

    Comparaison


    Comme sur la plage vierge
    le vent plie
    le mince roseau vert
    qui dessine
    dans le sable un cercle délicat
    ainsi en moi
    le souvenir de toi.*

     

    https://www.bojardin.fr/article/oyat-ammophila-arenaria

     

     

    Comparación

    Como en la playa virgen
    dobla el viento
    el leve junco verde
    que dibuja
    un delicado círculo en la arena
    así en mí
    tu recuerdo.

    * 9 poèmes d’Idea Vilariño, traduits en français par Eric Sarner. Ultime anthologie. La Barque, 2017

     
  • Par pure fantaisie / Por ultra fantasía

    Imprimer
    Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
     
     
    Que dirait-on? Alfonsina Storni
     
    Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
    Si un beau jour, par pure fantaisie,
    Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
    Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
    Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
    Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
    Ou si je disais mes vers en parcourant les places
    Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
     
    Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
    Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
    Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
     
    En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
     
    Traduction Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
    Le doux mal
    p 160-161
     
     
    Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

     
     

    ¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

     
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
    Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    Usara peplo griego, cambiara la peineta
    Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    Cantara por las calles al compás de violines,
    O dijera mis versos recorriendo las plazas,
    Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


    ¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
    ¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
    ¿Campanas tocarían para llamar a misa?

    En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
     
     
     
     

     

  • Des chemins ouverts / Caminos abiertos

    Imprimer

    Maruja Vieira ( 1922) est une poétesse, ex-journaliste et professeur d'université colombienne.


                                         El Rompido 2000 / Soledad Sevilla , 
    http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/

     
     
    Temps défini
     
     
    Il est bon que parfois la vie
    nous dépouille de tout.
    Dans l’obscurité les yeux apprennent
    à y voir plus clair.
    Quand la solitude est le vide intense
    du corps et des mains,
    il y a des chemins ouverts sur le plus profond
    et sur le plus distant.
    Dans le silence les voix aimées
    renouvellent doucement leurs mots
    et les murs veillent sur le bruit infini
    des pas absents.
    Les lèvres qui avant furent
    lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
    la grandeur
    de la chanson rebelle et angoissée.
    Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
    un son de pluie. (...)
    (Trad: Colette)
     
    Soledad Sevilla El Rompido 2000, http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/          
     



    Tiempo definido, Maruja Vieira
    Está bien que la vida de vez en cuando
    nos despoje de todo.
    En la oscuridad los ojos aprenden
    a ver más claramente.
    Cuando la soledad es el vacío intenso
    del cuerpo y de las manos,
    hay caminos abiertos hacia lo más profundo
    y hacia lo más distante.
    En el silencio las amadas voces
    renuevan dulcemente sus palabras
    y los muros custodian el rumor infinito
    de los ausentes pasos.
    Los labios que antes fueran
    sitio de amor en las calladas tardes
    aprenden la grandeza
    de la canción rebelde y angustiada.
    Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
    un repique de lluvia (...)
  • Il me manque / Lo extraño

    Imprimer

    Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
    Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.
     
    Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

     
    Ancré à Paris 
     
    Juan Gelman (1930-2014).

    Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
    on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
    il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
    mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.
     
    Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
    sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
    il regardait les Français par la fenêtre du café
    et disait ”les idiots font des enfants”-
     
    Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
    provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
    les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
    en regardant sa crinière dans le miroir du café.
     
    Oui, il me manque beaucoup,
    il ne payait jamais l’addition,
    mais indiquait le pourboire à laisser
    et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.
     
    Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
    il retournait à son bureau*, comme il disait,
    non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
    fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.
     
    Il me manque vraiment beaucoup,
    ses yeux s’emplissaient parfois de désert
    mais il savait se taire comme un frère
    quand, ému, ému,
    je lui parlais de Carlitos Gardel.
     
    Trad: Colette
    *En français dans le texte
     
     
     
    Anclao en París

    Al que extraño es al viejo león del zoo,
    siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
    me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
    pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.

    De todos modos me encantaba su elegancia,
    su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
    miraba a los franceses por la ventana del café
    y decía “los idiotas hacen hijos”.

    Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
    le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
    “las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
    mirándose la melena en el espejo del café.

    Sí, lo extraño mucho,
    nunca pagaba la cuenta,
    pero indicaba la propina a dejar
    y los mozos lo saludaban con especial deferencia.

    Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
    él regresaba a son bureau, como decía,
    no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
    “ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.

    Lo extraño mucho verdaderamente,
    sus ojos se llenaban a veces de desierto
    pero sabía callar como un hermano
    cuando emocionado, emocionado,
    yo le hablaba de Carlitos Gardel.
     

    Juan Gelman (1930-2014).

  • E. Cardenal, le combatif / E. Cardenal el combativo

    Imprimer

    Nous retrouvons Ernesto Cardenal en 1971. 




    Il publie “Théologie de la libération”, livre qui fut rapidement  traduit en une vingtaine de langues et qui présente une “ nouvelle spiritualité fondée sur la solidarité avec les pauvres et qui exhorte l’Église à participer au changement des institutions sociales et économiques dans le but d’instaurer la justice sociale.
    Ce courant emporte une large part de l’église d’Amérique latine dans son sillage, en suscitant de très vives réactions dans le monde catholique, car, accusé par le Vatican et la réaction religieuse officielle de « perversion de la chrétienté » et de « théologie des rues », mais également de « dérive idéologique marxiste dans le discours ».*
    De nombreux membres du clergé, dont E. Cardenal, se sont impliqués dans ces luttes politiques, ce qui a éveillé et augmenté la méfiance des pouvoirs de droite du Vatican.
    Vu le nombre de pauvres et d’opprimés l’adhésion à ces idées est grande.
    « La théologie de la Libération dit aux pauvres que la situation qu’ils vivent actuellement n’est pas voulue par Dieu », écrit Gustavo Gutiérrez. Elle repose sur la prise de conscience que les pauvres attendent une libération réelle et qu’il est vain de parler du Christ et du salut qu’il apporte si ce salut n'est pas immédiat. Le critère le plus précis de l’authenticité évangélique est donc la lutte contre la pauvreté.."*



    Je vous passe les détails du coup d’État, de son exil, mais en 1979 le dictateur Somoza est évincé après 18 ans de lutte sandiniste.
    Ceci représente bien sûr un immense espoir pour tous les peuples opprimés d’Amérique latine.
    Cardenal est nommé ministre de la culture.


    Et alors, en 1983, a lieu cette scène inouïe, vous vous en souvenez sans doute, où Jean-Paul ll, sur le tarmac de l’aéroport de Caracas où était agenouillé E. Cardenal, accable le prêtre de remontrances. On lui interdira l’exercice de son ministère sacerdotal.
    Le pape Francisco le réhabilitera.
    E. Cardenal restera combatif toute sa vie, défendant les plus pauvres, il sculpta et écrivit des poèmes jusqu’à son récent décès.


    * Source en français: http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.htmlhttp://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.html


    Après un poème d’amour, et celui sur Marylin, en voilà un dans la ligne politico-religieuse, comme beaucoup de ses poèmes.

     
    E. Cardenal

    Ernesto cardenal escultura.jpg


    Psaume 25

    Rends-moi justice Seigneur
                car je suis innocent
    Parce que j’ai eu confiance en toi
                    et non dans les leaders


    Défends-moi au Conseil de Guerre
    défends-moi au Procès des faux témoins
                                et des fausses preuves
     
    Je ne m’assieds pas avec eux à leurs tables rondes
    ni ne trinque à leurs banquets
    Je n’appartiens pas à leurs organisations
    ni ne suis dans leurs partis
    ni n’ai d’actions dans leurs compagnies
    ils ne sont pas mes associés


         Je me laverai les mains parmi les innocents
          et je serai autour de ton autel Seigneur


    Ne me confonds pas avec les politiques sanguinaires
    qui n’ont dans leurs cartables que le crime
    et dont les comptes bancaires sont faits de pots-de-vin


    Ne me livre pas au Parti des hommes iniques
                                         Délivre-moi Seigneur!
    Et je bénirai le Seigneur dans notre communauté
                                           dans nos assemblées


    (Trad: Colette)
    Sculptures de E. Cardenal


    Psalmo 25



    Hazme justicia Señor
                                  porque soy inocente
    Porque he confiado en ti
                                  y no en los líderes

    Defiéndeme en el Consejo de Guerra
    defiéndeme en el Proceso de testigos falsos
                                                      y falsas pruebas

    No me siento con ellos en sus mesas redondas
    ni brindo en sus banquetes
    No pertenezco a sus organizaciones
    ni estoy en sus partidos
    ni tengo acciones en sus compañías
    ni son mis socios

              Lavaré mis manos entre los inocentes
              y estaré alrededor de tu altar Señor

    No me pierdas con los políticos sanguinarios
    en cuyos cartapacios no hay más que el crimen
    y cuyas cuentas bancarias están hechas de sobornos

    No me entregues al Partido de los hombres inicuos
                                                      ¡Libértame Señor!
    Y bendeciré en nuestra comunidad al Señor
                                                                en nuestras asambleas







  • E. Cardenal, le Seigneur et Marylin / E. Cardenal, el Señor y Marylin

    Imprimer

    D'abord quelques données biographiques...Ernesto Cardenal est né dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, en 1925, à Granada, au Nicaragua, son enfance fut heureuse. Le Nicaragua est alors déchiré par une guerre civile entre libéraux et conservateurs. Les États-Unis sont, on le sait, intervenus plus d’une fois pour soutenir les conservateurs.
    En 1937, à l’âge de douze ans, Ernesto Cardenal entre comme interne au collège des jésuites puis il fait des études de philosophie et de littérature à l’Université Mexico, puis à la Columbia University à New York.
    En 1954, de retour au Nicaragua, il participe à la Révolution d’Avril contre le dictateur Anastasio Somoza. Une grande  pauvreté règne alors dans le pays. Mais cette révolution est un échec et Cardenal entre dans la clandestinité puis, en 1956, il s’exile.
    L’histoire dit que le samedi 2 juin 1956, il est « terrassé » par une expérience mystique, voilà une date bien précise! Il entre dans un monastère trappiste et publie des poèmes d’amour, des épigraphes...
    En 1965 Cardenal, est ordonné prêtre au Nicaragua, à Managua. Commencent alors, ce qui nous intéresse pour la suite, ses premiers écrits sur la Théologie de la Libération dont on parlera dans le prochain billet.

    (Biografía en español aquí
     
    Voici un long poème très connu en espagnol, étonnant quant au sujet.  Très long, mais facile à lire, comme une histoire, une prière.
    E. Cardenal disait “La poésie doit être au service de l’Homme”, ici Marylin. 



    Oraison pour Marylin Monroe (1965)
     Ernesto Cardenal


    Seigneur
    reçois cette fille connue sur la Terre entière sous le nom de Marylin Monroe,
    bien que ce ne soit pas son vrai nom
    (mais Tu connais son vrai nom, celui de la petite orpheline violée à 9 ans et petite employée de magasin qui voulut se tuer à 16 ans)
    et maintenant qu’elle se présente devant Toi sans aucun maquillage
    sans son Agent de Presse
    sans photographes et sans signer d’autographes
    seule comme un astronaute face à la nuit spatiale.
     
    Elle rêva, enfant, qu’elle était nue dans une église (selon ce que raconte le Times)
    devant une multitude prosternée, tête contre le sol,
    et elle devait marcher sur la pointe des pieds pour éviter les têtes.
    Tu connais nos rêves mieux que les psychiatres.
    Église, maison, grotte, sont la sécurité du sein maternel
    mais quelque chose de plus aussi…
     
    Les têtes sont les admirateurs, bien sûr
    (la masse de têtes dans l’obscurité sous le flot de lumière).
     Mais le temple ce ne sont pas les studios de la 20th Century-Fox.
     
    Le temple- de marbre et or- est celui de son corps
    dans lequel se trouve le fils de Homme un fouet à la main
    expulsant les marchands du 20th Century-Fox
    qui transformèrent Ta maison de prière en repère de voleurs.
     
    Seigneur
    dans ce monde contaminé par les péchés et la radioactivité,
    Tu ne culpabiliseras pas seulement une petite employée de magasin
    qui, comme toute employée de magasin rêva d’être une star de cinéma.

     

    Et son rêve devint réalité ( mais comme la réalité du technicolor).
     
    Elle ne fit qu’agir selon un script que nous lui avions donné,
    celui de nos propres vies, et c’était un script absurde.
     
    Pardonne-la, Seigneur, et pardonne-nous
    pour notre 20th Century
    pour cette colossale Super-Production dans laquelle nous avons tous travaillé.
    Elle avait faim d’amour et nous lui avons offert des tranquillisants.
    Contre la tristesse de ne pas être des saints
    on lui recommanda la Psychanalyse.
     
    Rappelle-toi Seigneur sa crainte grandissante de la caméra
    et la haine du maquillage malgré son insistance à se maquiller à chaque scène.
    Et comment grandirent l’horreur et
    le manque de ponctualité aux studios.
     
    Comme toute petite employée de magasin
    elle rêva d’être vedette de cinéma.
     
    Et sa vie fut irréelle comme un rêve qu’un psychiatre interprète et archive.
    Ses histoires d’amour furent un baiser les yeux fermés
    qui, quand les yeux s’ouvrent
    fait découvrir que ce fut sous les projecteurs.
    Mais les projecteurs s’éteignent!
     
    (…)
    Le film termina sans le baiser final.
     
    On la trouva morte au lit, la main sur le téléphone.
     
    Et les détectives ne surent qui elle allait appeler.
     
    Ce fut comme quelqu’un qui a marqué le numéro de la seule voix amie
    et n’entend que la voix d’un disque qui lui dit: WRONG NUMBER.
    Ou comme quelqu’un blessé par les gangsters
    qui allonge la main vers un téléphone déconnecté.
     
    Seigneur
    Qui qu’ait été la personne qu’elle allait appeler
    et n’appela pas (et peut-être n’était-ce personne
    ou quelqu’un dont le numéro n’est pas dans l’annuaire des Anges)
     
    Réponds, Toi, au téléphone!
     
    (Trad:Colette)
     
    Oración por Marylin Monroe
     
     
     
    Señor
    recibe a esta muchacha conocida en toda la Tierra con el nombre de Marilyn Monroe,
    aunque ése no era su verdadero nombre
    (pero Tú conoces su verdadero nombre, el de la huerfanita violada a los 9 años
    y la empleadita de tienda que a los 16 se había querido matar)
    y que ahora se presenta ante Ti sin ningún maquillaje
    sin su Agente de Prensa
    sin fotógrafos y sin firmar autógrafos
    sola como un astronauta frente a la noche espacial.
     
    Ella soñó cuando niña que estaba desnuda en una iglesia (según cuenta el Times)
    ante una multitud postrada, con las cabezas en el suelo
    y tenía que caminar en puntillas para no pisar las cabezas.
    Tú conoces nuestros sueños mejor que los psiquiatras.
    Iglesia, casa, cueva, son la seguridad del seno materno
    pero también algo más que eso…
    Las cabezas son los admiradores, es claro
    (la masa de cabezas en la oscuridad bajo el chorro de luz).
    Pero el templo no son los estudios de la 20th Century-Fox.
    El templo —de mármol y oro— es el templo de su cuerpo
    en el que está el hijo de Hombre con un látigo en la mano
    expulsando a los mercaderes de la 20th Century-Fox
    que hicieron de Tu casa de oración una cueva de ladrones.


    Señor
    en este mundo contaminado de pecados y de radiactividad,
    Tú no culparás tan sólo a una empleadita de tienda
    que como toda empleadita de tienda soñó con ser estrella de cine.
    Y su sueño fue realidad (pero como la realidad del tecnicolor).
    Ella no hizo sino actuar según el script que le dimos,
    el de nuestras propias vidas, y era un script absurdo.
    Perdónala, Señor, y perdónanos a nosotros
    por nuestra 20th Century
    por esa Colosal Super-Producción en la que todos hemos trabajado.
    Ella tenía hambre de amor y le ofrecimos tranquilizantes.
    Para la tristeza de no ser santos
    se le recomendó el Psicoanálisis.
     
    Recuerda Señor su creciente pavor a la cámara
    y el odio al maquillaje insistiendo en maquillarse en cada escena
    y cómo se fue haciendo mayor el horror
    y mayor la impuntualidad a los estudios.
    Como toda empleadita de tienda
    soñó ser estrella de cine.
    Y su vida fue irreal como un sueño que un psiquiatra interpreta y archiva.
    Sus romances fueron un beso con los ojos cerrados
    que cuando se abren los ojos
    se descubre que fue bajo reflectores
    ¡y se apagan los reflectores!
    (...)
    La película terminó sin el beso final.
    La hallaron muerta en su cama con la mano en el teléfono.
    Y los detectives no supieron a quién iba a llamar.
    Fue como alguien que ha marcado el número de la única voz amiga
    y oye tan solo la voz de un disco que le dice: WRONG NUMBER.
    O como alguien que herido por los gángsters
    alarga la mano a un teléfono desconectado.
    Señor:
    quienquiera que haya sido el que ella iba a llamar
    y no llamó (y tal vez no era nadie
    o era Alguien cuyo número no está en el Directorio de los Ángeles)
    ¡contesta Tú al teléfono!
    Ernesto Cardenal
     
     
  • Décès d'un poète / Muerte de un poeta

    Imprimer

     

     

    Il avait 95 ans et il est mort le 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 
     
     
     
    Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour pour commencer...
     
     
    Épigramme
     
    Je te donne, Claudia, ces vers,
    parce que tu en es la propriétaire.
     
    Je les ai écrits simples
    pour que tu les comprennes.
     
    Il sont pour toi seule
    mais s’ils ne t’intéressent pas,
    peut-être un jour seront-ils divulgués,
    dans toute l’Amérique latine…
     
    Et si l’amour qui les dicta,
    toi aussi tu le méprises,
     
    d’autres rêveront
    de cet amour
    qui ne fut pas pour elles.
     
    Et peut-être verras-tu,
    Claudia,
    que ces poèmes,
    (écrits pour te séduire, toi)
    éveillent
    dans d’autres couples
    amoureux qui les liront
    les baisers qu’en toi
    n’a pas éveillés le poète.
    (Trad:Colette)
     
     

    Epigrama


    Te doy Claudia, estos versos,
    porque tú eres su dueña.

    Los he escrito sencillos
    para que tú los entiendas.

    Son para ti solamente,
    pero si a ti no te interesan,
    un día se divulgarán,
    tal vez por toda Hispanoamérica...

    Y si al amor que los dictó,
    tú también lo desprecias,

    otras soñarán
    con este amor
    que no fue para ellas.

    Y tal vez verás,
    Claudia,
    que estos poemas,
    (escritos para conquistarte a ti)
    despiertan
    en otras parejas
    enamoradas que los lean
    los besos que en ti
    no despertó el poeta.
     
  • Préprarer le printemps des poètes / preparar la primavera de los poetas

    Imprimer
    « À ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours
     
    d’autres et d’autres eaux » Héraclite.




    L’art de la poésie JL Borges
    .

    Contempler le fleuve fait de temps et d’eau
    et se souvenir que le temps est un fleuve aussi,
    savoir que nous nous perdons comme fait le fleuve
    et que les visages passent comme l’eau. 

     
    Sentir que la veille est elle aussi un sommeil
    qui rêve de ne point rêver, et que la mort
    que craint notre chair est cette même mort
    qui vient chaque nuit, qu’on appelle sommeil. 

     
    Voir dans le jour, dans l’année un symbole
    des jours de l’homme et de ses ans ;
    convertir l’outrage des ans
    en une musique, un bruit, un symbole. 

     
    Voir le sommeil dans la mort, dans le couchant
    un or triste, telle est la poésie
    qui est immortelle et pauvre. La poésie
    revient comme l’aurore et le couchant. 

     
    Parfois, le soir, un visage
    nous regarde du fond d’un miroir :
    l’art doit être comme ce miroir
    nous dévoilant notre propre visage. 

     
    On raconte qu’Ulysse, rassasié de prodiges,
    pleura d’amour en retrouvant son Ithaque
    verte et humble. L’art est cette Ithaque
    riche d’une verte éternité, non de prodiges. 

     
    Il est aussi comme le fleuve sans fin
    qui passe et qui reste, toujours le cristal d’un seul
    inconstant Héraclite, qui est toujours le même
    et autre pourtant, comme un fleuve sans fin.


    (Excellente traduction trouvée sur Internet, sans nom de traducteur mais elle semble être de Roger Caillois ...  très légèrement modifiée par moi)


    Santiago Rusiñol- El torrent de Fornalutx






    Arte poética Jorge Luis Borges




    Mirar el río hecho de tiempo y agua
    y recordar que el tiempo es otro río,
    saber que nos perdemos como el río
    y que los rostros pasan como el agua.

    Sentir que la vigilia es otro sueño
    que sueña no soñar y que la muerte
    que teme nuestra carne es esa muerte
    de cada noche, que se llama sueño.

    Ver en el día o en el año un símbolo
    de los días del hombre y de sus años,
    convertir el ultraje de los años
    en una música, un rumor y un símbolo,

    ver en la muerte el sueño, en el ocaso
    un triste oro, tal es la poesía
    que es inmortal y pobre. La poesía
    vuelve como la aurora y el ocaso.

    A veces en las tardes una cara
    nos mira desde el fondo de un espejo;
    el arte debe ser como ese espejo
    que nos revela nuestra propia cara.

    Cuentan que Ulises, harto de prodigios,
    lloró de amor al divisar su Itaca
    verde y humilde. El arte es esa Itaca
    de verde eternidad, no de prodigios.

    También es como el río interminable
    que pasa y queda y es cristal de un mismo
    Heráclito inconstante, que es el mismo
    y es otro, como el río interminable.

  • Aimer l'imperfection / Amar lo imperfecto

    Imprimer
    Découvert il y a peu le concept japonais de Wabi Sabi. Il parait qu'il a envahi les magasins de décoration, ça je n'en ai aucune idée, mais sa portée philosophique et personnelle m'intéresse. Le concept se base sur la simplicité et l'imperfection de la nature qui, en révélant ses défauts, montre sa beauté.
     
    Descubierto hace poco el concepto japònés de Wabi sabi. Parece que ha invadido las tiendas de decoración, no tengo ni idea de ello, pero su ámbito filosófico y personal me interesa. El concepto se basa en la simplicidad y la imperfección de la naturaleza que, al descubrir sus defectos, muestra su belleza.
     
    Cette imperfection qui ronge certains, dont d'autres s’accommodent et qui fait penser Roberto Juarroz.
     
    Esa imperfección que corroe a algunos, con la cual otros se arreglan y que hace pensar a Roberto Juarroz.
     
     
     

                                                      

     
     
    L’imparfait

    Roberto Juarroz
     
     

    Comment aimer l'imparfait
    si l'on écoute au travers des choses
    combien le parfait nous appelle?

    Comment parvenir à suivre
    dans la chute ou l'échec des choses
    la trace de ce qui ne tombe ni n'échoue?

    Peut-être nous faudrait-il apprendre que l'imparfait
    est une autre forme de la perfection:
    la forme que la perfection assume
    pour pouvoir être aimée

     

    (Trad: Colette)

     

    Lo imperfecto

    Roberto Juarroz 

     

    ¿Cómo amar lo imperfecto,
    Si escuchamos a través de las cosas
    Cómo nos llama lo perfecto?

    ¿Cómo alcanzar a seguir
    En la caída o el fracaso de las cosas
    La huella de lo que no cae ni fracasa?

    Quizá debamos aprender que lo imperfecto
    Es otra forma de la perfección:
    La forma que la perfección asume

    Para poder ser amada

  • Une fleur sans épines / Una flor sin espinas

    Imprimer

    Les longues soirées devant la cheminée, ce vague à l’âme qui peut nous envahir en laissant notre regard se perdre dans les flammes...et ce poème que j'ai lu un soir.
    Il est de Claribel Alegría, (Nicaragua, 1924-2018) nous l'avons déjà rencontrée sur ce blog; son nom m'a toujours enchantée.


     Évoquant des souvenirs
     
    Évoquant des souvenirs
    j’ai trouvé le tien.
    Il ne faisait pas mal.
    Je l’ai sorti de son étui,
    j’ai secoué ses racines
    dans le vent,
    je l’ai mis à contre-jour:
    C’était un cristal poli
    qui reflétait des poissons de couleurs,
    une fleur sans épines
    qui ne brûlait pas.
    Je l’ai jeté contre le mur
    et la sirène de mon alarme a sonné.
    Qui a éteint son feu?
    Qui a usé le fil
    de mon souvenir-lance
    que j’aimais tant?
     
    (Trad: Colette)

     

     
    In memoriam, Enrique Grau 1990, Colombia
     
     
     
    Barajando recuerdos
     
    Barajando recuerdos
    me encontré con el tuyo.
    No dolía.
    Lo saqué de su estuche,
    sacudí sus raíces
    en el viento,
    lo puse a contraluz:
    Era un cristal pulido
    reflejando peces de colores,
    una flor sin espinas
    que no ardía.
    Lo arrojé contra el muro
    y sonó la sirena de mi alarma.
    ¿Quién apagó su lumbre?
    ¿Quién le quitó su filo
    a mi recuerdo-lanza
    que yo amaba?
  • Ils brisent le mythe de la mort / Rompen el mito de la muerte

    Imprimer

    Les plus vieux / Los más viejos

    Rafael Felipe Oteriño (Argentina 1945)

    Acostumbrados a caminar por la sombra,
    los más viejos tienen conductas extravagantes:
    van al mercado, cultivan flores,
    como si la muerte no fuera un telón sino un reto
     

    Habitués à marcher dans l'ombre

    les plus âgés ont des conduites extravagantes:

    ils vont au marché, cultivent des fleurs,
    comme si la mort n'était pas un rideau mais un défi.


    Guardan la moneda de hoy para el concierto de mañana,
    anotan, con tinta gruesa, los números de teléfono,
    mantienen una conversación con los difuntos,
    disimulando las ofensas para que no parezcan excesivas.
     
    Ils gardent la monnaie d'aujourd'hui pour le concert de demain,
    ils notent, à l'encre épaisse, les numéros de téléphone,
    entretiennent des conversations avec les défunts,
    et dissimulent les offenses pour qu'elles ne semblent pas excessives.
     

    Adolf Humborg (1847-1921)
     
    Dicen que fueron felices,
    aunque las pruebas demuestran lo contrario,
    hablan de los hijos como si los vieran a diario,
    comienzan un tejido y aprenden computación.
     
    Ils disent qu'ils furent heureux,
    bien que les preuves démontrent le contraire,
    parlent des enfants comme s'ils les voyaient tous les jours,
    commencent un tricot et apprennent l'informatique.
     
    No hay en ellos señales de alarma
    ni sueños malos que los persigan,
    no se sienten hostigados ni piden auxilio,
    sus relojes no marcan las horas a menos que se rompan.
     
    En eux pas de signaux d'alarme
    ni de mauvais rêves qui les poursuivent,
    ils ne se sentent pas harcelés et ne demandent pas d'aide,
    à moins de se rompre, leurs montres ne marquent pas les heures.

     
    Cecilio Pla y Gallardo / Hombre en la playa

    Maestros de lo improbable,
    pasan muchas horas con las ventanas abiertas,
    están y no están en sus sillas caldeadas, son y no son.
     
    Maîtres de l'improbable,
    ils passent de nombreuses heures les fenêtres ouvertes,
    ils sont et ne sont pas sur leurs chaises chaudes, ils sont et ne sont pas.


    Barren la vereda como si nada estuviera a punto de estallar,
    como si los cuatro puntos cardinales
    no se hubieran fundido, para ellos, en uno solo.
     
    Ils balayent le trottoir comme si rien n'était sur le point d'exploser
    comme si les quatre points cardinaux
    pour eux ne s'étaient pas fondus en un seul.

    Rompen el mito de la muerte,
    sumando un anillo más al árbol que los cobija.
    Dicen que fueron felices.
     
    Ils brisent le mythe de la mort,
    ajoutant un anneau de plus à l'arbre qui les abrite.
    Ils disent qu'ils furent heureux.

    Rafael Felipe Oteriño (La Plata, 1945), Viento extranjero,

    Trad:Colette
     

  • Au centre du cri / En el centro del grito

    Imprimer

     

    Il est des animaux aimés, et d’autres qui, souvent à cause de leur laideur, provoquent en nous, et de façon irraisonnée, peur, dégoût voire terreur.
    Voici un poème très visuel, surprenant, de la poète, romancière et essayiste Mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974).
     
    Hay animales queridos, y otros que, a menudo por su fealdad, nos provocan , de manera irracional, miedo, aversión incluso pánico.
    Hoy un poema muy visual, sorprendente, de la poeta, ensayista, novelista Mejicana Rosario Castellanos (1925-1974).
     
     

     
    La soirée du crapaud
     
    Assis dans l’ombre
    -solennel avec ton goitre exophtalmique; cruel
    (en apparence, du moins, dû au gonflement
    des paupières); froid,
    froid répulsif de sang froid.
     
    Assis dans l’ombre tu regardes brûler la lampe.
     
    Autour de la lampe nous parlons et peut-être
    L’un de nous dit ton nom.
     
    (En septembre. Il a plu)
     
    Comme mû par le ressort de la surprise, tu sautes
    Et te voilà, au milieu de la conversation,
    Au centre du cri.
     
    Quelle peur en sentant palpiter
    le cœur nu
    de la nuit à la campagne!
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    La velada del sapo
     
    Sentadito en la sombra
    -solemne con tu bocio exoftálmico; cruel
    (en apariencia, al menos, debido a la hinchazón
    de los párpados); frío,
    frío de repulsiva sangre fría.

    Sentadito en la sombra miras arder la lámpara

    En torno de la luz hablamos y quizá
    Uno dice tu nombre.

    (En septiembre. Ha llovido)

    Como por el resorte de la sorpresa, saltas
    Y aquí estás ya, en medio de la conversación,
    En el centro del grito.

    ¡Con qué miedo sentimos palpitar
    el corazón desnudo
    de la noche en el campo!
  • Caresser un souvenir / Acariciar un recuerdo

    Imprimer
    Delmira Agustini
    Uruguay, Montevideo 1886-1914
    https://www.perfil.com/noticias/cultura/8m-dia-mujer-delmira-agustini-poeta-uruguaya-victima-femicidio.phtml
     
    Au dos du recueil de poèmes “Les calices vides” ceci:
    À la fois “fleur d’innocence”, sculptrice de l’amant imaginaire, femme fatale, Delmira Agustini, poète uruguayenne lyrique, féministe et moderniste appartenant à la Génération de 1900 , décrit l’Amour et sa passion démesurée dans son troisième recueil Les calices vides (1913) dédié à Éros et traduit en français par la poète Monique-Marie Ihry.”
     
    Je vous l’ai écrit la semaine dernière, je ne connaissais pas Delmira. Une vie très courte dont je vous reparlerai la semaine prochaine car je suis tombée quasiment amoureuse de cette jeune femme.
    Voici la première partie d’un long poème.

     

     
    Pour tes mains
     
       Mains faites Vie,
    Mains faites rêve;
    Qui avez donné toute la beauté,
    Que toute la beauté vous ont donné;
    Aussi vivantes que deux âmes,
    Aussi blanches que la mort,
    Aussi douces que l’on croirait
    Caresser un souvenir;
    Calices des élixirs,
    Filtres et venins;
    Mains qui me comblèrent,
    Mains qui me firent peur!
    De vos doigts vous avez pris
    La fleur ardente de mon corps…
    Mains parées
    Du rubis de mon désir,
    De la perle de ma tristesse,
    Et du diamant de mon baiser:
    Emportez dans la fosse-même
    Un pétale de mon corps!
    Mains faites Vie,
    Mains faites Rêves.
     
    (…)
     
    Traduction: Monique-Marie Ihry
    Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.
     
     
     
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño;
    Que disteis toda belleza
    Que toda belleza os dieron;
    Tan vivas como dos almas,
    Tan blancas como de muerto,
    Tan suaves que se diría
    Acariciar un recuerdo;
    Vasos de los elixires
    Los filtros y los venenos;
    ¡Manos que me disteis gloria
    Manos que me disteis miedo!
    Con finos dedos tomasteis
    La ardiente flor de mi cuerpo...
    Manos que vais enjoyadas
    Del rubí de mi deseo,
    La perla de mi tristeza,
    Y el diamante de mi beso:
    ¡Llevad a la fosa misma
    Un pétalo de mi cuerpo!
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño.
     
    (...)