littérature et poésie

  • Et on est encore debout.

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                         Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

     

     

    Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

    d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

    Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

    d’“Étonnants voyageurs”

    Alors, dans ce recueil reçu il y a peu d'une amie de Bordeaux, et intitulé :

     

    Habitant de nulle part

    Originaire de partout

     

    j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.

     

     

     


    https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI

     

     

     

    Les poètes se cachent pour écrire.

    (Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)

     

    Les mots sont les vêtements de l’émotion

    Et même si nos stylos habillent nos phrases

    Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Chacun purge sa pénombre

    Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

    On somme les mots de s’additionner comme des nombres

    La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

    J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

    Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

    Versificateur notoire chaque rime est une cascade

    Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades

     

    Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

    Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

    J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

    De chaque conte de chaque charade

    J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

    Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*

     

    J’ai couru après les horizons sur chaque page

    Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

    Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

    C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

    Et tant pis pour celui qui le nie

    Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

    Le verbe est une clé indispensable

    Dehors on nous demande des mots de passe partout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige

    Et on est encore debout.

     

      *Amiini= Amen

    * Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                       -------------------------------------

     

    On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

  • Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

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    Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

    L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

     

                                        Teresa Will Montt 1893-1921 Chili

     

     


    Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
    http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


    Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                              



    Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

     

    Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

    Extrait de “Le matin “


       “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

       Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

    Extracto de “”La mañana”

       ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

       Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


    Extrait de “Crépuscule”

    J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


       “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
      “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
       Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
      Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
      Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


    Extracto de “El crepúsculo”

       “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
       Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
       Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
       Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
       Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




    Extrait de “La nuit”


      “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
       Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
       Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
       Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
       Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

    Extracto de “La noche “


        "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
       “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
        ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
        ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
        ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

  • Abattre le mur / Derribar el muro

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    Un poème, un Kinépoème

     

    Grâce à Deylan Caylon je découvre une poétesse, un tout grand merci.

     

     

     

     

     

    Si tu abats le mur…..

    Ernestina de Champourcin

     

    Si tu abats le mur

    quel plaisir partout !

    Quel ruban de paroles

    s’entendra sur terre !

    Et tout sera nouveau

    comme venant de naître…

    Si tu abats le mur

    de tous les mensonges

    Quelle joie d’amour

    ouverte sur le monde !

    Quel horizon sans nuages

      dans l’arc du ciel !

     

    (Trad DB et Colette)

                                                     Kinépoème

     

     

     

    Si derribas el muro... 

    Ernestina de Champourcin



    ¡Si derribas el muro

    ¡Si derribas el muro
    qué gozo en todas partes!
    ¡Qué lazo de palabras
    se sentirá en la tierra!
    Y todo será nuevo,
    como recién nacido...
    Si derribas el muro
    de todas las mentiras
    ¡Qué júbilo de amor
    abierto sobre el mundo!
    ¡Qué horizonte sin nubes
    en la curva del cielo!

    De "Primer exilio"

                                                                             ------------------------

     

    Sous la vidéo ceci:

     

    "Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte d’Ernestina de Champourcín et une musique d’Ernesto Nazareth.

    Ernestina de Champourcín fait partie, avec Federico Garcia Lorca et Rafael Alberti du groupe d’avant-garde « Generación del 27 ». La guerre d’Espagne lui fit prendre le chemin de l’exil en France puis au Mexique. Veuve, son retour au pays en 1972 fut pour elle comme un second exil.

    Ernesto Nazareth, né et mort à Rio de Janeiro est considéré comme l’un des spécialiste du matchiche. Comme ce genre était mal considéré à l’époque, il a préféré intituler ses compositions « tango brésilien », d’autant qu’il goûtait autant sa musique populaire jouée dans les rues que la musique classique européenne, dont celle de Chopin. Il a produit plus de 200 pièces pour piano dont presque la moitié de tangos, le reste étant principalement composé de valses, polkas et autres danses en vogue au Brésil dans ce début de XXème siècle.

    Les mots ont pris la voix de Séverine Lanz qui chante à ses moments gagnés."

     

  • Deux poèmes cubains / Dos poemas de Cuba

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    Après Lágrimas Negras, nous restons à Cuba (pour un bon moment je crois) . Aujourd’hui deux courts poèmes.

     

    Roberto Branly (La Havane 1930-1980)

    Réponse

    (14 mars 1970)

     

    À un jeune écrivain,

    exclusivement agnostique ?

     

    La mémoire, simplement,

    dans l’obscurité,

    peut être le fil d’une épée,

    le nœud dans une corde, le chaos,

    la propre voix comme un marteau

    dans le silence;

    ou, au contraire,

    une étoile jeune

    brillant, étonnamment,

    sur le fond de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    ROBERTO BRANLY (La Havane 1930-1980)



    RESPUESTA
    (14 de marzo de 1970)

    A un joven escritor,
    ¿exclusivamente agnóstico?

    La memoria, simplemente,
    dentro de la oscuridad,
    puede ser el filo de una espada,
    el nudo en una cuerda, el caos,
    la propia voz como un martillo
    en el silencio;
    o, por el contrario,
    una estrella joven
    brillando, inesperadamente,
    sobre el fondo de la noche.

     

    Memoria Carlos Alonso (Argentina)

     

     

     

    Manuel Diaz Rodriguez (Cuba 1936-)

     

     

    Mauvais temps

     

    Dehors il pleut trop, mais

    par moments la tempête se calme,

    et alors continue de ruisseler, partout

    une mélancolie obstinée.

     

    On pronostique pour les prochaines heures

    des silences torrentiels

    et en fin de journée

    un mutisme en forme de neige.

     

    Les précautions seraient inutiles

    pour éviter les ravages du mauvais temps

    nous communique le météorologue E.M. Cioran.

    (Trad: Colette)

     

     

                                           Lluvia /Pluie , Elio Fidel Villate Lam (Cuba)

     

    Mal tiempo

     

    Afuera llueve demasiado, pero

    por momentos amaina el temporal,

    y entonces queda goteando sobre todo

    una pertinaz melancolía.

     

    Pronostican para las próximas horas

    silencios torrenciales

    y al final de la jornada

    una mudez en forma de nieve.

     

    Serán inútiles las precauciones

    para evitar los estragos del mal tiempo,

    nos comunica el meteorólogo E. M. Cioran.

  • Dit la pierre / Dice la piedra

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    Certains poèmes courts en disent tant...

    IV

    La pierre dit

     

    La pluie me baigne

    juillet me cuit

    l’hiver me fend.

     

    Sans douceur

    sans humeur

    sans mollesse

     

    Je tiens, dit-elle,

    c’est ma vertu

    elle me tient lieu

                 d’ivresse.

     

    Anne Le Maître

     

    Extrait de “Journal d’une pierre” IV

    L’Atelier des Noyers,

     

                               Dessin de Michel Rouvière
                                  https://www.pierreseche.com/dessins_Rouviere.html

     

     

     

    Dice la piedra

     

    La lluvia me baña

    julio me asa

    el invierno me quiebra

     

    Sin dulzura

    sin humor

    sin blandura

     

    Aguanto, dice,

    es mi virtud

    me sirve de

             embriaguez.

    (Trad: Colette)

  • Mémoire / Memoria

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    Restons au Chili.

    Michaela Paredes Barraza est une jeune poète Chilienne, née à Santiago de Chile, en 1993

     

                                    Álvaro Bindis, Chili,

     

     

    Cérémonies d’intérieur

     

    Il y a quelque chose de permanent dans la distance

    entre objet et souvenir, ici ou là,

    hier, aujourd’hui et demain.

    Répété et différent dans la mémoire

    tout reste circonscrit à ce lieu

    où un jour il nous fut donné d’aimer le monde.

    Perdurent ses images : l’angoisse

    du rite des dimanches, les miettes du pain

    et du désamour

    que nous nions une fois derrière la fenêtre.

     

    Nous changeons de ville, d’endroits,

    mais là, et seulement là, nous fûmes et sommes

    condamnés pour toujours à l’étreinte

    au secret de la lumière qui, les nuits, nous rappelle

    notre ruine originaire.

     

    (Trad: Colette)

     

    Alvaro Bindis, peintre Chilien 

     

     

    Ceremonias de interior



    Micaela Paredes Barraza (Santiago de Chile 1993)



     

    Hay algo permanente en la distancia

    entre objeto y recuerdo, aquí o allá,

    ayer, hoy y mañana.

    Repetido y diferente en la memoria

    todo queda circunscrito a ese lugar

    en que un día nos fue dado amar al mundo.

    Perduran sus imágenes: la angustia

    del rito los domingos, las migajas del pan

    y el desamor

    que negamos una vez tras la ventana.

     

    Cambiamos de ciudad, contamos sitios,

    pero allí y solo allí fuimos y somos

    para siempre condenados al abrazo,

    al secreto de la luz que nos recuerda por las noches

    nuestra ruina originaria.

     

     
  • Gabriela (2)

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    Nous avions quitté Gabriela Mistral la semaine dernière alors qu’elle partait faire des conférences de par monde. Finalement elle est nommée consul honoraire du Chili à Naples.
    C’est en 1945 qu’on lui attribue le prix Nobel (le premier donné à une écrivaine de langue espagnole) et en 1951 elle reçut le Prix national de Littérature du Chili.
    Elle poursuit de pair sa carrière diplomatique, la poésie, et ses nombreux voyages jusqu’à sa mort en 1957 à New York. Selon son désir ses restes furent amenés au Chili. Certaines de ses œuvres inédites furent publiées après sa mort.
     

    Alors, et comme le dit Angèle Paoli (ici, sur Terres de femmes):

    La poésie de Gabriela Mistral est malheureusement quasi inaccessible aux non-hispanisants, compte tenu de la rareté – du moins en France – des traductions de ses recueils poétiques, publiées pour la plupart en 1946, au lendemain de son Prix Nobel (et non rééditées depuis), hors une anthologie poétique parue en 1989 à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance (D’amour et de désolation, Orphée/La Différence). Cette anthologie a été rééditée en 2012.”


     

     
    Je ne vous mets qu’un seul poème aujourd’hui car il est long. Et pas gai, mais la poésie doit-elle l'être à toux prix?
     
    Pour comprendre ce poème, le plus connu sans doute des francophones, il vous faut savoir ceci: le Chili vécut, au milieu du XIXºs, ce qu’ils appellent une colonisation sélective. Le gouvernement avait ouvert ses frontières pour recevoir des étrangers, catholiques, qui avaient eu une éducation secondaire.
    C’est ainsi qu’arrivèrent des Allemands, qui imposèrent plus ou moins leur langue et leurs coutumes dans les zones où ils habitaient. Gabriela élève la voix devant la transformation de son paysage affectif, devant l’étrangeté d’un espace qui commençait à perdre son identité.
     

    DÉSOLATION


    La brume épaisse, éternelle, pour me faire oublier où
    m’a rejetée la mer dans son flot saumâtre.
    La terre où j'ai abordé n'a pas de printemps :
    sa nuit sans fin me couvre comme une mère.

    Autour de mon logis, le vent fait sa ronde de sanglots
    et de hurlements et, tel un fil de cristal, brise mon cri.
    Sur la plaine blanche, à l'horizon sans fin,
    je regarde mourir d'immenses couchants douloureux.

    Qui pourra appeler celle qui est venue jusqu'ici,
    puisque seuls les morts sont allés plus loin ?
    Ils regardent une mer muette et glacée
    s'allonger entre leurs bras et les bras chéris.

    Les bateaux dont les voiles blanchissent le port
    viennent de terres où ne sont pas les miens ;
    leurs hommes aux yeux clairs ne connaissent pas mes fleuves,
    et n'apportent que des fruits pâles, qui n'ont pas la lumière de mes vergers.

    La question qui monte à ma gorge
    lorsque je les vois passer, retombe, accablée :
    ils parlent des langues étrangères, non l'émouvante
    langue que, sur des terres dorées, chante ma pauvre mère.

    Je regarde tomber la neige comme poussière dans la tombe ;
    je regarde s'épaissir le brouillard comme l'agonisant,
    pour ne pas tomber dans la folie, je ne compte pas les instants ;
    la longue nuit ne fait que commencer.

    Je contemple la plaine figée et en recueille le deuil,
    car je suis venue voir les paysages de mort.
    La neige est le visage qui regarde à travers mes vitres,
    sa blancheur descend sans trêve des cieux.

    Toujours elle, silencieuse, ainsi que le vaste
    regard de Dieu sur moi, toujours ses jasmins sur mon toit ;
    toujours, tel le destin égal, présent,
    elle viendra me couvrir, terrible, extasiée.

     

    Gabriela Mistral, Poèmes choisis, Éditions Stock. Traduction de Mathilde Pomès. (Trouvé sur le même site :“Terres de femmes”

     

    La bruma espesa, eterna, para que olvide dónde
    me ha arrojado la mar en su ola de salmuera.
    La tierra a la que vine no tiene primavera:
    tiene su noche larga que cual madre me esconde.

    El viento hace a mi casa su ronda de sollozos
    y de alarido, y quiebra, como un cristal, mi grito.
    Y en la llanura blanca, de horizonte infinito,
    miro morir intensos ocasos dolorosos.

    ¿A quién podrá llamar la que hasta aquí ha venido
    si más lejos que ella sólo fueron los muertos?
    ¡Tan sólo ellos contemplan un mar callado y yerto
    crecer entre sus brazos y los brazos queridos!

    Los barcos cuyas velas blanquean en el puerto
    vienen de tierras donde no están los que no son míos;
    sus hombres de ojos claros no conocen mis ríos
    y traen frutos pálidos, sin la luz de mis huertos.

    Y la interrogación que sube a mi garganta
    al mirarlos pasar, me desciende, vencida:
    hablan extrañas lenguas y no la conmovida
    lengua que en tierras de oro mi pobre madre canta.

    Miro bajar la nieve como el polvo en la huesa;
    miro crecer la niebla como el agonizante,
    y por no enloquecer no encuentro los instantes,
    porque la noche larga ahora tan solo empieza.

    Miro el llano extasiado y recojo su duelo,
    que viene para ver los paisajes mortales.
    La nieve es el semblante que asoma a mis cristales:
    ¡siempre será su albura bajando de los cielos!

    Siempre ella, silenciosa, como la gran mirada
    de Dios sobre mí; siempre su azahar sobre mi casa;
    siempre, como el destino que ni mengua ni pasa,
    descenderá a cubrirme, terrible y extasiada.

     

     

  • Gabriela (1)

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    Autant vous le dire tout de suite: la poésie de Gabriela Mistral ne m’enthousiasme pas vraiment. Peut-être y a-t-il des clés pour y entrer que je n’ai pas perçues. Pourtant la nature, omniprésente, devrait m’enchanter. 


    Mais la femme est digne de toute mon admiration .
    Comme elle est une des toutes grandes poétesses sud-américaines, qu’elle a eu un prix Nobel, qu’elle a toujours lutté contre la pauvreté, la démocratie, pour les enfants...je vous raconte un peu sa vie. Pas facile car il y a la version officielle du gouvernement chilien (dictature) et l’autre. Je me contenterai donc des faits.

    Née en en 1889 au nord du Chili, son vrai nom est Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, et Gabriela Mistral un nom qu’elle a choisi à cause de ses deux poètes préférés: Gabriele D’Annunzio et Frédéric Mistral.
    Elle avait 3 ans quand son père quitta la maison, laissant la famille dans des conditions fort difficiles. Elle arrive pourtant à poursuivre son éducation et à 14 ans devient “aide-institutrice”. Déjà elle écrit des poèmes, a un amoureux, un mauvais garçon qu’elle quitte puis qui se suicide. L’histoire dit qu’elle gardera cette blessure sa vie durant.


    Ensuite elle s’installe à Santiago, poursuit des études supérieures et elle va travailler  comme institutrice dans différentes parties du Chili, C’est là qu’elle rencontre le jeune Neftali Reyes Basoalto. Vous devinez qui c’est ? C’est Pablo Neruda ! Elle l’initie à l’écriture.


    À ce moment, 1922, le gouvernement mexicain lui demande de venir organiser les bibliothèques et les écoles. Elle publie « Desolación» qui a un succès international, et aussi « Lectures pour femmes » sur la maternité et l’éducation des enfants. Devenue professeure d’espagnol à l’Université du Chili, Gabriela part donner des conférences aux États-Unis et en Europe puis parcourt l’Amérique Latine.
    Elle publie des comptines pour enfants.


     

    Voici une ronde.

     

    CEUX QUI NE DANSENT PAS

    Une petite infirme

    dit: comment danserai-je ?

    Nous lui répondons

    fais danser ton cœur.

     

    Et l’estropiée

    dit: comment chanterai-je ?

    Nous lui répondons

    fais chanter ton cœur.

     

    Le pauvre chardon mort dit :

    comment danserai-je ?

    Nous lui disons: laisse le vent

    emporter ton cœur.

     

    Dieu dans la hauteur

    dit: comment descendre de l’azur ?

    Nous lui disons de descendre danser

    pour nous dans la lumière.

     

    Toute la vallée danse

    en vaste ronde sous le soleil

    et qui n’entre pas

    son cœur de terre deviendra.

                                                                                                        (Trad Colette)

     

    (suite la semaine prochaine, avec un autre poème).

     

    Los que no danzan  Gabriela Mistral



    Una niña que es inválida
    dijo: ?«¿Cómo danzo yo?»
    Le dijimos que pusiera
    a danzar su corazón...

    Luego dijo la quebrada:
    ?«¿Cómo cantaría yo?»
    Le dijimos que pusiera
    a cantar su corazón...

    Dijo el pobre cardo muerto:
    ?«¿Cómo danzaría yo?»
    Le dijimos: ?«Pon al viento
    a volar tu corazón...»

    Dijo Dios desde la altura:
    ?«¿Cómo bajo del azul?»
    Le dijimos que bajara
    a danzarnos en la luz.

    Todo el valle está danzando
    en un corro bajo el sol,
    y al que no entra se le hace
    tierra, tierra el corazón.

     

  • Bateau / Barco

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    Lisière, un site dont nous avons déjà parlé ici. Vous vous en souvenez ? Des Kinépoèmes.

     

    ¿Os acordáis de los Kinépoèmes en Lisière ?

    Esta vez, el autor del sitio web me pidió que grabará, susurrando, una frase de un

     poema de Alejandra Pizarnik. Parecía fácil...pero sude y me reí mucho.

    Podéis encontrar todo aquí.

     

    Cette fois l’auteur, Deylan Caylon, m’a demandé d’enregistrer une phrase - en 

    espagnol - d’Alejandra Pizarnik, ceci en chuchotant. Il m’avait prévenue “ c’est plus

     compliqué qu’il n'y paraît“.

    En effet, oh là, là, après moultes essais, pas mal de gouttes de sueur, de fous 

    rires aussi...c’est fini.(mon pseudo est Colo)

     

                                        (c'est plus beau en écran complet - es más bonito en plena pantalla)

     

    Vous trouverez l’ensemble sur son site, mais voilà ce qu’il écrit au-dessous du montage:

     

    Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte de Alejandra Pizarnik et

    une musique d’Arcangelo Corelli.

    Alejandra Pizarnik a partagé sa courte vie entre l’Argentine et Paris où elle croisa notamment Octavio Paz et Julio Cortázar. Écrivain, journaliste, poétesse, les mots étaient pour elle comme l’air qu’elle respirait.

    Deylan a choisi ce texte pour faire contrepoint (contre-pied ?) à celui d’Italo Calvino dans « Écume ». C’est pourquoi il a repris le troisième mouvement du Concerto Grosso op6 n°1 d’Arcangelo Corelli, mais dans une interprétation toute différente.

    Les mots ont emprunté la voix de Brigitte Bardou (elle-même auteure de poèmes et de pièces de théâtre) et de Colo (passionnée de culture hispanique et latino-américaine).

     

  • Un coeur triste / Un corazón triste

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    Coeur dans la nuit

    José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

     

    Une fenêtre ouverte, La pluie. Et un lointain souvenir.

    Une rue vide. Seulement une rue et le vent.

    Cœur dans la nuit sans personne qui partage un rêve.

    La pluie, un homme seul. Et la douleur des roses qui sont mortes.

    La vie passe. C’est la vie, et non le temps qui passe.

    C’est ainsi. Et c’est égal. Le reste est un long silence.

    (Trad:Colette)

    "Callejón después de la lluvia / Alley After Rain" © Gus (Fine Art)

     

     

    Corazón en la noche

    José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

    Una ventana abierta. La lluvia. Y un lejano recuerdo.
    Una calle vacía. Nada más que una calle y el viento.
    Corazón en la noche sin que nadie comparta un sueño.
    La lluvia, un hombre solo. Y el dolor de las rosas que han muerto.
    La vida está pasando. La vida es lo que pasa no el tiempo.
    Eso es así. Y no importa. Lo demás es un largo silencio.

     

     

    Pas gai le poème de la semaine, les poètes ont des moments comme ça….

    Triste el poema de esta semana, los poetas tienen momentos así…

     

                             

                               "Que llueva / Let it Rain" © Gus (Fine Art)

     

    La pluie me fait penser aux photos de cet homme (qui signe Gus) que je vois souvent amener sa petite fille à la garderie, on se salue, toujours. J’ignorais jusqu’à présent qu’il était photographe, et renommé, pourtant dans notre petit village tout est censé se savoir, non?

    La lluvia me hace pensar en las fotos de ese hombre (que firma Gus) que a menudo veo llevando a su hija a la guardería y nos saludamos, siempre. Hasta ahora ignoraba que era fotógrafo, de renombre, sin embargo en nuestro pequeño pueblo se supone que todo lo sabemos, ¿verdad?

     

     

                               "Oscuridad / Darkness" © Gus (Fine Art)

     

     

     

                              "El gran bosque / The Great Forest" © Gus (Fine Art)

     

    Voilà quelques unes de ses photos, vous pouvez en admirer beaucoup plus ici:

    Hé aquí unas fotos pero podéis ver muchas más aquí: 

     

    https://elhurgador.blogspot.com/2020/01/gus-fotografia-fotomanipulacion.html

    Et là /Y allí: https://carretedigital.com/gus-fine-art-el-fotografo-del-mes/

  • Peurs et courages / Miedos y valentías

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      Courageux

    GRACIA IGLESIAS LODARES (Madrid 1977)

     Il avait peur des pas
    des portes entrouvertes
    des rideaux
    des pieds des sphinx
    de la langue des chats

    Il était effrayé par les rires des vieux
    et par les photos d'enfants en cravate
    par les ours en peluche
    par les mouettes au cinéma
    des années soixante

    Il craignait surtout de
    voir pleurer son père
    de parcourir un couloir
    de se couper avec du papier
    et de mourir chaque nuit

    Mais il était si courageux
    qu'il regardait dans les yeux
    et qu'il épanchait son âme
    et disait je t'aime
    et c'était vrai.

    (Trad: Colette)


    Valiente  
           

    GRACIA IGLESIAS LODARES
    (Madrid 1977)
     
    Le daban miedo las pisadas
    las puertas entreabiertas
    las cortinas
    los pies de las esfinges
    la lengua de los gatos.

    Le asustaban la risa de los viejos
    y las fotos de niños con corbata
    los osos de peluche
    las gaviotas de cine
    de los años sesenta.

    Temía sobre todo
    ver llorar a su padre
    recorrer un pasillo
    cortarse con papel
    y morir cada noche.

    Pero era tan valiente
    que miraba a los ojos
    y derramaba el alma
    y decía te amo
    y era cierto.

  • Kinépoèmes

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    Il y a un temps, Deylan Caylon (pseudo) m’a contactée après avoir parcouru mon blog car il voulait faire une section “kinépoèmes “ sur le thème Péninsules.

     

    Un Kinépoème, m’a-t-il expliqué, ce sont quelques lignes d’un poème que je mets en mouvement, images et musique. !Muy bien!

     

    Depuis lors, et sur son site Lisière , il a ajouté une autre section Latinos et nous échangeons des poèmes, puis je découvre avec grand plaisir ce qu’il en a fait.

     

    Aujourd’hui, et pour vous souhaiter des jours agréables, en voici deux.

     

    Alfonsina Storni

     

     

     

     

     

    Le second ne vient pas de chez moi bien sûr, mais comment résister à cet appel de la poésie ?

     

     

     

  • Le sablier / El reloj de arena

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     Si la littérature s'est emparée du sablier pour signifier le temps qui passe et nous mène inexorablement vers la mort, cet objet, tombé en désuétude, avait jadis de multiples usages, vous le savez; navigation, cuisine, église (messe)...

     
    Si la literatura ha convertido el reloj de arena en signo del tiempo que pasa y nos lleva irremediablemente a la muerte, ese objeto, hoy en desusso, tenía antaño múltiples usos; navegación, cocina, iglesia (misa)...
     
     
    El reloj de arena (Le sablier) José Cirilo Henao, artista Colombiano
     

     

     
    Le sablier
    joue
    à se remplir de lumière
    à se vider d'ombre.
    Nous le retournons
    jouons à ne pas nous perdre
    à ne pas nous vider de lumière
    à ne pas nous remplir d'ombre.
     
    (Trad: Colette)
     
     
    Jorge H Cadavid (poète et essayiste Colombien (1962-   ))
     
     
    El reloj de arena
    juega
    a llenarse de luz
    a vaciarse de sombra.
    Nosotros le damos vuelta
    jugamos a no perdernos
    no vaciarnos de luz
    no llenarnos de sombra.

    NB: Ce billet est plus ou moins une reprise d'il y a des années...
  • Éternellement en fuite, comme la vague / Eternamente en fuga, como la ola

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    Aujourd'hui un poème très connu par ici, de  Pablo Neruda. 

    Si certains poèmes d'amour de Neruda me semblent un peu mielleux, celui-ci par contre...

    Il a été chanté par plus d'un mais principalement par le Cubain Pablo Milanés et par l'Espagnol Paco Ibañez.

     

     


     

     

    À mon cœur suffit ta poitrine,
    à ta liberté mes ailes
    De ma bouche atteindra au ciel
    tout ce qui dormait sur ton âme.

    En toi
    est l'illusion quotidienne.
    Tu arrives comme la rosée sur les corolles.
    Tu creuses l’horizon par ton absence.
    Éternellement en fuite, telle la vague.


    J'ai dit que tu chantais au vent
    comme les pins
    et comme les mâts
    Comme eux tu es haute, taciturne.
    Et t’attristes soudain, telle un voyage.


    Accueillante, pareille à un
    vieux chemin.
    Tu es peuplée d’échos et de voix nostalgiques.
    À mon réveil parfois émigrent et s'en vont
    des oiseaux qui
    dormaient
    dans ton âme.

    Trad. Colette inspirée par celle trouvée ici:http://www.pierdhelune.com/neruda5.htm

    NB: Cette oeuvre a été écrite par Pablo Neruda, publiée à l’origine à Santiago de Chile en 1924

     

     


     

     

     

    Para mi corazón basta tu pecho,

    para tu libertad bastan mis alas.

    Desde mi boca llegará hasta el cielo

    lo que estaba dormido sobre tu alma.



    Es en ti la ilusión de cada día.

    Llegas como el rocío a las corolas.

    Socavas el horizonte con tu ausencia.

    Eternamente en fuga como la ola.



    He dicho que cantabas en el viento

    como los pinos y como los mástiles.

    Como ellos eres alta y taciturna.

    Y entristeces de pronto, como un viaje.



    Acogedora como un viejo camino.

    Te pueblan ecos y voces nostálgicas.

    Yo desperté y a veces emigran

    y huyen pájaros que dormían en tu alma.

     

    Esta obra fue escrita por Pablo Neruda Publicada originalmente en Santiago de Chile por Editorial Nascimento © 1924

     

  • La vie, quelle beauté ! La vida, ¡qué hermosura!

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    MaríaZambrano, plus philosophe que poète et que nous avons rencontrée la semaine dernière, écrivait des textes en prose, en vers aussi, Ce poème je l’ai trouvé sous les deux formes. Elle appelait la poésie, “mes délires”

    …………………….

     

    "...Y yo había pasado por la vida
    tan sólo de paso, lejana de mí misma."

     

    “..Et j’étais déjà passée par la vie

    seulement de passage, loin de moi-même”

     

     





     

    La penseuse de l’aura

     

     

    Naître sans passé

    sans rien d’antérieur à quoi se référer

    et pouvoir alors tout voir

    tout sentir

    comme doivent sentir l’aurore les feuilles qui reçoivent la rosée

    ouvrir les yeux à la lumière en souriant

    bénir le matin

    l’âme

    la vie reçue

    la vie, quelle beauté!

     

    N’étant rien ou presque rien

    pourquoi ne pas sourire à l’univers, au jour qui avance?

    Accepter le temps comme un splendide cadeau

    le cadeau d’un Dieu qui nous connaît

    qui sait notre secret

    notre inanité

    et que ça ne le dérange pas

    qui ne nous garde pas rancœur de ne pas être…

     

    ...Et comme je suis libre de cet être, que je croyais avoir,

    je vivrai simplement

    je lâcherai cette image que j’avais de moi-même

    puisqu'elle ne correspond à rien

    et toutes, quelconque obligation

    qui découlent d'être moi, ou de vouloir l’être.

     

    (Trad:Colette)

     

    “Sera-t-il possible qu’un jour heureux la poésie récupère que ce que la philosophie

    sait, tout ce qu’elle a appris dans sa prise de distance et ses doutes, pour fixer

    lucidement et pour tous son rêve?”(Dans Philosophie et poésie)

     

    «¿No será posible que algún día afortunado la poesía recoja todo lo que la filosofía

    sabe, todo lo que aprendió en su alejamiento y en su duda, para fijar lúcidamente y

    para todos su sueño?» en Filosofía y poesía. 

     

    La pensadora del aura



    Nacer sin pasado

    sin nada previo a que referirse

    y poder entonces verlo todo

    sentirlo

    como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío

    abrir los ojos a la luz sonriendo

    bendecir la mañana

    el alma

    la vida recibida

    la vida ¡qué hermosura!

     

    No siendo nada o apenas nada

    por qué no sonreír al universo? al día que avanza?

    aceptar el tiempo como un regalo espléndido

    un regalo de un Dios que nos sabe

    que conoce nuestro secreto

    nuestra inanidad

     y no le importa

    que no nos guarda rencor por no ser...


    ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener

    viviré simplemente

    soltaré esa imagen que tenía de mí misma

    puesto que a nada corresponde

    y todas, cualquier obligación

    de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

     

    Maria Zambrano 

    En Delirio y Destino, Madrid,



    Versión en prosa.


         Nacer sin pasado, sin nada previo a que referirse, y poder entonces verlo todo, sentirlo, como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío; abrir los ojos a la luz sonriendo; bendecir la mañana, el alma, la vida recibida, la vida ¡qué hermosura! No siendo nada o apenas nada por qué no sonreír al universo, al día que avanza, aceptar el tiempo como un regalo espléndido, un regalo de un Dios que nos sabe, que nuestro secreto, nuestra inanidad y no le importa, que no nos guarda rencor por no ser...
         ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener, viviré simplemente, soltaré esa imagen que tenía de mí misma, puesto que a nada corresponde y todas, cualquier obligación, de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.