littérature et poésie

  • Emily

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    Voici encore un billet sur les portraits de Femmes de E. Galeano. En quelques mots il nous parle d’Emily Dickinson, la voici accompagnée de deux courts poèmes.
    Aquí va otra entrada sobre retratos de “Mujeres” de E. Galeano. En pocos palabras nos habla de Emily Dickinson, lo he acompañado de dos breves poemas suyos.
     
     
     
    Emily
     
    C’est arrivé à Amherst, en 1886
    Quand mourut Emily Dickinson, la famille découvrit mille huit cents poèmes gardés dans sa chambre.
    Sur la pointe des pieds elle avait vécu, sur la pointe des pieds elle écrivit. Elle ne publia pas plus de onze poèmes durant toute sa vie, presque tous anonymes ou signés sous un autre nom.
    De ses ancêtres puritains elle hérita l’ennui, marque de distinction de sa race et de sa classe: interdit de se toucher, interdit de se dire.
    Les hommes faisaient de la politique et des affaires et les dames perpétuaient l’espèce et vivaient malades.
    Emily vécut la solitude et le silence. Enfermée dans sa chambre, elle inventait des poèmes qui violaient les lois, les lois de la grammaire et les loi de son propre enfermement, et c’est là que chaque jour elle écrivait une lettre à sa belle-sœur, Susan, la lui envoyait par courrier, bien que vivant dans la maison à côté.
    Ces poèmes et ces lettres fondèrent son sanctuaire secret, où ses douleurs cachées et ses désirs interdits voulurent être libres.
    (Trad:Colette)


    EMILY
    Ocurrió en Amherst, en 1886.
    Cuando Emily Dickinson murió, la familia descubrió mil ochocientos poemas guardados en su dormitorio.
    En puntas de pie había vivido, y en puntas de pie escribió. No publicó más que once poemas en toda su vida, casi todos anónimos o firmados con otro nombre.
    De sus antepasados puritanos heredó el aburrimiento, marca de distinción de su raza y de clase: prohibido tocarse, prohibido decirse.
    Los caballeros hacían política y negocios y las damas perpetuaban la especie y vivían enfermas.
    Emily habitó la soledad y el silencio. Encerrada en su dormitorio, inventaba poemas que violaban las leyes, las leyes de la gramática y las leyes de su propio encierro, y allí escribía una carta por día a su cuñada, Susan, y se la enviaba por correo, aunque ella vivía en la casa de al lado.
    Esos poemas y esas cartas fundaron su santuario secreto, donde quisieron ser libres sus dolores escondidos y sus prohibidos deseos.
    En Mujeres (Siglo XXI), página 174.
      

     
    Poème 288 


    Je suis Personne! Qui êtes-vous?
     
    Êtes-vous —Personne — vous aussi?
     
    Alors nous sommes deux.- Mais silence!
     
    On nous chasserait —vous savez!
     

     
     
    Que c'est pénible d'être— Quelqu'un!
     
     
    Que c'est commun —telle une Grenouille-
     
     
    De dire son nom —sans cesse—
     
     
    Au Marais qui admire!

    -----------------------
     
    ¡Yo no soy Nadie! ¿Quién eres tú?
    ¿Tampoco eres Nadie tú?
    Ya somos dos - ¡Pero no lo digas!
    Ya sabes, luego se percatarían.

    ¡Qué terrible ser - Alguien!
    ¡Qué público decir tu nombre
    Cual Rana ‑ todo el santo día –
    Para que un Pantano se asombre!
     
     
    I'm Nobody! Who are you?
    Are you – Nobody – too?
    Then there's a pair of us!
    Don't tell! they'd advertise – you know!

    How dreary – to be – Somebody!
    How public – like a Frog –
    To tell one's name – the livelong June –
    To an admiring Bog!
     

     
     
    Poème 249
     
     
    Folles nuits —Folles nuits!
    Si j'étais avec toi
    De folles nuits seraient
    Notre luxure!
     
    Futiles —les vents—
    Pour un Cœur au port—
    Plus de Boussole—
    Plus de Carte!
     
    Ramant dans l'Eden—
    Oh! la mer!
    Si je pouvais amarrer —ce soir—
    En toi!
     
    ¡Noches locas-Noches locas!
    Si estuviera contigo
    Serían esas noches
    Nuestro Gozo sin fin.
     
    Fútiles- los vientos
    Para un corazón al puerto-
    Nada de Brujulas-
    Nada de Mapas!
     
    ¡Remando al Paraíso!
    ¡Oh este mar!
    ¡Si pudiera anclar en Ti-
    Esta noche!
     
     

    Wild nights - Wild nights!
    Were I with thee
    Wild nights should be
    Our luxury!

    Futile - the winds -
    To a Heart in port -
    Done with the Compass -
    Done with the Chart!
    Rowing in Eden -
    Ah - the Sea!
    Might I but moor - tonight -
    In thee!

     
     
     
  • Oublis et souvenirs / Olvidos y recuerdos

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    Oubli

     

    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )



    J’ai oublié ton nom,

    je ne me souviens pas

    si tu t’appelais lumière ou lierre,

    mais que je sais que tu étais eau

    car mes mains tremblent quand il pleut.



    J’ai oublié ton visage et tes cils

    et ta peau où glissait ma bouche

    quand nous tombâmes sous les cyprès

    vaincus par le vent,

    mais je sais que tu étais lune

    car quand la nuit approche

    mes yeux se brisent

    de tant désirer te voir par la fenêtre.



    J’ai oublié ta voix, et tes mots,

    mais je sais que tu es musique

    car quand les heures se dissolvent

    dans les sources du sang

    mon cœur te chante.

    (Trad:Colette)

     



    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )
     
     
    Olvido


    Se me olvidó tu nombre,
    no recuerdo
    si te llamabas luz o enredadera,
    pero sé que eras agua
    porque mis manos tiemblan cuando llueve.
     
    Se me olvidó tu rostro y tu pestaña
    y tu piel por mi boca transitada
    cuando caímos bajo los cipreses
    vencidos por el viento,
    pero sé que eras luna
    porque cuando la noche se aproxima
    se me rompen los ojos
    de tanto querer verte en la ventana.
     
    Se me olvidó tu voz, y tu palabra,
    pero sé que eres música
    porque cuando las horas se disuelven
    entre los manantiales de la sangre
    mi corazón te canta.
  • Par pure fantaisie / Por ultra fantasía

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    Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
     
     
    Que dirait-on? Alfonsina Storni
     
    Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
    Si un beau jour, par pure fantaisie,
    Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
    Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
    Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
    Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
    Ou si je disais mes vers en parcourant les places
    Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
     
    Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
    Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
    Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
     
    En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
     
    Traduction Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
    Le doux mal
    p 160-161
     
     
    Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

     
     

    ¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

     
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
    Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    Usara peplo griego, cambiara la peineta
    Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    Cantara por las calles al compás de violines,
    O dijera mis versos recorriendo las plazas,
    Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


    ¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
    ¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
    ¿Campanas tocarían para llamar a misa?

    En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
     
     
     
     

     

  • Eduardo Galeano, deux textes courts / Dos textos cortos

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    Eduardo Galeano, nous connaissons déjà cet écrivain Uruguayen, surtout pour son recueil de textes, souvent très courts, du "Livre des étreintes". 
    Mais voici deux autres petits textes, lourds de sens, vous verrez.

     
    Bajo el título “El miedo manda” , el uruguayo Eduardo Galeano denuncia en varios textos el uso del miedo como arma de poder.
     Aquí van dos, cortos. 

     

    Sécurité   Eduardo Galeano

     
    Elle nous vit, dormant. Dans le rêve d’Elena nous étions tous les deux à faire la queue, avec beaucoup d’autres passagers, dans un quelconque aéroport, car tous les aéroports sont plus ou moins les mêmes. Et chaque passager portait un oreiller sous le bras. En route vers une machine, qui nous attendait; les oreillers passaient sous la machine et la machine lisait les rêves de la nuit antérieure.
     
    C’était une machine détectrice de rêves dangereux pour l’ordre public. 
    (Trad:Colette)
     

    Seguridad          Eduardo Galeano

    Durmiendo nos vio. En el sueño de Elena estábamos los dos haciendo fila con muchos otros pasajeros en algún aeropuerto, quién sabe cual, porque todos los aeropuertos son más o menos todos iguales. Y cada pasajero llevaba una almohada bajo el brazo. Rumbo a una máquina, que nos esperaba, pasaban las almohadas bajo la máquina y la máquina leía los sueños de la noche anterior.
    Era una máquina detectora de sueños peligrosos para el orden público.
     

     

    Indices
     
    On ne sait si cela s’est passé il y a un moment ou un siècle ou jamais.
    À l’heure de se rendre à son travail un bûcheron découvrit qu’il lui manquait la hache.
    Il observa son voisin. Le voisin avait tout à fait l’aspect d’un voleur de haches.
    C’était clair: le regard, les gestes, la façon de parler.
     
    Quelques jours plus tard le bûcheron trouva la hache qu’il avait perdue. Et quand il observa à nouveau son voisin, il constata qu’il n’avait rien d’un voleur de hache, ni dans le regard ni dans les gestes ni dans la façon de parler.
    (Trad:Colette)


    Indicios

    No se sabe si ocurrió hace un rato o hace siglos o nunca.
    A la hora de ir a trabajar un leñador descubrió que le faltaba el hacha.
    Observó a su vecino. El vecino tenía todo el aspecto de un ladrón de hachas. Estaba claro: la mirada, los gestos, la manera de hablar.
    Unos días después el leñador encontró el hacha que había perdido. Y cuando volvió a observar a su vecino, comprobó que no se parecía para nada a un ladrón de hachas, ni en la mirada ni en los gestos ni en la manera de hablar.

     
    Notes: 
    Sous le titre “La peur commande” L’Uruguayen Eduardo Galeano dénonce dans plusieurs textes l’usage de la peur comme arme de pouvoir.
     Sur ce blog d'autres textes de E. Galeano.
     
  • Des chemins ouverts / Caminos abiertos

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    Maruja Vieira ( 1922) est une poétesse, ex-journaliste et professeur d'université colombienne.


                                         El Rompido 2000 / Soledad Sevilla , 
    http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/

     
     
    Temps défini
     
     
    Il est bon que parfois la vie
    nous dépouille de tout.
    Dans l’obscurité les yeux apprennent
    à y voir plus clair.
    Quand la solitude est le vide intense
    du corps et des mains,
    il y a des chemins ouverts sur le plus profond
    et sur le plus distant.
    Dans le silence les voix aimées
    renouvellent doucement leurs mots
    et les murs veillent sur le bruit infini
    des pas absents.
    Les lèvres qui avant furent
    lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
    la grandeur
    de la chanson rebelle et angoissée.
    Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
    un son de pluie. (...)
    (Trad: Colette)
     
    Soledad Sevilla El Rompido 2000, http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/          
     



    Tiempo definido, Maruja Vieira
    Está bien que la vida de vez en cuando
    nos despoje de todo.
    En la oscuridad los ojos aprenden
    a ver más claramente.
    Cuando la soledad es el vacío intenso
    del cuerpo y de las manos,
    hay caminos abiertos hacia lo más profundo
    y hacia lo más distante.
    En el silencio las amadas voces
    renuevan dulcemente sus palabras
    y los muros custodian el rumor infinito
    de los ausentes pasos.
    Los labios que antes fueran
    sitio de amor en las calladas tardes
    aprenden la grandeza
    de la canción rebelde y angustiada.
    Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
    un repique de lluvia (...)
  • Il me manque / Lo extraño

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    Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
    Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.
     
    Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

     
    Ancré à Paris 
     
    Juan Gelman (1930-2014).

    Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
    on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
    il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
    mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.
     
    Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
    sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
    il regardait les Français par la fenêtre du café
    et disait ”les idiots font des enfants”-
     
    Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
    provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
    les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
    en regardant sa crinière dans le miroir du café.
     
    Oui, il me manque beaucoup,
    il ne payait jamais l’addition,
    mais indiquait le pourboire à laisser
    et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.
     
    Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
    il retournait à son bureau*, comme il disait,
    non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
    fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.
     
    Il me manque vraiment beaucoup,
    ses yeux s’emplissaient parfois de désert
    mais il savait se taire comme un frère
    quand, ému, ému,
    je lui parlais de Carlitos Gardel.
     
    Trad: Colette
    *En français dans le texte
     
     
     
    Anclao en París

    Al que extraño es al viejo león del zoo,
    siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
    me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
    pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.

    De todos modos me encantaba su elegancia,
    su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
    miraba a los franceses por la ventana del café
    y decía “los idiotas hacen hijos”.

    Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
    le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
    “las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
    mirándose la melena en el espejo del café.

    Sí, lo extraño mucho,
    nunca pagaba la cuenta,
    pero indicaba la propina a dejar
    y los mozos lo saludaban con especial deferencia.

    Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
    él regresaba a son bureau, como decía,
    no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
    “ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.

    Lo extraño mucho verdaderamente,
    sus ojos se llenaban a veces de desierto
    pero sabía callar como un hermano
    cuando emocionado, emocionado,
    yo le hablaba de Carlitos Gardel.
     

    Juan Gelman (1930-2014).

  • À pas de sauterelle / A pasos de saltamonte

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    J’ai trouvé ce court poème de Rafael Alberti. Il m’a semblé parfait pour alléger l’ambiance...
    Encontré este poema corto de Rafael Alberti. Me pareció perfecto para aligerar el ambiente...
     
     
    Seule
     
     
     
    Rafael Alberti (Marins à terre)
     
    Celle qui fut hier mon aimée
    marche seule parmi les lavandes.
     
    Derrière elle, un papillon
    et une sauterelle guerrière.
     
     
    Trois sentiers:
    Mon aimée, au milieu.
    Le papillon, sur la gauche.
    Et la sauterelle guerrière,
    sautillante, sur la droite.
     
    (Trad: Colette)
     

     

     
     
    Sola
     
    Rafael Alberti
    Marinero en tierra
     
     
    La que ayer fue mi querida
    va sola entre los cantuesos.

    Tras ella, una mariposa
    y un saltamonte guerrero.

    Tres veredas:
    Mi querida, la del centro.
    La mariposa, la izquierda.
    Y el saltamonte guerrero,
    saltando, por la derecha.
     
  • E. Cardenal, le Seigneur et Marylin / E. Cardenal, el Señor y Marylin

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    D'abord quelques données biographiques...Ernesto Cardenal est né dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, en 1925, à Granada, au Nicaragua, son enfance fut heureuse. Le Nicaragua est alors déchiré par une guerre civile entre libéraux et conservateurs. Les États-Unis sont, on le sait, intervenus plus d’une fois pour soutenir les conservateurs.
    En 1937, à l’âge de douze ans, Ernesto Cardenal entre comme interne au collège des jésuites puis il fait des études de philosophie et de littérature à l’Université Mexico, puis à la Columbia University à New York.
    En 1954, de retour au Nicaragua, il participe à la Révolution d’Avril contre le dictateur Anastasio Somoza. Une grande  pauvreté règne alors dans le pays. Mais cette révolution est un échec et Cardenal entre dans la clandestinité puis, en 1956, il s’exile.
    L’histoire dit que le samedi 2 juin 1956, il est « terrassé » par une expérience mystique, voilà une date bien précise! Il entre dans un monastère trappiste et publie des poèmes d’amour, des épigraphes...
    En 1965 Cardenal, est ordonné prêtre au Nicaragua, à Managua. Commencent alors, ce qui nous intéresse pour la suite, ses premiers écrits sur la Théologie de la Libération dont on parlera dans le prochain billet.

    (Biografía en español aquí
     
    Voici un long poème très connu en espagnol, étonnant quant au sujet.  Très long, mais facile à lire, comme une histoire, une prière.
    E. Cardenal disait “La poésie doit être au service de l’Homme”, ici Marylin. 



    Oraison pour Marylin Monroe (1965)
     Ernesto Cardenal


    Seigneur
    reçois cette fille connue sur la Terre entière sous le nom de Marylin Monroe,
    bien que ce ne soit pas son vrai nom
    (mais Tu connais son vrai nom, celui de la petite orpheline violée à 9 ans et petite employée de magasin qui voulut se tuer à 16 ans)
    et maintenant qu’elle se présente devant Toi sans aucun maquillage
    sans son Agent de Presse
    sans photographes et sans signer d’autographes
    seule comme un astronaute face à la nuit spatiale.
     
    Elle rêva, enfant, qu’elle était nue dans une église (selon ce que raconte le Times)
    devant une multitude prosternée, tête contre le sol,
    et elle devait marcher sur la pointe des pieds pour éviter les têtes.
    Tu connais nos rêves mieux que les psychiatres.
    Église, maison, grotte, sont la sécurité du sein maternel
    mais quelque chose de plus aussi…
     
    Les têtes sont les admirateurs, bien sûr
    (la masse de têtes dans l’obscurité sous le flot de lumière).
     Mais le temple ce ne sont pas les studios de la 20th Century-Fox.
     
    Le temple- de marbre et or- est celui de son corps
    dans lequel se trouve le fils de Homme un fouet à la main
    expulsant les marchands du 20th Century-Fox
    qui transformèrent Ta maison de prière en repère de voleurs.
     
    Seigneur
    dans ce monde contaminé par les péchés et la radioactivité,
    Tu ne culpabiliseras pas seulement une petite employée de magasin
    qui, comme toute employée de magasin rêva d’être une star de cinéma.

     

    Et son rêve devint réalité ( mais comme la réalité du technicolor).
     
    Elle ne fit qu’agir selon un script que nous lui avions donné,
    celui de nos propres vies, et c’était un script absurde.
     
    Pardonne-la, Seigneur, et pardonne-nous
    pour notre 20th Century
    pour cette colossale Super-Production dans laquelle nous avons tous travaillé.
    Elle avait faim d’amour et nous lui avons offert des tranquillisants.
    Contre la tristesse de ne pas être des saints
    on lui recommanda la Psychanalyse.
     
    Rappelle-toi Seigneur sa crainte grandissante de la caméra
    et la haine du maquillage malgré son insistance à se maquiller à chaque scène.
    Et comment grandirent l’horreur et
    le manque de ponctualité aux studios.
     
    Comme toute petite employée de magasin
    elle rêva d’être vedette de cinéma.
     
    Et sa vie fut irréelle comme un rêve qu’un psychiatre interprète et archive.
    Ses histoires d’amour furent un baiser les yeux fermés
    qui, quand les yeux s’ouvrent
    fait découvrir que ce fut sous les projecteurs.
    Mais les projecteurs s’éteignent!
     
    (…)
    Le film termina sans le baiser final.
     
    On la trouva morte au lit, la main sur le téléphone.
     
    Et les détectives ne surent qui elle allait appeler.
     
    Ce fut comme quelqu’un qui a marqué le numéro de la seule voix amie
    et n’entend que la voix d’un disque qui lui dit: WRONG NUMBER.
    Ou comme quelqu’un blessé par les gangsters
    qui allonge la main vers un téléphone déconnecté.
     
    Seigneur
    Qui qu’ait été la personne qu’elle allait appeler
    et n’appela pas (et peut-être n’était-ce personne
    ou quelqu’un dont le numéro n’est pas dans l’annuaire des Anges)
     
    Réponds, Toi, au téléphone!
     
    (Trad:Colette)
     
    Oración por Marylin Monroe
     
     
     
    Señor
    recibe a esta muchacha conocida en toda la Tierra con el nombre de Marilyn Monroe,
    aunque ése no era su verdadero nombre
    (pero Tú conoces su verdadero nombre, el de la huerfanita violada a los 9 años
    y la empleadita de tienda que a los 16 se había querido matar)
    y que ahora se presenta ante Ti sin ningún maquillaje
    sin su Agente de Prensa
    sin fotógrafos y sin firmar autógrafos
    sola como un astronauta frente a la noche espacial.
     
    Ella soñó cuando niña que estaba desnuda en una iglesia (según cuenta el Times)
    ante una multitud postrada, con las cabezas en el suelo
    y tenía que caminar en puntillas para no pisar las cabezas.
    Tú conoces nuestros sueños mejor que los psiquiatras.
    Iglesia, casa, cueva, son la seguridad del seno materno
    pero también algo más que eso…
    Las cabezas son los admiradores, es claro
    (la masa de cabezas en la oscuridad bajo el chorro de luz).
    Pero el templo no son los estudios de la 20th Century-Fox.
    El templo —de mármol y oro— es el templo de su cuerpo
    en el que está el hijo de Hombre con un látigo en la mano
    expulsando a los mercaderes de la 20th Century-Fox
    que hicieron de Tu casa de oración una cueva de ladrones.


    Señor
    en este mundo contaminado de pecados y de radiactividad,
    Tú no culparás tan sólo a una empleadita de tienda
    que como toda empleadita de tienda soñó con ser estrella de cine.
    Y su sueño fue realidad (pero como la realidad del tecnicolor).
    Ella no hizo sino actuar según el script que le dimos,
    el de nuestras propias vidas, y era un script absurdo.
    Perdónala, Señor, y perdónanos a nosotros
    por nuestra 20th Century
    por esa Colosal Super-Producción en la que todos hemos trabajado.
    Ella tenía hambre de amor y le ofrecimos tranquilizantes.
    Para la tristeza de no ser santos
    se le recomendó el Psicoanálisis.
     
    Recuerda Señor su creciente pavor a la cámara
    y el odio al maquillaje insistiendo en maquillarse en cada escena
    y cómo se fue haciendo mayor el horror
    y mayor la impuntualidad a los estudios.
    Como toda empleadita de tienda
    soñó ser estrella de cine.
    Y su vida fue irreal como un sueño que un psiquiatra interpreta y archiva.
    Sus romances fueron un beso con los ojos cerrados
    que cuando se abren los ojos
    se descubre que fue bajo reflectores
    ¡y se apagan los reflectores!
    (...)
    La película terminó sin el beso final.
    La hallaron muerta en su cama con la mano en el teléfono.
    Y los detectives no supieron a quién iba a llamar.
    Fue como alguien que ha marcado el número de la única voz amiga
    y oye tan solo la voz de un disco que le dice: WRONG NUMBER.
    O como alguien que herido por los gángsters
    alarga la mano a un teléfono desconectado.
    Señor:
    quienquiera que haya sido el que ella iba a llamar
    y no llamó (y tal vez no era nadie
    o era Alguien cuyo número no está en el Directorio de los Ángeles)
    ¡contesta Tú al teléfono!
    Ernesto Cardenal
     
     
  • Décès d'un poète / Muerte de un poeta

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    Il avait 95 ans et il est mort le 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 
     
     
     
    Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour pour commencer...
     
     
    Épigramme
     
    Je te donne, Claudia, ces vers,
    parce que tu en es la propriétaire.
     
    Je les ai écrits simples
    pour que tu les comprennes.
     
    Il sont pour toi seule
    mais s’ils ne t’intéressent pas,
    peut-être un jour seront-ils divulgués,
    dans toute l’Amérique latine…
     
    Et si l’amour qui les dicta,
    toi aussi tu le méprises,
     
    d’autres rêveront
    de cet amour
    qui ne fut pas pour elles.
     
    Et peut-être verras-tu,
    Claudia,
    que ces poèmes,
    (écrits pour te séduire, toi)
    éveillent
    dans d’autres couples
    amoureux qui les liront
    les baisers qu’en toi
    n’a pas éveillés le poète.
    (Trad:Colette)
     
     

    Epigrama


    Te doy Claudia, estos versos,
    porque tú eres su dueña.

    Los he escrito sencillos
    para que tú los entiendas.

    Son para ti solamente,
    pero si a ti no te interesan,
    un día se divulgarán,
    tal vez por toda Hispanoamérica...

    Y si al amor que los dictó,
    tú también lo desprecias,

    otras soñarán
    con este amor
    que no fue para ellas.

    Y tal vez verás,
    Claudia,
    que estos poemas,
    (escritos para conquistarte a ti)
    despiertan
    en otras parejas
    enamoradas que los lean
    los besos que en ti
    no despertó el poeta.
     
  • Préprarer le printemps des poètes / preparar la primavera de los poetas

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    « À ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours
     
    d’autres et d’autres eaux » Héraclite.




    L’art de la poésie JL Borges
    .

    Contempler le fleuve fait de temps et d’eau
    et se souvenir que le temps est un fleuve aussi,
    savoir que nous nous perdons comme fait le fleuve
    et que les visages passent comme l’eau. 

     
    Sentir que la veille est elle aussi un sommeil
    qui rêve de ne point rêver, et que la mort
    que craint notre chair est cette même mort
    qui vient chaque nuit, qu’on appelle sommeil. 

     
    Voir dans le jour, dans l’année un symbole
    des jours de l’homme et de ses ans ;
    convertir l’outrage des ans
    en une musique, un bruit, un symbole. 

     
    Voir le sommeil dans la mort, dans le couchant
    un or triste, telle est la poésie
    qui est immortelle et pauvre. La poésie
    revient comme l’aurore et le couchant. 

     
    Parfois, le soir, un visage
    nous regarde du fond d’un miroir :
    l’art doit être comme ce miroir
    nous dévoilant notre propre visage. 

     
    On raconte qu’Ulysse, rassasié de prodiges,
    pleura d’amour en retrouvant son Ithaque
    verte et humble. L’art est cette Ithaque
    riche d’une verte éternité, non de prodiges. 

     
    Il est aussi comme le fleuve sans fin
    qui passe et qui reste, toujours le cristal d’un seul
    inconstant Héraclite, qui est toujours le même
    et autre pourtant, comme un fleuve sans fin.


    (Excellente traduction trouvée sur Internet, sans nom de traducteur mais elle semble être de Roger Caillois ...  très légèrement modifiée par moi)


    Santiago Rusiñol- El torrent de Fornalutx






    Arte poética Jorge Luis Borges




    Mirar el río hecho de tiempo y agua
    y recordar que el tiempo es otro río,
    saber que nos perdemos como el río
    y que los rostros pasan como el agua.

    Sentir que la vigilia es otro sueño
    que sueña no soñar y que la muerte
    que teme nuestra carne es esa muerte
    de cada noche, que se llama sueño.

    Ver en el día o en el año un símbolo
    de los días del hombre y de sus años,
    convertir el ultraje de los años
    en una música, un rumor y un símbolo,

    ver en la muerte el sueño, en el ocaso
    un triste oro, tal es la poesía
    que es inmortal y pobre. La poesía
    vuelve como la aurora y el ocaso.

    A veces en las tardes una cara
    nos mira desde el fondo de un espejo;
    el arte debe ser como ese espejo
    que nos revela nuestra propia cara.

    Cuentan que Ulises, harto de prodigios,
    lloró de amor al divisar su Itaca
    verde y humilde. El arte es esa Itaca
    de verde eternidad, no de prodigios.

    También es como el río interminable
    que pasa y queda y es cristal de un mismo
    Heráclito inconstante, que es el mismo
    y es otro, como el río interminable.

  • Aimer l'imperfection / Amar lo imperfecto

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    Découvert il y a peu le concept japonais de Wabi Sabi. Il parait qu'il a envahi les magasins de décoration, ça je n'en ai aucune idée, mais sa portée philosophique et personnelle m'intéresse. Le concept se base sur la simplicité et l'imperfection de la nature qui, en révélant ses défauts, montre sa beauté.
     
    Descubierto hace poco el concepto japònés de Wabi sabi. Parece que ha invadido las tiendas de decoración, no tengo ni idea de ello, pero su ámbito filosófico y personal me interesa. El concepto se basa en la simplicidad y la imperfección de la naturaleza que, al descubrir sus defectos, muestra su belleza.
     
    Cette imperfection qui ronge certains, dont d'autres s’accommodent et qui fait penser Roberto Juarroz.
     
    Esa imperfección que corroe a algunos, con la cual otros se arreglan y que hace pensar a Roberto Juarroz.
     
     
     

                                                      

     
     
    L’imparfait

    Roberto Juarroz
     
     

    Comment aimer l'imparfait
    si l'on écoute au travers des choses
    combien le parfait nous appelle?

    Comment parvenir à suivre
    dans la chute ou l'échec des choses
    la trace de ce qui ne tombe ni n'échoue?

    Peut-être nous faudrait-il apprendre que l'imparfait
    est une autre forme de la perfection:
    la forme que la perfection assume
    pour pouvoir être aimée

     

    (Trad: Colette)

     

    Lo imperfecto

    Roberto Juarroz 

     

    ¿Cómo amar lo imperfecto,
    Si escuchamos a través de las cosas
    Cómo nos llama lo perfecto?

    ¿Cómo alcanzar a seguir
    En la caída o el fracaso de las cosas
    La huella de lo que no cae ni fracasa?

    Quizá debamos aprender que lo imperfecto
    Es otra forma de la perfección:
    La forma que la perfección asume

    Para poder ser amada

  • Fais du bruit! / ¡Haz ruido!

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    Voici un second poème d'Elvira Sastre.
    La simplicité est un choix, une décision qu'elle a prise après des études de philologie.
    Tant, trop de poèmes hermétiques, alambiqués, et donc loin de la compréhension de tous pense-t-elle. 


    Vasili Kandinsky, Bruit / Ruido



    BRUIT
     
    Si tu pars
    fais-le avec du bruit;
    casse les fenêtres,
    insulte mes souvenirs,
    jette par terre toutes et chacune
    de mes tentatives
    pour t’atteindre,
    transforme en cri les orgasmes,
    frappe avec rage la chaleur
    abandonnée, le calme disparu, l’amour
    qui ne résiste pas,
    détruis la maison
    qui ne sera plus un foyer.
    Fais-le comme tu voudras,
    mais avec du bruit.
    Ne me laisse pas seule avec mon silence.
    Trad: Colette
                        .....................................
     Vous penserez sans doute, comme moi, à Prévert,

    On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va.”
    Et à la chanson de  Renaud Boucan d’enfer https://www.youtube.com/watch?v=kkAEErrHaJE


    Enrique Rogriguez Guzpana Sin ruido /Sans bruit
     
    RUIDO Elvira Sastre

    Si te marchas
    hazlo con ruido:
    rompe las ventanas,
    insulta a mis recuerdos,
    tira al suelo todos y cada uno
    de mis intentos
    de alcanzarte,
    convierte en grito a los orgasmos,
    golpea con rabia el calor
    abandonado, la calma fallecida, el amor
    que no resiste,
    destroza la casa
    que no volverá a ser hogar.
    Hazlo como quieras,
    pero con ruido.
    No me dejes a solas con mi silencio.
     
     
  • Le silence est ma voix / El silencio es mi voz

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    Après “Sagesse de l’herbe” que j’avais tant aimé, je découvre “Journal d’une pierre” d’Anne Le Maître.
     
    https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/  
     
     
    Comme un cahier très soigné à emporter avec soi, à chaque page un court texte poétique et une illustration en noir encre, gris et blanc réalisée par elle-même. L’ensemble est des plus réussis.
     
     
    Diario de una piedra” por Anne Le Maître
    El librito, como un cuaderno muy cuidado para llevar consigo, en cada página un texto corto y una ilustración hecha por ella en tinta china, gris y blanco. El conjunto es precioso.
     
    J’ai choisi deux pages et les ai traduites en espagnol.
     
    VI
    Pierre à secret
    pierre à mémoire
     
            je dis
     
    Pierre de patience
    et de silence
     
    Sans chagrin
    sans voix
    sans espoir
     
    Que connais-tu des larmes
    que sais-tu d’être tendre
    que sais-tu de l’amour
    que sais-tu de la joie
    que je pourrais t’apprendre?
     
    VII
     
    - Et à qui parles-tu,
    toi qui bruisses et qui geins
    et de quoi?
    Et pourquoi?
     
    La leçon
    je la donne
     
    Se taire est mon langage
    le silence
           est ma voix.
     
                              …
    Ce que j’ai dans le cœur,
    dit la pierre,
    m’appartient.
                                   
    Carte postale Anne Le Maître, photo Colo
     
     
     

     

    VI
    Piedra de secretos
    piedra de memoria
     
              digo
     
    Piedra de paciencia
    y de silencio
     
    Sin pena
    sin voz
    sin esperanza
     
    ¿Qué sabes de las lágrimas
    qué sabes de ser tierno
    qué sabes del amor
    qué sabes de la alegría
    que podría enseñarte?
     
    VII
     
    - ¿Y con quién hablas,
    tú que susurras y gimes
    y de qué?
    Y por qué?
     
    La lección
    la doy yo
     
    Callar es mi lenguaje
    el silencio
    es mi voz
     
    ---------
     
    Lo que tengo en el corazón,
    dice la piedra
    me pertenece.
     
    (Trad: Colette)

    Vous trouverez une présentation et une page sur le blog d’Anne: https://alm-bleudeprusse.blogspot.com/2019/12/parution-dhiver.html
     
     
     
     
  • Le poids du papier / El peso del papel

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    Aujourd'hui un poème sans prétentions mais qui dit si bien l'amour des livres...

     

    Une vie parmi les livres
    Mercedes  Escolano. Cádiz 1964
     
    Dans la rue attend le camion
    chargé des livres d’une vie.
    Qu’est-ce qui me retient dans ces
    pièces vides? Peut-être l’odeur
    laissée par les livres? Les heures, peut-être,
    partagées dans l’intimité et la tristesse?
    Les étagères sont restées nues
    et les pièces commencent à acquérir
    un air d’orphelinage et de non-sens.
     
    Le poids de l’encre,
    le poids du papier caressé,
    le poids subtil et aérien des mots,
    quel autre plaisir pourraient-ils me donner?
    En bas attend le camion de déménagement.
    Les caisses ont été soigneusement empilées,
    comme si de porcelaine il s’agissait.
     
    (Trad:Colette) 
     
     
    UNA VIDA ENTRE LIBROS 
    de "Placeres y mentiras" 
     
    Mercedes Escolano 
     
     
     En la calle aguarda el camión de la mudanza
    cargado con los libros de una vida.
    ¿Qué me retiene en estas
    habitaciones vacías? ¿Tal vez el olor
    que los libros dejaron? ¿Las horas, tal vez,
    compartidas en intimidad y tristeza?
    Los estantes han quedado desnudos
    y los cuartos comienzan a adquirir
    un aire de orfandad y sinsentido. 
     
     El peso de la tinta,
    el peso del papel acariciado,
    el peso sutil e ingrávido de las palabras,
    ¿qué más placer podrían darme?
    Abajo aguarda el camión de la mudanza.
    Las cajas han sido cuidadosamente apiladas,
    como si de fina porcelana se tratase.
     
     
  • Communiquer / Comunicar

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    Photo Colette, Nord de Mallorca
     

     

     
    Le mur
    il ne sait rien de la mer

    La mer
    elle ne sait rien du mur

    Entre eux
    le va-et-vient du vent
     
    La pared
    no sabe nada del mar

    El mar
    no sabe nada de la pared

    Entre ellos
    el vaivén del viento

    (Trad, Colette) 
     
    extrait de Komboloï, Werner Lambersy
     
    (Billet en partie repris d'un précédent, il y a des lunes..)