Espaces, instants - Page 3

  • Kinépoèmes

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    Il y a un temps, Deylan Caylon (pseudo) m’a contactée après avoir parcouru mon blog car il voulait faire une section “kinépoèmes “ sur le thème Péninsules.

     

    Un Kinépoème, m’a-t-il expliqué, ce sont quelques lignes d’un poème que je mets en mouvement, images et musique. !Muy bien!

     

    Depuis lors, et sur son site Lisière , il a ajouté une autre section Latinos et nous échangeons des poèmes, puis je découvre avec grand plaisir ce qu’il en a fait.

     

    Aujourd’hui, et pour vous souhaiter des jours agréables, en voici deux.

     

    Alfonsina Storni

     

     

     

     

     

    Le second ne vient pas de chez moi bien sûr, mais comment résister à cet appel de la poésie ?

     

     

     

  • Le sablier / El reloj de arena

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     Si la littérature s'est emparée du sablier pour signifier le temps qui passe et nous mène inexorablement vers la mort, cet objet, tombé en désuétude, avait jadis de multiples usages, vous le savez; navigation, cuisine, église (messe)...

     
    Si la literatura ha convertido el reloj de arena en signo del tiempo que pasa y nos lleva irremediablemente a la muerte, ese objeto, hoy en desusso, tenía antaño múltiples usos; navegación, cocina, iglesia (misa)...
     
     
    El reloj de arena (Le sablier) José Cirilo Henao, artista Colombiano
     

     

     
    Le sablier
    joue
    à se remplir de lumière
    à se vider d'ombre.
    Nous le retournons
    jouons à ne pas nous perdre
    à ne pas nous vider de lumière
    à ne pas nous remplir d'ombre.
     
    (Trad: Colette)
     
     
    Jorge H Cadavid (poète et essayiste Colombien (1962-   ))
     
     
    El reloj de arena
    juega
    a llenarse de luz
    a vaciarse de sombra.
    Nosotros le damos vuelta
    jugamos a no perdernos
    no vaciarnos de luz
    no llenarnos de sombra.

    NB: Ce billet est plus ou moins une reprise d'il y a des années...
  • Ah ces baisers.../ Ah esos besos...

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    On peut bien sûr embrasser du regard, avoir de la tendresse plein les yeux, mais cela remplace-t-ils ces baisers, ces bras qui rapprochent les corps, tous ces gestes de tendresse qui me manquent, vous manquent sans doute aussi ?

    Des mois sans embrasser mes enfants, à se voir masqués, à distance...

     

    Les souvenirs de baisers suffisent-ils ? 

     

     

     

     

                                 E. Munch Beso en la orilla bajo la luz de la luna / Museo Thyssen

                                               Baiser sur la rive sous la lumière de la lune
     

     

     

    Ce baiser

    Claribel Alegría, Nicaragua (1924-2018)



    Ce baiser d'hier

    m'a ouvert la porte

    et tous les souvenirs

    que je croyais fantômes

    têtus se levèrent

    pour me mordre.

    (Trad : Colette)

     

     

    Ese beso

    Claribel Alegría (1924-2018)
    Nicaragua



    Ese beso de ayer
    me abrió la puerta
    y todos los recuerdos
    que yo creí fantasmas
    se levantaron tercos
    a morderme.
  • Éternellement en fuite, comme la vague / Eternamente en fuga, como la ola

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    Aujourd'hui un poème très connu par ici, de  Pablo Neruda. 

    Si certains poèmes d'amour de Neruda me semblent un peu mielleux, celui-ci par contre...

    Il a été chanté par plus d'un mais principalement par le Cubain Pablo Milanés et par l'Espagnol Paco Ibañez.

     

     


     

     

    À mon cœur suffit ta poitrine,
    à ta liberté mes ailes
    De ma bouche atteindra au ciel
    tout ce qui dormait sur ton âme.

    En toi
    est l'illusion quotidienne.
    Tu arrives comme la rosée sur les corolles.
    Tu creuses l’horizon par ton absence.
    Éternellement en fuite, telle la vague.


    J'ai dit que tu chantais au vent
    comme les pins
    et comme les mâts
    Comme eux tu es haute, taciturne.
    Et t’attristes soudain, telle un voyage.


    Accueillante, pareille à un
    vieux chemin.
    Tu es peuplée d’échos et de voix nostalgiques.
    À mon réveil parfois émigrent et s'en vont
    des oiseaux qui
    dormaient
    dans ton âme.

    Trad. Colette inspirée par celle trouvée ici:http://www.pierdhelune.com/neruda5.htm

    NB: Cette oeuvre a été écrite par Pablo Neruda, publiée à l’origine à Santiago de Chile en 1924

     

     


     

     

     

    Para mi corazón basta tu pecho,

    para tu libertad bastan mis alas.

    Desde mi boca llegará hasta el cielo

    lo que estaba dormido sobre tu alma.



    Es en ti la ilusión de cada día.

    Llegas como el rocío a las corolas.

    Socavas el horizonte con tu ausencia.

    Eternamente en fuga como la ola.



    He dicho que cantabas en el viento

    como los pinos y como los mástiles.

    Como ellos eres alta y taciturna.

    Y entristeces de pronto, como un viaje.



    Acogedora como un viejo camino.

    Te pueblan ecos y voces nostálgicas.

    Yo desperté y a veces emigran

    y huyen pájaros que dormían en tu alma.

     

    Esta obra fue escrita por Pablo Neruda Publicada originalmente en Santiago de Chile por Editorial Nascimento © 1924

     

  • Allergies / Alergias

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    Aujourd'hui un poème qui, je l'espère, vous fera sourire...

    Hoy un poema que, espero, os hará sonreír...

     

    Test                    Mario Benedetti

     

    Aujourd’hui on m’a fait un test / le décisif

    je suis allergique à la noix à la fumée à la poussière

    à la saisissante beauté de l’iguane

    et au concert de piano de rachmaninov

    aux brusques galernes de novembre

    et à l’ardeur importune des opportunistes

    à l’occulte violence des conciliateurs

    au papamobile et aux pompes funèbres

     

    aujourd’hui on m’a fait le test / tout est clair

    je suis allergique au soja aux acariens et au moisi

    au sourire et rires des hyènes et jocondes

    à la main que cache napoléon bonaparte

    à l’otan le usis le kgb et la cia

    et à l’inutile parapluie contre le vent

    au faible syndicat des fainéants

    et au matriarcat de l’abeille reine

     

    aujourd’hui on m’a fait le test / je l’apprends enfin

    je suis allergique au cognac / à la tomate/ au tanin

    aux singes en cage / au doublage au cinéma

    au marteau piqueur / à l’heure de l’angélus

    et même aux présidents au joli toupet

    à l'opus dei et aux postmodernistes

    aux gaudeamus et aux gueuletons

    et/ bien sûr/ aux tests sur les allergies

    (Trad: Colette)

     

     

     

     

    Mario Benedetti

     

    Test

     

    Hoy me hicieron un test/ el decisivo
    tengo alergia a la nuez al humo al polvo
    a la estremecedora belleza de la iguana
    y al concierto de piano de rachmáninof
    a las bruscas galernas de noviembre
    y al importuno celo de los oportunistas
    a la oculta violencia de los conciliadores
    al papamóvil y a las pompas fúnebres

    hoy me hicieron el test/ todo está claro
    tengo alergia a la soja al ácaro y al moho
    a risas y sonrisas de hienas y giocondas
    a la mano que esconde napoleón bonaparte
    a la otan el usis el kgb y la cia
    y al inútil paraguas contra el viento
    al débil sindicato de los zánganos
    y al matriarcado de la abeja reina

    hoy me hicieron el test/ al fin me entero
    tengo alergia al coñac/ al tomate/ al tanino
    a los monos en jaulas/ al doblaje en el cine
    a la picana eléctrica/ a la hora del ángelus
    y hasta a los presidentes con pulcro bisoñé
    al opus dei y a los posmodernistas
    a los gaudeamus y a las cuchipandas
    y/ no faltaba más/ a los tests sobre alergias

  • Nous rendre idiots / Volvernos tontos

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     J’ignore à quel moment de sa vie J.R Wilcock, homme culte s’il en était, écrivit ce poème, ou plutôt ces réflexions.  Mais, pour une raison ou une autre, il devait être en pétard contre les idée reçues. Bienvenu donc !

     

     

     

    HORS DES LIMBES PAS D’ÉLYSÉE*

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La société t’enseigne: ceci est beau,

    est bon, est vrai, et tu ne dois pas faire cela.

     

    À chaque homme elle offre, déjà bien établies, l’éthique,

    la métaphysique, la logique et l’esthétique.

     

    Mais, de temps en temps, apparaît un voyant

    qui explique aux autres que rien n’est vrai.

     

    Ensuite il disparaît et la société s’emploie

    à déformer le sens de son œuvre.

     

    Il est vraiment curieux, alors qu’elle est nous-mêmes,

    qu’elle s’obstine tant à nous rendre idiots.

     

    Quelle communauté du monde animal

    enseigne aux siens l’art de se faire du tort?

     

    Mais les animaux ne possèdent pas, c’est vrai,

    la faculté d’exprimer la pensée.

     

    L’homme, par contre, est un être extraordinaire,

    il ne peut se réjouir que s'il jouit du vocabulaire..

     

    Prenons, par exemple, le mot heureux:

    s’il n’existait pas, qui serait malheureux?

     

    Il en va de même avec le mot honneur,

    avec l’histoire, avec Dieu et avec l’amour.

     

    Essayez de renoncer aux concepts abstraits

    et de vivre en ne prêtant attention qu’aux faits.

     

    On vous expulsera immédiatement de la société

    et vous retournerez aux limbes des premiers âges.

    (Trad:Colette)

     

    * L'Élysée ou les champs Élysées, dans la mythologie grecque, font partie des Enfers.

     

    (Note: Peinant à trouver une illustration pour ce billet, j'ai tapé Eliseo, et voilà qu'est apparu un peintre catalan intéressant, Eliseo Meifrén Roig)

                                                   

     


                                 Mallorca, noche de luna, Eliseo Meifren Roig

     

     

     

     

    FUERA DEL LIMBO NO HAY ELISEO

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La sociedad te enseña: esto es bello,
    es bueno, es verdadero, y no debes hacer aquello.

    A cada hombre le ofrece, ya establecidas, la ética,
    la metafísica, la lógica y la estética.

    Mas, de vez en cuando, surge un vidente
    que explica a los demás que nada es verdadero.

    Luego desaparece y la sociedad se dedica
    a tergiversar el sentido de su obra.

    Es en verdad curioso que siendo ella nosotros mismos
    tanto se empeñe en volvernos tontos.

    ¿Qué comunidad del mundo animal
    enseña a los suyos el arte de hacerse daño?

    Pero los animales no poseen, es cierto,
    la facultad de expresar el pensamiento.

    El hombre, en cambio, es un ser extraordinario,
    sólo goza si goza el vocabulario.

    Tomemos, por ejemplo, la palabra feliz:
    si no existiera, ¿quién sería infeliz?

    Lo mismo ocurre con la palabra honor,
    con la historia, con Dios y con el amor.

    Tratad de renunciar a los conceptos abstractos
    y de vivir atendiendo solamente a los hechos.

    Os expulsarán de inmediato de la sociedad
    y regresaréis al limbo de la primera edad.

     

  • Il pleut ? / ¿Llueve ?

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    Sans doute n’est-ce pas ce qu’on appelle “un grand poème” celui d’aujourd’hui, il manque de rythme. De la prose mise en poème.

    Mais ce regard par la fenêtre, ces petites rencontres et ces mots quotidiens puis – inattendue -, cette vue sur la Villa Hadrien qui nous transporte là-bas,

    Un peu comme nos vies ai-je pensé, surtout en ce moment, monotones puis tout à coup une amitié, un joli nuage, une phrase dite ou lue, un excellent café, un mail affectueux ou une belle musique et tout s’illumine.

     

    À la fenêtre J.R. Wilcock

     

    De gris variés se compose le vent.

    Schubert croyait en l’amitié:

    un homme regarde au balcon entre deux draps

    et un autre lui sourit du patio

    assis à la fenêtre

    un tournevis à la main.

    Il pleut?”, demande l’homme au balcon;

    l’autre n’entend pas mais montre les nuages:

    comment des voiles grises passent sur les toits

    dans la pénombre d’un soir d’octobre,

    mois de pluie, de lumières sales, de raisin.

    Là, sous le mont, est Tívoli,

              la villa d’Este avec ses fontaines,

       la villa construite par Hadrien

    sur les terres de sa femme,

                        et les différentes typographies romaines.

    (Trad:Colette)

     

     

                                 Villa Adriana Tivoli

     

     

    En la ventana J. R Wilcock

    De grises varios se compone el viento.
    Schubert creía en la amistad:
    un hombre se asoma al balcón entre dos sábanas
    y otro le sonríe desde el patio
    sentado en la ventana
    con un destornillador en la mano.
    "¿Llueve?", pregunta el hombre del balcón;
    el otro no oye pero señala las nubes:
    como velas grises pasan sobre los techos
    en la penumbra de un atardecer de octubre,
    mes de lluvias, de luces sucias, de uva.
        Allá, bajo aquel monte, está Tívoli,
        la Villa d'Este con sus fuentes,
        la villa construida por Adriano
        en las tierras de su mujer,
        y las diferentes tipografías romanas.

  • Croquer un soupir / Dibujar un suspiro

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    A part les doux appels de la pluie, tout était silencieux; elle lisait, le chien, couché sur le canapé interdit, dormait, paisible.

    Soudain un long soupir.

    Qui?

    Oubliant l’obligation de passer inaperçu et pouvoir ainsi prolonger son confortable somme, ce souffle lui avait échappé.

    Bien-être ? Ennui ?

    Elle écarta, peut-être à tort, l’idée d’un mal d’amour ou de mélancolie.

    Musique de la pluie ; notes, silences, soupirs.

    Le soupir entendu semblait plutôt léger….

    Tant de soupirs, exaspérés ou satisfaits. Quand, pourquoi soupirons-nous ? Y faisons-nous attention, parfois ?

     

                                                          Distorsión de un suspiro Cristobal Delgado- España

     

    Excepto las dulces llamadas de la lluvia, todo estaba en silencio; ella leía, el perro, tumbado en el sofá prohibido, dormía, apacible.

    De repente un largo suspiro.

    ¿Quién?

    Olvidándose de la obligación de pasar desapercibido y poder así prolongar su confortable sueño, ese soplo le había escapado.

    ¿Bienestar? ¿Aburrimiento?

    Descartó, tal vez sin razón, la idea de un mal de amores o de melancolía.

    Música de la lluvia; notas, silencios, suspiros.

    El suspiro parecía mas bien ligero….

     


     

     

     

    Poème d'Antonio Gala chanté par Clara Montés

                                    

    A pied vont mes soupirs

    chemin de mon bien

     

    Avant qu’ils n’arrivent

    j’arriverai

     

    Mon cœur  avec des ailes

    mes soupirs à pied

     

    Tiens la porte ouverte

    et ouverte l’âme aussi.

     

    Avant qu’ils n’arrivent

    j’arriverai

     

    Mon cœur a des ailes

    mes soupirs vont à pied

    (Trad:Colette) 

     

     

    A PIÉ VAN MIS SUSPIROS poema de Antonio Gala

     

     A pié van mis suspiros

    camino de mi bien.

    Antes de que ellos lleguen
    yo llegaré.

    Mi corazón con alas
    mis suspiros a pié.

    Abierta ten la puerta
    y abierta el alma ten.

    Antes de que ellos lleguen
    yo llegaré.

    Mi corazón con alas
    mis suspiros a pié.



    Tantos suspiros, exasperados o satisfechos. ¿Cuándo, por qué suspiramos? ¿A veces les prestamos atención a esos suspiros?

     

    Cette note a été en partie publiée ici il y a des années.

  • La vie, quelle beauté ! La vida, ¡qué hermosura!

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    MaríaZambrano, plus philosophe que poète et que nous avons rencontrée la semaine dernière, écrivait des textes en prose, en vers aussi, Ce poème je l’ai trouvé sous les deux formes. Elle appelait la poésie, “mes délires”

    …………………….

     

    "...Y yo había pasado por la vida
    tan sólo de paso, lejana de mí misma."

     

    “..Et j’étais déjà passée par la vie

    seulement de passage, loin de moi-même”

     

     





     

    La penseuse de l’aura

     

     

    Naître sans passé

    sans rien d’antérieur à quoi se référer

    et pouvoir alors tout voir

    tout sentir

    comme doivent sentir l’aurore les feuilles qui reçoivent la rosée

    ouvrir les yeux à la lumière en souriant

    bénir le matin

    l’âme

    la vie reçue

    la vie, quelle beauté!

     

    N’étant rien ou presque rien

    pourquoi ne pas sourire à l’univers, au jour qui avance?

    Accepter le temps comme un splendide cadeau

    le cadeau d’un Dieu qui nous connaît

    qui sait notre secret

    notre inanité

    et que ça ne le dérange pas

    qui ne nous garde pas rancœur de ne pas être…

     

    ...Et comme je suis libre de cet être, que je croyais avoir,

    je vivrai simplement

    je lâcherai cette image que j’avais de moi-même

    puisqu'elle ne correspond à rien

    et toutes, quelconque obligation

    qui découlent d'être moi, ou de vouloir l’être.

     

    (Trad:Colette)

     

    “Sera-t-il possible qu’un jour heureux la poésie récupère que ce que la philosophie

    sait, tout ce qu’elle a appris dans sa prise de distance et ses doutes, pour fixer

    lucidement et pour tous son rêve?”(Dans Philosophie et poésie)

     

    «¿No será posible que algún día afortunado la poesía recoja todo lo que la filosofía

    sabe, todo lo que aprendió en su alejamiento y en su duda, para fijar lúcidamente y

    para todos su sueño?» en Filosofía y poesía. 

     

    La pensadora del aura



    Nacer sin pasado

    sin nada previo a que referirse

    y poder entonces verlo todo

    sentirlo

    como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío

    abrir los ojos a la luz sonriendo

    bendecir la mañana

    el alma

    la vida recibida

    la vida ¡qué hermosura!

     

    No siendo nada o apenas nada

    por qué no sonreír al universo? al día que avanza?

    aceptar el tiempo como un regalo espléndido

    un regalo de un Dios que nos sabe

    que conoce nuestro secreto

    nuestra inanidad

     y no le importa

    que no nos guarda rencor por no ser...


    ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener

    viviré simplemente

    soltaré esa imagen que tenía de mí misma

    puesto que a nada corresponde

    y todas, cualquier obligación

    de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

     

    Maria Zambrano 

    En Delirio y Destino, Madrid,



    Versión en prosa.


         Nacer sin pasado, sin nada previo a que referirse, y poder entonces verlo todo, sentirlo, como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío; abrir los ojos a la luz sonriendo; bendecir la mañana, el alma, la vida recibida, la vida ¡qué hermosura! No siendo nada o apenas nada por qué no sonreír al universo, al día que avanza, aceptar el tiempo como un regalo espléndido, un regalo de un Dios que nos sabe, que nuestro secreto, nuestra inanidad y no le importa, que no nos guarda rencor por no ser...
         ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener, viviré simplemente, soltaré esa imagen que tenía de mí misma, puesto que a nada corresponde y todas, cualquier obligación, de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

  • Lumière d'automne / Luz de otoño

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    “L’automne a lui aussi son été, cette minute où s’incendie son or et se transforme en feu; l’air se densifie et la lumière devient pâteuse, épaisse, plus visible qu’en été, et permet, invite même à la regarder et, avant de tomber, devient pâle comme un fantôme d’elle-même, image pure de la lumière solaire; astre qui sans décadence aucune a cédé devant la requête du regard humain. C’est, plus que le printemps, l’instant d’accomplissement des noces entre le Soleil et la vie terrestre. Et une paix et une secrète douceur pénètrent partout, la vie humaine aussi; c’est le moment de l’amitié, de se sentir en amitié, même si on n’en n’a pas; de l’intimité de l’amitié, de son accomplissement, si on l’a.” (trad:Colette)

    Délire et destin ; les vingt ans d'une espagnole   MaríaZambrano

     

                            Photo Colette 17 octobre 2020

     «El otoño tiene también su verano, ese minuto en que se incendia su oro y se convierte en fuego; el aire se adensa y la luz se hace pastosa, corpórea, más visible que en el verano, y sólo permite, y hasta invita, a que se le mire y, antes de caer, se vuelve pálido como un fantasma de sí mismo, imagen pura de la luz solar; astro que sin decadencia alguna ha cedido ante el requerimiento de la mirada humana. Es, más que la primavera, el instante de cumplimiento de las nupcias entre el Sol y la vida terrestre. Y una paz y una secreta dulzura lo penetra todo, la vida humana también; es el momento de la amistad, de sentirse en amistad, aunque no se tenga; de la intimidad de la amistad, de su cumplimiento, si se la tiene».                         

     (ZAMBRANO, María. Delirio y destino: los veinte años de una española.)

     

     

  • Au sujet des plantes de tomates / Regarding the tomato plants

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     Vu le peu de traductions en français des poèmes de Louise Glück, une amie blogueuse et moi avons eu l’idée d’en traduire un . Celui que nous avons choisi parle de la Terre, de Gaia, et commence par la difficulté, que nous connaissons bien toutes les deux, de cultiver de belles tomates chaque année. Après moultes échanges, nous avons pensé que le YOU du poème est sans doute Gaia elle-même.

    Vous pouvez bien sûr intervenir pour donner votre avis….

     

    Vêpres

    Louise Glück - 1943-

     

    Durant ton absence prolongée, tu me permets

    l'usage de la terre, anticipant

    un retour sur investissement. Je dois signaler

    que j’ai failli à ma mission, principalement

    au sujet des plantes de tomates.

    Je crois qu’il ne faudrait pas m'encourager à cultiver

    des tomates. Sinon il te faudrait retenir

    les fortes pluies, les nuits froides qui arrivent

    si souvent ici, tandis que d'autres régions ont

    douze semaines d'été. Tout ceci

    t'appartient: d'autre part,

    c’est moi qui ai planté les semences, surveillé les premières pousses

    comme des ailes déchirant le sol, et ce fut mon cœur

    meurtri par la rouille, les taches noires qui si vite

    se multiplient dans les rangées. Je doute

    que tu aies un cœur, dans notre conception

    du mot. Toi qui ne fais pas la différence

    entre le mort et le vivant, toi qui es ainsi

    immunisé aux signes avant-coureurs, tu peux ne pas savoir

    quelle est la terreur que nous supportons, la feuille mouchetée,

    les feuilles rouges de l'érable qui tombent

    même en août, dans l'obscurité hâtive : je suis responsable

    de ces vignes.

    (Trad:Amie, Colette) 

     

                                                         Pekka Halonen 1913 Tomaatteja

     

     

    Vespers  (1992)


    Louise Glück - 1943-

    In your extended absence, you permit me
    use of earth, anticipating
    some return on investment. I must report
    failure in my assignment, principally
    regarding the tomato plants.
    I think I should not be encouraged to grow
    tomatoes. Or, if I am, you should withhold
    the heavy rains, the cold nights that come
    so often here, while other regions get
    twelve weeks of summer. All this
    belongs to you: on the other hand,
    I planted the seeds, I watched the first shoots
    like wings tearing the soil, and it was my heart
    broken by the blight, the black spot so quickly
    multiplying in the rows. I doubt
    you have a heart, in our understanding of
    that term. You who do not discriminate
    between the dead and the living, who are, in consequence,
    immune to foreshadowing, you may not know
    how much terror we bear, the spotted leaf,
    the red leaves of the maple falling
    even in August, in early darkness: I am responsible
    for these vines.
     

    From The Wild Iris, published by The Ecco Press, 1992. Copyright © 1992 by Louise Glück. All Rights reserved. Used with permission.

  • Mafalda

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    Un  ami Argentin disait il y a peu que les deux personnages les plus connus dans son pays étaient Evita Perón et Mafalda “peut-être même plus cette dernière” a-t-il ajouté. Une femme, une fillette.

    Qui, ici en Europe, ne connaît cette gamine impertinente, vive, réflexive , féministe et faussement innocente, mais qui permettait à son auteur, Quino, de faire passer ses idées malgré la dictature.

    Quino qui vient de mourir et avait réalisé bien d’autres œuvres que les vignettes de Mafala “née” en 1962 et que l’auteur arrêtera de dessiner en 1973.

     

     

    A los de habla hispana, ninguna necesitad de presentaros a Quino ni a Mafalda!

    Pero con su desaparición, y como homenaje, aquí unas tiras de recuerdo. 

     

     

          (bon, ici le traducteur a un peu chopé sur l'orthographe ;-))


     

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  • Le rire de l'ail / La risa del ajo

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    Nous terminons pour le moment ce petit tour de la poésie cubiste, avec Picasso.

    Alors là inutile d'y chercher midi à 14 heures à mon avis ;  ce sont des écrits pleins de fantaisie où se côtoient réel et imaginaire, concret et abstrait. Images, couleurs et sourires.

    J’ai traduit 2 poèmes, un “en prose” et puis un autre.

     

                                              Pablo Picasso 1939 Femme avec oiseau

     

    Pablo Picasso Mai / mayo de 1936

    ah si l’oiseau tisse des guirlandes avec les heures endormies dans le ventre de l’araignée de bronze pouvait se faire une friture d’étoiles dans le fond de l’air de la mer des numéros la colère déchaînée des chevreaux vêtus de plumes et chanter sur le fil du télégraphe rose de l’œil de l’œuf bleu de l’écharpe nouée au clou ardent planté exactement au milieu du front entre les cornes de la tête du toro quel silence

    (Trad: Colette)

    ah si el pájaro teje guirnaldas con las horas dormidas en el vientre de la araña de bronce pudiera hacerse una fritura de estrellas en el fondo del aire del mar de los números la cólera desatada de los chivos vestidos con plumas y cantar sobre el tendido del telégrafo rosa del ojo del huevo azul de la bufanda anudada al clavo ardiente plantado exactamente en medio de la frente entre los cuernos de la testa del toro qué silencio

     

                                               Picasso 1936 Nature morte / Bodegón

     

    Pablo Picasso Juin / junio de 1936

     

    il rit l’ail de sa couleur d’étoile feuille sèche

    il rit de son air moqueur de la rose le poignard que sa couleur lui inflige

    l’ail de l’étoile qui est feuille sèche

    rit de son air malin du bouquet de roses l’odeur d’étoile tombante

    qui est feuille morte

    l’ail de l’aile

    (Trad: Colette)

     

    se ríe el ajo de su color de estrella hoja seca

    se ríe con su aire burlón de la rosa el puñal que su color le clava

    el ajo de la estrella que es hoja seca

    se ríe con su aire astuto del piñal de rosas el olor de la estrella caediza

    que es hoja seca

    el ajo del ala

     

    Un autre billet sur le cubisme chez Jacques Davier : https://jacquesdavier.blog.tdg.ch/archive/2020/09/29/apollinaire-poete-cubiste-309441.html?c

     

  • Fou, Picabia? ¿Loco, Picabia?

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    Picabia. Francis-Marie Martinez de Picabia Écrivain, poète, peintre... Il est né en France en 1879 de père espagnol et de mère française.

    Nous restons dans le cubisme, un poème de lui aussi biscornu que certaines de ses peintures…

    Je me suis demandé pourquoi, en mots, ces étrangetés sont moins appréciées que  dans ses peintures. Regardez ce tableau de lui, UDNI…connu, applaudi, très cher sûrement; il est au Centre Pompidou

     

                                       F. Picabia Udnie 1913

     

     

    Et maintenant lisez ce poème...

     

     

    Un fou qui est devenu fou           F. Picabia

     

    La lune s'est couchée dans une cheminée

    en rue il faisait froid

    j'entends la pluie

    je suis assis en attente de rien

    j'en ai trouvé une

    j'en cherche deux

    deux feuilles pour la couronne

    de l'héritage

    du fantasme solitaire

    qui se traîne vers l'amour

    pour vider mon cœur.

     

    (Trad: Colette, pas trouvé l'original-français sur la toile, hélas.)

     

    Un loco que se ha vuelto loco  


                                               

    La luna se ha acostado en una chimenea

    hacia frío en la calle

    oigo la lluvia

    estoy sentado a la espera de nada

    he encontrado una

    busco dos

    dos hojas para la corona

    de la herencia

    del fantasma solitario

    que se arrastra hacia el amor

    para vaciar mi corazón.

    Francis Picabia

  • Poème cubiste / Poema cubista

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     La peinture cubiste est mieux connue que la poésie du même mouvement. Alors, pendant quelques semaines, partons à la découverte...

    La pintura cubista es más conocida que la poesía del mismo movimiento. Entonces, y por unas semanas, vamos a descubrirla...



     

    Chanson cubiste

    José María Eguren (Lima, Pérou, 1874-1942)



    Peupleraie de rectangles bleus.

     

    La tour joyeuse

    du dandy.

     

    Volent

    papillons photos.

     

    Dans le gratte-ciel

    un coq noir en papier

    salue la nuit.

     

    Au-delà de hollywood,

    dans une distante

    la ville lumineuse,

    des obélisques

    de nacre.

     

    Dans le brouillard

    la garçonne

    étrangle un fantôme.

    (Trad:Colette)

     

     


    Fernand Léger, La ville / la ciudad, 1919 

     

     

     

    Canción cubista

    de José María Eguren (Lima, Perú 1874-1942)

    Alameda de rectángulos azules.

    La torre alegre
    del dandy.

    Vuelan
    mariposas fotos.

    En el rascacielos
    un gallo negro de papel
    saluda la noche.

    Más allá de hollywood,
    en tiniebla distante
    la ciudad luminosa,
    de los obeliscos
    de nácar.

    En la niebla
    la garzona
    estrangula un fantasma.