Espaces, instants - Page 2

  • Le merle chanteur.../ El mirlo cantador...

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    En ce printemps 2020, volent, sautillent quantité de merles. Principalement pour attraper au vol ou au sol, les petites dattes des palmiers. Ceci est préférable à l’attaque en règle des cerises ou des fraises!
    Il existe tant et tant de chansons, poèmes, récits... sur les merles.
    Je vous en propose quelques uns et j’aimerais bien que vous apportiez , si vous en avez envie, des souvenirs ou n’importe quoi relatif aux merles (et que j’ajouterais au billet).
    En esta primavera del 2020, vuelan, dan saltitos gran cantidad de mirlos. Principalmente para atrapar al vuelo o en el suelo pequeños dátiles de las palmeras. ¡Mejor esto que un ataque en toda regla a las fresas o a las cerezas!
    Existen tantas canciones, poemas, escritos, relatos...sobre los mirlos.
    Os propongo algunos y me gustaría, si lo deseáis, que traigáis aquí recuerdos, poemas, lo que queráis en relación con los mirlos. Añadiré todo a la entrada.
     
    Photo prise à Bruxelles, avril/mai 2020, merci!


    D’abord quelques une des “Treize manières de regarder un merle” de Wallace Stevens.
    Primero algunas de las “Trece maneras de mirar un mirlo” de Wallace Stevens.
    I
    Among twenty snowy mountains,
    The only moving thing
    Was the eye of the blackbird.
     
    Entre veinte montañas de nieve,
    La única cosa que se movía
    Era el ojo del mirlo.
     
    Dans vingt montagnes enneigées,
    Une seule chose était en mouvement :
    L’œil du merle noir.

    IV

    A man and a woman
    Are one.
    A man and a woman and a blackbird
    Are one.
     
    Un hombre y una mujer
    Son uno.
    Un hombre y una mujer y un mirlo
    Son uno.

    Un homme et une femme
    Sont un.
    Un homme et une femme et un merle noir
    Sont un.
     
    V
    I do not know which to prefer,
    The beauty of inflections
    Or the beauty of innuendoes,
    The blackbird whistling
    Or just after.
     
    No sé qué preferir,
    La belleza de los acentos
    O la belleza de las insinuaciones,
    El mirlo silbando
    O el instante después.
     
    Je ne sais que préférer,
    La beauté des inflexions
    Ou la beauté des insinuations,
    Le merle noir qui siffle
    Ou tout de suite après.
     
    XII

    The river is moving.
    The blackbird must be flying.
     
    El río se estremece.
    El mirlo estará volando.
     
    La rivière est en mouvement.
    Le merle noir ne peut qu’être en vol.


    NB. Vous pouvez lire les Treize manières de regarder un merle, en anglais et français ici:
    Podeís leer las Trece maneras de mirar un mirlo aquí:

    https://circulodepoesia.com/2014/04/trece-maneras-de-mirar-un-mirlo-poema-de-wallace-stevens/

    Photo prise à Bruxelles, avril/mai 2020

     

    Nous avons bien sûr la belle ’”Histoire d’un merle blanc “de A. de Musset que vous pouvez lire en entier ici: https://fr.wikisource.org/wiki/Nouvelles_et_Contes_(Musset)/Histoire_d%E2%80%99un_merle_blanc
     
    Tenemos la bonita Historia de un mirlo blanco, de A de Musset, lo podéis leer entero aquí:


    Je termine en musique, bien que le merle ait beaucoup d’autres histoires...
    Termino, aquí lo tenemos en música, aunque el mirlo tiene muchas otras historias,
     
     
     
     
    HOMME LIBRE nous propose ce qui suit: Merci beaucoup!
     


    On trouve aussi en France les ruine d'une église abbatiale nommée: Notre-Dame-du-Nid-au-Merle.

    Il y a Le merle, de Théophile Gautier. Belle écriture, mais je trouve le poème lourdingue:

    ( je ne publie donc que les deux premières strophes!

    Le merle

    Théophile Gautier

    Un oiseau siffle dans les branches
    Et sautille gai, plein d’espoir,
    Sur les herbes, de givre blanches,
    En bottes jaunes, en frac noir.

    C’est un merle, chanteur crédule,
    Ignorant du calendrier,
    Qui rêve soleil, et module
    L’hymne d’avril en février.(...)

    Et celui de Gibran, dont le mécanisme comparatif et la volonté de mythifier l'oiseau me gave:

    "Ah! si je pouvais être comme toi
    libre de toutes prisons et chaînes!

    ...

    Ah! si je pouvais être comme toi
    toute douceur et splendeur,
    laissant le vent déployer mes ailes
    pour qu’elles soient perlées par la rosée!"

    Etc. Pompeux, je trouve. Pauvre merle, objet de la névrose mystique de l'auteur.

    HL cite aussi de Jean-Bernard Pouy, Die Amstel.

    ¡Gracias!

     

    Gislebert, merci!

     

    Le merle à la glu

    Jean RICHEPIN
    Recueil : "La chanson des gueux"

    Merle, merle, joyeux merle,
    Ton bec jaune est une fleur,
    Ton oeil noir est une perle,
    Merle, merle, oiseau siffleur.

    Hier tu vins dans ce chêne,
    Parce qu’hier il a plu.
    Reste, reste dans la plaine.
    Pluie ou vent vaut mieux que glu.

    Hier vint dans le bocage
    Le petit vaurien d’Éloi
    Qui voudrait te mettre en cage.
    Prends garde, prends garde à toi !

    Il va t’attraper peut-être.
    Iras-tu dans sa maison,
    Prisonnier à sa fenêtre,
    Chanter pour lui ta chanson ?

    Mais tandis que je m’indigne,
    Ô merle, merle goulu,
    Tu mords à ses grains de vigne,
    Ses grains de vigne à la glu.

    Voici que ton aile est prise,
    Voici le petit Éloi !
    Siffle, siffle ta bêtise,
    Dans ta prison siffle-toi !

    Adieu, merle, joyeux merle,
    Dont le bec jaune est en fleur,
    Dont l’oeil noir est une perle,
    Merle, merle, oiseau siffleur.


    Je mets quand même Le Temps des cerises, la vidéo est belle


     

    Impossible de conclure sans Jules Renard, cet observateur tout de finesse de la ménagerie humaine, avec deux citations et un conte tirés de son Journal :

    « Au Louvre, où Alfred Natanson (journaliste et dramaturge, ami de Renard) m’emmène voir des David, des Vélasquez, et des petites natures mortes de Chardin : je prends des œufs pour des oignons. Rien de cela ne me passionne.
    En sortant, je vois un merle noir à bec jaune, tout seul, au milieu d’une tache d’ombre écartée sur une herbe verte. Voilà de la peinture. »

    « Quand le merle voit les vendangeurs entrer dans la vigne, il s'étonne surtout de les voir qui n'ont pas, comme lui, peur de l'épouvantail. »

     

    Colette:  Une grand variété, magnifique! Le billet est tellement plus riche maintenant.

  • Par pure fantaisie / Por ultra fantasía

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    Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
     
     
    Que dirait-on? Alfonsina Storni
     
    Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
    Si un beau jour, par pure fantaisie,
    Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
    Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
    Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
    Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
    Ou si je disais mes vers en parcourant les places
    Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
     
    Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
    Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
    Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
     
    En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
     
    Traduction Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
    Le doux mal
    p 160-161
     
     
    Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

     
     

    ¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

     
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
    Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    Usara peplo griego, cambiara la peineta
    Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    Cantara por las calles al compás de violines,
    O dijera mis versos recorriendo las plazas,
    Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


    ¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
    ¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
    ¿Campanas tocarían para llamar a misa?

    En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
     
     
     
     

     

  • Si doux et si tendres / Tan dulces y tan bellas

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    Le dernier recueil de poèmes d’Alfonsina Storni, traduits en français par Monique-Marie IHRY, et qui vient de paraître, est superbe d’émotions.
    Le titre est “Le doux mal”; qu’il est doux l’amour à ses débuts, qu’il peut devenir amer par la suite…
     
    Une variété de poèmes où, comme dans presque toute la poésie (la littérature aussi) sud-américaine, la nature est très présente.
    Un enchantement.
     
    Voici deux poèmes.
     
    Deux mots
     
    Cette nuit tu m’as dit à l’oreille deux mots
    Ordinaires. Deux mots fatigués
    D’être dits. Des mots
    Qui, à force d’être anciens, deviennent nouveaux.
     
    Deux mots si doux, que la lune 
    Se dessinant entre les branches
    S’est arrêtée dans ma bouche. Deux mots si doux
    Que je n’essaye même pas de bouger pour enlever
    La fourmi qui passe dans mon cou.
     
    Des mots si doux
    Que je dis sans le vouloir - oh, que la vie est belle! -
    Si doux et si tendres
    Qu’ils répandent des olives parfumées sur mon corps.
     
    Si doux et si beaux
    Que les doigts les plus longs de ma main droite
    Bougent vers le ciel imitant des ciseaux.
     
    Mes deux doigts aimeraient
    Couper des étoiles.
     
    Traduction: M-M Ihry
     
    Le Paysage bleu, 1949 (gouache sur papier), Marc Chagall
     
    Dos palabras
     
    Esta noche al oído me has dicho dos palabras
    Comunes. Dos palabras cansadas
    De ser dichas. Palabras
    Que de viejas son nuevas.

    Dos palabras tan dulces que la luna que andaba
    Filtrando entre las ramas
    Se detuvo en mi boca. Tan dulces dos palabras
    Que una hormiga pasea por mi cuello y no intento
    Moverme para echarla.

    Tan dulces dos palabras
    ?Que digo sin quererlo? ¡oh, qué bella, la vida!?
    Tan dulces y tan mansas
    Que aceites olorosos sobre el cuerpo derraman.

    Tan dulces y tan bellas
    Que nerviosos, mis dedos,
    Se mueven hacia el cielo imitando tijeras.
    Oh, mis dedos quisieran
    Cortar estrellas.
     
     
     
     
    L’or de la vie
     
    De la corolle noire de la vie
    Je fais souvent jaillir une petite étamine d’or.
    Je féconde des fruits, je ferme le calice d’or,
    Rit ma vie.
     
    Je redeviens noire. Mais dans la nouvelle vie
    Jaillit de nouveau la petite étamine d’or.
    Rit ma vie
    Lorsque viennent la toucher les papillons d’or.
     
    Noirceur, ensuite l’or.
    Précieux de la vie.
     
    Traduction M-M Ihry
     
    Alfonsina Storni
     
    El oro de la vida
     
    De la corola negra de mi vida
    Suelo brotar, estambrecillo en oro.
    Fecundo frutos, cierro el cáliz de oro,
    Ríe mi vida.
     
    Vuelvo a ser negra. Pero en nueva vida
    Brota de nuevo estambrecillo en oro.
    Ríe mi vida
    Cuando la tocan mariposas de oro.
     
    Negrura, luego el oro
    Precioso de la vida.
     
     
    LE DOUX MAL, Alfonsina Storni
    Traduction de Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
     
    Merci.

  • Vite! ¡Rápido!

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    Serge Pey, né à Toulouse en 1950 de parents espagnols ayant fui le régime de Franco.
    Nacido en Toulouse en 1950 de padres españoles, refugiados del régimen franquista.
     
    Le trésor de la Guerre d’Espagne
     
     
    Extraits de : Le linge et l’étendoir.
     
     
    (Pour bien comprendre ces extraits il vous faut savoir que le linge était un signal pour les anti-franquistes cachés dans la montagne.)
     
    Les voisins pensaient que ma mère était folle. Comment comprendre qu’elle étendait parfois le linge sur l’étendoir ou dans le champ, à même l’herbe, ou encore sur les branches des arbres ? Comment concevoir qu’elle le posait souvent à l’ombre ou en plein vent, maintenu par de gros cailloux, comme les points de ponctuation d’une phrase secrète?” 
     
    _____________________________
     
    “—Vite, enlève ta chemise et va l’étendre sur l’étendoir, ramène le linge qui reste. Vite… Dépêche-toi…
    Je compris sa précipitation quand je vis, depuis notre jardin qui surplombait la route, une longue file de camions bleus de la gendarmerie.
    Ainsi ma chemise faisait partie, elle aussi, d’une longue phrase. Elle était une lettre, peut-être un mot. J’étais fier. J’étais devenu une conjugaison, presque un verbe. J’existais dans le langage secret de ma mère, comme un mot important qu’elle n’avait encore jamais employé, puisque c’était la première fois qu’elle voulait laisser ma chemise seule sur l’étendoir. “

    NB: Pour lire le magnifique chapitre entier “Le linge et l’étendoir”, c’est ici.
    Et pour l'écouter...
     
     
     
     
    Dos extractos de La ropa y el tendedero
     
    (Para entender estas lineas, hay que saber que la ropa era una señal de la madre para los anti-franquistas escondidos en la montaña)
     
     
    Los vecinos pensaban que mi madre estaba loca. ¿Cómo entender que extendía la ropa a veces en el tendedero o en el campo, sobre la hierba, o en las ramas de los árboles? ¿Cómo concebir que a menudo la ponía en la sombra o al viento abierto, sostenido por unas piedras gordas, como los signos de puntuación de una frase secreta?”
     
    _____________________________
     
    -Rápido, quitate la camisa y ve a tenderla en el tendedero, trae la ropa que queda. Rápido...Date prisa.
    Entendí su precipitación cuando vi, desde nuestro jardín que sobresalía de la carretera, un fila larga de camiones azules de la guardia civil.
    Así mi camisa formaba parte, ella también, de una frase larga. Era una letra, tal vez una palabra. Estaba orgulloso. Me había convertido en una conjugación, casi un verbo. Yo existía en el lenguaje secreto de mi madre, como una palabra que, todavía, nunca había usado, ya que era la primera vez que quería dejar mi camisa sola en el tendedero.”
    (Trad: Colette)
  • Le talon de fer, Jack London

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    Me voilà embarquée dans un exercice auquel je ne suis pas habituée: faire un billet sur un livre de mon choix mais d’un auteur précis, Jack London. Et ceci pour répondre à un challenge, celui de ClaudiaLucia.
    Alors j’ai choisi “Le talon de fer”, roman fort éloigné de tout ce que j’avais lu de London.
    Écrit en 1908, c’est l’histoire biographique du fictif Ernest Everhard, leader révolutionnaire aux États-Unis, capturé et assassiné en 1932 après une révolution ouvrière frustrée.
     
     
    Le récit est écrit à la première personne, par Avis Cunningham, une jeune femme d’origine bourgeoise qui fait la connaissance d’Ernest, en tombe amoureuse (c’est réciproque) et découvre à travers lui la réalité misérable de la classe travailleuse, ouvrière aux États-Unis.
     
    Je veux essayer de raconter simplement comment Ernest Everhard est entré dans ma vie, comment son influence sur moi a grandi jusqu’à ce que je sois devenue une partie de lui-même, et quels changements prodigieux il a opérés dans ma destinée ; de cette façon vous pourrez le voir par mes yeux et le connaître comme je l’ai connu moi-même, à part certains secrets trop doux pour être révélés.”
     
    Les premiers chapitres analysent la réalité sociale aux États-Unis début XXºs., la pénétration des idées socialistes chez les ouvriers, la position complice du clergé avec l’oppression, l’immoralité de la bourgeoisie...L’objectif est la dénonciation du système d’exploitation capitaliste.
    La position intellectuelle de J. London en faveur de la classe ouvrière est évidente ici.
     
    C’est une femme amoureuse, admirative qui met son homme sur un piédestal, sans doute mérité.
     
    Il se prodigua comme peu d’hommes l’ont fait, et toute sa vie ce fut pour les autres. Telle fut la mesure de sa virilité. C’était un humanitaire, un être d’amour. Avec son esprit de bataille, son corps de gladiateur, et son génie d’aigle, il était doux et tendre pour moi comme un poète. C’en était un, qui mettait ses chants en action.
     
    Au-delà de l’histoire d’amour et de l’histoire politique, un futur dystopique y est décrit, à de nombreuses pages on se dit “mais oui, c’est ce qui est arrivé et arrive”!
    London prédit dans ce roman l’imminente éclosion d’une guerre impérialiste (dans le roman entre les États-Unis et l’Allemagne) et comment de cette guerre surgit la première révolution socialiste triomphante (ici en Allemagne, non en Russie) et l’échec de l'insurrection prolétaire aux États-Unis. 
     
     
     
    Cette lecture, à part peut-être un passage terrible et sanglant, m’a beaucoup intéressée, et ne m’a pas semblé ennuyeux du tout comme pourrait l’être un roman politique, car l’humain est au centre de tout le récit. Il fait réfléchir sur le présent (sans coronavirus!), le passé et le futur. Il nous laisse sur l’idée que la libération pour l’humanité du joug de l’exploitation est inévitable.
    Quand?
     
     

  • Eduardo Galeano, deux textes courts / Dos textos cortos

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    Eduardo Galeano, nous connaissons déjà cet écrivain Uruguayen, surtout pour son recueil de textes, souvent très courts, du "Livre des étreintes". 
    Mais voici deux autres petits textes, lourds de sens, vous verrez.

     
    Bajo el título “El miedo manda” , el uruguayo Eduardo Galeano denuncia en varios textos el uso del miedo como arma de poder.
     Aquí van dos, cortos. 

     

    Sécurité   Eduardo Galeano

     
    Elle nous vit, dormant. Dans le rêve d’Elena nous étions tous les deux à faire la queue, avec beaucoup d’autres passagers, dans un quelconque aéroport, car tous les aéroports sont plus ou moins les mêmes. Et chaque passager portait un oreiller sous le bras. En route vers une machine, qui nous attendait; les oreillers passaient sous la machine et la machine lisait les rêves de la nuit antérieure.
     
    C’était une machine détectrice de rêves dangereux pour l’ordre public. 
    (Trad:Colette)
     

    Seguridad          Eduardo Galeano

    Durmiendo nos vio. En el sueño de Elena estábamos los dos haciendo fila con muchos otros pasajeros en algún aeropuerto, quién sabe cual, porque todos los aeropuertos son más o menos todos iguales. Y cada pasajero llevaba una almohada bajo el brazo. Rumbo a una máquina, que nos esperaba, pasaban las almohadas bajo la máquina y la máquina leía los sueños de la noche anterior.
    Era una máquina detectora de sueños peligrosos para el orden público.
     

     

    Indices
     
    On ne sait si cela s’est passé il y a un moment ou un siècle ou jamais.
    À l’heure de se rendre à son travail un bûcheron découvrit qu’il lui manquait la hache.
    Il observa son voisin. Le voisin avait tout à fait l’aspect d’un voleur de haches.
    C’était clair: le regard, les gestes, la façon de parler.
     
    Quelques jours plus tard le bûcheron trouva la hache qu’il avait perdue. Et quand il observa à nouveau son voisin, il constata qu’il n’avait rien d’un voleur de hache, ni dans le regard ni dans les gestes ni dans la façon de parler.
    (Trad:Colette)


    Indicios

    No se sabe si ocurrió hace un rato o hace siglos o nunca.
    A la hora de ir a trabajar un leñador descubrió que le faltaba el hacha.
    Observó a su vecino. El vecino tenía todo el aspecto de un ladrón de hachas. Estaba claro: la mirada, los gestos, la manera de hablar.
    Unos días después el leñador encontró el hacha que había perdido. Y cuando volvió a observar a su vecino, comprobó que no se parecía para nada a un ladrón de hachas, ni en la mirada ni en los gestos ni en la manera de hablar.

     
    Notes: 
    Sous le titre “La peur commande” L’Uruguayen Eduardo Galeano dénonce dans plusieurs textes l’usage de la peur comme arme de pouvoir.
     Sur ce blog d'autres textes de E. Galeano.
     
  • Des chemins ouverts / Caminos abiertos

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    Maruja Vieira ( 1922) est une poétesse, ex-journaliste et professeur d'université colombienne.


                                         El Rompido 2000 / Soledad Sevilla , 
    http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/

     
     
    Temps défini
     
     
    Il est bon que parfois la vie
    nous dépouille de tout.
    Dans l’obscurité les yeux apprennent
    à y voir plus clair.
    Quand la solitude est le vide intense
    du corps et des mains,
    il y a des chemins ouverts sur le plus profond
    et sur le plus distant.
    Dans le silence les voix aimées
    renouvellent doucement leurs mots
    et les murs veillent sur le bruit infini
    des pas absents.
    Les lèvres qui avant furent
    lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
    la grandeur
    de la chanson rebelle et angoissée.
    Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
    un son de pluie. (...)
    (Trad: Colette)
     
    Soledad Sevilla El Rompido 2000, http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/          
     



    Tiempo definido, Maruja Vieira
    Está bien que la vida de vez en cuando
    nos despoje de todo.
    En la oscuridad los ojos aprenden
    a ver más claramente.
    Cuando la soledad es el vacío intenso
    del cuerpo y de las manos,
    hay caminos abiertos hacia lo más profundo
    y hacia lo más distante.
    En el silencio las amadas voces
    renuevan dulcemente sus palabras
    y los muros custodian el rumor infinito
    de los ausentes pasos.
    Los labios que antes fueran
    sitio de amor en las calladas tardes
    aprenden la grandeza
    de la canción rebelde y angustiada.
    Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
    un repique de lluvia (...)
  • Comment ça, quand? / ¿Cómo que cuándo?

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    Ébène, de Ryszard Kapuscinski, journaliste polonais, a été publié en l’an 2000 mais couvre les années ‘60-80 en Afrique. Ces années d’indépendance coloniales, de soulèvements...L’auteur y a vécu longtemps , non pas dans des hôtels ou zones pour européens, mais, au risque de sa santé, de sa vie souvent, parmi la population locale.

     

     En début de livre il fait une longue réflexion sur le temps - le temps africain (qui a peut-être un peu varié depuis, selon les endroits) qui lui paraît si différent de l’européen - qui, en ces moments où il est comme arrêté, figé, m’a semblé très intéressante. 

     

    Il raconte qu'à son arrivée au Ghana, il monte dans un autobus et s’y assied. Un Anglais le suit, s’installe. À ce moment, dit l’auteur, peut se produire une collision entre deux cultures, un choc, voire un conflit qui arrivera si l’étranger (s’il ne connaît pas l’Afrique) commence à s’énerver et à demander quand part l’autobus. “Quand part l’autobus? Comment ça, quand? -dit le conducteur -Quand il y aura assez de gens pour le remplir”.
     
    Kapuscinski, poursuit en expliquant que l’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps .
    Pour les Européens “le temps vit en dehors de l’homme”, il est comme indépendant, a une existence objective qu’on peut mesurer. Et il s'en sent esclave, il doit respecter des délais, des dates, jours et heures. Comment exister sans eux?
    Entre l’homme et le temps existe un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l’homme: le temps détruit l’homme.”
     
     
     
    Les Africains perçoivent le temps différemment. C’est une catégorie beaucoup plus ouverte, élastique, subjective. Pour eux c’est l’homme qui influe sur la formation du temps, son rythme.
    L’homme décide si un événement aura lieu ou non, “Le temps est le résultat de notre action, et il disparaît quand nous n’entreprenons rien ou abandonnons une action.  Une énergie circule qui, quand elle s'approche de nous et nous emplit,  nous donne la force de nous mettre en mouvement: il se passera quelque chose.
    Sinon il faut attendre."

     

    Ceci, vous voyez, est tout à fait l’inverse de la pensée européenne.
     
    Et pour beaucoup d'entre nous en ce moment, le temps élastique que nous vivons nous rapproche, je crois, de la conception africaine.
     
    Ébano, de Ryszard Kapuscinski, Fue publicado en el año 2000 pero cubre los año 60-80 en África. Son años de independencia colonial, de revueltas, de sublevaciones… El autor ha vivido mucho tiempo pero no en hoteles o zonas para europeos sino, con riesgo para su salud y con frecuencia para su vida, entre la población local.
    Al principio del libro hace una larga reflexión sobre el tiempo. El tiempo africano (que quizás haya cambiado algo desde entonces, en algunos sitios) que le parece tan diferente del europeo y que, en estos momentos en que da la impresión de haberse parado, fijado, me ha resultado muy interesante.
     
    Cuenta como a su llegada a Ghana sube a un autobús y se sienta. Le sigue un Inglés y se instala. En ese momento, dice el autor, puede producirse una colisión entre dos culturas, un choque, un conflicto.” Esto sucederá si el pasajero es un forastero que no conoce África. Alguien así empezara a removerse en el asiento, a mirar en todas direcciones y a preguntar: ¿Cuando arrancará el autobús? ¿Cómo que cuándo?, le contestará, asombrado, el conductor, cuando se reúna tanta gente que lo llene del todo”
     
     
    Kapuscinski continúa y explica que los europeos y los africanos tienen una concepción diferente del tiempo.
     
     
    Los europeos están convencidos de que el tiempo funciona independientemente del hombre, de que su existencia es objetiva, en cierto modo exterior, que se halle fuera de nosotros y que sus parámetros son medibles y lineales”...”El europeo se siente como su siervo, depende de él, es su súbdito.”… “Tiene que respetar plazos, fechas, días y horas. Se mueve dentro de los engranajes del tiempo; no puede existir fuera de ellos”… “Entre el hombre y el tiempo se produce un conflicto insalvable, conflicto que siempre acaba con la derrota del hombre: el tiempo lo aniquila.”
     
    Los Africanos perciben el tiempo de manera bien diferente. Para ellos, el tiempo es una categoría mucho más holgada, abierta, elástica y subjetiva. Es el hombre el que influye sobre la horma del tiempo, sobre su ritmo...”
    El hombre decide si un acontecimiento tendrá lugar o no. “El tiempo aparece como consecuencia de nuestros actos y desaparece si lo ignoramos o dejamos de importunarlo.” “ En alguna parte del mundo fluye y circula una energía misteriosa, la cual, si viene a buscarnos, si nos llena, nos dará la fuerza para poner en marcha el tiempo: entonces algo empezará a ocurrir.” Sino hay que esperar.
     
     
    Todo esto es lo contrario del pensamiento europeo.
    Y para muchos de nosotros en este momento, el tiempo elástico que vivimos nos acerca, creo yo, de la noción africana.
     
    Sources/ Fuentes : Ébène, aventures africaines, Ryszard Kapuscinski. Coll. Poche
    Ébano, Ryszard Kapuscinski, ed Anagramma
     
    Photo 2 https://www.t13.cl/noticia/nacional/asi-quedo-reloj-flores-vina-del-mar-caida-arbol1
  • Il me manque / Lo extraño

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    Ce voyage à Paris en avril, rêvé depuis des mois, est tombé à l’eau, comme les projets de chacun. Pas d’expo Turner ni de balades le long de la Seine. ni d’amis à y rencontrer. Ce sera pour une autre fois.
    Mais le rêve peut se prolonger et mon œil est irrémédiablement attiré par les poèmes où “Paris” apparaît.
     
    Il y a celui-ci, comme une histoire étrange et simple, de Juan Gelman qui s’est carrément inspiré du titre d’un tango du même titre de Carlos Gardel. Un poème comme un tango...

     
    Ancré à Paris 
     
    Juan Gelman (1930-2014).

    Celui qui me manque c’est le vieux lion du zoo,
    on prenait toujours le café au Bois de Boulogne,
    il me racontait ses aventures en Rhodésie du Sud
    mais il mentait, il était évident qu’il n’était jamais sorti du Sahara.
     
    Quoi qu’il en soit j’aimais beaucoup son élégance,
    sa façon de rentrer la tête dans les épaules devant les broutilles de la vie,
    il regardait les Français par la fenêtre du café
    et disait ”les idiots font des enfants”-
     
    Les deux ou trois chasseurs anglais qu’il avait mangés
    provoquaient en lui de mauvais souvenirs voire de la mélancolie,
    les choses qu’on fait pour vivre” pensait-il
    en regardant sa crinière dans le miroir du café.
     
    Oui, il me manque beaucoup,
    il ne payait jamais l’addition,
    mais indiquait le pourboire à laisser
    et les garçons le saluaient avec une déférence particulière.
     
    Nous nous séparions à la lisière du crépuscule,
    il retournait à son bureau*, comme il disait,
    non sans m’avertir avant, une patte sur mon épaule
    fais attention, mon fils, au Paris nocturne”.
     
    Il me manque vraiment beaucoup,
    ses yeux s’emplissaient parfois de désert
    mais il savait se taire comme un frère
    quand, ému, ému,
    je lui parlais de Carlitos Gardel.
     
    Trad: Colette
    *En français dans le texte
     
     
     
    Anclao en París

    Al que extraño es al viejo león del zoo,
    siempre tomábamos café en el Bois de Boulogne,
    me contaba sus aventuras en Rhodesia del Sur
    pero mentía, era evidente que nunca se había movido del Sahara.

    De todos modos me encantaba su elegancia,
    su manera de encogerse de hombros ante las pequeñeces de la vida,
    miraba a los franceses por la ventana del café
    y decía “los idiotas hacen hijos”.

    Los dos o tres cazadores ingleses que se había comido
    le provocaban malos recuerdos y aun melancolía,
    “las cosas que uno hace para vivir” reflexionaba
    mirándose la melena en el espejo del café.

    Sí, lo extraño mucho,
    nunca pagaba la cuenta,
    pero indicaba la propina a dejar
    y los mozos lo saludaban con especial deferencia.

    Nos despedíamos a la orilla del crepúsculo,
    él regresaba a son bureau, como decía,
    no sin antes advertirme con una pata en mi hombro
    “ten cuidado, hijo mío, con el París nocturno”.

    Lo extraño mucho verdaderamente,
    sus ojos se llenaban a veces de desierto
    pero sabía callar como un hermano
    cuando emocionado, emocionado,
    yo le hablaba de Carlitos Gardel.
     

    Juan Gelman (1930-2014).

  • Musique sans mots / Música sin palabras

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    Trop de mots, on entend trop de mots en ce moment. Des chiffres surtout.
    Trop de maux.


    Alors pour ce jour, un peu de musique. Le compositeur est espagnol, Mauricio Sotelo ( Madrid 1961), le guitariste est Juan Manuel Cañizares et la pièce s'appelle " Comment l'eau pleure" -Como llora el agua.

    Passez une paisible journée.

     Si vous ne pouvez pas écouter:
    https://www.youtube.com/watch?v=5pycM63yCHQ

  • À pas de sauterelle / A pasos de saltamonte

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    J’ai trouvé ce court poème de Rafael Alberti. Il m’a semblé parfait pour alléger l’ambiance...
    Encontré este poema corto de Rafael Alberti. Me pareció perfecto para aligerar el ambiente...
     
     
    Seule
     
     
     
    Rafael Alberti (Marins à terre)
     
    Celle qui fut hier mon aimée
    marche seule parmi les lavandes.
     
    Derrière elle, un papillon
    et une sauterelle guerrière.
     
     
    Trois sentiers:
    Mon aimée, au milieu.
    Le papillon, sur la gauche.
    Et la sauterelle guerrière,
    sautillante, sur la droite.
     
    (Trad: Colette)
     

     

     
     
    Sola
     
    Rafael Alberti
    Marinero en tierra
     
     
    La que ayer fue mi querida
    va sola entre los cantuesos.

    Tras ella, una mariposa
    y un saltamonte guerrero.

    Tres veredas:
    Mi querida, la del centro.
    La mariposa, la izquierda.
    Y el saltamonte guerrero,
    saltando, por la derecha.
     
  • E. Cardenal, le combatif / E. Cardenal el combativo

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    Nous retrouvons Ernesto Cardenal en 1971. 




    Il publie “Théologie de la libération”, livre qui fut rapidement  traduit en une vingtaine de langues et qui présente une “ nouvelle spiritualité fondée sur la solidarité avec les pauvres et qui exhorte l’Église à participer au changement des institutions sociales et économiques dans le but d’instaurer la justice sociale.
    Ce courant emporte une large part de l’église d’Amérique latine dans son sillage, en suscitant de très vives réactions dans le monde catholique, car, accusé par le Vatican et la réaction religieuse officielle de « perversion de la chrétienté » et de « théologie des rues », mais également de « dérive idéologique marxiste dans le discours ».*
    De nombreux membres du clergé, dont E. Cardenal, se sont impliqués dans ces luttes politiques, ce qui a éveillé et augmenté la méfiance des pouvoirs de droite du Vatican.
    Vu le nombre de pauvres et d’opprimés l’adhésion à ces idées est grande.
    « La théologie de la Libération dit aux pauvres que la situation qu’ils vivent actuellement n’est pas voulue par Dieu », écrit Gustavo Gutiérrez. Elle repose sur la prise de conscience que les pauvres attendent une libération réelle et qu’il est vain de parler du Christ et du salut qu’il apporte si ce salut n'est pas immédiat. Le critère le plus précis de l’authenticité évangélique est donc la lutte contre la pauvreté.."*



    Je vous passe les détails du coup d’État, de son exil, mais en 1979 le dictateur Somoza est évincé après 18 ans de lutte sandiniste.
    Ceci représente bien sûr un immense espoir pour tous les peuples opprimés d’Amérique latine.
    Cardenal est nommé ministre de la culture.


    Et alors, en 1983, a lieu cette scène inouïe, vous vous en souvenez sans doute, où Jean-Paul ll, sur le tarmac de l’aéroport de Caracas où était agenouillé E. Cardenal, accable le prêtre de remontrances. On lui interdira l’exercice de son ministère sacerdotal.
    Le pape Francisco le réhabilitera.
    E. Cardenal restera combatif toute sa vie, défendant les plus pauvres, il sculpta et écrivit des poèmes jusqu’à son récent décès.


    * Source en français: http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.htmlhttp://www.leshommessansepaules.com/auteur-Ernesto_CARDENAL-714-1-1-0-1.html


    Après un poème d’amour, et celui sur Marylin, en voilà un dans la ligne politico-religieuse, comme beaucoup de ses poèmes.

     
    E. Cardenal

    Ernesto cardenal escultura.jpg


    Psaume 25

    Rends-moi justice Seigneur
                car je suis innocent
    Parce que j’ai eu confiance en toi
                    et non dans les leaders


    Défends-moi au Conseil de Guerre
    défends-moi au Procès des faux témoins
                                et des fausses preuves
     
    Je ne m’assieds pas avec eux à leurs tables rondes
    ni ne trinque à leurs banquets
    Je n’appartiens pas à leurs organisations
    ni ne suis dans leurs partis
    ni n’ai d’actions dans leurs compagnies
    ils ne sont pas mes associés


         Je me laverai les mains parmi les innocents
          et je serai autour de ton autel Seigneur


    Ne me confonds pas avec les politiques sanguinaires
    qui n’ont dans leurs cartables que le crime
    et dont les comptes bancaires sont faits de pots-de-vin


    Ne me livre pas au Parti des hommes iniques
                                         Délivre-moi Seigneur!
    Et je bénirai le Seigneur dans notre communauté
                                           dans nos assemblées


    (Trad: Colette)
    Sculptures de E. Cardenal


    Psalmo 25



    Hazme justicia Señor
                                  porque soy inocente
    Porque he confiado en ti
                                  y no en los líderes

    Defiéndeme en el Consejo de Guerra
    defiéndeme en el Proceso de testigos falsos
                                                      y falsas pruebas

    No me siento con ellos en sus mesas redondas
    ni brindo en sus banquetes
    No pertenezco a sus organizaciones
    ni estoy en sus partidos
    ni tengo acciones en sus compañías
    ni son mis socios

              Lavaré mis manos entre los inocentes
              y estaré alrededor de tu altar Señor

    No me pierdas con los políticos sanguinarios
    en cuyos cartapacios no hay más que el crimen
    y cuyas cuentas bancarias están hechas de sobornos

    No me entregues al Partido de los hombres inicuos
                                                      ¡Libértame Señor!
    Y bendeciré en nuestra comunidad al Señor
                                                                en nuestras asambleas







  • E. Cardenal, le Seigneur et Marylin / E. Cardenal, el Señor y Marylin

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    D'abord quelques données biographiques...Ernesto Cardenal est né dans une famille de propriétaires et commerçants aisés, en 1925, à Granada, au Nicaragua, son enfance fut heureuse. Le Nicaragua est alors déchiré par une guerre civile entre libéraux et conservateurs. Les États-Unis sont, on le sait, intervenus plus d’une fois pour soutenir les conservateurs.
    En 1937, à l’âge de douze ans, Ernesto Cardenal entre comme interne au collège des jésuites puis il fait des études de philosophie et de littérature à l’Université Mexico, puis à la Columbia University à New York.
    En 1954, de retour au Nicaragua, il participe à la Révolution d’Avril contre le dictateur Anastasio Somoza. Une grande  pauvreté règne alors dans le pays. Mais cette révolution est un échec et Cardenal entre dans la clandestinité puis, en 1956, il s’exile.
    L’histoire dit que le samedi 2 juin 1956, il est « terrassé » par une expérience mystique, voilà une date bien précise! Il entre dans un monastère trappiste et publie des poèmes d’amour, des épigraphes...
    En 1965 Cardenal, est ordonné prêtre au Nicaragua, à Managua. Commencent alors, ce qui nous intéresse pour la suite, ses premiers écrits sur la Théologie de la Libération dont on parlera dans le prochain billet.

    (Biografía en español aquí
     
    Voici un long poème très connu en espagnol, étonnant quant au sujet.  Très long, mais facile à lire, comme une histoire, une prière.
    E. Cardenal disait “La poésie doit être au service de l’Homme”, ici Marylin. 



    Oraison pour Marylin Monroe (1965)
     Ernesto Cardenal


    Seigneur
    reçois cette fille connue sur la Terre entière sous le nom de Marylin Monroe,
    bien que ce ne soit pas son vrai nom
    (mais Tu connais son vrai nom, celui de la petite orpheline violée à 9 ans et petite employée de magasin qui voulut se tuer à 16 ans)
    et maintenant qu’elle se présente devant Toi sans aucun maquillage
    sans son Agent de Presse
    sans photographes et sans signer d’autographes
    seule comme un astronaute face à la nuit spatiale.
     
    Elle rêva, enfant, qu’elle était nue dans une église (selon ce que raconte le Times)
    devant une multitude prosternée, tête contre le sol,
    et elle devait marcher sur la pointe des pieds pour éviter les têtes.
    Tu connais nos rêves mieux que les psychiatres.
    Église, maison, grotte, sont la sécurité du sein maternel
    mais quelque chose de plus aussi…
     
    Les têtes sont les admirateurs, bien sûr
    (la masse de têtes dans l’obscurité sous le flot de lumière).
     Mais le temple ce ne sont pas les studios de la 20th Century-Fox.
     
    Le temple- de marbre et or- est celui de son corps
    dans lequel se trouve le fils de Homme un fouet à la main
    expulsant les marchands du 20th Century-Fox
    qui transformèrent Ta maison de prière en repère de voleurs.
     
    Seigneur
    dans ce monde contaminé par les péchés et la radioactivité,
    Tu ne culpabiliseras pas seulement une petite employée de magasin
    qui, comme toute employée de magasin rêva d’être une star de cinéma.

     

    Et son rêve devint réalité ( mais comme la réalité du technicolor).
     
    Elle ne fit qu’agir selon un script que nous lui avions donné,
    celui de nos propres vies, et c’était un script absurde.
     
    Pardonne-la, Seigneur, et pardonne-nous
    pour notre 20th Century
    pour cette colossale Super-Production dans laquelle nous avons tous travaillé.
    Elle avait faim d’amour et nous lui avons offert des tranquillisants.
    Contre la tristesse de ne pas être des saints
    on lui recommanda la Psychanalyse.
     
    Rappelle-toi Seigneur sa crainte grandissante de la caméra
    et la haine du maquillage malgré son insistance à se maquiller à chaque scène.
    Et comment grandirent l’horreur et
    le manque de ponctualité aux studios.
     
    Comme toute petite employée de magasin
    elle rêva d’être vedette de cinéma.
     
    Et sa vie fut irréelle comme un rêve qu’un psychiatre interprète et archive.
    Ses histoires d’amour furent un baiser les yeux fermés
    qui, quand les yeux s’ouvrent
    fait découvrir que ce fut sous les projecteurs.
    Mais les projecteurs s’éteignent!
     
    (…)
    Le film termina sans le baiser final.
     
    On la trouva morte au lit, la main sur le téléphone.
     
    Et les détectives ne surent qui elle allait appeler.
     
    Ce fut comme quelqu’un qui a marqué le numéro de la seule voix amie
    et n’entend que la voix d’un disque qui lui dit: WRONG NUMBER.
    Ou comme quelqu’un blessé par les gangsters
    qui allonge la main vers un téléphone déconnecté.
     
    Seigneur
    Qui qu’ait été la personne qu’elle allait appeler
    et n’appela pas (et peut-être n’était-ce personne
    ou quelqu’un dont le numéro n’est pas dans l’annuaire des Anges)
     
    Réponds, Toi, au téléphone!
     
    (Trad:Colette)
     
    Oración por Marylin Monroe
     
     
     
    Señor
    recibe a esta muchacha conocida en toda la Tierra con el nombre de Marilyn Monroe,
    aunque ése no era su verdadero nombre
    (pero Tú conoces su verdadero nombre, el de la huerfanita violada a los 9 años
    y la empleadita de tienda que a los 16 se había querido matar)
    y que ahora se presenta ante Ti sin ningún maquillaje
    sin su Agente de Prensa
    sin fotógrafos y sin firmar autógrafos
    sola como un astronauta frente a la noche espacial.
     
    Ella soñó cuando niña que estaba desnuda en una iglesia (según cuenta el Times)
    ante una multitud postrada, con las cabezas en el suelo
    y tenía que caminar en puntillas para no pisar las cabezas.
    Tú conoces nuestros sueños mejor que los psiquiatras.
    Iglesia, casa, cueva, son la seguridad del seno materno
    pero también algo más que eso…
    Las cabezas son los admiradores, es claro
    (la masa de cabezas en la oscuridad bajo el chorro de luz).
    Pero el templo no son los estudios de la 20th Century-Fox.
    El templo —de mármol y oro— es el templo de su cuerpo
    en el que está el hijo de Hombre con un látigo en la mano
    expulsando a los mercaderes de la 20th Century-Fox
    que hicieron de Tu casa de oración una cueva de ladrones.


    Señor
    en este mundo contaminado de pecados y de radiactividad,
    Tú no culparás tan sólo a una empleadita de tienda
    que como toda empleadita de tienda soñó con ser estrella de cine.
    Y su sueño fue realidad (pero como la realidad del tecnicolor).
    Ella no hizo sino actuar según el script que le dimos,
    el de nuestras propias vidas, y era un script absurdo.
    Perdónala, Señor, y perdónanos a nosotros
    por nuestra 20th Century
    por esa Colosal Super-Producción en la que todos hemos trabajado.
    Ella tenía hambre de amor y le ofrecimos tranquilizantes.
    Para la tristeza de no ser santos
    se le recomendó el Psicoanálisis.
     
    Recuerda Señor su creciente pavor a la cámara
    y el odio al maquillaje insistiendo en maquillarse en cada escena
    y cómo se fue haciendo mayor el horror
    y mayor la impuntualidad a los estudios.
    Como toda empleadita de tienda
    soñó ser estrella de cine.
    Y su vida fue irreal como un sueño que un psiquiatra interpreta y archiva.
    Sus romances fueron un beso con los ojos cerrados
    que cuando se abren los ojos
    se descubre que fue bajo reflectores
    ¡y se apagan los reflectores!
    (...)
    La película terminó sin el beso final.
    La hallaron muerta en su cama con la mano en el teléfono.
    Y los detectives no supieron a quién iba a llamar.
    Fue como alguien que ha marcado el número de la única voz amiga
    y oye tan solo la voz de un disco que le dice: WRONG NUMBER.
    O como alguien que herido por los gángsters
    alarga la mano a un teléfono desconectado.
    Señor:
    quienquiera que haya sido el que ella iba a llamar
    y no llamó (y tal vez no era nadie
    o era Alguien cuyo número no está en el Directorio de los Ángeles)
    ¡contesta Tú al teléfono!
    Ernesto Cardenal
     
     
  • Décès d'un poète / Muerte de un poeta

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    Il avait 95 ans et il est mort le 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 
     
     
     
    Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour pour commencer...
     
     
    Épigramme
     
    Je te donne, Claudia, ces vers,
    parce que tu en es la propriétaire.
     
    Je les ai écrits simples
    pour que tu les comprennes.
     
    Il sont pour toi seule
    mais s’ils ne t’intéressent pas,
    peut-être un jour seront-ils divulgués,
    dans toute l’Amérique latine…
     
    Et si l’amour qui les dicta,
    toi aussi tu le méprises,
     
    d’autres rêveront
    de cet amour
    qui ne fut pas pour elles.
     
    Et peut-être verras-tu,
    Claudia,
    que ces poèmes,
    (écrits pour te séduire, toi)
    éveillent
    dans d’autres couples
    amoureux qui les liront
    les baisers qu’en toi
    n’a pas éveillés le poète.
    (Trad:Colette)
     
     

    Epigrama


    Te doy Claudia, estos versos,
    porque tú eres su dueña.

    Los he escrito sencillos
    para que tú los entiendas.

    Son para ti solamente,
    pero si a ti no te interesan,
    un día se divulgarán,
    tal vez por toda Hispanoamérica...

    Y si al amor que los dictó,
    tú también lo desprecias,

    otras soñarán
    con este amor
    que no fue para ellas.

    Y tal vez verás,
    Claudia,
    que estos poemas,
    (escritos para conquistarte a ti)
    despiertan
    en otras parejas
    enamoradas que los lean
    los besos que en ti
    no despertó el poeta.
     
  • Préprarer le printemps des poètes / preparar la primavera de los poetas

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    « À ceux qui descendent dans les mêmes fleuves surviennent toujours
     
    d’autres et d’autres eaux » Héraclite.




    L’art de la poésie JL Borges
    .

    Contempler le fleuve fait de temps et d’eau
    et se souvenir que le temps est un fleuve aussi,
    savoir que nous nous perdons comme fait le fleuve
    et que les visages passent comme l’eau. 

     
    Sentir que la veille est elle aussi un sommeil
    qui rêve de ne point rêver, et que la mort
    que craint notre chair est cette même mort
    qui vient chaque nuit, qu’on appelle sommeil. 

     
    Voir dans le jour, dans l’année un symbole
    des jours de l’homme et de ses ans ;
    convertir l’outrage des ans
    en une musique, un bruit, un symbole. 

     
    Voir le sommeil dans la mort, dans le couchant
    un or triste, telle est la poésie
    qui est immortelle et pauvre. La poésie
    revient comme l’aurore et le couchant. 

     
    Parfois, le soir, un visage
    nous regarde du fond d’un miroir :
    l’art doit être comme ce miroir
    nous dévoilant notre propre visage. 

     
    On raconte qu’Ulysse, rassasié de prodiges,
    pleura d’amour en retrouvant son Ithaque
    verte et humble. L’art est cette Ithaque
    riche d’une verte éternité, non de prodiges. 

     
    Il est aussi comme le fleuve sans fin
    qui passe et qui reste, toujours le cristal d’un seul
    inconstant Héraclite, qui est toujours le même
    et autre pourtant, comme un fleuve sans fin.


    (Excellente traduction trouvée sur Internet, sans nom de traducteur mais elle semble être de Roger Caillois ...  très légèrement modifiée par moi)


    Santiago Rusiñol- El torrent de Fornalutx






    Arte poética Jorge Luis Borges




    Mirar el río hecho de tiempo y agua
    y recordar que el tiempo es otro río,
    saber que nos perdemos como el río
    y que los rostros pasan como el agua.

    Sentir que la vigilia es otro sueño
    que sueña no soñar y que la muerte
    que teme nuestra carne es esa muerte
    de cada noche, que se llama sueño.

    Ver en el día o en el año un símbolo
    de los días del hombre y de sus años,
    convertir el ultraje de los años
    en una música, un rumor y un símbolo,

    ver en la muerte el sueño, en el ocaso
    un triste oro, tal es la poesía
    que es inmortal y pobre. La poesía
    vuelve como la aurora y el ocaso.

    A veces en las tardes una cara
    nos mira desde el fondo de un espejo;
    el arte debe ser como ese espejo
    que nos revela nuestra propia cara.

    Cuentan que Ulises, harto de prodigios,
    lloró de amor al divisar su Itaca
    verde y humilde. El arte es esa Itaca
    de verde eternidad, no de prodigios.

    También es como el río interminable
    que pasa y queda y es cristal de un mismo
    Heráclito inconstante, que es el mismo
    y es otro, como el río interminable.