Espaces, instants - Page 2

  • "Mes apprentissages", Colette

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    "Combien de temps fallut-il à Colette pour découvrir la vérité sur Willy ? Un an après son arrivée à Paris, elle reçoit une lettre anonyme contenant une adresse. Elle s’habille, se parfume, attrape un parapluie alors qu’il fait un temps radieux. Parvenue à l’adresse indiquée, elle y trouve Willy en la galante compagnie de Lotte, qui deviendra son amie avant de se suicider d’une balle de revolver dans la bouche." https://www.pressreader.com/france/l-express-france/20200813/281728386872239

    La maîtresse s'appelle Lotte.

     

    Dans "Mes apprentissages" (1936), bien moins connu que d'autres romans, Colette raconte "ce que je n'ai jamais dit".  Sa belle plume y narre, avec humour,  lucidité et courage et sans aucune victimisation, ses déboires ce qu'elle en a appris. Une lecture qui m'a captivée, enchantée.

     

     

     

    “De mon côté, j’admirais en Lotte tout ce qui me manquerait éternellement, le bagout, une miraculeuse prestesse corporelle, et l’omniscience.

    Quand elle ouvrit sa boutique d’herboriste, rue Paquet, et que j'allai acheter quelque vaseline boriquée, une poignée de camomille, nous nous mesurâmes de nouveau, et un peu cauteleusement je recherchai ses bonnes grâces. Je pris l’habitude de l’écouter, en insinuant que j'avais tout à apprendre. Rengorgée, elle paradait. Pour rendre la politesse, elle venait parfois chez nous, très dame, en veste d'astrakan, un gros bouquet de Parme à la ceinture et la voilette chenillée tendue sur son nez de pékinois.

    Un jour, avant de parler, elle ouvrit sa fourrure parfumée au corylopsis, tira de son corsage le bord d'une chemise en “fil de main”, incrustée de papillons en malines. M.Willy siffla d’admiration.

    “Mazette ! Qu’est-ce que c’est ?

    - Un type, dit Lotte. Trois jours. Mais c'est fini. Avec sa gueule et son nom à coucher dehors, çui-là, je l’ai sorti.

    -Quel nom ?

    - Oh ! Un nom...comme Richard Lenoir...Attends, non, je me trompe : Edmond Blanc.”

    On comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m'apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l'homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeante, beau, absurde ; d’elle me viennent l'idée de tolérance et de dissimulation, le consentement aux pactes avec une ennemie.

    Période instructive, application, humilité...Lotte me vendait au poids de l’or sa pommade à l’oxyde de zinc, mais j’y gagnais encore. Chez elle, dans le salon-arrière-boutique, je buvais un tilleul servi sur le tapis de table à franges, et je cessais de croire follement que m'ayant trompée avec mon mari, Lotte ne fût occupée que de me tromper encore. “.

  • Colette et...le maquillage

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    Les vrilles de la vigne” a été publié en 1908, sans doute est-ce son passage au music-hall qui a fait que Colette se penche ainsi sur le visage des femmes.

    Ou alors il se peut que ce texte ait été ajouté dans une édition postérieure car j’ai lu qu'en 1932 elle avait ouvert (et vite refermé) un salon de beauté...



    Étonnante cette nouvelle titrée “Maquillages” parmi tant d’autres si poétiques, donc je vous en livre un passage !

     

                                            
                                                  Colette à l’œuvre dans l’institut de beauté qu’elle créa rue de Miromesnil, à Paris. Photo DR

     

    Depuis que je soigne et maquille mes contemporaines, je n’ai pas encore rencontré une femme de cinquante ans qui fût découragée, ni une sexagénaire neurasthénique. C’est parmi ces championnes qu’il fait bon tenter -et réaliser- des miracles de maquillage. Où sont les rouges d’antan et leur âpreté de groseille, les blancs ingrats, les bleus-enfants-de-Marie ? Nous détenons des gammes à enivrer un peintre. L’art d’accommoder les visages, l’industrie qui fabrique les fards, remuent presque autant de millions que la cinématographie.

    Plus l’époque est dure à la femme, plus la femme, fièrement, s’obstine à cacher qu’elle en pâtit. Des métiers écrasants arrachent à son bref repos, avant le jour, celle qu’on nommait “frêle créature”. Héroïquement dissimulée sous son fard mandarine, l’œil agrandi, une petite bouche rouge peinte sur sa bouche pâle, la femme récupère, grâce à son mensonge quotidien, une quotidienne dose d’endurance, et la fierté de n’avouer jamais…

     Je n’ai jamais donné autant d’estime à la femme, autant d’admiration que depuis que je la vois de tout près, depuis que je tiens, renversé sous le rayon bleu métallique, son visage sans secret, riche d’expression, varié sous ses rides agiles, ou nouveau et rafraîchi d’avoir quitté un moment sa couleur étrangère. Ô lutteuses ! c’est de lutter que vous restez jeunes. Je fais de mon mieux, mais comme vous m’aidez !”

    Extrait de Maquillages, Les Vrilles de la Vigne.

  • Se libérer des vrilles, juillet avec Colette

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    Ce mois de juillet je pense lire quelques écrits de Colette jamais lus.

     

    Le premier a été "Les vrilles de la vigne".

     

    Je vous mettrai des extraits de mes lectures et, aujourd'hui, ce qui semble un simple conte prend un ton plus personnel si l'on sait qu'il a été écrit peu après sa séparation d'avec Willy. Le recueil de courts chapitres commence ainsi :

     

     

                                             https://plandejardin-jardinbiologique.com/vigne-vierge-plantation-culture.html

     

    Les vrilles de la vigne

     

    Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.

    Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.
    Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l’acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes…
    Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.
    Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé :


    Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…
    Je ne dormirai plus !
    Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

    Il varia son thème, l’enguirlanda de vocalises, s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.

    J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d’une note éteinte… Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne :

    Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

    Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui… Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix.

    Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose… Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas, – puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre…

    Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir…

    Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne.

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    NB. À partir de lundi prochain, sur France Inter à 8h55 du lundi au vendredi "Un été avec

    Colette": https://www.franceinter.fr/emissions/un-ete-avec-colette

     

    Je voulais aussi vous signaler une artiste qui, fascinée par ces vrilles, en fait des bijoux:

     

    https://tackglou.net/vrilles/

  • Semi-pause à l'ombre

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    Paille, un joli mot, doux à prononcer, qu'emploient sans doute peu les habitants des villes.
     
    Paille c'est sécheresse, chaleur, poussière, et une douce couleur jaune-ocre.
     
    Paille c'est aussi un chapeau, puis celle que vous voyez dans l'œil de l'autre, et celle du feu de la passion qui ne dure pas longtemps.
     

    Paille, le mot vous suggère une image ? Une expression ?

     

     

     

     


     Foto I. Pampín, junio 2021 Insecto.  Mil gracias, tu foto es preciosa y  tan elegante!

     

     

    Rythme fort ralenti, chaleur, potager, famille, l'été quoi !

    Lien permanent Catégories : billet 24 commentaires
  • Et on est encore debout.

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                         Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

     

     

    Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

    d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

    Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

    d’“Étonnants voyageurs”

    Alors, dans ce recueil reçu il y a peu d'une amie de Bordeaux, et intitulé :

     

    Habitant de nulle part

    Originaire de partout

     

    j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.

     

     

     


    https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI

     

     

     

    Les poètes se cachent pour écrire.

    (Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)

     

    Les mots sont les vêtements de l’émotion

    Et même si nos stylos habillent nos phrases

    Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Chacun purge sa pénombre

    Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

    On somme les mots de s’additionner comme des nombres

    La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

    J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

    Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

    Versificateur notoire chaque rime est une cascade

    Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades

     

    Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

    Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

    J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

    De chaque conte de chaque charade

    J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

    Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*

     

    J’ai couru après les horizons sur chaque page

    Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

    Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

    C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

    Et tant pis pour celui qui le nie

    Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

    Le verbe est une clé indispensable

    Dehors on nous demande des mots de passe partout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige

    Et on est encore debout.

     

      *Amiini= Amen

    * Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                       -------------------------------------

     

    On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

  • Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

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    Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

    L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

     

                                        Teresa Will Montt 1893-1921 Chili

     

     


    Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
    http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


    Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                              



    Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

     

    Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

    Extrait de “Le matin “


       “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

       Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

    Extracto de “”La mañana”

       ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

       Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


    Extrait de “Crépuscule”

    J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


       “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
      “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
       Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
      Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
      Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


    Extracto de “El crepúsculo”

       “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
       Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
       Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
       Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
       Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




    Extrait de “La nuit”


      “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
       Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
       Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
       Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
       Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

    Extracto de “La noche “


        "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
       “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
        ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
        ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
        ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

  • Nourrir et sourire

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    Fin mai. 


    Billet léger, gai, nature.


    Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
    Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
    I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


    Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

    Voilà Mirlenko



     

     


     

     

     

    La señora Mirlenka....

     

     

                                                          Fotos I. Pampin gracias

     

    Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
    Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


    Les oisillons affamés.
      Foto I. Pampin

     

    Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

     

    Mai

    Gioconda Belli

    Les baisers ne se fanent pas

    comme les flamboyants,

    ni ne me poussent des gousses sur les bras;

    toujours je fleuris

    de cette pluie intérieure,

    comme les patios verts de mai

    et je ris car j’aime le vent et les nuages

    et le passage des oiseaux chanteurs,

    bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

    couverte de lierre comme les vieux murs,

    je crois toujours aux murmures gardés,

    en la force des chevaux sauvages,

    au message ailé des mouettes.

    Je crois aux innombrables racines de mon chant.

    (Trad: Colette)

     

    MAYO


    No se marchitan los besos
    como los malinches, (flamboyants)
    ni me crecen vainas en los brazos;
    siempre florezco
    con esta lluvia interna,
    como los patios verdes de mayo
    y río porque amo el viento y las nubes
    y el paso del los pájaros cantores,
    aunque ande enredada en recuerdos,
    cubierta de hiedra como las viejas paredes,
    sigo creyendo en los susurros guardados,
    la fuerza de los caballos salvajes,
    el alado mensaje de las gaviotas.
    Creo en las raíces innumerables de mi canto.


     Gioconda Belli

     
  • Mon unique patrie, la mer, Mi única patria, la mar

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    Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

    Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.

     

    Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.

     

    La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

     

    Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



     

     

     

     

    La chanson du pirate     José de Espronceda

    Avec dix canons de chaque côté

    vent en poupe, à toute voile,

    ne coupe pas la mer, mais vole

    un voilier brigantin.

     

    Le bateau pirate, nommé

    pour sa bravoure « Le Redouté »,

    connu sur toute mer

    de l'un à l'autre confins.

     

    Sur la mer la lune brille

    dans la voile gémit le vent,

    et soulève d'un doux mouvement

    des vagues bleues et argentées;

     

    Et voilà le capitaine pirate,

    Joyeux et chantant sur la poupe,

    l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

    et là-bas, devant, Istanbul.

     

    Navigue, mon voilier

    sans crainte, ni navire ennemi

    ni orage, ni calme

    ne détourneront ton cap

    ni ne soumettront ton courage

     

    Vingt prises avons-nous faites

    en dépit de l’anglais

    et ont baissé leurs bannières

    cent nations à mes pieds.

     

     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Au loin ; menez de féroces guerres

    rois aveugles,

    pour un empan de terre.

    Ici j'ai à moi

    tout ce que contient la mer sauvage,

    à qui personne n’imposa de lois.

     

    Et il n’y a plage

    où que ce soit

    ni drapeau,

    qui ne s’incline devant mon droit

    et mon courage.



     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.



    Au cri « Navire en vue ! »

    il faut voir comme il vire et se prépare

    à échapper à toute voile;

    je suis le roi de la mer

    et ma furie est à craindre.

     

    Mon butin

    équitablement

    je le partage

    je ne désire pour seule richesse

    que la beauté

    sans rival.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer. 

     

    Je suis condamné à mort !

    Oh je ris

    et si la chance me sourit

    celui qui me condamne

    pendu sera à une poutre

    à bord de son propre bateau.

     

    Et si je meurs

    Qu'est-ce la vie ?

    Je l’avais déjà donnée

    pour perdue

    quand du joug de l'esclave

     comme un brave,

    je me suis débarrassé.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Ma musique préférée

    sont les aquilons,

    le fracas et le tremblement

    des câbles secoués

    les mugissements de la mer noire

    et les rugissement de mes canons.

     

    Et au violent son du tonnerre

    et du vent hurlant

    je m'endors apaisé,

    par la mer bercé

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

    Traduction: Colette

     

     

     

    La Canción del Pirata

    Con diez cañones por banda,

    viento en popa, a toda vela,

    no corta el mar, sino vuela

    un velero bergantín.

     

    Bajel pirata que llaman,

    por su bravura, El Temido,

    en todo mar conocido

    del uno al otro confín.

     

    La luna en el mar riela

    en la lona gime el viento,

    y alza en blando movimiento

    olas de plata y azul;

     

    y va el capitán pirata,

    cantando alegre en la popa,

    Asia a un lado, al otro Europa,

    y allá a su frente Istambul,

     

    Navega, velero mío

    sin temor, que ni enemigo navío

    ni tormenta, ni bonanza

    tu rumbo a torcer alcanza,

    ni a sujetar tu valor.

     

    Veinte presas hemos hecho

    A despecho del inglés

    y han rendido sus pendones

    cien naciones a mis pies.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Allá; muevan feroz guerra

    ciegos reyes

    por un palmo más de tierra;

    que yo aquí; tengo por mío

    cuanto abarca el mar bravío,

    a quien nadie impuso leyes.

     

    Y no hay playa,

    sea cualquiera,

    ni bandera de esplendor,

    que no sienta mi derecho

    y dé pechos mi valor.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    A la voz de "¡barco viene!"

    es de ver cómo vira y se previene

    a todo trapo a escapar;

    que yo soy el rey del mar,

    y mi furia es de temer.

     

    En las presas yo divido

    lo cogido por igual;

    sólo quiero

    por riqueza

    la belleza

    sin rival.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    ¡Sentenciado estoy a muerte!

    Yo me río

    no me abandone la suerte,

    y al mismo que me condena,

    colgaré de alguna antena,

    quizá; en su propio navío.

     

    Y si caigo,

    ¿qué es la vida?

    Por perdida

    ya la di,

    cuando el yugo del esclavo,

    como un bravo,

    sacudí.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Son mi música mejor

    aquilones,

    el estrépito y temblor

    de los cables sacudidos,

    del negro mar los bramidos

    y el rugir de mis cañones.

     

    Y del trueno al son violento,

    y del viento al rebramar,

    yo me duermo sosegado,

    arrullado por el mar.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

    JOSE DE ESPRONCEDA

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Un mot, des mots.../ Una palabra, palabras...

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    Aujourd’hui un poème abstrait, une réflexion sur les mots par Roberto Juarroz.

    Hoy un poema abstracto, una reflexión sobre las palabras, por Roberto Juarroz.

    (Merci Kwarkito pour la suggestion d'illustrations)

     



                                                   The writer Saul Steinberg

     

     

    Tout mot appelle un autre mot.

    Tout mot est un aimant verbal,

    un pôle d’attraction variable

    qui toujours inaugure de nouvelles constellations.

     

    Un mot est tout un langage,

    mais aussi le fondement

    de toutes les transgressions du langage,

    la base où s’appuie toujours un antilangage.

     

    Un mot est encore un homme.

    Deux mots sont déjà l’abîme.

    Un mot peut ouvrir une porte.

    Deux mots l’effacent. 

    (Trad: Colette)

    Les Idées, Saul Steinberg 

     Roberto Juarroz.


    Toda palabra llama a otra palabra.
    Toda palabra es un imán verbal,
    un polo de atracción variable
    que inaugura siempre nuevas constelaciones.

    Una palabra es todo el lenguaje,
    pero es también la fundación
    de todas las transgresiones del lenguaje,
    la base donde se afirma siempre un antilenguaje.


    Una palabra es todavía el hombre.
    Dos palabras son ya el abismo.
    Una palabra puede abrir una puerta.
    Dos palabras la borran.

    Lien permanent 9 commentaires
  • Une valse surréaliste / Un vals surrealista

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    Cette chanson de Leonard Cohen, tant écoutée dans ma jeunesse, vous la connaissez sans doute: Take This Waltz.

    Esa canción de Leonard Cohen, escuchado tantas veces en mi juventud, le conocéis tal vez,

     





    Peut-être comme moi ne compreniez-vous pas alors les paroles. 

    Et bien cette chanson est la traduction d'un poème, (très) surréaliste, de F. Garcia Lorca, extrait de "Poète à New-York".
    Alors "mon travail" est de vous livrer ce poème, non ?

    Quizás, al igual que yo entonces, no entendíais las palabras. Esa canción es la traducción de un poema, (muy) surrealista, de F. Garcia Lorca, del poemario “Poeta en Nueva York”.
    Aquí van el poema y la canción interpretada por Ana Belén.


    Ana Belén, entres autres, la chante en espagnol.

                             




     

    Petite Valse Viennoise

     
    F. Garcia Lorca

    À Vienne il y a dix jeunes filles,
    une épaule où sanglote la mort
    et une forêt de colombes disséquées.
    Il y a un fragment du matin
    dans le musée du givre.
    Il y a un salon à mille fenêtres.

    Ay, ay, ay, ay !
    Prends cette valse la bouche fermée.
     
    Cette valse, cette valse, cette valse,
    de oui, de mort et de cognac
    qui mouille sa traîne dans la mer.
     
    Je t’aime, je t’aime, je t’aime,
    avec le fauteuil et le livre mort,
    dans le couloir mélancolique,
    dans l’obscur grenier de l’iris,
    dans notre lit de la lune
    et dans la danse que rêve la tortue.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse à la taille brisée.
     
    À Vienne il y a quatre miroirs
    où jouent ta bouche et les échos.
    Il y a une mort pour piano
    qui peint en bleu les garçons.
    Il y a des mendiants sur les toits.
    Il y a de fraîches guirlandes de larmes.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse qui se meurt dans mes bras.
     
    Parce que je t'aime, je t'aime, mon amour,
    dans le grenier où jouent les enfants,
    en rêvant de vieux lustres de Hongrie
    dans la rumeur de la soirée tiède,
    en voyant des brebis et des iris de neige
    dans le silence obscur de ton front.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse du : « Je t’aime toujours. »
     
    À Vienne je danserai avec toi
    costumé avec
    une tête de fleuve.
    Regarde mes rives de jacinthes !
    Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
    mon âme dans des photographies et des lys ;
    et dans les ondes obscures de ta démarche
    je veux, mon amour, mon amour, laisser,
    violon et sépulcre, les rubans de la valse.

     
     
     
     

    Pequeño vals vienés
    F. Garcia Lorca

    En Viena hay diez muchachas,
    un hombro donde solloza la muerte
    y un bosque de palomas disecadas.
    Hay un fragmento de la mañana
    en el museo de la escarcha.
    Hay un salón con mil ventanas.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals con la boca cerrada.

    Este vals, este vals, este vals,
    de sí, de muerte y de coñac
    que moja su cola en el mar.

    Te quiero, te quiero, te quiero,
    con la butaca y el libro muerto,
    por el melancólico pasillo,
    en el oscuro desván del lirio,
    en nuestra cama de la luna
    y en la danza que sueña la tortuga.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals de quebrada cintura.

    En Viena hay cuatro espejos
    donde juegan tu boca y los ecos.
    Hay una muerte para piano
    que pinta de azul a los muchachos.
    Hay mendigos por los tejados.
    Hay frescas guirnaldas de llanto.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals que se muere en mis brazos.

    Porque te quiero, te quiero, amor mío,
    en el desván donde juegan los niños,
    soñando viejas luces de Hungría
    por los rumores de la tarde tibia,
    viendo ovejas y lirios de nieve
    por el silencio oscuro de tu frente.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals del “Te quiero siempre”.

    En Viena bailaré contigo
    con un disfraz que tenga
    cabeza de río.
    ¡Mira qué orilla tengo de jacintos!
    Dejaré mi boca entre tus piernas,
    mi alma en fotografías y azucenas,
    y en las ondas oscuras de tu andar
    quiero, amor mío, amor mío, dejar,
    violín y sepulcro, las cintas del vals.

    Federico García Lorca
    Poeta en Nueva York (1929-30)

  • Abattre le mur / Derribar el muro

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    Un poème, un Kinépoème

     

    Grâce à Deylan Caylon je découvre une poétesse, un tout grand merci.

     

     

     

     

     

    Si tu abats le mur…..

    Ernestina de Champourcin

     

    Si tu abats le mur

    quel plaisir partout !

    Quel ruban de paroles

    s’entendra sur terre !

    Et tout sera nouveau

    comme venant de naître…

    Si tu abats le mur

    de tous les mensonges

    Quelle joie d’amour

    ouverte sur le monde !

    Quel horizon sans nuages

      dans l’arc du ciel !

     

    (Trad DB et Colette)

                                                     Kinépoème

     

     

     

    Si derribas el muro... 

    Ernestina de Champourcin



    ¡Si derribas el muro

    ¡Si derribas el muro
    qué gozo en todas partes!
    ¡Qué lazo de palabras
    se sentirá en la tierra!
    Y todo será nuevo,
    como recién nacido...
    Si derribas el muro
    de todas las mentiras
    ¡Qué júbilo de amor
    abierto sobre el mundo!
    ¡Qué horizonte sin nubes
    en la curva del cielo!

    De "Primer exilio"

                                                                             ------------------------

     

    Sous la vidéo ceci:

     

    "Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte d’Ernestina de Champourcín et une musique d’Ernesto Nazareth.

    Ernestina de Champourcín fait partie, avec Federico Garcia Lorca et Rafael Alberti du groupe d’avant-garde « Generación del 27 ». La guerre d’Espagne lui fit prendre le chemin de l’exil en France puis au Mexique. Veuve, son retour au pays en 1972 fut pour elle comme un second exil.

    Ernesto Nazareth, né et mort à Rio de Janeiro est considéré comme l’un des spécialiste du matchiche. Comme ce genre était mal considéré à l’époque, il a préféré intituler ses compositions « tango brésilien », d’autant qu’il goûtait autant sa musique populaire jouée dans les rues que la musique classique européenne, dont celle de Chopin. Il a produit plus de 200 pièces pour piano dont presque la moitié de tangos, le reste étant principalement composé de valses, polkas et autres danses en vogue au Brésil dans ce début de XXème siècle.

    Les mots ont pris la voix de Séverine Lanz qui chante à ses moments gagnés."

     

  • Artiste du quotidien, Cuba / Artista de lo cotidiano, Cuba

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                                               El Héroe, Le Héros. Pedro Pablo Oliva
     

     

    Pedro Pablo Oliva, son nom ne vous dit sans doute rien. C'est le peintre cubain actuel le plus connu.

    Modeste, il déclare :” J’ai toujours essayé de lier ma vie à la création. Je crois en la

    vie quotidienne,celle des conflits, celle des contradictions ; (...). J’ai essayé d’être

    chroniqueur de mon temps, quelque chose comme une sorte de presse picturale

    ou de bulletin de nouvelles en plastique.”

    Vous l’avez compris, il peint, sculpte la vie quotidienne, une imagerie qui passe chez lui par le tamis de l’enfance.

    En plus de ses œuvres, il a réalisé pendant de nombreuses années un rôle pédagogique, comme tuteur de nombreuses générations de jeunes artistes.

    Nommé artiste émérite par l’Institut supérieur d’art à la Havane, il a reçu de nombreux prix et remporté une large reconnaissance parmi ses contemporains et les honneurs de plus haut niveau.

    Si je vous raconte tout cela, c’est que par la suite...



                 Bronze: 2009." Jeune fille condamnée à vivre avec une pierre sur la tête"


    Ajoutons qu’il a été le premier artiste de l’île à exposer à New York et que son travail est entré dans le circuit des ventes aux enchères importantes telles que Christie’s et Sotheby’s.

     

    "Tout ce qui se passe me force à utiliser différentes formes, thèmes et images.

    Mais au-delà des événements politiques ou sociaux, j’ai essayé de regarder

    l’homme, sa dimension psychologique,avec ses forces et ses faiblesses.

    J’aime me mouvoir entre le dessin, la peinture et la sculpture avec un œil sur la

    situation spécifique de mon pays, mais aussi sur les conflits humains qui sont

    universels. Je pense que la vérité est plus proche de l’homme de tous les jours.

    Si  mon état spirituel est le chaos ou le contexte est le chaos, le chaos est l’œuvre

    ; si la situation est confuse, le travail est confus."

    Source: https://vrallart.com/artist/pedro-pablo_oliva/#!

     

     

    Voilà pour l’homme et son œuvre. Tout va bien jusqu’au mois de mai 2011. Après certaines déclarations faites et publiées avec son accord sur un blog et ailleurs, le voilà traité de “dissident”, de traître à la patrie “, enfin, accusé par le régime en place.

     

    Vous pouvez lire dans “Le Monde “ cet article complet à ce sujet :

    https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/05/24/le-peintre-cubain-pedro-pablo-oliva-limoge_5990991_3222.html

     

     

    El misterioso equilibrio del poder


    Depuis il travaille toujours, seul. Son atelier pédagogique est fermé.

    Ses œuvres sont variées, les matériaux aussi, et vraiment nombreuses, en voici 

    quelques-unes.

     

                                       De la série "El gran abuelo"



    El gran apagón 


     

                                          El gran beso de la mina, hommage à Gustave Klimt

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  • L'éternel signe de la danse / El eterno signo de la danza

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    Biograpie : https://www.marche-poesie.com/morejon/

    Biografía: https://www.isliada.org/poetas/nancy-morejon/



    Peut-être, mais peut-être pas, avez-vous lu ou entendu son poème le plus connu : Femme Noire. Fort attachée aux origines africaines des siens, elle est la voix des ancêtres qui souffrirent l’esclavage et atterrirent à Cuba ou ailleurs. Ce poème, si vous le lisez, visualise des images très fortes. Le ton y est intense et courageux.

    Tal vez, o tal vez no, habéis leído o oído su poema más conocido: Mujer Negra. Muy ligada a

    los orígenes africanos, es la voz de sus ancestros quienes sufrieron por esclavitud. El poema

    visualiza imágenes muy fuertes y tiene un tono intenso y valiente. 

     

    Femme Noire

    Je continue de respirer l'écume de la mer qu'on me fit traverser.

    La nuit a disparu de ma mémoire

    mais l'océan lui-même ne pourrait s'en souvenir.

    Pourtant je n'oublie pas le premier pélican que j'aperçus.

    Les nuages, hauts, comme d'innocents témoins oculaires.

    Je n'ai pas oublié, je crois, mon rivage perdu ni la langue de mes ancêtres.

     

    On m'a laissée ici et c'est ici que j'ai vécu.

    C'est pour avoir travaillé dur

    que je suis née ici une seconde fois.

    Grande fut l'épopée mandingue qu'alors je tentai d'évoquer.

     

    Je me suis révoltée.

     

    J'ai brodé la casaque de Mon Maître et je lui ai donné un fils,

    mon fils, qui n'a jamais porté de nom.

    Et Mon Maître a péri aux mains d'un respectable lord anglais.

     

    Je suis partie.

     

    Dans ce pays on m'a frappée, nez contre terre, à coups de fouet.

    Mes rames ont fendu les eaux de toutes ses rivières.

    Sous son soleil j'ai semé et j'ai récolté ce qu'on refusait à ma bouche.

    Je n'avais pour maison que la bâtisse des esclaves

    construite avec les pierres apportées par mes mains

    sans que je cesse de chanter au rythme naturel des oiseaux.

     

    Je me suis rebellée.

     

    Sur cette terre j'ai palpé le sang humide

    et les os pourris de tant d'autres

    amenés ici, ou ailleurs, comme moi.

    Je n'ai plus jamais rêvé de la route de Guinée.

    Était-ce la Guinée ? Ou le Bénin ? Madagascar ? Ou le Cap-Vert ?

     

    J'ai travaillé plus dur encore.

    J'érigeais avec plus de foi mon chant millénaire et mon espoir.

    Je préparais mon propre monde.

     

    Je me suis enfuie dans les bois.

     

    J'eus pour liberté le camp retranché

    avant de chevaucher avec l'armée de Maceo.

    Il me fallut attendre un siècle

    pour qu'après de mes descendants,

    du haut d'une montagne bleue

     

    nommée la Sierra Maestra

     

    je descende en finir avec l'argent, les usuriers,

    les généraux et les bourgeois.

     

    J'existe désormais : aujourd'hui pour la première fois nous possédons et nous créons.

     

    Il n'est plus rien qui ne soit nôtre.

    Nôtre est la terre.

    Nôtre la mer, nôtre le ciel.

    Nôtres, la magie, les chimères.

    Mes frères, mes égaux, je vous vois danser

    autour de l'arbre que nous avons planté pour le communisme.

    Et dont le bois prodigue maintenant retentit.

     

     

    traduction de Claude Couffon issue de son anthologie bilingue Poésie cubaine du XXe siècle (1997)

     

                  -------------------------------------

     

    Éloge de la danse

    Nancy Morejón.

     

    Le vent souffle

    Comme un enfant

    Et les airs halètent

    Dans la jungle, dans la mer.

    Avec le vent,

    Tu souffles sur la flamme froide:

    Voiles de lune, tu souffles toi

    Et les fleurs et la mousse

    Battent dans le vent.

    Et le corps

    Au fil de l’eau

    Au fil du vent

    Dans l’éternel signe de la danse.

     

    (Trad: Colette)

     

     


     

                         

    Elogio de la Danza

    A Leo Brouwer

    El viento sopla
    Como un niño
    Y los aires jadean
    En la selva, en el mar.
    Entras y sales
    Con el viento,
    Soplas la llama fría:
    Velos de luna soplas tú
    Y las flores y el musgo
    Van latiendo en el viento.
    Y el cuerpo
    Al filo del agua
    Al filo del viento
    En el eterno signo de la danza.

     

     

     

     
    Lien permanent 24 commentaires
  • Deux poèmes cubains / Dos poemas de Cuba

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    Après Lágrimas Negras, nous restons à Cuba (pour un bon moment je crois) . Aujourd’hui deux courts poèmes.

     

    Roberto Branly (La Havane 1930-1980)

    Réponse

    (14 mars 1970)

     

    À un jeune écrivain,

    exclusivement agnostique ?

     

    La mémoire, simplement,

    dans l’obscurité,

    peut être le fil d’une épée,

    le nœud dans une corde, le chaos,

    la propre voix comme un marteau

    dans le silence;

    ou, au contraire,

    une étoile jeune

    brillant, étonnamment,

    sur le fond de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    ROBERTO BRANLY (La Havane 1930-1980)



    RESPUESTA
    (14 de marzo de 1970)

    A un joven escritor,
    ¿exclusivamente agnóstico?

    La memoria, simplemente,
    dentro de la oscuridad,
    puede ser el filo de una espada,
    el nudo en una cuerda, el caos,
    la propia voz como un martillo
    en el silencio;
    o, por el contrario,
    una estrella joven
    brillando, inesperadamente,
    sobre el fondo de la noche.

     

    Memoria Carlos Alonso (Argentina)

     

     

     

    Manuel Diaz Rodriguez (Cuba 1936-)

     

     

    Mauvais temps

     

    Dehors il pleut trop, mais

    par moments la tempête se calme,

    et alors continue de ruisseler, partout

    une mélancolie obstinée.

     

    On pronostique pour les prochaines heures

    des silences torrentiels

    et en fin de journée

    un mutisme en forme de neige.

     

    Les précautions seraient inutiles

    pour éviter les ravages du mauvais temps

    nous communique le météorologue E.M. Cioran.

    (Trad: Colette)

     

     

                                           Lluvia /Pluie , Elio Fidel Villate Lam (Cuba)

     

    Mal tiempo

     

    Afuera llueve demasiado, pero

    por momentos amaina el temporal,

    y entonces queda goteando sobre todo

    una pertinaz melancolía.

     

    Pronostican para las próximas horas

    silencios torrenciales

    y al final de la jornada

    una mudez en forma de nieve.

     

    Serán inútiles las precauciones

    para evitar los estragos del mal tiempo,

    nos comunica el meteorólogo E. M. Cioran.

  • Quand des larmes font une chanson / Cuando lágrimas hacen una canción

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    Nous sommes en 1929 et le musicien-compositeur et chanteur cubain Miguel Matamoros (Santiago de Cuba 1894-1971) se trouve en déplacement à Saint Domingue.

    L’histoire raconte qu’un soir, dans la chambre de la pension où il séjournait, il entend des pleurs de femme dans la chambre voisine. Il pense à un deuil, puis il apprend que le mari de la dame l’a quitté la veille pour une autre.

    Ceci lui aurait inspiré les paroles de la chanson “Lágrimas negras”

    La liste des interprètes est très longue, mais nous allons nous centrer sur la version de Bebo y  El Cigala, extraordinaire réunion d’artistes variés.

     

     

    D’abord Bebo Valdés, le connaissez-vous ?  Pianiste de jazz et compositeur cubain, lié au latin-jazz et au jazz afro-cubain.

    El Cigala, né à Madrid, célèbre cantaor de flamenco, gitan, espagnol donc mais de nationalité Dominicaine depuis 2014.

    Il reste le saxophoniste, magnifique, mais pas de nom fixe ai-je vu, il semble être différent à chaque concert ou enregistrement.

    L’album Produit par les Espagnols Javier Limón et Fernando Trueba et la chanson d’aujourd’hui ont le même titre “Lágrimas (larmes ) negras”.

     

    Allez, écoutez, laissez-vous emporter, regardez leur plaisir. (les paroles, qui diffèrent d’un chanteur/chanteuse à l’autre) sont plus bas. 

     

     

     

    Bien que tu m'aies jeté dans l’abandon
    Bien que tu aies tué mes illusions
    Au lieu de te maudire d'une juste rancœur
    dans mes rêves, je te couvre
    dans mes rêves, je te couvre de bénédictions


    Ton égarement me fait souffrir d'une peine immense
    je sens la douleur profonde de ton départ
    Je pleure, sans que tu saches que mes pleurs
    sont des larmes noires
    sont des larmes noires comme ma vie

    Aïe, dans le Guadalquivir

    Les gitanes lavent

    les enfants sur les berges

    en regardant passer les bateaux,



    Eau du citronnier

    Eau du citronnier

    Si je te caresse la figure

    Tu dois me donner un baiser


    Tu veux me quitter, je ne veux pas souffrir
    je pars avec toi, ma sainte même si je dois en mourir

     

    (Dans ces mots chantés par Cigala, je soupçonne que le Guadalquivir, les gitanes et l'eau du citronnier sont des ajouts personnels du cantaor...)