espagne, poésie, chanson

  • Demain nous parlerons / Mañana hablaremos

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    Sans doute la visite d’un ami de toujours, un grand voyageur, plus vu depuis deux ans et demi, a-t-elle influencé le choix de ce poème.
    José Hierro. Un poète espagnol que je connais peu et qui a éveillé ma curiosité. Un prochain billet sur lui donc.

    La Rencontre

    Poème de José Hierro dédié à Rafael Albertí. 1964.

     

    Un jour je dirai : sois le bienvenu

    à la maison. Voici ton feu.

    Bois ton vin dans ton verre,

    regarde le ciel, coupe le pain.

    Comme tu as été long. Tu as cheminé

    sous les constellations

    du Sud, navigué sur les fleuves

    aux sons multiples. Quel

    long voyage. Je te trouve

    fatigué. Ne me demande rien.

    Donne à manger à tes chiens,

    entends la chanson du peuplier.

    Ne me pose aucune question,

    ne me demande rien.

     

    Si je parlais,

    tu pleurerais. Si tu mettais

    tes spectres face au miroir,

    tu ne verrais sans doute

    aucune image reflétée.

    La vie lointaine est morte :

    le temps l’a tuée. Toi seul

    peux l’enterrer. Jettes-y

    de la terre demain, quand

    tu te seras reposé. Bienvenu

    chez toi. Ne demande

    rien. Demain nous parlerons.

     

    (Trad: Colo inspirée par celle de Claude de Frayssinet)

     

                                             Autorretrato, gouache sobre papel, 2000 (Autoportrait)

     

     

     

    EL ENCUENTRO
    José Hierro (dedicado a Rafael Alberti. 1964)
    Diré un día: bienvenido
    a la casa. Ésta es tu lumbre.
    Bebe en tu copa tu vino.
    mira el cielo, parte el pan.
    Cuánto has tardado. Anduviste
    bajo las constelaciones
    del Sur, navegaste ríos
    de son diferente. Cuánto
    duró tu viaje. Te noto
    cansado. No me preguntes.
    Da de comer a tus perros,
    oye la canción del álamo.
    No me preguntes por nada,
    no me preguntes.
    Si hablase,
    llorarías. Si enfrentases
    tus espectros al espejo,
    seguro que no verías
    imágenes reflejadas.
    Lo vivo lejano ha muerto:
    lo mató el tiempo. Tú sólo
    puedes enterrarlo. Dale
    tierra mañana, después
    de descansar. Bienvenido
    a tu casa. No preguntes
    nada. Mañana hablaremos.


     

  • Seul un fin papier nous unit encore / Sólo un papel fino aún nos une

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    Joan Margarit, grand poète catalan né en 1938 à Lerida, écrivit en espagnol du temps de Franco puis peu à peu en catalan et il traduisit lui-même ses poèmes dans cette langue.

     

    Pas grand chose de traduit en français si ce n’est, publié en 2016 ,“Leçons de vertige”, un bel article à lire ici.

    Cette semaine et la suivante, deux poèmes traitant du même sujet: les lettres d’amour…ces lettres qu’on relit cent fois, qu’on garde parfois toute la vie. Pas vous ?

    Voilà le premier.

     

     

    La lettre



    Tu regardais toujours vers l’avant

    comme si la mer s’y trouvait. Tu créais

    ainsi un mouvement de vagues

    étrange et mythique sur une plage. 

     

    Nous unissait la force dangereuse

    qui donne à l’amour la solitude.

    Tremble encore entre mes doigts,

    de façon imperceptible, ce papier. 

     

    Chemin abandonné entre toi et moi,

    couvert de lettres, feuilles mortes.

    Mais je sais que le chemin perdure.

    Si j’abandonne la main sur le petit tas,

    je la sens reposer sur ton dos. 

     

    Tu regardais souvent vers l’avant

    comme si la mer y était, déjà transformée

    en une voix fatiguée, rauque et chaude.

    Peu nous unit encore: seul le tremblement

    de ce papier si fin entre les doigts.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    La carta de Joan Margarit

    Mirabas siempre hacia adelante
    como si allí estuviese el mar. Creabas
    de esta manera un movimiento de olas
    ajeno y mítico en alguna playa.
    Nos unía la fuerza peligrosa
    que da al amor la soledad.
    Aún hace temblar entre mis dedos,
    de forma imperceptible este papel.
    Camino abandonado entre tú y yo,
    cubierto por las cartas, hojas muertas.
    Pero sé que el camino persiste.
    Si abandono la mano sobre el pequeño fajo,
    la siento descansar sobre tu espalda.
    Solías escuchar hacia adelante
    como si allí estuviese el mar, ya transformado
    en una voz cansada, ronca y cálida.
    Poco nos une aún: sólo el temblor
    de este papel tan fino entre los dedos.

     

  • J'ai connu la vie en chemin / He conocido la vida en el camino

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    Il y a longtemps que je voulais publier un poème ou deux de cette jeune et déjà très connue poétesse espagnole, Elvira Sastre.

    Traductrice aussi, et romancière, cette jeune femme de 29 ans née à Segovia emploie beaucoup le Je, mais ce Je nous représente tous ou presque, c’est du moins ce que j’ai ressenti.

     

    Dans le poème d’aujourd’hui la recherche de soi à travers les expériences de la vie.

     

     

     
     

    Ma vie sent la fleur            Elvira Sastre

     

    J’ai arrondi les coins des rues

    pour ne pas trouver de monstres au tournant

    et ils m’ont attaquée par derrière

    Je me suis léché la figure quand je pleurais

    pour me souvenir du goût de la mer

    et je n’ai senti que brûlure aux yeux.

    J’ai attendu les bras croisés

    pour m’enlacer

    et je me suis heurtée contre mon propre corps.

    J’ai tant menti

    que quand j’ai dit la vérité

    je ne me suis

    pas

    crue.

     

    J’ai fui

    les yeux ouverts

    et le passé m’a rattrapée.

    J’ai accepté

    les yeux fermés

    des coffres vides

    et je me suis sali les mains.

    J’ai écrit ma vie

    et ne me suis pas reconnue.

     

    J’ai tant aimé

    que je me suis oubliée.

    J’ai tant oublié

    que j’ai cessé de m’aimer.

    (...)

     

    J’ai perdu le cap

    mais j’ai connu la vie en chemin.

    Je suis tombée

    mais dans la descente j’ai vu des étoiles

    et l’écroulement a été un rêve.

     

    J’ai saigné,

    mais

    toutes mes épines

    se sont transformées en rose.

     

    Et maintenant

    ma vie sent la fleur.

     

    Trad: Colette

     

    MI VIDA HUELE A FLOR            Elvira Sastre

     

    He redondeado esquinas
    para no encontrar monstruos a la vuelta
    y me han atacado por la espalda.
    He lamido mi cara cuando lloraba
    para recordar el sabor del mar
    y solo he sentido escozor en los ojos.
    He esperado de brazos cruzados
    para abrazarme
    y me he dado de bruces contra mi propio cuerpo.
    He mentido tanto
    que cuando he dicho la verdad
    no
    me
    he
    creído.

     

    He huido
    con los ojos abiertos
    y el pasado me ha alcanzado.
    He aceptado
    con los ojos cerrados
    cofres vacíos
    y se me han ensuciado las manos.
    He escrito mi vida
    y no me he reconocido.


    He querido tanto
    que me he olvidado.
    He olvidado tanto
    que me he dejado de querer.

     

    (...)

    He perdido el rumbo
    pero he conocido la vida en el camino.
    He caído
    pero he visto estrellas en mi descenso
    y el desplome ha sido un sueño.

    He sangrado,
    pero
    todas mis espinas
    han evolucionado a rosa.

    Y ahora
    mi vida
    huele a flor.

     

     

     
  • Le vieil orme / El olmo viejo

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    https://www.verpueblos.com/castilla+la+mancha/guadalajara/picazo/foto/1149961/

     

    Jeune, avec les amies ou seule, le plus souvent seule, je montais dans les arbres ; plaisir de m'asseoir sur une branche pour me cacher, voir sans être vue, ou pour cueillir des cerises, des pommes. Ou juste pour m'isoler au milieu des feuilles. 

    Peut-être en avez-vous planté, moi jamais quand j'étais très jeune. Mais ils ont toujours été mes endroits refuge.

    Si dans mes souvenirs il y a peu ou pas d'ormes, j'ai vu grandir et parfois lentement se dessécher les marronniers de la rue devant la maison.

    Parfois aussi les croire morts puis...

    C'est qu'a vu Antonio Machado qui l'écrit dans ce poème que je trouve si beau et émouvant.

    La traduction que j'ai lue en français me plaît beaucoup, je l'ai gardée.

    Joan Manuel Serrat en a fait une adaptation, la voici:

     

     

     

     

     

    À un orme desséché

     

     À un orme desséché

    Sur le vieil orme, fendu par la foudre,

    pourri en son milieu,

    avec les pluies d'avril et le soleil de mai,

    ont poussé quelques feuilles vertes.

     

    L'orme centenaire sur la colline

    que baigne le Douro ! Une mousse jaunâtre

    salit l'écorce blanchâtre

    du tronc vermoulu et poussiéreux.

     

    Il ne doit pas comme les peupliers chantant

    qui gardent le chemin et le rivage

    être habité de rossignols gris.

     

    Une armée de fourmis en file

    grimpe sur lui ; dans ses entrailles,

    les araignées tissent leurs toiles grises.

     

    Avant que de sa hache, orme du Douro,

    le bûcheron ne t'abatte, et avant que le charpentier

    ne te transforme en sommier de cloche,

    en timon de chariot ou en joug de charrette,

    avant que tu ne brûles tout rouge demain

    dans l'âtre d'une misérable chaumière

    sur le bord du chemin ;

    avant que la tempête ne te déracine

    que ne te brise le souffle des sierras blanches,

    et avant que le fleuve à la mer ne t'emporte

    par les vallées et les escarpements

    orme, je veux noter sur mon carnet

    la grâce de ta branche reverdie.

     

    Mon cœur attend

    aussi, vers la lumière et vers la vie,

    un nouveau miracle de printemps.

     

     

    Soria, 1012

    Antonio Machado / Champs de Castille

    traduit de l'espagnol par Sylvie Léger et Bernard Sesé

     

    A un olmo seco

    Al olmo viejo, hendido por el rayo
    y en su mitad podrido,
    con las lluvias de abril y el sol de mayo
    algunas hojas verdes le han salido.

    ¡El olmo centenario en la colina
    que lame el Duero! Un musgo amarillento
    le mancha la corteza blanquecina
    al tronco carcomido y polvoriento.

    No será, cual los álamos cantores
    que guardan el camino y la ribera,
    habitado de pardos ruiseñores.

    Ejército de hormigas en hilera
    va trepando por él, y en sus entrañas
    urden sus telas grises las arañas.

    Antes que te derribe, olmo del Duero,
    con su hacha el leñador, y el carpintero
    te convierta en melena de campana,
    lanza de carro o yugo de carreta;
    antes que rojo en el hogar, mañana,
    ardas de alguna mísera caseta,
    al borde de un camino;
    antes que te descuaje un torbellino
    y tronche el soplo de las sierras blancas;
    antes que el río hasta la mar te empuje
    por valles y barrancas,
    olmo, quiero anotar en mi cartera
    la gracia de tu rama verdecida. 


    Mi corazón espera
    también, hacia la luz y hacia la vida,
    otro milagro de la primavera.

  • Mon unique patrie, la mer, Mi única patria, la mar

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    Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

    Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.

     

    Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.

     

    La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

     

    Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



     

     

     

     

    La chanson du pirate     José de Espronceda

    Avec dix canons de chaque côté

    vent en poupe, à toute voile,

    ne coupe pas la mer, mais vole

    un voilier brigantin.

     

    Le bateau pirate, nommé

    pour sa bravoure « Le Redouté »,

    connu sur toute mer

    de l'un à l'autre confins.

     

    Sur la mer la lune brille

    dans la voile gémit le vent,

    et soulève d'un doux mouvement

    des vagues bleues et argentées;

     

    Et voilà le capitaine pirate,

    Joyeux et chantant sur la poupe,

    l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

    et là-bas, devant, Istanbul.

     

    Navigue, mon voilier

    sans crainte, ni navire ennemi

    ni orage, ni calme

    ne détourneront ton cap

    ni ne soumettront ton courage

     

    Vingt prises avons-nous faites

    en dépit de l’anglais

    et ont baissé leurs bannières

    cent nations à mes pieds.

     

     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Au loin ; menez de féroces guerres

    rois aveugles,

    pour un empan de terre.

    Ici j'ai à moi

    tout ce que contient la mer sauvage,

    à qui personne n’imposa de lois.

     

    Et il n’y a plage

    où que ce soit

    ni drapeau,

    qui ne s’incline devant mon droit

    et mon courage.



     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.



    Au cri « Navire en vue ! »

    il faut voir comme il vire et se prépare

    à échapper à toute voile;

    je suis le roi de la mer

    et ma furie est à craindre.

     

    Mon butin

    équitablement

    je le partage

    je ne désire pour seule richesse

    que la beauté

    sans rival.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer. 

     

    Je suis condamné à mort !

    Oh je ris

    et si la chance me sourit

    celui qui me condamne

    pendu sera à une poutre

    à bord de son propre bateau.

     

    Et si je meurs

    Qu'est-ce la vie ?

    Je l’avais déjà donnée

    pour perdue

    quand du joug de l'esclave

     comme un brave,

    je me suis débarrassé.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Ma musique préférée

    sont les aquilons,

    le fracas et le tremblement

    des câbles secoués

    les mugissements de la mer noire

    et les rugissement de mes canons.

     

    Et au violent son du tonnerre

    et du vent hurlant

    je m'endors apaisé,

    par la mer bercé

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

    Traduction: Colette

     

     

     

    La Canción del Pirata

    Con diez cañones por banda,

    viento en popa, a toda vela,

    no corta el mar, sino vuela

    un velero bergantín.

     

    Bajel pirata que llaman,

    por su bravura, El Temido,

    en todo mar conocido

    del uno al otro confín.

     

    La luna en el mar riela

    en la lona gime el viento,

    y alza en blando movimiento

    olas de plata y azul;

     

    y va el capitán pirata,

    cantando alegre en la popa,

    Asia a un lado, al otro Europa,

    y allá a su frente Istambul,

     

    Navega, velero mío

    sin temor, que ni enemigo navío

    ni tormenta, ni bonanza

    tu rumbo a torcer alcanza,

    ni a sujetar tu valor.

     

    Veinte presas hemos hecho

    A despecho del inglés

    y han rendido sus pendones

    cien naciones a mis pies.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Allá; muevan feroz guerra

    ciegos reyes

    por un palmo más de tierra;

    que yo aquí; tengo por mío

    cuanto abarca el mar bravío,

    a quien nadie impuso leyes.

     

    Y no hay playa,

    sea cualquiera,

    ni bandera de esplendor,

    que no sienta mi derecho

    y dé pechos mi valor.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    A la voz de "¡barco viene!"

    es de ver cómo vira y se previene

    a todo trapo a escapar;

    que yo soy el rey del mar,

    y mi furia es de temer.

     

    En las presas yo divido

    lo cogido por igual;

    sólo quiero

    por riqueza

    la belleza

    sin rival.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    ¡Sentenciado estoy a muerte!

    Yo me río

    no me abandone la suerte,

    y al mismo que me condena,

    colgaré de alguna antena,

    quizá; en su propio navío.

     

    Y si caigo,

    ¿qué es la vida?

    Por perdida

    ya la di,

    cuando el yugo del esclavo,

    como un bravo,

    sacudí.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Son mi música mejor

    aquilones,

    el estrépito y temblor

    de los cables sacudidos,

    del negro mar los bramidos

    y el rugir de mis cañones.

     

    Y del trueno al son violento,

    y del viento al rebramar,

    yo me duermo sosegado,

    arrullado por el mar.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

    JOSE DE ESPRONCEDA

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Une valse surréaliste / Un vals surrealista

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    Cette chanson de Leonard Cohen, tant écoutée dans ma jeunesse, vous la connaissez sans doute: Take This Waltz.

    Esa canción de Leonard Cohen, escuchado tantas veces en mi juventud, le conocéis tal vez,

     





    Peut-être comme moi ne compreniez-vous pas alors les paroles. 

    Et bien cette chanson est la traduction d'un poème, (très) surréaliste, de F. Garcia Lorca, extrait de "Poète à New-York".
    Alors "mon travail" est de vous livrer ce poème, non ?

    Quizás, al igual que yo entonces, no entendíais las palabras. Esa canción es la traducción de un poema, (muy) surrealista, de F. Garcia Lorca, del poemario “Poeta en Nueva York”.
    Aquí van el poema y la canción interpretada por Ana Belén.


    Ana Belén, entres autres, la chante en espagnol.

                             




     

    Petite Valse Viennoise

     
    F. Garcia Lorca

    À Vienne il y a dix jeunes filles,
    une épaule où sanglote la mort
    et une forêt de colombes disséquées.
    Il y a un fragment du matin
    dans le musée du givre.
    Il y a un salon à mille fenêtres.

    Ay, ay, ay, ay !
    Prends cette valse la bouche fermée.
     
    Cette valse, cette valse, cette valse,
    de oui, de mort et de cognac
    qui mouille sa traîne dans la mer.
     
    Je t’aime, je t’aime, je t’aime,
    avec le fauteuil et le livre mort,
    dans le couloir mélancolique,
    dans l’obscur grenier de l’iris,
    dans notre lit de la lune
    et dans la danse que rêve la tortue.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse à la taille brisée.
     
    À Vienne il y a quatre miroirs
    où jouent ta bouche et les échos.
    Il y a une mort pour piano
    qui peint en bleu les garçons.
    Il y a des mendiants sur les toits.
    Il y a de fraîches guirlandes de larmes.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse qui se meurt dans mes bras.
     
    Parce que je t'aime, je t'aime, mon amour,
    dans le grenier où jouent les enfants,
    en rêvant de vieux lustres de Hongrie
    dans la rumeur de la soirée tiède,
    en voyant des brebis et des iris de neige
    dans le silence obscur de ton front.

    Ay ! Ay ! Ay ! Ay !
    Prends cette valse du : « Je t’aime toujours. »
     
    À Vienne je danserai avec toi
    costumé avec
    une tête de fleuve.
    Regarde mes rives de jacinthes !
    Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
    mon âme dans des photographies et des lys ;
    et dans les ondes obscures de ta démarche
    je veux, mon amour, mon amour, laisser,
    violon et sépulcre, les rubans de la valse.

     
     
     
     

    Pequeño vals vienés
    F. Garcia Lorca

    En Viena hay diez muchachas,
    un hombro donde solloza la muerte
    y un bosque de palomas disecadas.
    Hay un fragmento de la mañana
    en el museo de la escarcha.
    Hay un salón con mil ventanas.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals con la boca cerrada.

    Este vals, este vals, este vals,
    de sí, de muerte y de coñac
    que moja su cola en el mar.

    Te quiero, te quiero, te quiero,
    con la butaca y el libro muerto,
    por el melancólico pasillo,
    en el oscuro desván del lirio,
    en nuestra cama de la luna
    y en la danza que sueña la tortuga.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals de quebrada cintura.

    En Viena hay cuatro espejos
    donde juegan tu boca y los ecos.
    Hay una muerte para piano
    que pinta de azul a los muchachos.
    Hay mendigos por los tejados.
    Hay frescas guirnaldas de llanto.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals que se muere en mis brazos.

    Porque te quiero, te quiero, amor mío,
    en el desván donde juegan los niños,
    soñando viejas luces de Hungría
    por los rumores de la tarde tibia,
    viendo ovejas y lirios de nieve
    por el silencio oscuro de tu frente.

    ¡Ay, ay, ay, ay!
    Toma este vals del “Te quiero siempre”.

    En Viena bailaré contigo
    con un disfraz que tenga
    cabeza de río.
    ¡Mira qué orilla tengo de jacintos!
    Dejaré mi boca entre tus piernas,
    mi alma en fotografías y azucenas,
    y en las ondas oscuras de tu andar
    quiero, amor mío, amor mío, dejar,
    violín y sepulcro, las cintas del vals.

    Federico García Lorca
    Poeta en Nueva York (1929-30)

  • Abattre le mur / Derribar el muro

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    Un poème, un Kinépoème

     

    Grâce à Deylan Caylon je découvre une poétesse, un tout grand merci.

     

     

     

     

     

    Si tu abats le mur…..

    Ernestina de Champourcin

     

    Si tu abats le mur

    quel plaisir partout !

    Quel ruban de paroles

    s’entendra sur terre !

    Et tout sera nouveau

    comme venant de naître…

    Si tu abats le mur

    de tous les mensonges

    Quelle joie d’amour

    ouverte sur le monde !

    Quel horizon sans nuages

      dans l’arc du ciel !

     

    (Trad DB et Colette)

                                                     Kinépoème

     

     

     

    Si derribas el muro... 

    Ernestina de Champourcin



    ¡Si derribas el muro

    ¡Si derribas el muro
    qué gozo en todas partes!
    ¡Qué lazo de palabras
    se sentirá en la tierra!
    Y todo será nuevo,
    como recién nacido...
    Si derribas el muro
    de todas las mentiras
    ¡Qué júbilo de amor
    abierto sobre el mundo!
    ¡Qué horizonte sin nubes
    en la curva del cielo!

    De "Primer exilio"

                                                                             ------------------------

     

    Sous la vidéo ceci:

     

    "Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte d’Ernestina de Champourcín et une musique d’Ernesto Nazareth.

    Ernestina de Champourcín fait partie, avec Federico Garcia Lorca et Rafael Alberti du groupe d’avant-garde « Generación del 27 ». La guerre d’Espagne lui fit prendre le chemin de l’exil en France puis au Mexique. Veuve, son retour au pays en 1972 fut pour elle comme un second exil.

    Ernesto Nazareth, né et mort à Rio de Janeiro est considéré comme l’un des spécialiste du matchiche. Comme ce genre était mal considéré à l’époque, il a préféré intituler ses compositions « tango brésilien », d’autant qu’il goûtait autant sa musique populaire jouée dans les rues que la musique classique européenne, dont celle de Chopin. Il a produit plus de 200 pièces pour piano dont presque la moitié de tangos, le reste étant principalement composé de valses, polkas et autres danses en vogue au Brésil dans ce début de XXème siècle.

    Les mots ont pris la voix de Séverine Lanz qui chante à ses moments gagnés."

     

  • Peurs et courages / Miedos y valentías

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      Courageux

    GRACIA IGLESIAS LODARES (Madrid 1977)

     Il avait peur des pas
    des portes entrouvertes
    des rideaux
    des pieds des sphinx
    de la langue des chats

    Il était effrayé par les rires des vieux
    et par les photos d'enfants en cravate
    par les ours en peluche
    par les mouettes au cinéma
    des années soixante

    Il craignait surtout de
    voir pleurer son père
    de parcourir un couloir
    de se couper avec du papier
    et de mourir chaque nuit

    Mais il était si courageux
    qu'il regardait dans les yeux
    et qu'il épanchait son âme
    et disait je t'aime
    et c'était vrai.

    (Trad: Colette)


    Valiente  
           

    GRACIA IGLESIAS LODARES
    (Madrid 1977)
     
    Le daban miedo las pisadas
    las puertas entreabiertas
    las cortinas
    los pies de las esfinges
    la lengua de los gatos.

    Le asustaban la risa de los viejos
    y las fotos de niños con corbata
    los osos de peluche
    las gaviotas de cine
    de los años sesenta.

    Temía sobre todo
    ver llorar a su padre
    recorrer un pasillo
    cortarse con papel
    y morir cada noche.

    Pero era tan valiente
    que miraba a los ojos
    y derramaba el alma
    y decía te amo
    y era cierto.

  • Croquer un soupir / Dibujar un suspiro

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    A part les doux appels de la pluie, tout était silencieux; elle lisait, le chien, couché sur le canapé interdit, dormait, paisible.

    Soudain un long soupir.

    Qui?

    Oubliant l’obligation de passer inaperçu et pouvoir ainsi prolonger son confortable somme, ce souffle lui avait échappé.

    Bien-être ? Ennui ?

    Elle écarta, peut-être à tort, l’idée d’un mal d’amour ou de mélancolie.

    Musique de la pluie ; notes, silences, soupirs.

    Le soupir entendu semblait plutôt léger….

    Tant de soupirs, exaspérés ou satisfaits. Quand, pourquoi soupirons-nous ? Y faisons-nous attention, parfois ?

     

                                                          Distorsión de un suspiro Cristobal Delgado- España

     

    Excepto las dulces llamadas de la lluvia, todo estaba en silencio; ella leía, el perro, tumbado en el sofá prohibido, dormía, apacible.

    De repente un largo suspiro.

    ¿Quién?

    Olvidándose de la obligación de pasar desapercibido y poder así prolongar su confortable sueño, ese soplo le había escapado.

    ¿Bienestar? ¿Aburrimiento?

    Descartó, tal vez sin razón, la idea de un mal de amores o de melancolía.

    Música de la lluvia; notas, silencios, suspiros.

    El suspiro parecía mas bien ligero….

     


     

     

     

    Poème d'Antonio Gala chanté par Clara Montés

                                    

    A pied vont mes soupirs

    chemin de mon bien

     

    Avant qu’ils n’arrivent

    j’arriverai

     

    Mon cœur  avec des ailes

    mes soupirs à pied

     

    Tiens la porte ouverte

    et ouverte l’âme aussi.

     

    Avant qu’ils n’arrivent

    j’arriverai

     

    Mon cœur a des ailes

    mes soupirs vont à pied

    (Trad:Colette) 

     

     

    A PIÉ VAN MIS SUSPIROS poema de Antonio Gala

     

     A pié van mis suspiros

    camino de mi bien.

    Antes de que ellos lleguen
    yo llegaré.

    Mi corazón con alas
    mis suspiros a pié.

    Abierta ten la puerta
    y abierta el alma ten.

    Antes de que ellos lleguen
    yo llegaré.

    Mi corazón con alas
    mis suspiros a pié.



    Tantos suspiros, exasperados o satisfechos. ¿Cuándo, por qué suspiramos? ¿A veces les prestamos atención a esos suspiros?

     

    Cette note a été en partie publiée ici il y a des années.

  • La vie, quelle beauté ! La vida, ¡qué hermosura!

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    MaríaZambrano, plus philosophe que poète et que nous avons rencontrée la semaine dernière, écrivait des textes en prose, en vers aussi, Ce poème je l’ai trouvé sous les deux formes. Elle appelait la poésie, “mes délires”

    …………………….

     

    "...Y yo había pasado por la vida
    tan sólo de paso, lejana de mí misma."

     

    “..Et j’étais déjà passée par la vie

    seulement de passage, loin de moi-même”

     

     





     

    La penseuse de l’aura

     

     

    Naître sans passé

    sans rien d’antérieur à quoi se référer

    et pouvoir alors tout voir

    tout sentir

    comme doivent sentir l’aurore les feuilles qui reçoivent la rosée

    ouvrir les yeux à la lumière en souriant

    bénir le matin

    l’âme

    la vie reçue

    la vie, quelle beauté!

     

    N’étant rien ou presque rien

    pourquoi ne pas sourire à l’univers, au jour qui avance?

    Accepter le temps comme un splendide cadeau

    le cadeau d’un Dieu qui nous connaît

    qui sait notre secret

    notre inanité

    et que ça ne le dérange pas

    qui ne nous garde pas rancœur de ne pas être…

     

    ...Et comme je suis libre de cet être, que je croyais avoir,

    je vivrai simplement

    je lâcherai cette image que j’avais de moi-même

    puisqu'elle ne correspond à rien

    et toutes, quelconque obligation

    qui découlent d'être moi, ou de vouloir l’être.

     

    (Trad:Colette)

     

    “Sera-t-il possible qu’un jour heureux la poésie récupère que ce que la philosophie

    sait, tout ce qu’elle a appris dans sa prise de distance et ses doutes, pour fixer

    lucidement et pour tous son rêve?”(Dans Philosophie et poésie)

     

    «¿No será posible que algún día afortunado la poesía recoja todo lo que la filosofía

    sabe, todo lo que aprendió en su alejamiento y en su duda, para fijar lúcidamente y

    para todos su sueño?» en Filosofía y poesía. 

     

    La pensadora del aura



    Nacer sin pasado

    sin nada previo a que referirse

    y poder entonces verlo todo

    sentirlo

    como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío

    abrir los ojos a la luz sonriendo

    bendecir la mañana

    el alma

    la vida recibida

    la vida ¡qué hermosura!

     

    No siendo nada o apenas nada

    por qué no sonreír al universo? al día que avanza?

    aceptar el tiempo como un regalo espléndido

    un regalo de un Dios que nos sabe

    que conoce nuestro secreto

    nuestra inanidad

     y no le importa

    que no nos guarda rencor por no ser...


    ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener

    viviré simplemente

    soltaré esa imagen que tenía de mí misma

    puesto que a nada corresponde

    y todas, cualquier obligación

    de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

     

    Maria Zambrano 

    En Delirio y Destino, Madrid,



    Versión en prosa.


         Nacer sin pasado, sin nada previo a que referirse, y poder entonces verlo todo, sentirlo, como deben sentir la aurora las hojas que reciben el rocío; abrir los ojos a la luz sonriendo; bendecir la mañana, el alma, la vida recibida, la vida ¡qué hermosura! No siendo nada o apenas nada por qué no sonreír al universo, al día que avanza, aceptar el tiempo como un regalo espléndido, un regalo de un Dios que nos sabe, que nuestro secreto, nuestra inanidad y no le importa, que no nos guarda rencor por no ser...
         ...Y como estoy libre de ese ser, que creía tener, viviré simplemente, soltaré esa imagen que tenía de mí misma, puesto que a nada corresponde y todas, cualquier obligación, de las que vienen de ser yo, o del querer serlo.

  • Une nouvelle histoire / Una nueva historia

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    Rien n’est pareil        Ángel González (1925-2008 Oviedo-Madrid)

     

                                                                                 La larme fut dite…
    Oublions
    les pleurs
    et recommençons,
    avec patience,
    observant les choses
    jusqu’à y trouver la minime différence
    qui les sépare
    de leur identité d’hier
    et qui définit
    le cours du temps et son efficacité.

     

    A quoi bon pleurer le fruit
    tombé,
    l’échec
    de ce profond désir,
    compact comme une graine de semence?
    Il n’est pas bon de répéter ce qui est dit.
    Après avoir parlé,
    avoir versé des larmes,
    taisez vous et souriez:
    Rien n’est pareil.
    Il y aura des mots nouveaux pour la nouvelle histoire
    et il faut les trouver avant qu’il ne soit trop tard.

    (Trad:Colette)



    Nada es lo mismo Ángel Gonzáles
                                                                     La lágrima fue dicha...

    Olvidemos
    el llanto
    y empecemos de nuevo,
    con paciencia,
    observando a las cosas
    hasta hallar la menuda diferencia
    que las separa
    de su entidad de ayer
    y que define
    el transcurso del tiempo y su eficacia.
     
    ¿A qué llorar por el caído
    fruto,
    por el fracaso
    de ese deseo hondo,
    compacto como un grano de simiente?
     
    No es bueno repetir lo que está dicho.
    Después de haber hablado,
    de haber vertido lágrimas,
    silencio y sonreíd:
     
    Nada es lo mismo.
    Habrá palabras nuevas para la nueva historia
    y es preciso encontrarlas antes de que sea tarde.
  • Lieux propices à l'amour / Lugares propicios al amor

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    Le poème d’aujourd’hui m’a fait repenser à l’époque où, adolescente, il fallait trouver un coin tranquille pour embrasser un garçon, loin “des regards obliques des passants honnêtes”.

    Ici nous sommes à l’époque franquiste où le moindre baiser était traqué, même dans les films où, tout un temps, ils furent censurés.

     

    Ninguna duda al leer este poema, fue escrito durante la época franquista: para besarse había que esconderse, incluso en las películas, los besos fueron, durante algún tiempo, censurados.
     
     
     
    Inventaire de lieux propices à l’amour

    Ángel González (1922-2008, Espagne)
     

    Ils sont peu.

    Le printemps est très prestigieux, mais

    l’été est meilleur.

    Et aussi ces fissures que l’automne

    forme en intercédant avec les dimanches

    dans certaines villes

    elles-mêmes jaunes comme des bananes.

    L’hiver élimine beaucoup d’endroits:

    seuils de portes orientées au nord,

    berges des rivières,

    bancs publics.

    Les contreforts extérieurs

    des vieilles églises

    laissent parfois des renfoncements

    utilisables même s’il neige.

    Mais ouvrons les yeux: les basses

    températures et les vents humides

    rendent tout difficile.

    Les ordonnances, de plus, interdisent

    la caresse (avec exemptions

    pour certaines zones épidermiques

    - sans aucun intérêt -

    des enfants, chiens et autres animaux)

    et le “pas toucher, danger d’ignominie”

    peut se lire dans mille regards.

    Où fuir, alors?

    Partout des yeux qui louchent,

    des cornées tortueuses,

    d’implacables pupilles,

    des rétines réticentes,

    surveillent, se méfient, menacent.

    Il reste peut-être le recours de marcher seul,

    de vider l’âme de tendresse

    et de la remplir de lassitude et d'indifférence,

    en ces temps hostiles, propices à la haine.

    (Trad:Colette)

     
     
    Foto: Cuartoscuro/Archivo
     

     

    Inventario de lugares propicios al amor

     

    Ángel González (Oviedo 1922- Madrid 2008)

    Son pocos.
    La primavera está muy prestigiada, pero
    es mejor el verano.
    Y también esas grietas que el otoño
    forma al interceder con los domingos
    en algunas ciudades
    ya de por sí amarillas como plátanos.
    El invierno elimina muchos sitios:
    quicios de puertas orientadas al norte,
    orillas de los ríos,
    bancos públicos.
    Los contrafuertes exteriores
    de las viejas iglesias
    dejan a veces huecos
    utilizables aunque caiga nieve.

    Pero desengañémonos: las bajas
    temperaturas y los vientos húmedos
    lo dificultan todo.
    Las ordenanzas, además, proscriben
    la caricia ( con exenciones
    para determinadas zonas epidérmicas
    -sin interés alguno-
    en niños, perros y otros animales)
    y el «no tocar, peligro de ignominia»
    puede leerse en miles de miradas.
    ¿Adónde huir, entonces?
    Por todas partes ojos bizcos,
    córneas torturadas,
    implacables pupilas,
    retinas reticentes,
    vigilan, desconfían, amenazan.
    Queda quizá el recurso de andar solo,
    de vaciar el alma de ternura
    y llenarla de hastío e indiferencia,
    en este tiempo hostil, propicio al odio.

     

     
  • Oublis et souvenirs / Olvidos y recuerdos

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    Oubli

     

    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )



    J’ai oublié ton nom,

    je ne me souviens pas

    si tu t’appelais lumière ou lierre,

    mais que je sais que tu étais eau

    car mes mains tremblent quand il pleut.



    J’ai oublié ton visage et tes cils

    et ta peau où glissait ma bouche

    quand nous tombâmes sous les cyprès

    vaincus par le vent,

    mais je sais que tu étais lune

    car quand la nuit approche

    mes yeux se brisent

    de tant désirer te voir par la fenêtre.



    J’ai oublié ta voix, et tes mots,

    mais je sais que tu es musique

    car quand les heures se dissolvent

    dans les sources du sang

    mon cœur te chante.

    (Trad:Colette)

     



    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )
     
     
    Olvido


    Se me olvidó tu nombre,
    no recuerdo
    si te llamabas luz o enredadera,
    pero sé que eras agua
    porque mis manos tiemblan cuando llueve.
     
    Se me olvidó tu rostro y tu pestaña
    y tu piel por mi boca transitada
    cuando caímos bajo los cipreses
    vencidos por el viento,
    pero sé que eras luna
    porque cuando la noche se aproxima
    se me rompen los ojos
    de tanto querer verte en la ventana.
     
    Se me olvidó tu voz, y tu palabra,
    pero sé que eres música
    porque cuando las horas se disuelven
    entre los manantiales de la sangre
    mi corazón te canta.
  • À pas de sauterelle / A pasos de saltamonte

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    J’ai trouvé ce court poème de Rafael Alberti. Il m’a semblé parfait pour alléger l’ambiance...
    Encontré este poema corto de Rafael Alberti. Me pareció perfecto para aligerar el ambiente...
     
     
    Seule
     
     
     
    Rafael Alberti (Marins à terre)
     
    Celle qui fut hier mon aimée
    marche seule parmi les lavandes.
     
    Derrière elle, un papillon
    et une sauterelle guerrière.
     
     
    Trois sentiers:
    Mon aimée, au milieu.
    Le papillon, sur la gauche.
    Et la sauterelle guerrière,
    sautillante, sur la droite.
     
    (Trad: Colette)
     

     

     
     
    Sola
     
    Rafael Alberti
    Marinero en tierra
     
     
    La que ayer fue mi querida
    va sola entre los cantuesos.

    Tras ella, una mariposa
    y un saltamonte guerrero.

    Tres veredas:
    Mi querida, la del centro.
    La mariposa, la izquierda.
    Y el saltamonte guerrero,
    saltando, por la derecha.
     
  • Fais du bruit! / ¡Haz ruido!

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    Voici un second poème d'Elvira Sastre.
    La simplicité est un choix, une décision qu'elle a prise après des études de philologie.
    Tant, trop de poèmes hermétiques, alambiqués, et donc loin de la compréhension de tous pense-t-elle. 


    Vasili Kandinsky, Bruit / Ruido



    BRUIT
     
    Si tu pars
    fais-le avec du bruit;
    casse les fenêtres,
    insulte mes souvenirs,
    jette par terre toutes et chacune
    de mes tentatives
    pour t’atteindre,
    transforme en cri les orgasmes,
    frappe avec rage la chaleur
    abandonnée, le calme disparu, l’amour
    qui ne résiste pas,
    détruis la maison
    qui ne sera plus un foyer.
    Fais-le comme tu voudras,
    mais avec du bruit.
    Ne me laisse pas seule avec mon silence.
    Trad: Colette
                        .....................................
     Vous penserez sans doute, comme moi, à Prévert,

    On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va.”
    Et à la chanson de  Renaud Boucan d’enfer https://www.youtube.com/watch?v=kkAEErrHaJE


    Enrique Rogriguez Guzpana Sin ruido /Sans bruit
     
    RUIDO Elvira Sastre

    Si te marchas
    hazlo con ruido:
    rompe las ventanas,
    insulta a mis recuerdos,
    tira al suelo todos y cada uno
    de mis intentos
    de alcanzarte,
    convierte en grito a los orgasmos,
    golpea con rabia el calor
    abandonado, la calma fallecida, el amor
    que no resiste,
    destroza la casa
    que no volverá a ser hogar.
    Hazlo como quieras,
    pero con ruido.
    No me dejes a solas con mi silencio.