culture

  • "Mes apprentissages", Colette

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    "Combien de temps fallut-il à Colette pour découvrir la vérité sur Willy ? Un an après son arrivée à Paris, elle reçoit une lettre anonyme contenant une adresse. Elle s’habille, se parfume, attrape un parapluie alors qu’il fait un temps radieux. Parvenue à l’adresse indiquée, elle y trouve Willy en la galante compagnie de Lotte, qui deviendra son amie avant de se suicider d’une balle de revolver dans la bouche." https://www.pressreader.com/france/l-express-france/20200813/281728386872239

    La maîtresse s'appelle Lotte.

     

    Dans "Mes apprentissages" (1936), bien moins connu que d'autres romans, Colette raconte "ce que je n'ai jamais dit".  Sa belle plume y narre, avec humour,  lucidité et courage et sans aucune victimisation, ses déboires ce qu'elle en a appris. Une lecture qui m'a captivée, enchantée.

     

     

     

    “De mon côté, j’admirais en Lotte tout ce qui me manquerait éternellement, le bagout, une miraculeuse prestesse corporelle, et l’omniscience.

    Quand elle ouvrit sa boutique d’herboriste, rue Paquet, et que j'allai acheter quelque vaseline boriquée, une poignée de camomille, nous nous mesurâmes de nouveau, et un peu cauteleusement je recherchai ses bonnes grâces. Je pris l’habitude de l’écouter, en insinuant que j'avais tout à apprendre. Rengorgée, elle paradait. Pour rendre la politesse, elle venait parfois chez nous, très dame, en veste d'astrakan, un gros bouquet de Parme à la ceinture et la voilette chenillée tendue sur son nez de pékinois.

    Un jour, avant de parler, elle ouvrit sa fourrure parfumée au corylopsis, tira de son corsage le bord d'une chemise en “fil de main”, incrustée de papillons en malines. M.Willy siffla d’admiration.

    “Mazette ! Qu’est-ce que c’est ?

    - Un type, dit Lotte. Trois jours. Mais c'est fini. Avec sa gueule et son nom à coucher dehors, çui-là, je l’ai sorti.

    -Quel nom ?

    - Oh ! Un nom...comme Richard Lenoir...Attends, non, je me trompe : Edmond Blanc.”

    On comprendra que je m’attarde au souvenir de Lotte Kinceler. Cette jeune femme, qui eut une vie brève, m'apprit beaucoup. D’elle datent mes doutes sur l'homme à qui je m’étais fiée, et la fin de mon caractère de jeune fille, intransigeante, beau, absurde ; d’elle me viennent l'idée de tolérance et de dissimulation, le consentement aux pactes avec une ennemie.

    Période instructive, application, humilité...Lotte me vendait au poids de l’or sa pommade à l’oxyde de zinc, mais j’y gagnais encore. Chez elle, dans le salon-arrière-boutique, je buvais un tilleul servi sur le tapis de table à franges, et je cessais de croire follement que m'ayant trompée avec mon mari, Lotte ne fût occupée que de me tromper encore. “.

  • Colette et...le maquillage

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    Les vrilles de la vigne” a été publié en 1908, sans doute est-ce son passage au music-hall qui a fait que Colette se penche ainsi sur le visage des femmes.

    Ou alors il se peut que ce texte ait été ajouté dans une édition postérieure car j’ai lu qu'en 1932 elle avait ouvert (et vite refermé) un salon de beauté...



    Étonnante cette nouvelle titrée “Maquillages” parmi tant d’autres si poétiques, donc je vous en livre un passage !

     

                                            
                                                  Colette à l’œuvre dans l’institut de beauté qu’elle créa rue de Miromesnil, à Paris. Photo DR

     

    Depuis que je soigne et maquille mes contemporaines, je n’ai pas encore rencontré une femme de cinquante ans qui fût découragée, ni une sexagénaire neurasthénique. C’est parmi ces championnes qu’il fait bon tenter -et réaliser- des miracles de maquillage. Où sont les rouges d’antan et leur âpreté de groseille, les blancs ingrats, les bleus-enfants-de-Marie ? Nous détenons des gammes à enivrer un peintre. L’art d’accommoder les visages, l’industrie qui fabrique les fards, remuent presque autant de millions que la cinématographie.

    Plus l’époque est dure à la femme, plus la femme, fièrement, s’obstine à cacher qu’elle en pâtit. Des métiers écrasants arrachent à son bref repos, avant le jour, celle qu’on nommait “frêle créature”. Héroïquement dissimulée sous son fard mandarine, l’œil agrandi, une petite bouche rouge peinte sur sa bouche pâle, la femme récupère, grâce à son mensonge quotidien, une quotidienne dose d’endurance, et la fierté de n’avouer jamais…

     Je n’ai jamais donné autant d’estime à la femme, autant d’admiration que depuis que je la vois de tout près, depuis que je tiens, renversé sous le rayon bleu métallique, son visage sans secret, riche d’expression, varié sous ses rides agiles, ou nouveau et rafraîchi d’avoir quitté un moment sa couleur étrangère. Ô lutteuses ! c’est de lutter que vous restez jeunes. Je fais de mon mieux, mais comme vous m’aidez !”

    Extrait de Maquillages, Les Vrilles de la Vigne.

  • Se libérer des vrilles, juillet avec Colette

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    Ce mois de juillet je pense lire quelques écrits de Colette jamais lus.

     

    Le premier a été "Les vrilles de la vigne".

     

    Je vous mettrai des extraits de mes lectures et, aujourd'hui, ce qui semble un simple conte prend un ton plus personnel si l'on sait qu'il a été écrit peu après sa séparation d'avec Willy. Le recueil de courts chapitres commence ainsi :

     

     

                                             https://plandejardin-jardinbiologique.com/vigne-vierge-plantation-culture.html

     

    Les vrilles de la vigne

     

    Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.

    Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.
    Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l’acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrées de liens fourchus, les ailes impuissantes…
    Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.
    Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé :


    Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…
    Je ne dormirai plus !
    Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

    Il varia son thème, l’enguirlanda de vocalises, s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.

    J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d’une note éteinte… Puis il reprend de toute sa force, gonflé, la gorge renversée, avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne :

    Tant que la vigne pousse, pousse, pousse…

    Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui… Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix.

    Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose… Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas, – puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre…

    Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne ; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir…

    Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne.

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    NB. À partir de lundi prochain, sur France Inter à 8h55 du lundi au vendredi "Un été avec

    Colette": https://www.franceinter.fr/emissions/un-ete-avec-colette

     

    Je voulais aussi vous signaler une artiste qui, fascinée par ces vrilles, en fait des bijoux:

     

    https://tackglou.net/vrilles/

  • Et on est encore debout.

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                         Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diamanka-sur-le-plateau-de-la-grande-librairie

     

     

    Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

    d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

    Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

    d’“Étonnants voyageurs”

    Alors, dans ce recueil reçu il y a peu d'une amie de Bordeaux, et intitulé :

     

    Habitant de nulle part

    Originaire de partout

     

    j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.

     

     

     


    https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI

     

     

     

    Les poètes se cachent pour écrire.

    (Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)

     

    Les mots sont les vêtements de l’émotion

    Et même si nos stylos habillent nos phrases

    Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Chacun purge sa pénombre

    Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

    On somme les mots de s’additionner comme des nombres

    La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

    J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

    Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

    Versificateur notoire chaque rime est une cascade

    Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades

     

    Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

    Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

    J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

    De chaque conte de chaque charade

    J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

    Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*

     

    J’ai couru après les horizons sur chaque page

    Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

    Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

    Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

    C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

    Et tant pis pour celui qui le nie

    Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

    Le verbe est une clé indispensable

    Dehors on nous demande des mots de passe partout

     

    Les poètes se cachent pour écrire

    Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

    On a traversé des rivières de boue à la nage

    On a dormi à jeun dans la neige

    Et on est encore debout.

     

      *Amiini= Amen

    * Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

                       -------------------------------------

     

    On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

  • Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

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    Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

    L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

     

                                        Teresa Will Montt 1893-1921 Chili

     

     


    Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
    http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


    Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                              



    Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

     

    Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

    Extrait de “Le matin “


       “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

       Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

    Extracto de “”La mañana”

       ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

       Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


    Extrait de “Crépuscule”

    J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


       “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
      “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
       Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
      Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
      Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


    Extracto de “El crepúsculo”

       “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
       Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
       Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
       Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
       Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




    Extrait de “La nuit”


      “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
       Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
       Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
       Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
       Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

    Extracto de “La noche “


        "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
       “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
        ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
        ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
        ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

  • Nourrir et sourire

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    Fin mai. 


    Billet léger, gai, nature.


    Nous avons un compagnon de luxe pour les travaux du potager.
    Depuis plus d’un an un merle familier nous suit ou, comme hier, “cueille” les fraises avec moi, à mes côtés.
    I. l’a surnommé Mirlenko (merle=mirlo en espagnol) car l’animal n’a qu’une patte et il pense que ce doit être un rescapé de Chernobyl…


    Quoi qu'il en soit, le nom lui est resté et nous nous demandions s’il passerait l’hiver.

    Voilà Mirlenko



     

     


     

     

     

    La señora Mirlenka....

     

     

                                                          Fotos I. Pampin gracias

     

    Alors ce mois de mai, surprise. Non seulement il a survécu mais il a trouvé une compagne qui, elle, a bien ses deux pattes, et ils ont procréé dans l’araucaria juste derrière la maison. Les parents se relaient pour nourrir les oisillons affamés, comme il se doit.
    Espérons qu’il ne manque aucun membre à ces petits;-))


    Les oisillons affamés.
      Foto I. Pampin

     

    Alors, pour finir ce mois de mai en beauté, un poème bien sûr.

     

    Mai

    Gioconda Belli

    Les baisers ne se fanent pas

    comme les flamboyants,

    ni ne me poussent des gousses sur les bras;

    toujours je fleuris

    de cette pluie intérieure,

    comme les patios verts de mai

    et je ris car j’aime le vent et les nuages

    et le passage des oiseaux chanteurs,

    bien que je sois empêtrée dans des souvenirs,

    couverte de lierre comme les vieux murs,

    je crois toujours aux murmures gardés,

    en la force des chevaux sauvages,

    au message ailé des mouettes.

    Je crois aux innombrables racines de mon chant.

    (Trad: Colette)

     

    MAYO


    No se marchitan los besos
    como los malinches, (flamboyants)
    ni me crecen vainas en los brazos;
    siempre florezco
    con esta lluvia interna,
    como los patios verdes de mayo
    y río porque amo el viento y las nubes
    y el paso del los pájaros cantores,
    aunque ande enredada en recuerdos,
    cubierta de hiedra como las viejas paredes,
    sigo creyendo en los susurros guardados,
    la fuerza de los caballos salvajes,
    el alado mensaje de las gaviotas.
    Creo en las raíces innumerables de mi canto.


     Gioconda Belli

     
  • Mon unique patrie, la mer, Mi única patria, la mar

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    Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

    Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.

     

    Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.

     

    La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

     

    Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



     

     

     

     

    La chanson du pirate     José de Espronceda

    Avec dix canons de chaque côté

    vent en poupe, à toute voile,

    ne coupe pas la mer, mais vole

    un voilier brigantin.

     

    Le bateau pirate, nommé

    pour sa bravoure « Le Redouté »,

    connu sur toute mer

    de l'un à l'autre confins.

     

    Sur la mer la lune brille

    dans la voile gémit le vent,

    et soulève d'un doux mouvement

    des vagues bleues et argentées;

     

    Et voilà le capitaine pirate,

    Joyeux et chantant sur la poupe,

    l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

    et là-bas, devant, Istanbul.

     

    Navigue, mon voilier

    sans crainte, ni navire ennemi

    ni orage, ni calme

    ne détourneront ton cap

    ni ne soumettront ton courage

     

    Vingt prises avons-nous faites

    en dépit de l’anglais

    et ont baissé leurs bannières

    cent nations à mes pieds.

     

     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Au loin ; menez de féroces guerres

    rois aveugles,

    pour un empan de terre.

    Ici j'ai à moi

    tout ce que contient la mer sauvage,

    à qui personne n’imposa de lois.

     

    Et il n’y a plage

    où que ce soit

    ni drapeau,

    qui ne s’incline devant mon droit

    et mon courage.



     Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.



    Au cri « Navire en vue ! »

    il faut voir comme il vire et se prépare

    à échapper à toute voile;

    je suis le roi de la mer

    et ma furie est à craindre.

     

    Mon butin

    équitablement

    je le partage

    je ne désire pour seule richesse

    que la beauté

    sans rival.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer. 

     

    Je suis condamné à mort !

    Oh je ris

    et si la chance me sourit

    celui qui me condamne

    pendu sera à une poutre

    à bord de son propre bateau.

     

    Et si je meurs

    Qu'est-ce la vie ?

    Je l’avais déjà donnée

    pour perdue

    quand du joug de l'esclave

     comme un brave,

    je me suis débarrassé.

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

     

    Ma musique préférée

    sont les aquilons,

    le fracas et le tremblement

    des câbles secoués

    les mugissements de la mer noire

    et les rugissement de mes canons.

     

    Et au violent son du tonnerre

    et du vent hurlant

    je m'endors apaisé,

    par la mer bercé

     

    Car mon bateau est mon trésor,

    mon Dieu, c’est la liberté ;

    ma loi, la force et le vent ;

    mon unique patrie, la mer.

    Traduction: Colette

     

     

     

    La Canción del Pirata

    Con diez cañones por banda,

    viento en popa, a toda vela,

    no corta el mar, sino vuela

    un velero bergantín.

     

    Bajel pirata que llaman,

    por su bravura, El Temido,

    en todo mar conocido

    del uno al otro confín.

     

    La luna en el mar riela

    en la lona gime el viento,

    y alza en blando movimiento

    olas de plata y azul;

     

    y va el capitán pirata,

    cantando alegre en la popa,

    Asia a un lado, al otro Europa,

    y allá a su frente Istambul,

     

    Navega, velero mío

    sin temor, que ni enemigo navío

    ni tormenta, ni bonanza

    tu rumbo a torcer alcanza,

    ni a sujetar tu valor.

     

    Veinte presas hemos hecho

    A despecho del inglés

    y han rendido sus pendones

    cien naciones a mis pies.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Allá; muevan feroz guerra

    ciegos reyes

    por un palmo más de tierra;

    que yo aquí; tengo por mío

    cuanto abarca el mar bravío,

    a quien nadie impuso leyes.

     

    Y no hay playa,

    sea cualquiera,

    ni bandera de esplendor,

    que no sienta mi derecho

    y dé pechos mi valor.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    A la voz de "¡barco viene!"

    es de ver cómo vira y se previene

    a todo trapo a escapar;

    que yo soy el rey del mar,

    y mi furia es de temer.

     

    En las presas yo divido

    lo cogido por igual;

    sólo quiero

    por riqueza

    la belleza

    sin rival.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    ¡Sentenciado estoy a muerte!

    Yo me río

    no me abandone la suerte,

    y al mismo que me condena,

    colgaré de alguna antena,

    quizá; en su propio navío.

     

    Y si caigo,

    ¿qué es la vida?

    Por perdida

    ya la di,

    cuando el yugo del esclavo,

    como un bravo,

    sacudí.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

     

    Son mi música mejor

    aquilones,

    el estrépito y temblor

    de los cables sacudidos,

    del negro mar los bramidos

    y el rugir de mis cañones.

     

    Y del trueno al son violento,

    y del viento al rebramar,

    yo me duermo sosegado,

    arrullado por el mar.

     

    Que es mi barco mi tesoro,

    que es mi dios la libertad,

    mi ley, la fuerza y el viento,

    mi única patria, la mar.

    JOSE DE ESPRONCEDA

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Abattre le mur / Derribar el muro

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    Un poème, un Kinépoème

     

    Grâce à Deylan Caylon je découvre une poétesse, un tout grand merci.

     

     

     

     

     

    Si tu abats le mur…..

    Ernestina de Champourcin

     

    Si tu abats le mur

    quel plaisir partout !

    Quel ruban de paroles

    s’entendra sur terre !

    Et tout sera nouveau

    comme venant de naître…

    Si tu abats le mur

    de tous les mensonges

    Quelle joie d’amour

    ouverte sur le monde !

    Quel horizon sans nuages

      dans l’arc du ciel !

     

    (Trad DB et Colette)

                                                     Kinépoème

     

     

     

    Si derribas el muro... 

    Ernestina de Champourcin



    ¡Si derribas el muro

    ¡Si derribas el muro
    qué gozo en todas partes!
    ¡Qué lazo de palabras
    se sentirá en la tierra!
    Y todo será nuevo,
    como recién nacido...
    Si derribas el muro
    de todas las mentiras
    ¡Qué júbilo de amor
    abierto sobre el mundo!
    ¡Qué horizonte sin nubes
    en la curva del cielo!

    De "Primer exilio"

                                                                             ------------------------

     

    Sous la vidéo ceci:

     

    "Poème en mouvement réalisé par Deylan Caylon inspiré par un texte d’Ernestina de Champourcín et une musique d’Ernesto Nazareth.

    Ernestina de Champourcín fait partie, avec Federico Garcia Lorca et Rafael Alberti du groupe d’avant-garde « Generación del 27 ». La guerre d’Espagne lui fit prendre le chemin de l’exil en France puis au Mexique. Veuve, son retour au pays en 1972 fut pour elle comme un second exil.

    Ernesto Nazareth, né et mort à Rio de Janeiro est considéré comme l’un des spécialiste du matchiche. Comme ce genre était mal considéré à l’époque, il a préféré intituler ses compositions « tango brésilien », d’autant qu’il goûtait autant sa musique populaire jouée dans les rues que la musique classique européenne, dont celle de Chopin. Il a produit plus de 200 pièces pour piano dont presque la moitié de tangos, le reste étant principalement composé de valses, polkas et autres danses en vogue au Brésil dans ce début de XXème siècle.

    Les mots ont pris la voix de Séverine Lanz qui chante à ses moments gagnés."

     

  • Artiste du quotidien, Cuba / Artista de lo cotidiano, Cuba

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                                               El Héroe, Le Héros. Pedro Pablo Oliva
     

     

    Pedro Pablo Oliva, son nom ne vous dit sans doute rien. C'est le peintre cubain actuel le plus connu.

    Modeste, il déclare :” J’ai toujours essayé de lier ma vie à la création. Je crois en la

    vie quotidienne,celle des conflits, celle des contradictions ; (...). J’ai essayé d’être

    chroniqueur de mon temps, quelque chose comme une sorte de presse picturale

    ou de bulletin de nouvelles en plastique.”

    Vous l’avez compris, il peint, sculpte la vie quotidienne, une imagerie qui passe chez lui par le tamis de l’enfance.

    En plus de ses œuvres, il a réalisé pendant de nombreuses années un rôle pédagogique, comme tuteur de nombreuses générations de jeunes artistes.

    Nommé artiste émérite par l’Institut supérieur d’art à la Havane, il a reçu de nombreux prix et remporté une large reconnaissance parmi ses contemporains et les honneurs de plus haut niveau.

    Si je vous raconte tout cela, c’est que par la suite...



                 Bronze: 2009." Jeune fille condamnée à vivre avec une pierre sur la tête"


    Ajoutons qu’il a été le premier artiste de l’île à exposer à New York et que son travail est entré dans le circuit des ventes aux enchères importantes telles que Christie’s et Sotheby’s.

     

    "Tout ce qui se passe me force à utiliser différentes formes, thèmes et images.

    Mais au-delà des événements politiques ou sociaux, j’ai essayé de regarder

    l’homme, sa dimension psychologique,avec ses forces et ses faiblesses.

    J’aime me mouvoir entre le dessin, la peinture et la sculpture avec un œil sur la

    situation spécifique de mon pays, mais aussi sur les conflits humains qui sont

    universels. Je pense que la vérité est plus proche de l’homme de tous les jours.

    Si  mon état spirituel est le chaos ou le contexte est le chaos, le chaos est l’œuvre

    ; si la situation est confuse, le travail est confus."

    Source: https://vrallart.com/artist/pedro-pablo_oliva/#!

     

     

    Voilà pour l’homme et son œuvre. Tout va bien jusqu’au mois de mai 2011. Après certaines déclarations faites et publiées avec son accord sur un blog et ailleurs, le voilà traité de “dissident”, de traître à la patrie “, enfin, accusé par le régime en place.

     

    Vous pouvez lire dans “Le Monde “ cet article complet à ce sujet :

    https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/05/24/le-peintre-cubain-pedro-pablo-oliva-limoge_5990991_3222.html

     

     

    El misterioso equilibrio del poder


    Depuis il travaille toujours, seul. Son atelier pédagogique est fermé.

    Ses œuvres sont variées, les matériaux aussi, et vraiment nombreuses, en voici 

    quelques-unes.

     

                                       De la série "El gran abuelo"



    El gran apagón 


     

                                          El gran beso de la mina, hommage à Gustave Klimt

    Lien permanent Catégories : culture 23 commentaires
  • Deux poèmes cubains / Dos poemas de Cuba

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    Après Lágrimas Negras, nous restons à Cuba (pour un bon moment je crois) . Aujourd’hui deux courts poèmes.

     

    Roberto Branly (La Havane 1930-1980)

    Réponse

    (14 mars 1970)

     

    À un jeune écrivain,

    exclusivement agnostique ?

     

    La mémoire, simplement,

    dans l’obscurité,

    peut être le fil d’une épée,

    le nœud dans une corde, le chaos,

    la propre voix comme un marteau

    dans le silence;

    ou, au contraire,

    une étoile jeune

    brillant, étonnamment,

    sur le fond de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    ROBERTO BRANLY (La Havane 1930-1980)



    RESPUESTA
    (14 de marzo de 1970)

    A un joven escritor,
    ¿exclusivamente agnóstico?

    La memoria, simplemente,
    dentro de la oscuridad,
    puede ser el filo de una espada,
    el nudo en una cuerda, el caos,
    la propia voz como un martillo
    en el silencio;
    o, por el contrario,
    una estrella joven
    brillando, inesperadamente,
    sobre el fondo de la noche.

     

    Memoria Carlos Alonso (Argentina)

     

     

     

    Manuel Diaz Rodriguez (Cuba 1936-)

     

     

    Mauvais temps

     

    Dehors il pleut trop, mais

    par moments la tempête se calme,

    et alors continue de ruisseler, partout

    une mélancolie obstinée.

     

    On pronostique pour les prochaines heures

    des silences torrentiels

    et en fin de journée

    un mutisme en forme de neige.

     

    Les précautions seraient inutiles

    pour éviter les ravages du mauvais temps

    nous communique le météorologue E.M. Cioran.

    (Trad: Colette)

     

     

                                           Lluvia /Pluie , Elio Fidel Villate Lam (Cuba)

     

    Mal tiempo

     

    Afuera llueve demasiado, pero

    por momentos amaina el temporal,

    y entonces queda goteando sobre todo

    una pertinaz melancolía.

     

    Pronostican para las próximas horas

    silencios torrenciales

    y al final de la jornada

    una mudez en forma de nieve.

     

    Serán inútiles las precauciones

    para evitar los estragos del mal tiempo,

    nos comunica el meteorólogo E. M. Cioran.

  • Mémoire / Memoria

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    Restons au Chili.

    Michaela Paredes Barraza est une jeune poète Chilienne, née à Santiago de Chile, en 1993

     

                                    Álvaro Bindis, Chili,

     

     

    Cérémonies d’intérieur

     

    Il y a quelque chose de permanent dans la distance

    entre objet et souvenir, ici ou là,

    hier, aujourd’hui et demain.

    Répété et différent dans la mémoire

    tout reste circonscrit à ce lieu

    où un jour il nous fut donné d’aimer le monde.

    Perdurent ses images : l’angoisse

    du rite des dimanches, les miettes du pain

    et du désamour

    que nous nions une fois derrière la fenêtre.

     

    Nous changeons de ville, d’endroits,

    mais là, et seulement là, nous fûmes et sommes

    condamnés pour toujours à l’étreinte

    au secret de la lumière qui, les nuits, nous rappelle

    notre ruine originaire.

     

    (Trad: Colette)

     

    Alvaro Bindis, peintre Chilien 

     

     

    Ceremonias de interior



    Micaela Paredes Barraza (Santiago de Chile 1993)



     

    Hay algo permanente en la distancia

    entre objeto y recuerdo, aquí o allá,

    ayer, hoy y mañana.

    Repetido y diferente en la memoria

    todo queda circunscrito a ese lugar

    en que un día nos fue dado amar al mundo.

    Perduran sus imágenes: la angustia

    del rito los domingos, las migajas del pan

    y el desamor

    que negamos una vez tras la ventana.

     

    Cambiamos de ciudad, contamos sitios,

    pero allí y solo allí fuimos y somos

    para siempre condenados al abrazo,

    al secreto de la luz que nos recuerda por las noches

    nuestra ruina originaria.

     

     
  • Gabriela (2)

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    Nous avions quitté Gabriela Mistral la semaine dernière alors qu’elle partait faire des conférences de par monde. Finalement elle est nommée consul honoraire du Chili à Naples.
    C’est en 1945 qu’on lui attribue le prix Nobel (le premier donné à une écrivaine de langue espagnole) et en 1951 elle reçut le Prix national de Littérature du Chili.
    Elle poursuit de pair sa carrière diplomatique, la poésie, et ses nombreux voyages jusqu’à sa mort en 1957 à New York. Selon son désir ses restes furent amenés au Chili. Certaines de ses œuvres inédites furent publiées après sa mort.
     

    Alors, et comme le dit Angèle Paoli (ici, sur Terres de femmes):

    La poésie de Gabriela Mistral est malheureusement quasi inaccessible aux non-hispanisants, compte tenu de la rareté – du moins en France – des traductions de ses recueils poétiques, publiées pour la plupart en 1946, au lendemain de son Prix Nobel (et non rééditées depuis), hors une anthologie poétique parue en 1989 à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance (D’amour et de désolation, Orphée/La Différence). Cette anthologie a été rééditée en 2012.”


     

     
    Je ne vous mets qu’un seul poème aujourd’hui car il est long. Et pas gai, mais la poésie doit-elle l'être à toux prix?
     
    Pour comprendre ce poème, le plus connu sans doute des francophones, il vous faut savoir ceci: le Chili vécut, au milieu du XIXºs, ce qu’ils appellent une colonisation sélective. Le gouvernement avait ouvert ses frontières pour recevoir des étrangers, catholiques, qui avaient eu une éducation secondaire.
    C’est ainsi qu’arrivèrent des Allemands, qui imposèrent plus ou moins leur langue et leurs coutumes dans les zones où ils habitaient. Gabriela élève la voix devant la transformation de son paysage affectif, devant l’étrangeté d’un espace qui commençait à perdre son identité.
     

    DÉSOLATION


    La brume épaisse, éternelle, pour me faire oublier où
    m’a rejetée la mer dans son flot saumâtre.
    La terre où j'ai abordé n'a pas de printemps :
    sa nuit sans fin me couvre comme une mère.

    Autour de mon logis, le vent fait sa ronde de sanglots
    et de hurlements et, tel un fil de cristal, brise mon cri.
    Sur la plaine blanche, à l'horizon sans fin,
    je regarde mourir d'immenses couchants douloureux.

    Qui pourra appeler celle qui est venue jusqu'ici,
    puisque seuls les morts sont allés plus loin ?
    Ils regardent une mer muette et glacée
    s'allonger entre leurs bras et les bras chéris.

    Les bateaux dont les voiles blanchissent le port
    viennent de terres où ne sont pas les miens ;
    leurs hommes aux yeux clairs ne connaissent pas mes fleuves,
    et n'apportent que des fruits pâles, qui n'ont pas la lumière de mes vergers.

    La question qui monte à ma gorge
    lorsque je les vois passer, retombe, accablée :
    ils parlent des langues étrangères, non l'émouvante
    langue que, sur des terres dorées, chante ma pauvre mère.

    Je regarde tomber la neige comme poussière dans la tombe ;
    je regarde s'épaissir le brouillard comme l'agonisant,
    pour ne pas tomber dans la folie, je ne compte pas les instants ;
    la longue nuit ne fait que commencer.

    Je contemple la plaine figée et en recueille le deuil,
    car je suis venue voir les paysages de mort.
    La neige est le visage qui regarde à travers mes vitres,
    sa blancheur descend sans trêve des cieux.

    Toujours elle, silencieuse, ainsi que le vaste
    regard de Dieu sur moi, toujours ses jasmins sur mon toit ;
    toujours, tel le destin égal, présent,
    elle viendra me couvrir, terrible, extasiée.

     

    Gabriela Mistral, Poèmes choisis, Éditions Stock. Traduction de Mathilde Pomès. (Trouvé sur le même site :“Terres de femmes”

     

    La bruma espesa, eterna, para que olvide dónde
    me ha arrojado la mar en su ola de salmuera.
    La tierra a la que vine no tiene primavera:
    tiene su noche larga que cual madre me esconde.

    El viento hace a mi casa su ronda de sollozos
    y de alarido, y quiebra, como un cristal, mi grito.
    Y en la llanura blanca, de horizonte infinito,
    miro morir intensos ocasos dolorosos.

    ¿A quién podrá llamar la que hasta aquí ha venido
    si más lejos que ella sólo fueron los muertos?
    ¡Tan sólo ellos contemplan un mar callado y yerto
    crecer entre sus brazos y los brazos queridos!

    Los barcos cuyas velas blanquean en el puerto
    vienen de tierras donde no están los que no son míos;
    sus hombres de ojos claros no conocen mis ríos
    y traen frutos pálidos, sin la luz de mis huertos.

    Y la interrogación que sube a mi garganta
    al mirarlos pasar, me desciende, vencida:
    hablan extrañas lenguas y no la conmovida
    lengua que en tierras de oro mi pobre madre canta.

    Miro bajar la nieve como el polvo en la huesa;
    miro crecer la niebla como el agonizante,
    y por no enloquecer no encuentro los instantes,
    porque la noche larga ahora tan solo empieza.

    Miro el llano extasiado y recojo su duelo,
    que viene para ver los paisajes mortales.
    La nieve es el semblante que asoma a mis cristales:
    ¡siempre será su albura bajando de los cielos!

    Siempre ella, silenciosa, como la gran mirada
    de Dios sobre mí; siempre su azahar sobre mi casa;
    siempre, como el destino que ni mengua ni pasa,
    descenderá a cubrirme, terrible y extasiada.

     

     

  • Gabriela (1)

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    Autant vous le dire tout de suite: la poésie de Gabriela Mistral ne m’enthousiasme pas vraiment. Peut-être y a-t-il des clés pour y entrer que je n’ai pas perçues. Pourtant la nature, omniprésente, devrait m’enchanter. 


    Mais la femme est digne de toute mon admiration .
    Comme elle est une des toutes grandes poétesses sud-américaines, qu’elle a eu un prix Nobel, qu’elle a toujours lutté contre la pauvreté, la démocratie, pour les enfants...je vous raconte un peu sa vie. Pas facile car il y a la version officielle du gouvernement chilien (dictature) et l’autre. Je me contenterai donc des faits.

    Née en en 1889 au nord du Chili, son vrai nom est Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, et Gabriela Mistral un nom qu’elle a choisi à cause de ses deux poètes préférés: Gabriele D’Annunzio et Frédéric Mistral.
    Elle avait 3 ans quand son père quitta la maison, laissant la famille dans des conditions fort difficiles. Elle arrive pourtant à poursuivre son éducation et à 14 ans devient “aide-institutrice”. Déjà elle écrit des poèmes, a un amoureux, un mauvais garçon qu’elle quitte puis qui se suicide. L’histoire dit qu’elle gardera cette blessure sa vie durant.


    Ensuite elle s’installe à Santiago, poursuit des études supérieures et elle va travailler  comme institutrice dans différentes parties du Chili, C’est là qu’elle rencontre le jeune Neftali Reyes Basoalto. Vous devinez qui c’est ? C’est Pablo Neruda ! Elle l’initie à l’écriture.


    À ce moment, 1922, le gouvernement mexicain lui demande de venir organiser les bibliothèques et les écoles. Elle publie « Desolación» qui a un succès international, et aussi « Lectures pour femmes » sur la maternité et l’éducation des enfants. Devenue professeure d’espagnol à l’Université du Chili, Gabriela part donner des conférences aux États-Unis et en Europe puis parcourt l’Amérique Latine.
    Elle publie des comptines pour enfants.


     

    Voici une ronde.

     

    CEUX QUI NE DANSENT PAS

    Une petite infirme

    dit: comment danserai-je ?

    Nous lui répondons

    fais danser ton cœur.

     

    Et l’estropiée

    dit: comment chanterai-je ?

    Nous lui répondons

    fais chanter ton cœur.

     

    Le pauvre chardon mort dit :

    comment danserai-je ?

    Nous lui disons: laisse le vent

    emporter ton cœur.

     

    Dieu dans la hauteur

    dit: comment descendre de l’azur ?

    Nous lui disons de descendre danser

    pour nous dans la lumière.

     

    Toute la vallée danse

    en vaste ronde sous le soleil

    et qui n’entre pas

    son cœur de terre deviendra.

                                                                                                        (Trad Colette)

     

    (suite la semaine prochaine, avec un autre poème).

     

    Los que no danzan  Gabriela Mistral



    Una niña que es inválida
    dijo: ?«¿Cómo danzo yo?»
    Le dijimos que pusiera
    a danzar su corazón...

    Luego dijo la quebrada:
    ?«¿Cómo cantaría yo?»
    Le dijimos que pusiera
    a cantar su corazón...

    Dijo el pobre cardo muerto:
    ?«¿Cómo danzaría yo?»
    Le dijimos: ?«Pon al viento
    a volar tu corazón...»

    Dijo Dios desde la altura:
    ?«¿Cómo bajo del azul?»
    Le dijimos que bajara
    a danzarnos en la luz.

    Todo el valle está danzando
    en un corro bajo el sol,
    y al que no entra se le hace
    tierra, tierra el corazón.

     

  • Un Air Chilien / Un Aire Chilieno

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    Le nom de Gabriela Mistral vous dit sans doute quelque chose, sinon je vous raconterai la semaine prochaine qui était cette femme extraordinaire, cette poète chilienne qui reçut, avant Pablo Neruda et Vicente Huidobro, le prix Nobel de littérature en 1945.

    Mais aujourd’hui, un « apéritif » poétique.

     

    Sin duda conocéis, por lo menos el nombre, a Gabriela Mistral. La próxima semana os contaré en detalle quién era esa mujer extraordinaria quien recibió, antes que P. Neruda o V. Huidobro, el premio Nobel de literatura en 1945.

    Pero hoy un « aperitivo » poético. 

     

     

                              

       

                          Brumes Chili

     
    L’Air
     
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
     
    (Trad:Colette)
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...

    Brumes Chili

  • Un coeur triste / Un corazón triste

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    Coeur dans la nuit

    José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

     

    Une fenêtre ouverte, La pluie. Et un lointain souvenir.

    Une rue vide. Seulement une rue et le vent.

    Cœur dans la nuit sans personne qui partage un rêve.

    La pluie, un homme seul. Et la douleur des roses qui sont mortes.

    La vie passe. C’est la vie, et non le temps qui passe.

    C’est ainsi. Et c’est égal. Le reste est un long silence.

    (Trad:Colette)

    "Callejón después de la lluvia / Alley After Rain" © Gus (Fine Art)

     

     

    Corazón en la noche

    José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

    Una ventana abierta. La lluvia. Y un lejano recuerdo.
    Una calle vacía. Nada más que una calle y el viento.
    Corazón en la noche sin que nadie comparta un sueño.
    La lluvia, un hombre solo. Y el dolor de las rosas que han muerto.
    La vida está pasando. La vida es lo que pasa no el tiempo.
    Eso es así. Y no importa. Lo demás es un largo silencio.

     

     

    Pas gai le poème de la semaine, les poètes ont des moments comme ça….

    Triste el poema de esta semana, los poetas tienen momentos así…

     

                             

                               "Que llueva / Let it Rain" © Gus (Fine Art)

     

    La pluie me fait penser aux photos de cet homme (qui signe Gus) que je vois souvent amener sa petite fille à la garderie, on se salue, toujours. J’ignorais jusqu’à présent qu’il était photographe, et renommé, pourtant dans notre petit village tout est censé se savoir, non?

    La lluvia me hace pensar en las fotos de ese hombre (que firma Gus) que a menudo veo llevando a su hija a la guardería y nos saludamos, siempre. Hasta ahora ignoraba que era fotógrafo, de renombre, sin embargo en nuestro pequeño pueblo se supone que todo lo sabemos, ¿verdad?

     

     

                               "Oscuridad / Darkness" © Gus (Fine Art)

     

     

     

                              "El gran bosque / The Great Forest" © Gus (Fine Art)

     

    Voilà quelques unes de ses photos, vous pouvez en admirer beaucoup plus ici:

    Hé aquí unas fotos pero podéis ver muchas más aquí: 

     

    https://elhurgador.blogspot.com/2020/01/gus-fotografia-fotomanipulacion.html

    Et là /Y allí: https://carretedigital.com/gus-fine-art-el-fotografo-del-mes/