poésie - Page 3

  • Un baîllement d'ironie / Un bostezo de ironía

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    Il y a, comme chaque été, des aubes magnifiques et relativement fraîches, seuls moments du jour où il fait bon se balader.
    Que ce soit près de la mer ou à la campagne où je vis, à 6h du matin on y rencontre plus d’animaux que d’humains. Pourtant ces derniers sont souvent déjà au travail, certains ont des horaires flexibles qui leur permettent, c’est bien heureux, de commencer dès l’aube.
     
     

     

     

     

     
     
    La lumière, vous le voyez, est superbe. Une amie qui n’est pas d’ici me le faisait remarquer, l’air semble humide: rien de plus vrai! Tout est mouillé le matin sur cette île. C’est excellent pour les plantes et les arbres, moins pour les humains…
     
     

     

    Mais ne perdons pas nos bonnes habitudes et quittons-nous cette semaine avec un poème.
     
     
    Avec le sourire de l’âme
     
    JORGE REYES (Quito, Ecuador 1905-1977)
     
    Lentement
    il s'éveilla
    avec un bâillement d'ironie
    au tic tac d'une montre
    qui s'endormait de vieillesse...
     
    Moi je m'éveille...
    et sa main
    sur mon épaule
    me chante la chanson
    de ce fragile sourire
    de l'âme.
     
    (Trad: Colette)
    NB: En espagnol "se fue despertando", impersonnel, m'a obligée à choisir "il" ou "elle". L'option de "il" est donc tout à fait arbitraire.
     
     
     
    CON SONRISA DEL ALMA
     JORGE REYES (Quito, Ecuador 1905-1977)
     
    Se fue
    despertando
    con bostezo de ironía
    al tic tac de un reloj
    que de viejo se dormía…
     
    Despierto yo…
    y su mano
    en mi hombro
    me canta la canción
    de esa frágil sonrisa
    del alma
     
  • Si j'étais.../ Si fuera...

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    Latitude

    Juan Ramón Jiménez



    Si j'étais comme un lieu de la mer ou du ciel;
    le même et un autre toujours, avec les vagues,
    le même et un autre toujours, avec les nuages;
    ferme et errant,
    hésitant et sûr de lui,
    attendant et solitaire,
    rencontré et inconnu,
    aimé et oublié, et libre et prisonnier,
    - un autre et le même toujours, avec mes nuages,
    avec mes vagues -!

     

     
     
    Sud de l'île de Mallorca

    Latitud J.R. Jimenéz
     
    ¡Si fuera yo como un lugar del mar o el cielo;
    el mismo y otro siempre son las olas,
    el mismo y otro siempre con las nubes;
    firme y errante,
    dudoso y cierto,
    aguardador y solitario,
    encontrado y desconocido,
    amado y olvidado, y libre y preso,
    -otro y el mismo siempre, con mis nubes,
     
    con mis olas-!
     
     
  • Poésie du temps de Al-Andalus

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    Pour commencer, quelques rappels historiques…

     

    Tintero nazarí /Encrier Nazarí XIVºs  .http://elpoderdelaalhambra.com/piezas-destacadas/tintero-nazari/
     

    Nous sommes un peu avant l’an 711 ; l’Espagne, à l’exception des Asturies, de la Cantabrie et du Pays basque, constituent le royaume des Wisigoths. Et l'Hispanie ne jouit pas d’une grande stabilité politique au moment où les musulmans partent à sa conquête

    La naissance et la formation de Al-Andalus se sont faites progressivement, les conquêtes se réalisèrent entre 711 et 716. Toute l’Espagne (et l'actuel Portugal) fut envahie excepté le Pays Basque et quelques régions montagneuses de Cantabrie. Les musulmans tentèrent de s’étendre en France mais, vous le savez, ils furent vaincus à Poitiers (732) et se replièrent sur la péninsule ibérique.
    Et ils décident d’établir leur capitale à Cordoue, apparemment fascinés par le Guadalquivir.



    Al-Andalus (711-1492) est devenu dès le IXº siècle un foyer de haute culture et attira de nombreux savants, artistes….
    Sur la Terre D’Islam qu’est Al Andalus, diverses populations aux cultures différentes se mêlaient : les musulmans (arabes, berbères, muladi) et européens musulmans, les slaves musulmans, puis les juifs et les chrétiens (mozarabes).

    Alors mes amis, quand j’ai décidé de me plonger dans la poésie (en arabe mais largement traduite en espagnol ;-))  datant de cette longue époque musulmane, je me suis très vite vue submergée par un nombre incalculable de poètes, de poèmes écrits en arabe pendant les différents siècles.

    On y parle d’amour, de fleurs et de parfums, de vin, de séparations, puis vers la fin, de la perte d’un paradis. Que choisir, quels poèmes traduire en français ?
    En voici deux pour commencer.

    Le poète Ibn Darray (958-1030) 
     
    Si en les jardins où il habite
    ne peux voir mon maître
    dans les jardins du rêve
    aurons notre rencontre

    (Trad: Colo, MAH)

    Le poète Ibn Baqi (m. 1145):

     

    Quand le voile de la nuit
    s’étend sur la terre,
    du vin le plus odorant
                à ma belle je lève mon verre
    .
    Tel un baudrier tombe
    sur moi sa chevelure,
    et comme le guerrier prend
    de sa main droite l’épée
    j’enlace, moi, son cou,
    qui au cygne ressemble.

           

    Mais à voir que déjà s’incline,
    fatiguée, la tête,
    doucement je sépare
    le bras dont elle m’enlace
    et je pose sur ma poitrine
    sa tempe, pour qu’elle y dorme.
    Aïe! Mon coeur heureux
    bat avec grande force.
    Que cet oreiller est agité!
    en lui ne pourra dormir.


    (Trad: Colette, MAH)

    Notes :
    Si le sujet vous intéresse, voici le lien d’une superbe émission de Arte:

    https://vimeo.com/101877438

    Et aussi, à lire:
    http://balises.bpi.fr/histoire/al-andalus------le-passe-arabo-berbere-de-leurope

    Jarrón de las gacelas, arte Nazarí. (Alhambra-Granada)
     

    Para empezar, unos datos históricos...

    Estamos en el año 711, España, a la excepción del País Vasco, de Cantábria y de Asturias constituyen el reino Visigodo. Hispania no goza de una gran estabilidad política en el momento en que los musulmanes deciden conquistarla.

     

    El nacimiento y la formación de Al-Andalus se hizo de forma progresiva, las conquistas se escalonaron entre 711 y 716. España entera, excepto el País Vasco y algunas regiones montañosas de Catabria, fue invadida.

    Los musulmanes intentaron extenderse en Francia pero, lo sabéis, fueron derrotados en Poitiers (732) y se replegaron en la península ibérica.

     

    Decidieron establecer su capital en Córdoba, fascinados, por lo visto, por el Guadalquivir.

     

    Desde el siglo IX Al-Andalus (711-1492) fue un foco de alta cultura y atrajo a muy numerosos eruditas, artistas…

    En la tierra de Islam que era Al-Andalus, se mezclaban poblaciones de diversas culturas: los musulmanes (árabes, bereberes, muladi) y europeos musulmanes, los eslavos musulmanes, finalmente los judíos y los cristianos (mozárabes).

    Entonces amigos, cuando decidí sumergirme en la poesía de esa época, me vi rápidamente desbordada por un número incalculable de poetas, de poemas escritos en árabe durante esos siglos.

     En ellos se habla de amor, de flores, de perfumes, de vino, de separaciones, y luego hacia el final, de la pérdida de un paraíso.

    ¿Cuáles elegir, cuáles traducir al francés?

    Aquí, y para empezar, dos de ellos.

     

     
     
    https://3.bp.blogspot.com/-lPAXkK0J8vw/Wulyuu7KrMI/AAAAAAAAI2Y/Z_Z98HUjeOo0V2euWTjmFX8TLFXRrumPgCLcBGAs/s1600/arquetacalifal.jpg
     
    El poeta  Ibn Darray (958-1030)
     
    Si en los jardines que habita
    me impiden ver a mi dueño,
    en los jardines del sueño
    nos daremos una cita.
     
    http://enciclopedia.us.es/index.php/Archivo:Mihrab_mezquita_persa_Kashan,_(1226).jpg



    EL poeta Ibn Baqi (m. 1145):
     
    Cuando el manto de la noche
    se extiende sobre la tierra,
    del más oloroso vino
    brindo una copa a mi bella.
    Como talabarte cae
    sobre mí su cabellera,
    y como el guerrero toma
    la limpia espada en la diestra,
    enlazo yo su garganta,
    que a la del cisne asemeja.
     
    Pero al ver que ya reclina,
    fatigada, la cabeza,
    suavemente separo
    el brazo con que me estrecha,
    y pongo sobre mi pecho
    su sien, para que allí duerma.
    ¡Ay! El corazón dichoso
    me late con mucha fuerza.
    ¡Cuán intranquila almohada!
    No podrá dormir en ella.
  • Fougue / Fugosidad

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    Jeune Haïtien en Colère

    Joven Haitiano en cólera
    par Rene Depestre

    C'est un temps où les hommes cherchent des fétiches et des mots magiques à accrocher aux malheurs quotidiens : les mots amour espoir et liberté meurent de froid et de chagrin sur toutes les lèvres.
    Vient un jeune homme aventureux des îles il répudie le fauve qui traque les mots, en l'an 47 son sang devient fou à force de draguer la vie des mots.
    Il congédie tous les mots usés
    tous les mots qui ont le cou et les pieds
    pris aux pièges à faucons et à vrais cons.
    Il garde les mots qui débordent
    en tous sens de son âme en danger :
    les mots ensorceleurs des matins de voyage
    les mots qui portent leur époque à bout de bras
    les mots qui lèvent des baraques et des tentes
    et des saltimbanques à la foire des mots.
     
    Après avoir bouclé leur valise à magie
    tout écume sous ma peau noire : tout
    tremble, vibre, explose à merveille
    dans mon jeu d'homme épris de soleil féminin.
    La vie tourbillonne, ivre de la dynamique
    solaire des mots,( tout en moi s'élève en flammes qui retombent toujours sur leurs roues.)
    Je suis le moyeu de la roue des mots
    je tourne autour du dieu païen des consonnes
    mon esprit-alphabet brûle de tous ses feux avide de nommer des choses inconnues : arbres, animaux, êtres légendaires en orbite autour de la fée des voyelles !
     
    je sens mes veines qui éclatent
    dans la violette ébullition des mots !
    leur sève tire le français de mes phantasmes :
    les mots de
    Bossuet emportés par les cent
    chevaux à vapeur créoles de mes passions,
    la prose à la joyeuse madame
    Colette
    - dans ses années potagères - tirée
    par les bœufs sensuels de ma créolité !
    ô fureur panthéiste des mots français porteurs de l'énergie qui met le feu à la géométrie des femmes !
    Porteurs fous des roues qui ajoutent des courbes à la rotation du merveilleux féminin ! ô vertige des mots qui se lèvent tôt dans les draps de nos vingt ans !
     
    Hapdaphaï
     
    Es un tiempo donde los hombres buscan fetiches y palabras mágicas para colgar en las desgracias cotidianas: las palabras amor, esperanza y libertad se mueren de frío y de pena en todas las bocas.
    Viene un joven aventurero de las islas, repudia la fiera que acosa a las palabras, en el año 47 su sangre enloquece a fuerza de cortejar la vida de las palabras.
     
    Después de haber hecho su maleta de magia
    todo bulle bajo mi piel negra: todo
    tiembla, vibra, explota a las mil maravillas
    en mi juego de hombre prendado del sol femenino.
    La vida gira, ebria de la dinámica
    solar des las palabras (todo en mi se eleva en llamaradas que siempre recaen sobre sus ruedas)
    Soy el buje de la rueda de las palabras
    giro alrededor del dios pagano de las consonantes
    mi espíritu-alfabeto arde deslumbrante, ávido de nombrar las cosas
    desconocidas: árboles, animales, seres legendarios en órbita alrededor del hada de las vocales!
    (...)
    Despide todas las palabras usadas
    todas las palabras que tienen el cuello y los pies
    atrapados en trampas para halcones y para bobos.
    Guarda las palabras que desbordan,
    indómitas, de su alma en peligro:
    las palabras hechiceras de mañanas de viaje
    las palabras que llevan su época a duras penas
    las palabras que levantan barracas y tiendas
    y saltimbanquis en la feria de las palabras.
     
    Siento estallar mis venas
    en la violeta ebullición de las palabras!
    Su savia extrae el francés de mis fantasmas,
    las palabras de
    Bossuet llevadas por los cien
    caballos de vapor criollos de mis pasiones,
    la prosa alegre de madame
    Colette
    - en sus años hortelanos- arrastrada
    por los bueyes sensuales de mi alma criolla!
    Oh furor panteísta des las palabras francesas portadoras de la energía que enciende la geometría de las mujeres!
    Porteadores locos de ruedas que añaden curvas a la rotación de la maravilla femenina! Oh vértigo de las palabras que madrugan en las sábanas de nuestros veinte años!
     
     
    Traducción al español Colette y MAH
     
    Biographie de René Depestre http://ile-en-ile.org/depestre/
     
    Illustrations: Hapdaphaï
     
  • Idylle / Idilio

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    Idylle
    À Enrique Durán
    Federico GARCÍA LORCA
     
    Tu voulais que je te dise
    le secret du printemps.
     
    Mais je garde le secret
    tout autant que le sapin.
     
    Arbre dont les mille doigts
    indiquent mille chemins.
     
    Je ne te dirai jamais, mon amour,
    pourquoi, lent, le fleuve coule.
     
    Mais je mettrai dans ma voix coupée
    le ciel cendré de ton regard.
     
    Tourne autour de moi, ma brune!
    Et prends soin de mes feuilles.
     
    Tourne encore, tourne toujours
    jouant à la noria de l’amour.
     
    Même si je le voulais, je ne peux te dire,
    hélas, le secret du printemps.
     
    (Trad:Colette)
     
     
     
     
    Idilio de Federico García Lorca

    A Enrique Durán

    Tú querías que yo te dijera

    el secreto de la primavera.
     


    Y yo soy para el secreto

    lo mismo que es el abeto.
     


    Árbol cuyos mil deditos

    señalan mil caminitos.
     


    Nunca te diré, amor mío,

    por qué corre lento el río.
     


    Pero pondré en mi voz estancada

    el cielo ceniza de tu mirada.
     


    ¡Dame vueltas, morenita!

    Ten cuidado con mis hojitas.
     


    Dame más vueltas alrededor,

    jugando a la noria del amor.
     


    ¡Ay! No puedo decirte, aunque quisiera,

    el secreto de la primavera.

  • Il y a cinq ans.../ Hace cinco años...

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    Il y a cinq ans donc, je publiais ce poème et j'y ai pensé en allant revoir la côte nord de l'île qui, à cette époque, avait brûlé. Calcinés les pins, les plantes, un spectacle désolant.
    Et cinq ans plus tard... 
    Hace cinco años pues, publicaba este poema y volví a pensar en él yendo a ver la costa norte de la isla que, en aquella época,se había quemado. Calcinados los pinos, la plantas, un espectáculo desolador.
    Y cinco años más tarde...
     
     
    2013   (clic pour agrandir)                                                    2018
                                                     
     

     

     

     
     
     

     

     

     

    Des cistes en fleur, partout

     

     

     

     
     
     
     
     (poème déjà publié il y a 5 ans mais vous l'avez peut-être oublié:-)))
     
    On dit que les plantes ne parlent pas

    Rosalía de Castro 

     

     
    On dit que ni les plantes, ni les sources, ni les oiseaux ne parlent,
    Non plus la vague et ses grondements, ni les astres et leur brillance,
    On le dit, mais c'est faux, car toujours quand je passe,
    Ils murmurent et s'exclament:
    - Voilà la folle rêvant
    De l'éternel printemps de la vie et des champs,
    Et déjà bien vite, bien vite, elle aura les cheveux blancs,
    Et tremblante, gelée, elle voit que le givre couvre le champ.
     
     
    - Il y a des cheveux blancs sur ma tête, et du givre dans les champs,
    Mais je continue à rêver, pauvre, incurable somnambule,
    À l'éternel printemps de la vie qui s'éteint
    Et à la persistante fraîcheur des champs et des âmes,
    Bien que les uns se fanent et les autres s'embrasent.
     
     
    Astres et sources et fleurs, ne médisez pas de mes rêves,
    Sans eux, comment vous admirer et comment vivre sans eux?
     
    (Trad: Colette) 

    Dicen que no hablan las plantas

    Rosalía de Castro



    Dicen que no hablan las plantas, ni las fuentes, ni los pájaros,
    Ni el onda con sus rumores, ni con su brillo los astros,
    Lo dicen, pero no es cierto, pues siempre cuando yo paso,
    De mí murmuran y exclaman:
    —Ahí va la loca soñando
    Con la eterna primavera de la vida y de los campos,
    Y ya bien pronto, bien pronto, tendrá los cabellos canos,
    Y ve temblando, aterida, que cubre la escarcha el prado.

    —Hay canas en mi cabeza, hay en los prados escarcha,
    Mas yo prosigo soñando, pobre, incurable sonámbula,
    Con la eterna primavera de la vida que se apaga
    Y la perenne frescura de los campos y las almas,
    Aunque los unos se agostan y aunque las otras se abrasan.

    Astros y fuentes y flores, no murmuréis de mis sueños,
    Sin ellos, ¿cómo admiraros ni cómo vivir sin ellos?
  • Plumes au vent / Plumas al viento

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    Un poème léger ce week-end.

    Un poema ligero este fin de semana.

     

     

    Le vent dans un poème de / El viento en un poema de
     
     Carmen Boullosa (Mexico 1954)
     
     
     
     
     No eres la pluma...(Tu n'es pas la plume...)
     

    Tu n’es pas la plume

    qui au vent s’incline

    ni le tiède cou de l’oie,

    ni la peau de la timide pêche:

    tu es la greffe de toute cette tendresse

    dans la force de la forêt,

    dans le saut d’un félin traqué.

    (Trad: Colette)

    Claude Monet.Le chêne, forêt de Fontainebleau- Claude MonetLe chêne, Fontainebleau


    No eres la pluma 
    que al aire se inclina,
    ni el cuello tibio del ganso,
    ni la piel del tímido durazno:
    eres el injerto de toda esa ternura
    en la fuerza del monte,
    en el salto de un felino acorralado.
     

     

     
  • Amère est l'eau des mers / Amarga es el agua de mar

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    La balade de l’eau de mer

     

    F. Garcia Lorca

    À Emilio Prados
    (chasseur de nuages)

     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     
    Que vends-tu, ô fille trouble
    les seins à l’air?
     
    Je vends, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Qu’as-tu, ô jeune noir
    dans ton sang mêlé?
     
    J’ai, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Ces larmes salées
    d’où viennent-elles, mère?
     
    Je pleure, monsieur, l’eau
    des mers.
     
    Cœur, et cette amertume
    grave, où naît-elle?
     
    Fort amère
    est l’eau des mers!
     

    La mer

    sourit au loin

    Dents d’écume,

    lèvres de ciel.

     

     
    (Trad:Colette)
     
     (Une traduction, un peu différente, aux éditions Gallimard 1954 ici: http://expositions.bnf.fr/lamer/cabinet/anthologie/bibliotheque/19.htm)
     
    Dessin signé F. Garcia Lorca
     
    La balada del agua del mar
     
    F. Garcia Lorca
     
    A Emilio Prados
    (cazador de nubes)
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
     
    ¿Qué vendes, oh joven turbia
    con los senos al aire?
     
    Vendo, señor, el agua
    de los mares.
     
    ¿Qué llevas, oh negro joven,
    mezclado con tu sangre?
     
    Llevo, señor, el agua
    de los mares.
     
    Esas lágrimas salobres
    ¿de dónde vienen, madre?
     
    Lloro, señor, el agua
    de los mares.
     
    Corazón, y esta amargura
    seria, ¿de dónde nace?
     
    ¡Amarga mucho el agua
    de los mares!
     
    El mar
    sonríe a lo lejos.
    Dientes de espuma,
    labios de cielo.
  • Vaillante Alfonsina II / Valiente Alfonsina II

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     (Suite du billet précédent)
     
    Sa vie est plus que remplie ces années-là : elle publie de la poésie, dicte des conférences et est professeur dans une école publique, dans une académie de musique et donne des cours du soir...elle est heureuse. Mais vers les années '20 cet excès de travail la mène à un épuisement physique et émotionnel, on dirait burn out de nos jour...repos total à la Mar de Plata. Mais bien vite Alfonsina a besoin d’argent pour subvenir aux besoins de son fils et elle reprend son rythme. 
    Trop vite.
     
    Su vida esta más que ocupada durante esos años : publica poesía, da conferencias, es profesora en una escuela publica, también en una academia de música e imparte cursos nocturnos… es feliz. Pero hacia los años '20 este exceso de trabajo la lleva a un agotamiento físico y emocional (ahora diríamos burn out) acaba en una cura de reposo total en el Mar de Plata. Sin embargo, Alfonsina, pronto necesitará dinero para cubrir las necesidades de su hijo y retomará su ritmo. Demasiado pronto.
     
    Alfonsina, Mar de Plata
     
     
    Vers la fin des années vingt, et malgré ses crises nerveuses, c’est une femme qui a acquis une renommée dans un milieu masculin, qui siège avec de grands noms de la vie intellectuelle, dont HoracioQuiroga avec qui elle a eu une relation intime.
    A finales de los años veinte, y a pesar de sus crisis nerviosas, es una mujer que ha adquirido notoriedad en un medio eminentemente masculino, que tiene su sitio entre los grandes nombres de la vida intelectual como el de Horacio Quiroga con el que tuvo una relación intima.
     
    Si jusque là sa poésie avait une forme très traditionnelle, dans “Ocre” publié en 1925 (elle a 33 ans) ses vers deviennent plus introspectifs, ses autoportraits plus ironiques, elle ose même élaborer une théorie sexuelle dans une trilogie.
    Elle a maintenant découvert que la cause de ses douleurs n’est pas les hommes mais elle-même . Que ces derniers ne peuvent que lui apporter des amours éphémères mais, comme elle vit les meilleurs moments de sa vie, cela ne la préoccupe pas. Tout comme la laissent indifférente certains critiques qui la traitent d’immorale.
    Si hasta ahora su poesía tenia una forma bastante tradicional, en « Ocre » a partir de 1925 (tiene 33 años) sus poemas se vuelven más introspectivos, sus autorretratos más irónicos, osa, incluso, elaborar una teoría sexual. Ha descubierto que la causa de sus dolores no son los hombres sino ella misma. Que estos últimos tan solo pueden aportarla amores efímeros. Pero ni eso, ni cierta criticas que la tratan de inmoral, la preocupan.
     
     
     
    Mais, vous l’attendiez, les choses commencent à se gâter. D’abord par la représentation d’une pièce de théâtre qu’elle a écrite, sa première, où ses idées féministes sont interprétées comme des accusations contre les hommes, et qui est suspendue après trois représentations. Elle en est très peinée et indignée.
    Ensuite les Ultraïstes, ce nouveau mouvement poétique argentin, lancent des critiques acerbes sur ses vers intimistes.
    Elle décide alors de voyager, connaît la “Génération de ‘27”, va à Paris et en rentrant son style change; elle se libère de la forme, et adopte une façon plus visuelle de représenter les émotions, une vision du monde instable et précaire, des images qui nous arrivent “chargées de violence et tensions; l’angoisse métaphysique est l’épine dorsale de ses poèmes”.*
    Pero, ustedes lo esperaban, las cosas empiezan a estropearse. Primero por la representación de su primera obra de teatro en la que sus ideas feministas son interpretadas como acusaciones contra los hombres y que es suspendida después de tres representaciones. Esto la deja apenada e indignada.
    Después por las acerbas criticas sobre sus versos intimistas que lanzan los Ultraístas, un nuevo movimiento poético argentino.
    Decide viajar, conoce la « Generación del 27 », visita París y otras ciudades europeas y a la vuelta su estilo cambia; se libera de la forma y adopta una manera mas visual de representar las emociones, una visión del mundo inestable y precaria; imágenes que nos llegan « cargadas de violencia y tensión ; la angustia metafísica es la espina dorsal de sus poemas ».*
     
     
    À Paris
     
    Quatre ans plus tard elle publie “Mascarilla y trébol” où dominent les images sombres, parfois grotesques: c’est le moment où on lui a diagnostiqué un cancer du sein. Elle vit affreusement mal la mutilation et durant les deux années suivantes, son état empirant, elle voit clairement venir la mort.
    À ce moment-là également, Alfonsina qui est découragée et souffre énormément,  reçoit la nouvelle que son très cher ami Horacio Quiroga, ainsi que sa fille Eglé qu’Alfonsina aimait beaucoup, se sont suicidés.
    Nous savons, par un poème dédié à Quiroga, qu’elle admirait la décision courageuse de l’écrivain ; suicide décidé, libre. 

     
    Cuatro años más tarde publica « Mascarilla y trébol »libro en el que dominan imágenes sombrías, grotescas algunas veces : es el momento en que ha sido diagnosticada de cáncer de pecho. Vive muy mal esta mutilación y su estado, que no hace más que empeorar, la lleva a ver claramente venir la muerte. Al mismo tiempo recibe la noticia de que Su gran amigo Horacio Quiroga y su hija se han suicidado. Sabemos, por un poema dedicado a Quiroga que ella admiraba la decisión del escritor : suicidio decidido, libre.
     
     
    Monument Afonsina Storni, Mar de Plata
     
     
    Elle part à La Mar de Plata, pour se reposer dit-elle.
    Mais...
    Par une nuit par une nuit pluvieuse, un nuit de douleurs intenses,  et après avoir écrit une lettre à son fils, elle se jette dans le mer. Octobre 1938.

     
    Nous avons, une sorte de testament, ce poème (que l’écrivain Felix Luna a repris pour en faire cette chanson, si connue de tous je crois “Alfonsina y el mar". La musique est du pianiste Argentin Ariel Ramirez).
    Se va al Mar de Plata para descansar, dice ella.
    Pero…
    Una noche lluviosa, una noche de dolores intensos y después de haber escrito una carta a su hijo, se tira al mar. Octubre 1938.
    Tenemos una especie de testamento, este poema. (El escritor Felix Luna se ha servido de el para hacer la tan conocida canción « Alfonsina y el mar » La música es del pianista argentino Ariel Ramirez).
     
     
    Voici d’abord le poème :
    Primero el poema :
     
    Je vais dormir , 1938(traduction Egon Kragel)
     
    Dents de fleurs, coiffe de rosée,
    mains d’herbe, toi ma douce nourrice,
    prépare les draps de terre
    et l’édredon sarclé de mousse.
    Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
    Pose une lampe à mon chevet;
    une constellation, celle qui te plaît;
    elles sont toutes belles : baisse-la un peu.
    Laisse-moi seule : écoute se rompre les bourgeons…
    un pied céleste te berce de tout là-haut
    et un oiseau esquisse quelques voltes
    pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une dernière chose :
    s’il venait à me téléphoner
    dis-lui qu’il n’insiste pas et que je suis sortie…

    Voy a dormir (1938)
     
    Dientes de flores, cofia de rocío,
    manos de hierbas, tú, nodriza fina,
    tenme prestas las sábanas terrosas
    y el edredón de musgos escardados.

    Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
    Ponme una lámpara a la cabecera;
    una constelación; la que te guste;
    todas son buenas; bájala un poquito.

    Déjame sola: oyes romper los brotes...
    te acuna un pie celeste desde arriba
    y un pájaro te traza unos compases

    para que olvides... Gracias. Ah, un encargo:
    si él llama nuevamente por teléfono
    le dices que no insista, que he salido...
     
     
    Et voici, je vous ai traduit les paroles de la chanson. J’ai choisi comme interprètes d’abord celle qui la première fois l’a enregistrée, Mercedes Sosa en 1969, puis une autre version, plus rythmée, qui m’a profondément émue. Les voilà.
    Alfonsina et la mer
     
    Sur le sable mou que lèche la mer
    Sa petite empreinte ne revient pas
    Un sentier unique de peine et silence arriva
    À l’eau profonde
    Un sentier unique de peines muettes arriva
    À l’écume.
     

    Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
    Quelles anciennes douleurs tu as cachées
    Pour t’allonger bercée par le chant
    Des caracolas (conques) marines
    La chanson que chante dans l’obscur fond de la mer
    La caracola (conque)



    Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
    Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher?
    Une voix antique de vent et de sel
    Te flatte l’âme et l’emmène
    Et tu t’en vas, comme en rêve,
    Endormie, Alfonsina, vêtue de mer



    Cinq petites sirènes t’emporteront
    Par des chemins d’algues et de corail
    Et des hippocampes fluorescents feront
    Une ronde à tes côtés
    Et les habitants de l’eau vont bientôt
    Jouer à tes côtés



    Baisse un peu la lampe
    Laisse-moi dormir, ma nourrice, en paix
    Et s’il appelle ne lui dis pas que j’y suis
    Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
    Et s’il appelle ne lui dis jamais que j’y suis
    Dis que je suis partie
    (Trad : Colette)

     
  • L'illusion d'embrasser / La ilusión de besar

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    -C'est un poème du XVIIIº ou XIXº siècle? me demande el señor M.

    -Non, de la première moitié du XXª, pourquoi?

    -C'est la forme...qui me semble d'un autre temps.
     
    Ah, bon, peut-être, mais l'érotisme n'a pas d'âge.
     
    -¿Es un poema del siglo XVII o XIX,? me pregunta el señor M.
    - No, es de la primera mitad del siglo XX, ¿por qué?
    -Es la forma... que me parece anticuada.
    -Ha, bueno, tal vez, pero el erotismo no tiene edad.

     

    La caresse perdue            Alfonsina Storni
     (le prochain billet sera consacré à cette incontournable poétesse Argentine)
     
    S’échappe de mes doigts la caresse sans cause,
    s’échappe… Dans le vent, en passant,
    la caresse qui erre sans destin ni objet,
    la caresse perdue- qui la recueillera?
     
    J’ai pu aimer cette nuit avec une infinie pitié,
    j’aurais pu aimer le premier arrivant.
    Personne n’arrive. Le sentiers fleuris sont solitaires.
    La caresse perdue, errera...errera…
     
    Si on te baise les yeux cette nuit, voyageur,
    si un doux soupir fait frémir les branches,
    si t’opprime les doigts une petite main
    qui te prend et te laisse, et t’obtient et s’en va.
     
    Si tu ne vois pas cette main, ni cette bouche qui embrasse,
    si c’est l’air qui tisse l’illusion d’embrasser,
    oh, voyageur, toi aux yeux ouverts comme le ciel,
    fondue dans le vent, me reconnaîtras-tu?
     
    (Trad: Colette)
     
    Temple de l'amour - 1916 - Auguste Rodin
     

    La caricia perdida de Alfonsina Storni

     

    Se me va de los dedos la caricia sin causa,
    se me va de los dedos… En el viento, al pasar,
    la caricia que vaga sin destino ni objeto,
    la caricia perdida ¿quién la recogerá? 

     
    Pude amar esta noche con piedad infinita,
    pude amar al primero que acertara a llegar.
    Nadie llega. Están solos los floridos senderos.
    La caricia perdida, rodará… rodará… 

     
    Si en los ojos te besan esta noche, viajero,
    si estremece las ramas un dulce suspirar,
    si te oprime los dedos una mano pequeña
    que te toma y te deja, que te logra y se va. 

     
    Si no ves esa mano, ni esa boca que besa,
    si es el aire quien teje la ilusión de besar,
    oh, viajero, que tienes como el cielo los ojos,
    en el viento fundida, ¿me reconocerás?

     

     
  • Chauds ou froids, frissons / Cálidos o fríos, escalofríos

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    Les premiers froids sont arrivés, soudain. Brrr. Il y a une semaine on déjeunait encore sur la terrasse...

    Derrière ma fenêtre fermée (Colette)    


     Deux courts poèmes du majorquin Antonio Rigo ( Palma de Mallorca 1957)

     

     

    Le silence de la montagne
    brisé par le son
    de l'herbe qui germe,
    le bruit de la ville
    écrasé par le silence
    de la feuille qui croît.
     
    (Trad: Colette)
     
     
    El silencio de la montaña
    roto por el sonido
    de la hierba que brota,
    el ruido de la ciudad
    aplastado por el silencio
    de la hoja que crece.
     
     
     
    En amour et
    en poésie
    l'important
    est de garder
    au chaud le
    frisson.
    (Trad: Colette)
     
     
    En el amor y
    la poesía
    lo importante
    es mantener
    caliente el
    escalofrío.
     
     
    Antonio Rigo
    Extrait /Extracto de:
    Albúm blanco
     
  • Je me souviens de toi.../ Te recuerdo....

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    Un poème de saison aujourd’hui.
     
    Pablo Neruda
     
    Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne:
    un simple béret gris, le cœur en paix.
    Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.
    Et les feuilles tombaient sur les eaux de ton âme.

    Enroulée à mes bras comme un volubilis,
    les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.
    Bûcher de stupeur où ma soif brûlait.
    Douce jacinthe bleue tordue sur mon âme.

    Je sens voyager tes yeux et l'automne est distant:
    béret gris, cris d'oiseau, cœur où l'on est chez soi
    et vers eux émigraient mes désirs si profonds
    et tombaient mes baisers, joyeux comme des braises.

    Ciel vu d'un bateau. Champs vus des collines:
    lumière, étang de paix, fumée, ton souvenir.
    Au-delà de tes yeux brûlaient les crépuscules.
    Sur ton âme tournaient les feuilles de l'automne.
     
    (Traduction trouvée sur la Toile, sans nom d’auteur, modifiée par moi)
     
    Photo Colette, prise près de chez moi    
     
    Te recuerdo como eras en el último otoño.
    Eras la boina gris y el corazón en calma.
    En tus ojos peleaban las llamas del crepúsculo.
    Y las hojas caían en el agua de tu alma.

    Apegada a mis brazos como una enredadera,
    las hojas recogían tu voz lenta y en calma.
    Hoguera de estupor en que mi sed ardía.
    Dulce jacinto azul torcido sobre mi alma.

    Siento viajar tus ojos y es distante el otoño:
    boina gris, voz de pájaro y corazón de casa
    hacia donde emigraban mis profundos anhelos
    y caían mis besos alegres como brasas.

    Cielo desde un navío. Campo desde los cerros.
    Tu recuerdo es de luz, de humo, de estanque en calma!
    Más allá de tus ojos ardían los crepúsculos.
    Hojas secas de otoño giraban en tu alma.
     

  • En haute mer / En alta mar

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    Aujourd'hui un poème de F. Garcia Lorca plein d'images fortes et inattendues,  qu'ajouter? 

    Hoy un poema de F. García Lorca, lleno de imágenes fuertes e inesperadas, ¿qué puedo añadir?

    Gazelle de la mort obscure
    F. García Lorca
     

    Je veux dormir du sommeil des pommes,
    et m’éloigner du tumulte des cimetières.
    Je veux dormir le sommeil de cet enfant
    qui voulait s’arracher le cœur en haute
    mer. 
     
    Je ne veux pas que l’on me répète
    que les morts ne perdent pas de sang ;
    que la bouche pourrie
    demande encore de l’eau.
    Je ne veux rien savoir des martyres que donne l’herbe,
    ni de la lune à la bouche de serpent
    qui travaille avant l’aube.
     
     
    Je veux dormir un instant,
    un instant, une minute, un siècle ;
    mais que tous sachent bien que je ne suis pas mort;
    qu’il y a sur mes lèvres une étable d’or ;
    que je suis le petit ami du vent d’Ouest ;
    que je suis l’ombre immense de mes larmes.
     
    Couvre-moi d’un voile à l’aurore
    car elle me lancera des poignées de fourmis,
    et mouille d’eau dure mes souliers
    afin que glisse la pince de son scorpion.
     
    Car je veux dormir du sommeil des pommes
    pour apprendre un pleur
    qui me nettoie de la terre;
    car je veux vivre avec cet enfant sombre
    qui voulait s’arracher le cœur en haute
    mer. 
     
    (Traduction inspirée par celle de N.Ny, mise à son goût par Colette)
     
    http://toutmontreal.tripod.com/pommes.htm

     

    Gacela de la muerte oscura

    Quiero dormir el sueño de las manzanas,
    alejarme del tumulto de los cementerios.
    Quiero dormir el sueño de aquel niño
    que quería cortarse el corazón en alta mar.
     
    No quiero que me repitan
    que los muertos no pierden la sangre;
    que la boca podrida sigue pidiendo agua.
     
    No quiero enterarme
    de los martirios que da la hierba,
    ni de la luna con boca de serpiente
    que trabaja antes del amanecer.
     
    Quiero dormir un rato,
    un rato, un minuto, un siglo;
    pero que todos sepan que no he muerto;
    que hay un establo de oro en mis labios;
    que soy el pequeño amigo del viento Oeste;
    que soy la sombra inmensa de mis lágrimas.
     
    Cúbreme por la aurora con un velo,
    porque me arrojará puñados de hormigas,
    y moja con agua dura mis zapatos
    para que resbale la pinza de su alacrán.
     
    Porque quiero dormir el sueño de las manzanas
    para aprender un llanto que me limpie de tierra;
    porque quiero vivir con aquel niño oscuro
    que quería cortarse el corazón en alta mar.
     
    Federico García Lorca
    De: “Diván del Tamarit” – 1936
  • Regarder avec innocence / Mirar con inocencia

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    Chemins du miroir
     
    1964 Alejandra Pizarnik* (La piedra de la Locura)
    l
    Et surtout regarder avec innocence. Comme si rien ne se passait, ce qui est vrai.
    ll
    Mais toi je veux te regarder jusqu’à ce que ton visage s’éloigne de ma peur comme un oiseau du bord philosophe de la nuit.
    lll
    Comme une fillette de craie rose sur un très vieux mur soudain effacé par la pluie.
    lV
    Comme quand une fleur s’ouvre et révèle le cœur qu’elle n’a pas.
    V
    Tous les gestes de mon corps et de ma voix pour faire de moi l’offrande, le bouquet qu’abandonne le vent sur le seuil.
    Vl
    Couvre la mémoire de ton visage avec le masque de celle que tu seras et qui effraye la fillette que tu fus.
    Vll
    La nuit des deux se dispersa avec la brume. C’est la saison des aliments froids.
    Vlll
    Et la soif, mon souvenir est de soif, moi en bas, au fond, dans le puits, je buvais, je me souviens.
    lX
    Tomber comme un animal blessé dans le lieu qui allait être celui des révélations.
    X
    L’air de rien. De rien du tout. Bouche cousue. Paupières cousues. J’ai oublié.
    Au dedans le vent. Tout fermé et le vent dedans.
    (Trad: Colette)
     
    * Une poètesse que j'admire, qui me fascine aussi. Si vous avez oublié qui elle est, c'est ici
     
    Girl at the mirror, Norman Rockwell (1954)
     
     
     
    CAMINOS DEL ESPEJO, 1964
     
    Alejandra Pizarnik (La Piedra De La Locura)
    I
    Y sobre todo mirar con inocencia. Como si no pasara nada, lo cual es
    cierto.
    II
    Pero a ti quiero mirarte hasta que tu rostro se aleje de mi miedo como
    un pájaro del borde filoso de la noche.
    III
    Como una niña de tiza rosada en un muro muy viejo súbitamente
    borrada por la lluvia.
    IV
    Como cuando se abre una flor y revela el corazón que no tiene.
    V
    Todos los gestos de mi cuerpo y de mi voz para hacer de mí la
    ofrenda, el ramo que abandona el viento en el umbral.
    VI
    Cubre la memoria de tu cara con la máscara de la que serás y asusta a
    la niña que fuiste.
    VII
    La noche de los dos se dispersó con la niebla. Es la estación de los
    alimentos fríos.
    VIII
    Y la sed, mi memoria es de la sed, yo abajo, en el fondo, en el pozo,
    yo bebía, recuerdo.
    IX
    Caer como un animal herido en el lugar que iba a ser de revelaciones.
    X
    Como quien no quiere la cosa. Ninguna cosa. Boca cosida. Párpados
    cosidos. Me olvidé. Adentro el viento. Todo cerrado y el viento
    adentro.
     

  • Au plus haut de nous-mêmes / En lo más alto de nosotros mismos

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    Sans aucun doute les épreuves d’athlétisme du moment ont-elles un rôle dans le choix de ce poème, mais surtout les encouragements reçus et donnés au long de ma vie .
     
    Sin ninguna duda las pruebas de atletismo del momento tienen algo que ver con la elección de este poema, pero sobre todo los ánimos recibidos y dados a lo largo de mi vida.
     
     
    DULCE CHACÓN (Madrid 1954-2003)

     

     
    La construction d’un rêve
     
    On a toujours le temps pour un rêve.
     
    Il est toujours temps de se laisser emporter
    par une passion qui nous entraîne vers le désir.
     
    Il est toujours possible de trouver la force
    nécessaire pour prendre son envol et se diriger vers
    le haut.
     
    Et c’est là, là seulement sur les hauteurs ,que
    nous pouvons déployer nos ailes de toute leur
    extension.
     
    Là seulement, au plus haut de nous-mêmes,
    au plus profond de nos inquiétudes,
    que nous pourrons écarter les bras, et voler.
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    Nafissatou Thiam saut en longueur
     
     
     

    LA CONSTRUCCIÓN DE UN SUEÑO

    Siempre hay tiempo para un sueño.
      Siempre es tiempo de dejarse llevar
    por una pasión que nos arrastre hacia el deseo.

    Siempre es posible encontrar la fuerza
    necesaria para alzar el vuelo y dirigirse hacia
    lo alto.

    Y es allí, y solo allí, en la altura, donde
    podemos desplegar nuestras alas en toda su
    extensión.

    Solo allí, en lo más alto de nosotros mismos,
    en lo más profundo de nuestras inquietudes,
    podremos separar los brazos, y volar.