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  • Premier poème de l'année / Primer poema del año

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    Une amie française m'a envoyé un joli recueil de poèmes de Jean-Pierre Siméon.
     
    Déjà son titre, “La nuit respire”, inspire. En voici un poème agréable à lire.
     
     
     
    Lettre aux gens très sages
     
    À Sarah
     
    Non il n’est pas fou
    celui qui parle au vent
    aux murs aux rues aux lampadaires
     
    à l’ombre du chat sur la fenêtre
    aux mains fragiles
    qui l’aiment et le connaissent
     
    Il n’est pas fou
    celui qui voit la mer
    dans son miroir
    et des chiens bleus
    dans les nuages
     
    Non le poète n’est pas fou
    il rêve il rêve
    et nous attend
    sous le manteau de son mystère
    au coeur du monde imaginé
     
    https://www.domestika.org/es/projects/257670-bioclimatic-house-espejo-del-mar
     
    Carta a gente muy buena
    Para Sarah
     
    No, no está loco
    el que le habla al viento
    a las paredes a las calles a las farolas
     
    a la sombra del gato en la ventana
    a las manos frágiles
    que le quieren y le conocen
    No está loco
    el que ve el mar
    en su espejo
    y perros azules
    en las nubes
     
    No, el poeta no está loco
    sueña sueña
    y nos espera
    bajo el abrigo de su misterio
    en el corazón del mundo imaginado
    (Trad: Colette)
     

  • Pieds nus / Descalzo

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    Ce poème m’a émue, m'a fait penser à ma très vieille amie, Margarita, qui est analphabète.
    Este poema me conmovió, me hizo pensar en mi amiga, muy mayor, Margarita, que es analfabeta.

    Antònia Vicens nació en Santanyí (Mallorca) en 1941. Es novelista y poeta.
    Née à Santanyí (Mallorca) en 1941, elle est romancière et poète.
    Sorolla, el viejo pescador

     
     
    Il avait toujours mal aux pieds
     
    Les pieds le faisaient toujours souffrir
    mon père.
    C’est en boitant qu’il parcourait tous les magasins de chaussure
    à la recherche de souliers confortables qui l’aideraient
    à supporter le poids de toutes les blessures
    déchirements et coupures
    que la mer lui avait faits.
    Il n’en trouva jamais. Il a dû s’en aller
    pieds nus avec sa montre et son couteau
    à couper le pain, à couper les larmes, dans la poche de la veste et
    la figure blanche comme l’écume des vagues
    tant de fois surfées.
     
    Toujours il me le disait:
    Je n’ai pas eu d’enfance.
     
    Il ne se l’ôtait pas de la tête:
    J’ai appris à écrire mon nom à la guerre
     
    Sifflaient les balles glissaient les étoiles
    de sang quand j’ai appris à écrire mon nom.
    Je ne voulais pas être un aide-maçon quelconque
     
    Et ma mère disait :
    C’est un bel homme. Dommage
    qu’il ne sache pas écrire. Toi
    tu dois aller à l’école Antonia.Tu
    ne dois pas être une ignorante comme ton père, ma fille.
     
    Et le bleu de ses yeux se répandait sur ses joues quand,
    diluvienne,
    elle pleurait son absence.
    (Traduction Colette) 
     
    Alexander Ignatius Roche, the old fisherman
     
    LOS PIES SIEMPRE LE DOLÍAN

    Los pies siempre le dolían
    a mi padre.
    Cojeando recorría todas las zapaterías
    buscando unos zapatos bastante cómodos que lo ayudaran
    a sobrellevar el peso de  todos los daños
    los desgarros y los cortes
    que el mar le había hecho.
    Nunca los encontró. Tuvo que marcharse
    descalzo con el reloj de pulsera y el cuchillo
    de rebanar pan de rebanar lágrimas en el bolsillo de la chaqueta y
    una cara blanca como la espuma de las olas
    que tantas veces montó.
     
    Me lo decía siempre:
    No tuve infancia.
     
    No se lo sacaba de la cabeza:
    Aprendí a escribir mi nombre en el frente.
     
    Chillaban balas se deslizaban estrellas
    de sangre cuando yo aprendía a escribir mi nombre.
    No quería ser un peón cualquiera.
     
    Y decía mi madre:
    Es un hombre apuesto. Lástima
    que no sepa escribir. Tú
    tienes que ir a la escuela Antònia. No
    tienes que ser un ignorante como tu padre hija.
     
    Y el azulete de los ojos se le esparcía por las mejillas cuando
    diluviana
    lloraba su ausencia.
     
    *

    Traducción de Carlos Vitale*

    L'original en catalan:

    ELS PEUS SEMPRE LI FEIEN MAL /// Els peus sempre li feien mal / al pare. / Ranquejant recorria totes les sabateries / cercant unes sabates prou còmodes que l’ajudessin / a dur el pes de tots els traus / els treps i els talls / que la mar li havia fet. / No les va trobar mai. Va haver d’anar-se’n / descalç amb el rellotge de polsera i el ganivet / de llescar pa de llescar llàgrimes dins la butxaca del gec i / una cara blanca com l’escuma de les ones / que tantes vegades va muntar. / M’ho deia sempre: / No vaig tenir infància. / No s’ho treia del cap: / Vaig aprendre a escriure el meu nom al front. / Giscaven bales lliscaven estrelles / de sang quan jo aprenia a escriure el meu nom. / No volia ser un peó qualsevol. / I deia la mare: / És un home plantós. Llàstima / que no sàpiga escriure. Tu / has d’anar a l’escola Antònia. No / has de ser una ignorant com ton pare filla. / I el blavet dels ulls se li escampava per les galtes quan / diluviana / plorava la seva absència.
     
     

     

     
     
  • Dans les livres / En los libros

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    Un autre poème de Cristina Peri Rossi; dans son style concis qui permet de tout imaginer...Bon week-end.
     
    Dédicace
     
    La litrature nous a séparés:
    tout ce que j’ai su de toi
    je l’ai appris dans les livres
    et à ce qui manquait,
    j’ai mis des mots.
    (Trad:Colette)

    José María Casanova Martínez-Pardo, Mujer leyendo constitucion-2.jpg

     

     
     
    Dedicatoria
    La literatura nos separó:
    todo lo que supe de ti
    lo aprendí en los libros
    y a lo que faltaba,
    yo le puse palabras.
     
     
    "Evohé" 1971
     
  • Quatre boules de cuir

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    L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
    Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
     
    L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
     
     
     
    Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
     
     
     
    Juste distance
     
    En amour, et dans la boxe
    tout est question de distance.
    Si tu t’approches trop je m’excite
    m’effraie
    m’obnubile        je dis des bêtises
    me mets à trembler
    mais si tu es loin
    je souffre deviens triste
    perds le sommeil
    et j’écris des poèmes.
     
    « Otra vez Eros 1994 »
    (Trad. Colette)
    Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
     
    Distancia justa

    En el amor, y en el boxeo
    todo es cuestión de distancia
    Si te acercas demasiado me excito
    me asusto
    me obnubilo               digo tonterías
    me echo a temblar
    pero si estás lejos
    sufro entristezco
    me desvelo
    y escribo poemas.


    "Otra vez eros" 1994
     
     
     
    Quelques références / Unas referencias
    Apollinaire terrible boxeur image calligramme

  • De solitude en noces / De soledad a bodas

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    Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

    Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

     
     
    Ida Vitale
     
    Gouttes
     
    Se blessent et se fondent-elles?
    Déjà elles ne sont plus la pluie.
    Coquines à la récré,
    petits chats d'un royaume transparent,
    elles courent, libres, sur vitres et rampes,
    seuils de leur limbe,
    elles se suivent, se poursuivent,
    peut-être vont-elles, de solitude en noces,
    se fondre et s'aimer.
    Imaginant une autre mort.
    (Trad:Colette)
     
     

    Gotas

     

    ¿Se hieren y se funden?
    Acaban de dejar de ser la lluvia.
    Traviesas en recreo,
    gatitos de un reino transparente,
    corren libres por vidrios y barandas,
    umbrales de su limbo,
    se siguen, se persiguen,
    quizá van, de soledad a bodas,
    a fundirse y amarse.
    Trasueñan otra muerte.
  • Dire sa chance / Decir su fortuna

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    Ida Vitale

    Vitale, ce nom lui va si bien! À 95 ans elle vient de recevoir un prix de plus, le Cervantes 2018. Cette poétesse Uruguayenne, vive d’esprit, a plus de 50 ans de « métier » derrière elle et, si elle a traduit Pirandelllo et Molière, Boris Vian, Simone de Beauvoir et Gaston Bachelard en espagnol, elle est avant tout poète.
    Une dame qu’on aimerait rencontrer, qui a connu l’exil, s’y est bien adaptée, a vécu longtemps au Mexique, au Texas puis est retournée dans son pays.
    (article en français ici).
     
    Acaban de darle el premio Cervantes. Tradujo a Pirandello y D’Annunzio, a Molière y Boris Vian, a Simone de Beauvoir y Gaston Bachelard. Escribió ensayos, prologó libros, publicó prosas . Pero Ida Vitale es, ante todo, poeta
     
    Chance
     
    Pendant des années, profiter de l’erreur
    et de sa correction,
    avoir pu parler, marcher libre,
    ne pas exister mutilée,
    entrer ou pas dans des églises,
    lire, écouter la musique chérie,
    être, de nuit comme de jour, un être.
    Ne pas être négociée en mariage,
    ni mesurée en chèvres,
    ni souffrir le contrôle de la famille
    ou la lapidation légale.
    Ne plus jamais défiler
    et ne pas admettre des mots
    qui mettent dans le sang
    des limailles de fer.

    Découvrir par toi-même
    un autre être imprévu
    dans le pont du regard.

    Être humain et femme, ni plus ni moins.
     
    (Trad:Colette) 
    Petrona Viera El cuentito
     
    Nous avions déjà rencontré cette intéressante artiste Uruguayenne  dans ce billet au sujet du Planismo.
     
     
    Fortuna
     
    Por años, disfrutar del error
    y de su enmienda,
    haber podido hablar, caminar libre,
    no existir mutilada,
    no entrar o sí en iglesias,
    leer, oír la música querida,
    ser en la noche un ser como en el día.
    No ser casada en un negocio,
    medida en cabras,
    sufrir gobierno de parientes
    o legal lapidación.
    No desfilar ya nunca
    y no admitir palabras
    que pongan en la sangre
    limaduras de hierro.
    Descubrir por ti misma
    otro ser no previsto
    en el puente de la mirada.
    Ser humano y mujer, ni más ni menos.
     
  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     

  • Désorientation / Desorientación

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    Silvia Baron Supervielle, vous vous en souvenez? Nous en avions parlé et lu certains poèmes en 2014.

    Avant deux poèmes, courts comme tous ses poèmes en français, je vous remets en mémoire ses propres mots:


    -" J'écrivais des poèmes et des contes en espagnol, mais je ne pensais pas sérieusement à écrire. J'ai pas mal tardé à changer de langue. Pour faire plaisir à mes amis, qui voulaient lire quelque chose de moi, j'ai essayé de me traduire, mais c'était de longs poèmes, parfois des sonnets. Alors je me suis mise à écrire en français. Ça m'a beaucoup plu, je voyais les choses d'une autre façon. J'avais peur de cette nouvelle langue et je soupçonne que c'est pour cela que j'ai écrit des poèmes courts. Ce fut la révélation d'un style et avec lui, d'un univers. Ces poèmes me rendaient mon image, la solitude dans laquelle je me trouvais. L'idée me vint que je pouvais être écrivaine. Pas parce que mes poèmes étaient en français mais parce qu'ils étaient dans une autre langue. Les mots étaient lointains. La désorientation me convenait."
    S. Baron Supervielle



    "–Yo escribía poemas y cuentos en español, pero no pensaba seriamente en escribir. Tardé bastante en cambiar de lenguaje. Por complacer amigos, que querían leer algo mío, traté de traducirme, pero eran poemas largos, a veces sonetos. Entonces me puse a escribir en francés. Me gustó mucho, veía las cosas de otra manera. Le temía a la nueva lengua y sospecho que por ello escribí poemas breves. Fue la revelación de un estilo y con él, de un universo. Esos poemas me devolvían mi imagen, la soledad en la que estaba. Me vino la idea que podía ser una escritora. No porque mis poemas estuvieran en francés sino porque estaban en otra lengua. Las palabras estaban lejos. La desorientación me convenía."

    Essais pour un espace
    (extrait)


    que personne
    ne ferme mes
    paupières
     
    je veux te
    voir déranger
    l’éternité
     
     
     
    que nadie
    me cierre
    los párpados
     
    quiero
    verte molestar
    la eternidad



    fresque, flûtiste



    le flûtiste
    de l’espace
    se promène
    en scrutant
    l’accord
    disparu

    (Dans “Sur le fleuve”) 


                     el flautista

                     del espacio
                     se pasea
                     oteando
                     el acorde
                    desvanecido
     
      (trad: Colette)


    Sur le magnifique site Terres de Femmes, un court texte de S.B.Supervielle: https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2005/04/silvia_baron_su.html
     
  • En blanc / En blanco

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    Que faire quand l’inspiration se fait rare? 
     
    Mario Benedetti (Uruguay) m’a fait rire, voyez plutôt.




    Page blanche   Mario Benedetti

     

     

    Je suis descendu au marché
     
    et j'ai rapporté
     
    tomates journaux averses
     
    endives et envies
     
    gambas croupes et amen
     
    farine monosyllabes jerez
     
    instantanés éternuements riz
     
    artichauts et cris
     
    rarissimes silences
     
     

    page blanche
     
    voilà, je te laisse tout
     
    fais-en ce que tu veux
     
    débrouille-toi
     
    ou du moins organise-toi
     
     

    moi je ferai une sieste
     
    pourvu que tu m’éveilles
     
    avec une chose originale
     
    et suggestive
     
    afin que je la signe

     
     (Trad: Colette)
    Sleeping on a bench, Merle Citron
     


    Página en blanco   Mario Benedetti
     
     
    Bajé al mercado
    y traje
    tomates diarios aguaceros
    endivias y envidias
    gambas grupas y amenes
    harina monosílabos jerez
    instantáneas estornudos arroz
    alcachofas y gritos
    rarísimos silencios
     
    página en blanco
    aquí te dejo todo
    haz lo que quieras
    espabílate
    o por lo menos organízate
     
     
    yo me echaré una siesta
    ojalá me despiertes
    con algo original
    y sugestivo
    para que yo lo firme
  • J.L. Borges y Mallorca

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    J.L. Borges avait 20 et 21 ans quand, avec sa famille, il passa plusieurs mois à Mallorca. Séjours où il participa à un cercle littéraire, fit de nombreuses rencontres, se promena près de Valldemossa, fréquenta des maisons closes, passa des heures à la plage, bref, vécut la vie d’un jeune homme, émerveillé, de l’époque.
    J.L Borges tenía 20 y 21 años cuando, con su familia, hizo dos estancias de varios meses en Mallorca. Estancias en las cuales formó parte de un circulo literario, se encontró con mucha gente, se paseó por Valldemossa, visitó casas de citas, paseó horas por la playa, en fin, vivió la vida de un muchacho, maravillado, de la época.
     
    JL Borges 21 años (foto Wiki)
     
    Je vous traduis la première phrase d’un poème en prose, écrit par lui, et qui s’intitule “Mallorca”
    Majorque est un endroit semblable au bonheur, apte pour y être heureux, apte au scénario du bonheur, et moi - comme tant d’insulaires et d’étrangers- je n’ai presque jamais possédé la veine du bonheur qu’il faut porter en soi pour se sentir un spectateur digne (et non honteux) de tant de clarté de beauté.(...)*
     
    Poema en prosa escrito por él:
    Mallorca es un lugar parecido a la felicidad, apto para en él ser
    dichoso, apto para escenario de dicha, y yo -como tantos isleños y forasteros- 
    no he poseído casi nunca el caudal de felicidad que uno
    debe llevar adentro para sentirse espectador digno (y no avergonzado)
    de tanta claridad de belleza.(...)*

    Le monument qui l’avait le plus impressionné, on le comprend , est la cathédrale de Palma à qui il a dédié de court poème de jeunesse.
    El monumento que mas le impresionó, es comprensible, es la catedral de Palma a la cual dedicó este corto poema de juventud.
     

     

     
    Les vagues à genoux
    Les muscles du vent
    Les tours verticales comme des monolithes
    La cathédrale suspendue d’une étoile
    La cathédrale qui est une immense meule
    Avec des épis de prières
    Loin
    Loin
    Les mâts esquissaient des horizons
    Et sur les plages innocentes
    Les vagues neuves chantent les matines
    La cathédrale est un avion de pierre
    Qui lutte pour rompre mille amarres
    Qui l’emprisonnent
    La cathédrale sonore comme un applaudissement
    Ou comme un baiser
     
    (Trad: Colette)

     


     

     

    Las olas de rodillas
    Los músculos del viento
    Las torres verticales como goitos
    La catedral colgada de un lucero
    La catedral que es una inmensa parva
    Con espigas de rezos
    Lejos
    Lejos
    Los mástiles hilvanaban horizontes
    Y en las playas ingenuas
    Las olas nuevas cantan los maitines
    La catedral es un avión de piedra
    Que puja por romper las mil amarras
    Que lo encarcelan
    La catedral sonora como un aplauso
    O como un beso
     
    *
    JORGE LUIS BORGES
    (El Dia, Palma de Mallorca, 21-XI-1926.)
     
  • Immenses espérances / Inmensas esperanzas

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    Parfois je suis lasse de toutes les injonctions à vivre le moment présent; j’ai donc fort apprécié ce poème où demain offre de l’espoir, où demain est coloré et sensuel.
     
     
    Demain Pedro Salinas
     
    "Demain" Le mot allait, délié, vacant,
    sans poids dans le vent,
    si dénué d'âme et de corps,
    de couleur, de baiser,
    que je l'ai laissé passer
    près de moi aujourd'hui.
     
    Mais soudain toi
    tu as dit : "Moi, demain..."
    Et tout se peuple
    de chair et de bannières.
    Sur moi se précipitaient
    les promesses
    aux six cents couleurs,
    avec des robes à la mode,
    nues, mais toutes
    chargées de caresses.
     
    En train ou en gazelles
    m'arrivaient -aigus,
    sons de violons-
    des espoirs ténus
    de bouches virginales.
    Ou rapides et grandes
    comme des navires, de loin, comme des baleines
    depuis des mers distantes,
    d'immenses espérances
    d'un amour sans final.
     
    Demain ! Quel mot
    vibrant, tendu
    d'âme et de chair rose,
    corde de l'arc
    où tu posas, si effilée,
    arme de vingt années,
    la flèche la plus sûre
    lorsque tu dis : "Moi...."
     
    Recueil “La voix qui t'est due”
    Traduction Bernard Sesé
    La tête à l'envers
     
     
    Mañana
     
    «Mañana». La palabra
    iba suelta, vacante,
    ingrávida, en el aire,
    tan sin alma y sin cuerpo,
    tan sin color ni beso,
    que la dejé pasar
    por mi lado, en mi hoy.

    Pero de pronto tú
    dijiste: «Yo, mañana...»
    Y todo se pobló
    de carne y de banderas.
    Se me precipitaban
    encima las promesas
    de seiscientos colores,
    con vestidos de moda,
    desnudas, pero todas
    cargadas de caricias. 

    En trenes o en gacelas
    me llegaban -agudas,
    sones de violines-
    esperanzas delgadas
    de bocas virginales.
    O veloces y grandes
    como buques, de lejos,
    como ballenas
    desde mares distantes,
    inmensas esperanzas
    de un amor sin final. 

    ¡Mañana! Qué palabra
    toda vibrante, tensa
    de alma y carne rosada,
    cuerda del arco donde
    tú pusiste, agudísima,
    arma de veinte años,
    la flecha más segura
    cuando dijiste: «Yo...»

  • Temps d'île / Tiempo de isla

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    Pas d'illustration accompagnant le poème d'aujourd'hui; à la lecture les images surgissent des mots, du moins dans ma tête.

     Un court recueil de Pedro Salinas “La mer lumière” reçu par la poste. Version bilingue, magnifique traduction.

     

    Temps d’île
     
    Pedro Salinas
     
    1
    Qui m’appelle de la voix
    d’un oiseau qui crie?

    Quel amour m’aime, quel amour
    m’invente des caresses,

    caché entre deux airs,
    simulant la brise?

    Le palmier, qui l’a mis
    - celui qui me rafraîchit

    avec des souffles d’ombres et de soleil -
    là où moi je le souhaitais?

    Le sable, qui l’a lissé,
    si lisse, si lisse,

    pour qu’en traits infiniment légers
    la main m’écrive,

    sur une amante que je n’ai jamais vue,
    sur une amante cachée,

    parmi la pudeur de l’écume,
    messages d’ondines?

    Pourquoi me donne-t-on tant de bleu
    sans que je le demande,

    le ciel qui l’invente,
    la mer, qui l’imite?

    Quel est le Dieu qui au huitième jour
    m’a tracé cette île,

    commerce de beautés,
    bourse sans cupidité?

    Ici, terre, ciel et mer,
    vendant

    écume. sable, soleil, nuage,
    trafiquent allègrement;

    sans fraude ils s’enrichissent,
    - des gains très purs -,

    pour des aurores ils donnent des astres,
    ils échangent des merveilles.

    Le temps des îles: on le compte
    avec des chiffres magiques;

    l’heure n’a plus de minutes:
    soixante délices;

    avril passe tel trente soleils,
    et un jour est un jour.

    Qui en emportant les angoisses,
    a donné forme au bonheur?
     
     
     
    Recueil: La mer lumière, Pedro Salinas. PUF Blaise Pascal.
    Traduction Bernadette Hidalgo Bachs.
     
     
    TIEMPO DE ISLA  Pedro Salinas
    1
    ¿Quién me llama por la voz
    de un ave que pía?

    ¿Qué amor me quiere, qué amor
    me inventa caricias,
     
    escondido entre dos aires,
    fingiéndose brisa?
     
    La palmera, ¿quién la ha puesto
    la que me abanica
     
    con soplos de sombra y sol—
    donde yo quería?
     
    La arena, ¿quién la ha alisado,
    tan lisa, tan lisa,
     
    para que en rasgos levísimos
    la mano me escriba,
     
    de amante que nunca he visto,
    de amante escondida,
     
    entre pudores de espuma,
    mensajes de ondina?
     
    ¿Por qué me dan tanto azul,
    sin que se lo pida,
     
    el cielo que se lo inventa,
    el mar, que lo imita?
     
    ¿Cuál fue el dios qué un día octavo
    me trazó esta isla,
     
    trocadero de hermosuras,
    lonja sin codicia?
     
    Aquí tierra, cielo y mar,
    en mercaderías
     
    de espuma, arena, sol, nube,
    felices trafican;
     
    sin engaño se enriquecen,
    ganancias purísimas—,
     
    luceros dan por auroras,
    cambian maravillas.
     
    Tiempo de isla: se cuenta
    por mágicas cifras;
     
    la hora no tiene minutos:
    sesenta delicias;
     
    pasa abril en treinta soles,
    y un día es un día.
     
    ¿Quién, llevándose congojas,
    dio forma a la dicha?

     

     

  • Paroles et silences II / Palabras y silencios II

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    Parmi les nombreux poèmes de Roberto Juarroz parlant du silence dans "Poésie Verticale", j’ai choisi celui-ci qui aborde les variétés de silences.
     
    L’illustration est d’un photographe hollandais, Teun Hocks. Chacune de ses photos raconte, dénonce, illustre un propos. Intéressant, très. Découvrez-le ici
     
    Teun Hocks (Cosmic surroundings)    
     
    La hauteur de l'homme n'est pas la hauteur de la pluie,

    mais son regard va plus loin que les nuages.” R. Juarroz

    "La altura del hombre no es la altura de la lluvia,

     pero su mirada suele ir más allá de las nubes"

     
    Le silence qui subsiste entre deux mots
    Le silence qui subsiste entre deux mots
    n'est pas identique au silence qui entoure une tête qui tombe,
    ni à celui qui nimbe la présence de l'arbre
    quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.

    De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
    chaque silence a un registre et une profondeur.
    Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
    et ce n'est pas la même chose de taire un nom ou d’en taire un autre.
     
    Il existe un alphabet du silence,
    mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
    La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
    plus peut-être que le lecteur.

    Dans « Poésie verticale » (traduction, légèrement modifiée par moi, trouvée sans nom du traducteur, hélas)


    El silencio que queda entre dos palabras


    El silencio que queda entre dos palabras
    no es el mismo silencio que envuelve una cabeza cuando cae,
    ni tampoco el que estampa la presencia del árbol
    cuando se apaga el incendio vespertino del viento.

    Así como cada voz tiene un timbre y una altura,
    cada silencio tiene un registro y una profundidad.
    El silencio de un hombre es distinto del silencio de otro
    y no es lo mismo callar un nombre que callar otro nombre.

    Existe un alfabeto del silencio,
    pero no nos han enseñado a deletrearlo.
    Sin embargo, la lectura del silencio es la única durable,
    tal vez más que el lector.
     
  • Paroles et silences 1 / Palabras y silencios 1

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    " Il ne s'agit pas de parler, il ne s’agit pas de se taire: il s'agit d'ouvrir quelque chose entre la parole et le silence."

    "No se trata de hablar, no se trata de callar: se trata de abrir algo entre la palabra y el silencio."

    Roberto Juarroz 

     

    Dans son recueil Poesía vertical R. Juarroz explore encore et encore la relation entre notre Être, les silences et les paroles (ou mots).

    Je vous propose quelques billets sur ces thèmes, des poèmes pas toujours aisés mais si profonds.

     
    Pep Coll (Palma 1959) Arc III

     

     
    Se taire peut être une musique,
    une mélodie différente,
    qui se brode en fils d'absence
    sur l'envers d'un étrange tissu.
    L'imagination est la véritable histoire du monde.
    La lumière fait pression vers le bas.
    La vie se répand soudain par un fil en suspens.


    Se taire peut être une musique
    ou le vide aussi,
    puisque parler c’est le couvrir.
    Ou se taire est peut-être
    la musique du vide

    (Trad: Colette)


    Ce recueil, Poésie Verticale, est traduit en français, je ne le possède pas, mais si après quelques poèmes vous aimez...


    Callar puede ser una música,
    una melodía diferente,
    que se borda con hilos de ausencia
    sobre el revés de un extraño tejido.
    La imaginación es la verdadera historia del mundo.
    La luz presiona hacia abajo.
    La vida se derrama de pronto por un hilo suelto.

    Callar puede ser una música
    o también el vacío
    ya que hablar es taparlo.
    O callar puede ser tal vez
    la música del vacío.

     

  • Moudre les instants / Moler los instantes

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    Peut-être parce que l’été ici tout est immobile - l’air chaud, le ciel sans nuages, la nature figée – ai-je choisi un autre poème “qui tourne”. Cette fois c’est un moulin, non non pas celui de Don Quichotte!, nous sommes au Chili avec le poète surréaliste Vicente Huidobro.

     
     

     

    http://www.urbansketchers.org/2014/11/by-marc-taro-holmes-in-montreal-qc-ca.html
     

     

     
    Moulin, Vicente Huidobro.
     
    Plus qu’un âne, le vent est patient.
     
    Tourne tourne tourne
    Moulin qui moud les heures
    Bientôt arrivera le printemps
    Et tes ailes seront couvertes de fleurs
     
    Tourne tourne tourne
    Moulin qui moud les jours
    Bientôt arrivera l’été
    Et tu auras des fruits sur ta tour
     
    Tourne, tourne tourne
    Moulin qui moud les mois
    Bientôt viendra l’automne
    Et tu seras triste sur ta croix
     
    Tourne tourne tourne
    Moulin broyeur d’années
    Bientôt viendra l’hiver
    Et tes larmes gèleront
     
    Voici le vrai moulin
    N’oubliez jamais sa chanson
    ll fait la pluie et le beau temps
    Il fait les quatre saisons
     
    Moulin de mort, moulin de vie
    Mouds les instants comme une montre
    Eux aussi sont des grains Moulin de la mélancolie
    Farine du temps qui rendra nos cheveux blancs.
    (Trad: Colette)
     
     
     
     
    Molino V. Huidobro
     
    El viento más que un asno es paciente.
     
    Gira gira gira
    Molino que mueles las horas
    Pronto será la primavera
    Y tendrás tus alas cubiertas de flores
     
    Gira gira gira
    Molino que mueles los días
    Pronto será el estío
    Y tendrás frutos en tu torre
     
    Gira gira gira
    Molino que mueles los meses
    Pronto vendrá el otoño
    Y estarás triste en tu cruz
     
    Gira gira gira
    Molino moledor de años
    Pronto vendrá el invierno
    Y se helarán tus lágrimas
     
    He aquí el verdadero molino
    No olvidéis jamás su canción
    Él hace llover y hace el buen tiempo
    Él hace las cuatro estaciones
     
    Molino de la muerte Molino de la vida
    Muele los instantes como un reloj
    Éstos también son granos Molino de la melancolía
    Harina del tiempo que pondrá nuestros cabellos blancos.
     
    Vicente Huidobro (Chileno)
    Paris,1922