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  • La lisière des mots / La linde de las palabras

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    LISIÈRES
    (extrait)


    Quand trop de voix familières
    jonchaient le bas-côté des jours
    j’écrivais
    pour détourner le temps
    prendre le pouls de la mémoire
    dans le ravissement d’un arrêt sur image.

    Mais déjà le chemin s’effaçait
    à la lisière des mots

    et l’on n’entendait plus que des voix
    indistinctes
    rudes comme la rouille
    des faux abandonnées

    et l’image n’était plus
    qu’un obscur reflet
    qui à tout moment
    pouvait blesser la lumière.
     
     
     
     
     Irène Dubœuf, « Lisières » in Effacement des seuils, éditions Unicité, 2019, page 45. 
     
    Poème et références trouvés sur le blog Terres de Femmes:
    https://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2019/12/ir%C3%A8ne-dub%C5%93uf-lisi%C3%A8res.html 
     
     
    Vicente Verdú
     
     
     
     
    Orillas
    (Extracto)
     
    Cuando demasiadas voces familiares
    cubrían el arcén de los días
    escribía
    para desviar el tiempo
    para tomar el pulso de la memoria
    en el encanto de un estudio minucioso.
     
    Pero el camino ya se borraba
    en la linde de la palabras
     
    y ya sólo se oían voces
    indistintas
    rugoso como el óxido
    de las hoces abandonadas
     
    y la imagen ya no era más
    que un oscuro reflejo
    que en cualquier momento
    podía herir la luz.
     
    (Traducción Colette)

  • Une fleur sans épines / Una flor sin espinas

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    Les longues soirées devant la cheminée, ce vague à l’âme qui peut nous envahir en laissant notre regard se perdre dans les flammes...et ce poème que j'ai lu un soir.
    Il est de Claribel Alegría, (Nicaragua, 1924-2018) nous l'avons déjà rencontrée sur ce blog; son nom m'a toujours enchantée.


     Évoquant des souvenirs
     
    Évoquant des souvenirs
    j’ai trouvé le tien.
    Il ne faisait pas mal.
    Je l’ai sorti de son étui,
    j’ai secoué ses racines
    dans le vent,
    je l’ai mis à contre-jour:
    C’était un cristal poli
    qui reflétait des poissons de couleurs,
    une fleur sans épines
    qui ne brûlait pas.
    Je l’ai jeté contre le mur
    et la sirène de mon alarme a sonné.
    Qui a éteint son feu?
    Qui a usé le fil
    de mon souvenir-lance
    que j’aimais tant?
     
    (Trad: Colette)

     

     
    In memoriam, Enrique Grau 1990, Colombia
     
     
     
    Barajando recuerdos
     
    Barajando recuerdos
    me encontré con el tuyo.
    No dolía.
    Lo saqué de su estuche,
    sacudí sus raíces
    en el viento,
    lo puse a contraluz:
    Era un cristal pulido
    reflejando peces de colores,
    una flor sin espinas
    que no ardía.
    Lo arrojé contra el muro
    y sonó la sirena de mi alarma.
    ¿Quién apagó su lumbre?
    ¿Quién le quitó su filo
    a mi recuerdo-lanza
    que yo amaba?
  • Ils brisent le mythe de la mort / Rompen el mito de la muerte

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    Les plus vieux / Los más viejos

    Rafael Felipe Oteriño (Argentina 1945)

    Acostumbrados a caminar por la sombra,
    los más viejos tienen conductas extravagantes:
    van al mercado, cultivan flores,
    como si la muerte no fuera un telón sino un reto
     

    Habitués à marcher dans l'ombre

    les plus âgés ont des conduites extravagantes:

    ils vont au marché, cultivent des fleurs,
    comme si la mort n'était pas un rideau mais un défi.


    Guardan la moneda de hoy para el concierto de mañana,
    anotan, con tinta gruesa, los números de teléfono,
    mantienen una conversación con los difuntos,
    disimulando las ofensas para que no parezcan excesivas.
     
    Ils gardent la monnaie d'aujourd'hui pour le concert de demain,
    ils notent, à l'encre épaisse, les numéros de téléphone,
    entretiennent des conversations avec les défunts,
    et dissimulent les offenses pour qu'elles ne semblent pas excessives.
     

    Adolf Humborg (1847-1921)
     
    Dicen que fueron felices,
    aunque las pruebas demuestran lo contrario,
    hablan de los hijos como si los vieran a diario,
    comienzan un tejido y aprenden computación.
     
    Ils disent qu'ils furent heureux,
    bien que les preuves démontrent le contraire,
    parlent des enfants comme s'ils les voyaient tous les jours,
    commencent un tricot et apprennent l'informatique.
     
    No hay en ellos señales de alarma
    ni sueños malos que los persigan,
    no se sienten hostigados ni piden auxilio,
    sus relojes no marcan las horas a menos que se rompan.
     
    En eux pas de signaux d'alarme
    ni de mauvais rêves qui les poursuivent,
    ils ne se sentent pas harcelés et ne demandent pas d'aide,
    à moins de se rompre, leurs montres ne marquent pas les heures.

     
    Cecilio Pla y Gallardo / Hombre en la playa

    Maestros de lo improbable,
    pasan muchas horas con las ventanas abiertas,
    están y no están en sus sillas caldeadas, son y no son.
     
    Maîtres de l'improbable,
    ils passent de nombreuses heures les fenêtres ouvertes,
    ils sont et ne sont pas sur leurs chaises chaudes, ils sont et ne sont pas.


    Barren la vereda como si nada estuviera a punto de estallar,
    como si los cuatro puntos cardinales
    no se hubieran fundido, para ellos, en uno solo.
     
    Ils balayent le trottoir comme si rien n'était sur le point d'exploser
    comme si les quatre points cardinaux
    pour eux ne s'étaient pas fondus en un seul.

    Rompen el mito de la muerte,
    sumando un anillo más al árbol que los cobija.
    Dicen que fueron felices.
     
    Ils brisent le mythe de la mort,
    ajoutant un anneau de plus à l'arbre qui les abrite.
    Ils disent qu'ils furent heureux.

    Rafael Felipe Oteriño (La Plata, 1945), Viento extranjero,

    Trad:Colette
     

  • Le pont de la nuit / El puente de la noche

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    Juan Ramón Jiménez, peut-être vous souvenez-vous de lui

     Oublier un peu, rien , trop... ah si nous pouvions décider, être les maîtres de nos mémoires!
     
     
    No os lo tengo que presentar, y ya publiqué varios poemas de él
    ¿Recordar y olvidar. Olvidar un poco, nada, demasiado...¡si pudiéramos decidir y ser dueños de nuestras memorias!
     
    Je vous souhaite une bonne semaine. ¡Qué paséis una buena semana!
     
    Oswaldo Guayasamín 1919-1999 Ecuador*
     
    La mémoire
    Juan Ramón Jiménez
     
    Quelle tristesse voir passer
    le débit de chaque jour
    (tours en haut et en bas!),
    par le pont de la nuit
    (tours en bas et en haut),
    vers le soleil du lendemain!
    Qui saurait
    laisser sa cape, content,
    dans les mains du passé;
    ne plus regarder ce qui fut;
    entrer de front et ravi,
    tout nu, dans la libre
    allégresse du présent!
    (Trad Colette)
     
     
    La memoria
    JR Jiménez
     
    ¡Qué tristeza este pasar
    el caudal de cada día
    (¡vueltas arriba y abajo!),
    por el puente de la noche
    (¡vueltas abajo y arriba!),
    al otro sol!
    ¡Quién supiera
    dejar el manto, contento,
    en las manos del pasado;
    no mirar más lo que fue;
    entrar de frente y gustoso,
    todo desnudo, en la libre
    alegría del presente!
     
     
  • Au centre du cri / En el centro del grito

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    Il est des animaux aimés, et d’autres qui, souvent à cause de leur laideur, provoquent en nous, et de façon irraisonnée, peur, dégoût voire terreur.
    Voici un poème très visuel, surprenant, de la poète, romancière et essayiste Mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974).
     
    Hay animales queridos, y otros que, a menudo por su fealdad, nos provocan , de manera irracional, miedo, aversión incluso pánico.
    Hoy un poema muy visual, sorprendente, de la poeta, ensayista, novelista Mejicana Rosario Castellanos (1925-1974).
     
     

     
    La soirée du crapaud
     
    Assis dans l’ombre
    -solennel avec ton goitre exophtalmique; cruel
    (en apparence, du moins, dû au gonflement
    des paupières); froid,
    froid répulsif de sang froid.
     
    Assis dans l’ombre tu regardes brûler la lampe.
     
    Autour de la lampe nous parlons et peut-être
    L’un de nous dit ton nom.
     
    (En septembre. Il a plu)
     
    Comme mû par le ressort de la surprise, tu sautes
    Et te voilà, au milieu de la conversation,
    Au centre du cri.
     
    Quelle peur en sentant palpiter
    le cœur nu
    de la nuit à la campagne!
     
    (Trad: Colette)
     
     
     
    La velada del sapo
     
    Sentadito en la sombra
    -solemne con tu bocio exoftálmico; cruel
    (en apariencia, al menos, debido a la hinchazón
    de los párpados); frío,
    frío de repulsiva sangre fría.

    Sentadito en la sombra miras arder la lámpara

    En torno de la luz hablamos y quizá
    Uno dice tu nombre.

    (En septiembre. Ha llovido)

    Como por el resorte de la sorpresa, saltas
    Y aquí estás ya, en medio de la conversación,
    En el centro del grito.

    ¡Con qué miedo sentimos palpitar
    el corazón desnudo
    de la noche en el campo!
  • Caresser un souvenir / Acariciar un recuerdo

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    Delmira Agustini
    Uruguay, Montevideo 1886-1914
    https://www.perfil.com/noticias/cultura/8m-dia-mujer-delmira-agustini-poeta-uruguaya-victima-femicidio.phtml
     
    Au dos du recueil de poèmes “Les calices vides” ceci:
    À la fois “fleur d’innocence”, sculptrice de l’amant imaginaire, femme fatale, Delmira Agustini, poète uruguayenne lyrique, féministe et moderniste appartenant à la Génération de 1900 , décrit l’Amour et sa passion démesurée dans son troisième recueil Les calices vides (1913) dédié à Éros et traduit en français par la poète Monique-Marie Ihry.”
     
    Je vous l’ai écrit la semaine dernière, je ne connaissais pas Delmira. Une vie très courte dont je vous reparlerai la semaine prochaine car je suis tombée quasiment amoureuse de cette jeune femme.
    Voici la première partie d’un long poème.

     

     
    Pour tes mains
     
       Mains faites Vie,
    Mains faites rêve;
    Qui avez donné toute la beauté,
    Que toute la beauté vous ont donné;
    Aussi vivantes que deux âmes,
    Aussi blanches que la mort,
    Aussi douces que l’on croirait
    Caresser un souvenir;
    Calices des élixirs,
    Filtres et venins;
    Mains qui me comblèrent,
    Mains qui me firent peur!
    De vos doigts vous avez pris
    La fleur ardente de mon corps…
    Mains parées
    Du rubis de mon désir,
    De la perle de ma tristesse,
    Et du diamant de mon baiser:
    Emportez dans la fosse-même
    Un pétale de mon corps!
    Mains faites Vie,
    Mains faites Rêves.
     
    (…)
     
    Traduction: Monique-Marie Ihry
    Avec l’aimable autorisation de Cap de l’Étang Éditions, http://www.capdeletang.com.
     
     
     
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño;
    Que disteis toda belleza
    Que toda belleza os dieron;
    Tan vivas como dos almas,
    Tan blancas como de muerto,
    Tan suaves que se diría
    Acariciar un recuerdo;
    Vasos de los elixires
    Los filtros y los venenos;
    ¡Manos que me disteis gloria
    Manos que me disteis miedo!
    Con finos dedos tomasteis
    La ardiente flor de mi cuerpo...
    Manos que vais enjoyadas
    Del rubí de mi deseo,
    La perla de mi tristeza,
    Y el diamante de mi beso:
    ¡Llevad a la fosa misma
    Un pétalo de mi cuerpo!
    Manos que sois de la Vida,
    Manos que sois del Ensueño.
     
    (...)
  • Un coup de vent / Un golpe de viento

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    Vous le savez, il y a au moins une dizaine d’années que je publie (principalement) des poèmes espagnols et sud-américains. La plupart du temps je les traduis moi-même. Avec beaucoup de travail et... plus ou moins de succès:-))
    Il y a peu un éditeur Français m’a écrit  pour me demander si cela m’intéressait qu’il m’envoie gracieusement deux recueils de poésie traduits en français, un d’Alfonsina Storni, une Argentine déjà présentée ici et puis un autre de l'Uruguayenne Delmira Agustini. Je ne connaissais cette dernière que de nom.
    Très vite ils sont arrivés chez moi. Joliment présentés avec une introduction de la traductrice, Monique-Marie IHRY et de nombreux poèmes bilingues.
    Un tout grand merci à Monsieur Bruno SALGUES, directeur de la maison d’édition Cap de l’Étang, et à la traductrice.
     
     
    Le recueil d’Alfonsina Storni s’appelle Langueur.
    .
     
    LA BEAUTÉ

    Alfonsina Storni
     
    Les enfants m’entourent
    Et j’entre dans leurs âmes.
    J’y pénètre et j’ai peur:
    L’esprit humain est mauvais.
    Une phrase mord; un regard
    Est lancé de travers.
    Je suffoque d’amertume.
     
    Un coup de vent ouvre
    La fenêtre fermée:
    Le bleu limpide du ciel
    Me blesse le regard
    Et cette vision m’épuise…
     
    Des mains invisibles
    Me libèrent l’âme
    À nouveau; à nouveau
    Je crois en quelque chose: mon
    Amertume s’apaise, et de nouveau
    Je dis, sans le comprendre:
                                            merci!
     
    Traduction: Monique-Marie IHRY, éditions Cap de l’Étang, https://capdeletang.com/, Langueur, p.99.
    Joaquin Sorolla verano, 1904
     
    LA BELLEZA 
    Alfonsina Storni

    Me rodean los niños
    Y penetro sus almas.
    Ahondo y tengo miedo:
    La pasta humana es mala.
    Muerde una frase; viene
    Al sesgo una mirada.
    Me ahogo de amargura.

    La cerrada ventana
    Abre un golpe de viento:

    Me hiere la mirada
    El limpio azul del cielo
    Y esta visión me lava..

    Manos que yo no veo
    El alma me desatan
    De nuevo; nuevamente
    Creo en algo; se aplaca
    Mi amargura, y de nuevo.
    Digo, sin entenderlo:
                                              ¡ gracias !
     
    Dans le prochain billet nous ferons la connaissance de Delmira Agustini.

  • Quand tu dors.../ Cuando duermes...

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    Roberto Juarroz (1925-1995)

    Quand tu dors
    ta main me transmet inopinément une caresse.
    Quelle zone de toi l’a formée,
    quelle région autonome de l’amour,
    quelle partie réservée à la rencontre ?
    Quand tu dors
    je te redécouvre.
    Et je voudrais m’en aller avec toi
    au lieu d’où vient cette caresse.
    *
    – Poésie verticale  – Traduit de l’espagnol par Roger Munier.
     
    Kokoschka, la novia del viento / La fiancée du vent

    Mientras duermes
    tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
    ¿Qué zona tuya la ha creado,
    qué autónoma región del amor,
    qué parte reservada del encuentro?
    Mientras duermes
    te conozco de nuevo.
    Y quisiera irme contigo
    al lugar donde nació esa caricia.

     

    Poesía vertical
  • D'exil en exil / De exilio en exilio

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    Suite et fin de la vie de Rafael Alberti.

    Nous avons laissé le poète lors de son inscription au parti communiste et de son engagement républicain pendant la Guerre civile. Les choses empirent, son ami Federica Garcia Lorca est assassiné. Il écrit plusieurs poèmes en son hommage. En voici un.


    A Federico Garcia Lorca
    Poète de Grenade.
       Automne 1924
     
    Cette nuit où le poignard du vent 
    sabre le cadavre de l’été,
    j’ai vu dans ma chambre se dessiner
    ton visage brun au profil gitan.
     
    La plaine fleurie. Les fleuves, cimeterres
    rougis par le sang virginal des fleurs.
    Lauriers-roses. Cabanes. Prairies.
     
    Dans la sierra, quarante brigands.
     
    Tu t’es réveillé à l’ombre d’un olivier,
    avec près de toi la fleur des comptines.
    Ton âme de terre et brise, captive…
     
    Abandonnant, très doux, ses autels,
    l’ange des chants populaires a brûlé
    devant toi une anémone votive.
    (Trad: Colette)
     
    Rafel Aberti et F. Garcia Lorca

               
     
    A FEDERICO GARCÍA LORCA,
    POETA DE GRANADA
    (1924)
    1
    (OTOÑO)
    En esta noche en que el puñal del viento
    acuchilla el cadáver del verano,
    yo he visto dibujarse en mi aposento
    tu rostro oscuro de perfil gitano.

    Vega florida. Alfanjes de los ríos,
    tintos en sangre pura de las flores.
    Adelfares. Cabañas. Praderíos.

    Por la sierra, cuarenta salteadores.

    Despertaste a la sombra de una oliva,
    junto a la pitiflor de los cantares.
    Tu alma de tierra y aire fue cautiva…

    Abandonando, dulce, sus altares,
    quemó ante ti una anémona votiva
    el ángel de los cantos populares. 

     

     

    Paloma, dessin de R. Alberti




    C’est pour lui et sa femme le moment de s’exiler; Pablo Neruda l’invite dans sa maison Parisienne, Quai de l’Horloge. Picasso leur trouve du travail. Mais très vite, nous sommes en '39-'40, la Guerre Mondiale s’annonce, le Gouvernement de Pétain, allégeant leur affiliation au parti communiste, leur refuse le permis de travail.
    Nouvel exil. Ils partent en Argentine où ils resteront une vingtaine d’années. Toujours actif, militantisme et surtout l’écriture de poèmes.
     La souffrance énorme aussi. Et cette amitié profonde avec Neruda.
    « Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversé nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

    Parfois un brin d'humour dans ses poèmes de l’époque.


    A cinquante ans, aujourd'hui j'ai ma bicyclette.
    Beaucoup ont un yacht
    et beaucoup plus encore ont une automobile ;
    il en est même beaucoup qui ont déjà un avion.
    Mais moi,
    à cinquante ans tout juste, je n'ai qu'une bicyclette (...)
    A los cincuenta años, hoy, tengo una bicicleta.
    Muchos tienen un yate
    y muchos más un automóvil
    y hay muchos que también tienen ya un avión.
    Pero yo,
    a mis cincuenta años justos, tengo sólo una bicicleta(…)


    Arrive  Juan Perón au pouvoir, nouvel exil, à Rome cette fois car Franco est toujours en place. Ce n’est qu’en 1977 qu’il rentre finalement dans son pays natal où il croit que tout le monde l’a oublié. Pas du tout, il est reçu très chaleureusement.
     
    Voilà. Rafael Albert meurt chez lui, dans son village, en 1999. Il avait 97 ans, avait toujours écrit et tant vécu que vous comprendrez que cette biographie soit très incomplète.
    Il disait que les poèmes sont faits pour être lus à voix haute, alors, rien que pour les sonorités, écoutez ce très court poème dédié à Picasso et lu par lui-même mais intraduisible car les rimes et assonances en sont le bijou.
     
  • Cette héroïque peine bombardée / Esta heroica pena bombardeada

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    (Suite vie et poèmes de Rafael Alberti)

    Vient ensuite une période créative, enthousiaste: dans la Résidence d’étudiants il s’unit à d’autres poètes tels F. Garcia Lorca, Miguel Herńandez, Pedro Salinas...et ensemble, envoûtés par le surréalisme, les rires et les idées folles, ils vont former ce bloc de poètes connus comme ceux de la Génération du ‘27.
    Mais cette allégresse ne dure pas longtemps pour notre Rafael qui entre dans une crise existentielle spirituelle; il perd la foi, sa santé est fragile, il a des problèmes d’argent.
    De là naît le recueil “Sur les anges” dont voici un poème. (deux autres sur le blog Ma Librairie de Claudialucia https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2009/04/rafael-alberti-sur-les-anges.html)

     

     

     

    Sin título, Dalí, surrealismo




    LE BON ANGE
     
     
    Une année, déjà endormi,
    quelqu’un d’inattendu
    s’arrêta à ma fenêtre.
    Lève-toi! Et mes yeux
    virent des épées et des plumes.
    Derrière moi monts et mers,
    nuages, becs et ailes,
    les crépuscules, les aubes.
    Regarde-la là-bas! Son rêve,
    suspendu au néant.
    Oh désir, marbre fixe,
    fixe lumière, fixes eaux
    mobiles de mon âme!
    Quelqu’un dit: Lève-toi!
    Et me voilà dans ta demeure.
    (Trad:Colette)
    El ÁNGEL BUENO”
    Un año, ya dormido,
    alguien que no esperaba
    se paró en mi ventana.
    ¡Levántate! Y mis ojos
    vieron plumas y espadas.
    Atrás montes y mares,
    nubes, picos y alas,
    los ocasos, las albas.
    ‹¡Mírala ahí! Su sueño,
    pendiente de la nada.
    ¡Oh anhelo, fijo mármol,
    fija luz, fijas aguas
    movibles de mi alma!
    Alguien dijo: ¡Levántate!
    Y me encontré en tu estancia.
     
     
    L’écriture de ce recueil l’aide à sortir de la crise. Et le voilà qui se lance en politique pour secouer, dit-il, la conscience endormie d’un pays qui s’achemine vers l’épisode le plus terrible de son histoire, la Guerre Civile. Sa poésie devient un lieu de combat, communiste.
    Et c’est là qu’il rencontre, en 1930, une femme extraordinaire, María Teresa León, écrivaine, engagée, féministe avec laquelle il se marie. Elle dissipe tous ses doutes et il s’engage à fond dans la lutte contre le fascisme. 1936, la guerre éclate, il aide à mettre à l’abri des bombardements les tableaux les plus précieux du Prado, accueille les intellectuels de tous bords qui luttent pour la République.
    Pour terminer pour aujourd’hui, ce poème à son chien, en pleine guerre.

     

    À Niebla, Mon chien (1938)
    "Niebla", toi tu ne comprends pas : c'est ce que
    chantent tes oreilles,
    le tabac innocent, naïf, de ton regard
    et les longs flamboiements que dans le bois tu laisses,
    en sautant, tendre éclair de rien échevelé.
    Regarde ces chiens troubles, orphelins, circonspects,
    qui, surgissant soudain des brumes déchirées,
    traînent dans leurs timides pas désorientés
    tout le récent effroi de leur maison en ruine.
    Malgré ces fugaces voitures, sans convoi,
    qui transportent la mort dans un caisse nue ;
    et malgré cet enfant qui observe, réjoui,
    la bataille là-haut, qui aurait pu l'assassiner ;
    malgré le meilleur compagnon perdu, malgré
    ma sordide famille qui ne comprend pas
    ce que j'aurais voulu surtout qu'elle eût compris,
    et malgré cet ami qui déserte et nous vend ;

    "Niebla", mon camarade,
    tu n'en sais rien, bien sûr, mais il nous reste encore,
    au milieu de cette héroïque peine bombardée,
    la foi, qui est la joie ; la foi : la joie, la joie.

     

    A Niebla, Mi Perro
    «Niebla», tú no comprendes: lo cantan tus orejas,
    el tabaco inocente, tonto, de tu mirada,
    los largos resplandores que por el monte dejas,
    al saltar, rayo tierno de brizna despeinada.

    Mira esos perros turbios, huérfanos, reservados,
    que de improviso surgen de las rotas neblinas,
    arrastrar en sus tímidos pasos desorientados
    todo el terror reciente de su casa en ruinas.

    A pesar de esos coches fugaces, sin cortejo,
    que transportan la muerte en un cajón desnudo;
    de ese niño que observa lo mismo que un festejo
    la batalla en el aire, que asesinarle pudo;

    a pesar del mejor compañero perdido,
    de mi más que tristísima familia que no entiende
    lo que yo más quisiera que hubiera comprendido,
    y a pesar del amigo que deserta y nos vende;

    «Niebla», mi camarada,
    aunque tú no lo sabes, nos queda todavía,
    en medio de esta heroica pena bombardeada,
    la fe, que es alegría, alegría, alegría.

    (Capital de la Gloria,1938)
  • Arraché à la mer / Arrancado al mar

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    Rafael Alberti, né près de Cádiz en 1902, était un garçon enjoué, heureux, surtout près la mer. Et partout sauf à l’école des Jésuites où ses parents l’avaient inscrit. La discipline, les matières enseignées, c’était pas pour lui. 

     
    Fundación R. Albert, Puerto de Santa María
    Il a 13 ans quand son père, pour son travail, décide que la famille va vivre à Madrid. Le changement est radical, Rafael se sent déraciné et, convaincu de ses talents pour la peinture, il passe ses journées au Prado à copier des œuvres des grands maîtres.
     
    Rafael Alberti Frisos de la danza Madrid 1920
    C’est à la mort de son père, il a 18 ans, qu’il se rend compte qu’il exprime mieux tout ce qui bouillonne en lui, par des mots, des poèmes.
     
    Voici le premier, qui exprime ce déracinement.
     
    Marin à terre 1
    La mer. La mer.
    La mer. Rien que la mer !
    Pourquoi m’avoir emmené, père,
    à la ville ?
    Pourquoi m’avoir arraché, père,
    à la mer ?
    La houle, dans mes songes,
    me tire par le cœur
    comme pour l’entraîner.
    Père, pourquoi donc m’avoir
    emmené
    ici ?

    «Marinero en tierra»1

    El mar. La mar.
    El mar. ¡Sólo la mar!
    ¿Por qué me trajiste, padre,
    a la ciudad?
    ¿Por qué me desenterraste
    del mar?
    En sueños, la marejada
    me tira del corazón.
    Se lo quisiera llevar.
    Padre, ¿por qué me trajiste
    acá?
     
    Marin à terre est son premier recueil . Alberti l’a proposé pour le Prix National de Littérature et il fut le lauréat. Le livre a été édité en 1925.  Il avait 23 ans. Et voilà, ça y est, il est entré dans le monde de la poésie . Alberti y gagne un peu d’argent et de notoriété, cela le conduit à rencontrer Garcia Lorca, Dali, Buñuel, et à publier dans des revues.
    Sa santé est mauvaise, et il est obligé de vivre reclus pendant des mois. Il lit, écrit des poèmes, lyriques au début, et pose un regard sur la beauté des paysages, l’amour.

     
    « L’aube de la giroflée ».
     
    Tout ce que j’ai vu grâce à toi
    -   l’étoile sur la bergerie,
    le charriot de foin en été
    et l’aube de la giroflée –
    si tu me regardes est à toi.
     
         Tout ce qui t’a plu grâce à moi
    -    le sucre doux de la guimauve,
    la menthe de la mer sereine
    et la fumée bleue du benjoin –
    si tu me regardes est à toi »
     

    El alba del Alhelí
     
    Todo lo que por ti vi
    - las estrellas sobre el aprisco,
    el carro estival del heno
    y el alba del alhelí-,
    si me miras, para ti.
     
    Lo que gustaste por mí
    -la azúcar del malvavisco,
    la menta del mar sereno
    y el humo azul del benjuí-,
    si me miras, para ti.

    Nous poursuivrons en poèmes sa vie, faite de lutte politiques et d’exils, dans les prochains billets.

  • Reste l'important / Queda lo importante

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    La première passion de Rafael Alberti, grand poète espagnol né en Andalousie en 1902, fut la peinture. Dans le prochain billet je vous raconterai sa vie, son œuvre, mais aujourd’hui c’est un poème où il évoque l’œuvre picturale de Gogh qui m’a attirée, amusée et fait frémir aussi.
    Alors j’ai décidé de ne mettre aucune illustration, et si vous êtes comme moi, vous “verrez” les tableaux dont il parle.(à part les hirondelles qui ne me disent rien).
     
    La primera pasión de Rafël Alberti, nacido en 1902, fue la pintura. En la próxima entrada os contaré su vida, su obra, pero hoy es un poema donde evoca la obra pictórica de Van Gogh que me atrajo, me divirtió.
    Decidí pues no poner ninguna ilustración y, si sois como yo, “veréis” los cuadros de los cuales habla.


    Van Gogh

    Coup de pinceau
    brûlé.
    Source
    de courant
    apparent
    désordonné.
    Matinale
    hirondelle
    source.
     
    Tourbillonne,
    paysanne,
    ondule.
    Nuit en cercle roue,
    bleuit
    le bois.
     
    Crépite,
    petit chêne infini,
    tison,
    le paysage:
    braise mouvante,
    mer,
    houle.
     
    Nucléaire
    démence en jaune,
    pinceau couteau,
    tournesol,
    sanglant
    jaune soleil,
    violent
    anneau.
     
    Jaune des blés,
    verte hallucination,
    orange, vermillon,
    métal,
    crie,
    cauchemar
    mortel,
    humble chaise.
    Fleur,
    chandelle
    jaune.
     
    Se coupe,
    se recoupe
    ta couleur,
    s’exalte,
    vole,
    peintre.
     
    Mais reste ce qui importe:
    haute,
    la trace.
     
    (Trad: Colette)                                  Dans "À la peinture" 1948
     
     
     
     

     

    Rafael Alberti Van Gogh
     
    Pincelada
    quemada.
    Fuente
    de aparente
    corriente
    desordenada.
    Matutina,
    golondrina
    fuente.

    Se arremolina,
    campesina,
    ondula.
    Noche en círculo rueda,
    azula
    la arboleda.

    Crepita,
    carrasca infinita,
    tizo,
    el paisaje:
    rescoldo movedizo,
    mar,
    oleaje.

    Nuclear
    demencia en amarillo,
    pincel cuchillo,
    girasol,
    cruento
    amarillo sol,
    violento
    anillo.

    Gualda trigal,
    verde alucinación,
    naranja, bermellón,
    metal,,
    chilla,
    pesadilla
    mortal,
    humilde silla.
    Flor,
    candela
    amarilla.

    Se corta,
    se recorta
    tu color,
    se exalta,
    vuela,
    pintor.

    Mas permanece lo que importa:
    alta,
    la estela.
    en A la pintura, 1948
     
  • Une faim inutile / Un hambre inútil

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    Dans ce poème, Pablo Neruda dit la nature, la mer, alliées à l’absence d'amour ou plutôt d'un amour. Lu à voix haute il sonne bien, très bien même en espagnol; je crois qu'en traduction il n'est pas trop mal non plus...
     
    http://the-warriors-rpg.eklablog.com/pinede-a144892898
     


    Ici je t’aime.
    Dans les pins sombres se démêle le vent.
    La lune étincelante luit sur les eaux vagabondes.
    Et les jours, tous égaux, se poursuivent.
     
    La brume se défait en figures dansantes.
    Une mouette argentée se décroche du crépuscule.
    Une voile parfois. Hautes, hautes étoiles.
     
    Ou la croix noire d’un bateau.
    Seul.
    Je me lève parfois à l’aube, et même mon âme est humide.
    Sonne, résonne la mer lointaine.
    Voici un port.
    Ici je t’aime.
     
    Ici je t’aime, en vain te cache l’horizon.
    Je t’aime encore parmi ces froides choses.
    Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
    qui courent sur la mer sans
    jamais arriver.
     
    Je me vois oublié comme ces vieilles ancres.
    Si tristes sont les quais lorsque le soir accoste.
    Ma vie est fatiguée de sa faim inutile.
    J’aime ce que je n’ai pas. Toi tu es si distante.
     
    Mon ennui se débat dans les lents crépuscules.
    Mais la nuit vient, chante
    déjà pour moi .
    La lune fait tourner ses rouages de songe.
     
    Avec tes yeux me voient les étoiles majeures.
    Du même amour que moi, les grands pins dans le vent
    veulent chanter ton nom de leurs feuilles de fer.
     
    Pablo NERUDA, Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée (1923-1924)
    Trad Colette inspirée de celle de Pierre Thiollière
     
     
     
    Aquí te amo.
    En los oscuros pinos se desenreda el viento.
    Fosforece la luna sobre las aguas errantes.
    Andan días iguales persiguiéndose.

    Se desciñe la niebla en danzantes figuras.
    Una gaviota de plata se descuelga del ocaso.
    A veces una vela. Altas, altas estrellas.

    O la cruz negra de un barco.
    Solo.
    A veces amanezco, y hasta mi alma está húmeda.
    Suena, resuena el mar lejano.
    Este es un puerto.
    Aquí te amo.

    Aquí te amo y en vano te oculta el horizonte.
    Te estoy amando aún entre estas frías cosas.
    A veces van mis besos en esos barcos graves,
    que corren por el mar hacia donde no llegan.

    Ya me veo olvidado como estas viejas anclas.
    Son más tristes los muelles cuando atraca la tarde.
    Se fatiga mi vida inútilmente hambrienta.
    Amo lo que no tengo. Estás tú tan distante.

    Mi hastío forcejea con los lentos crepúsculos.
    Pero la noche llega y comienza a cantarme.
    La luna hace girar su rodaje de sueño.

    Me miran con tus ojos las estrellas más grandes.
    Y como yo te amo, los pinos en el viento,
    quieren cantar tu nombre con sus hojas de alambre.
     
    Pablo Neruda

  • À la recherche de la maison / Buscando la casa

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    The house among the roses Claude Monet 1925  

     Alors...le poème d'aujourd'hui parle de ce tableau. L'auteure est la jeune
    Martha Asunción Alonso (Madrid 1986); j'imagine qu'elle l'a vu au Musée 
    Thyssen de Madrid et celui qu'elle a vu est celui-ci (je ne peux le copier, il est
     protégé) https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/

     

     Vous voyez? La maison n'y est pas décelable!

    El poema de hoy habla de este cuadro.  La autora del poema es Martha Asunción Alonso (Madrid 1986), me imagino que lo vio en el Museo Thyssen de Madrid, y el que vio es el siguiente (no lo puedo copiar, está protegido)
    https://coleccioncarmenthyssen.es/en/work/la-casa-entre-las-rosas/ 
    ¿Veis? ¡La casa no se distingue!

    En fait il existe 6 versions différentes du même tableau, peintes par Monet en
      automne 1925, avec différentes lumières.

     
    Existen 6 versiones distintas del mismo cuadro, pintadas por Monet en otoño
     
     1925, con luces distintas.

     

     
    The house among the roses (Monet, 1925)
    Martha Asunción Alonso
     
    Tous la signalaient du doigt, ils acquiesçaient,
    s’éloignaient pour mieux observer, fixement,
    comme des enfants suivant des yeux un cerf-volant sur la plage.
     
    Une femme utilisait même des jumelles,
    très sérieuse et discrète, la tête inclinée,
    comme elle le ferait pour scruter la fausse carte d’un trésor.
     
    Je me sentais imbécile. Je me souviens avoir pensé: peut-être
    la maison parmi les roses se trouve-t-elle en dehors du cadre,
    là où personne ne pense,
    là où la vue se voile.
    Peut-être avons-nous perdu le temps à chercher l’animal
    jamais son ombre;
    l’éclat du soleil sur la source, pas la soif.
     
    J’y pensai un bon moment, comme aveugle,
    tandis que les japonais souriaient.
     
    Car peut-être la maison n’est que les roses
    et ce ciel bleu turquoise,
    joie compacte et feu facile.
     
    Aujourd’hui je crois que la maison parmi les roses a toujours été
    nous. À sa recherche.
     
    Trad: Colette
     
     
     

    The house among the roses (Monet, 1925)

    Martha Asunción Alonso

    Todos la señalaban con el dedo, asentían,
    se alejaban para observar mejor, muy fijamente,
    como niños siguiendo una cometa por la playa.


    Una mujer incluso usaba unos prismáticos,
    muy seria y sigilosa, la cabeza inclinada,
    igual que si escrutase un mapa falso del tesoro.


    Yo me sentía imbécil. Recuerdo que pensé: quizá
    la casa entre las rosas esté fuera del cuadro,
    donde nadie la piensa,
    allí donde se nubla tu mirada.
    Quizá hayamos perdido el tiempo buscando el animal,
    nunca su sombra;
    el destello del sol sobre la fuente, no la sed.


    Seguí pensando un rato, como ciega,
    mientras los japoneses sonreían.


    Porque tal vez la casa sólo fuera las rosas
    y aquel cielo turquesa,
    alegría compacta y lumbre fácil.


    Hoy creo que la casa entre las rosas siempre fuimos
    nosotros. En su busca.

    (De Detener la primavera, Madrid, Hiperión 2011

     

  • Lo nuestro es pasar (Notre destin est de passer) A. Machado, fin

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    Entre la dictature de Primo de Rivera et celle de F. Franco, les huit ans de République furent une époque faste (pour certains!) mais bien courte, bien trop courte pour A. Machado.
    Si, dès l’arrivée du nouveau dictateur, il met sa plume et son énergie au service de la République, il connaît une des plus grandes souffrance de sa vie: son frère Manuel qu’il aime tant et avec lequel il a écrit, voyagé, prend le parti des nationalistes. Rupture définitive entre les deux frères.
     
    Cette guerre civile dura trois ans de ‘36 à ‘39 et les poèmes écrits par Machado à cette époque ont, vous l’imaginez bien, perdu cette symbiose avec la nature. On y parle de mort, de morts.
     

     

    https://www.slideshare.net/100005043120186/el-crimen-fue-en-granada-81190512  Machado Y Lorca
     
     
     
    Voici le premier, sur l’exécution de F.Garcia Lorca:

    Il y a eu crime dans Grenade

    A Federico Garcia Lorca
    I
    Le crime

    On l’avait vu, cheminant entre des fusils
    par une longue rue,
    apparaître dans la campagne froide,
    encore étoilée, la campagne du matin.
    Ils ont tué Frédéric
    à l’heure où surgissait la lumière.
    Le peloton des bourreaux
    n’osait le regarder en face.
    Ils ont tous fermé les yeux,
    ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas !
    Il est tombé mort, Frédéric
    - sang au front et aux entrailles. –
    Il y a eu crime dans Grenade !
    Vous savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !...

    Traduit de l’espagnol par Jean Cassou 
     
     
     
     

    El crimen fue en Granada

    A Federico Garcia Lorca
     
    I
    El crimen

    Se le vio, caminando entre fusiles,
    por una calle larga,
    salir al campo frío,
    aún con estrellas, de la madrugada.
    Mataron a Federico
    cuando la luz asomaba.
    El pelotón de verdugos
    no osó mirarle la cara.
    Todos cerraron los ojos;
    rezaron: ¡ni Dios te salva!
    Muerto cayó Federico.
    -sangre en la frente y plomo en las entrañas-.
    ...Que fue en Granada el crimen
    sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada...

     
    Et puis ces vers qui m’ont toujours tant émue, bouleversée:
     
    Petit Espagnol qui viens au monde.
    Que Dieu te garde.
    Une des deux Espagne
    Va te geler le coeur”
     
    Españolito que vienes
    al mundo te guarde Dios.
    una de las dos Españas
    ha de helarte el corazón.”
     
    Juan Manuel Serrat a tant chanté les poèmes de Machado:
     
    Ici, Serrat, jeune:
     
    Puis il y eût la fuite, Valencia, Barcelona enfin, il est déjà en mauvaise santé. Le 2 février 1939, en compagnie de sa mère et d’un de ses frères, ils entreprennent à pied, dans le froid, le voyage épuisant vers la France. Et ils arrivent à Colliure où ils logent dans une auberge. Il y mourra une vingtaine de jours plus tard, sa mère ne lui survivra que quelques jours.
     
     
     
    « Machado dort à Collioure 
    Trois pas suffirent hors d'Espagne
    Que le ciel pour lui se fit lourd 
    Il s'assit dans cette campagne 
    Et ferma les yeux pur toujours” Aragon.
    (lire le poème entier:
     
    Jean Ferrat l’a chanté:
     
     
     
    Voilà, vie et mort, comme écrivait le poète: “Lo nuestro es pasar” (Notre destin est de passer)
     
    Sur sa tombe, ces vers:
     
     
    « Et quand viendra le jour du dernier voyage,

    quand partira la nef qui jamais ne revient,

    vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,

    quasiment nu, comme les enfants de la mer ».
     
     
    PS: Je n'ai pas traduit ces billets sur A.Machado en espagnol parce que les natifs le connaissent fort bien, du moins ils devraient:-)