Garder ou jeter les lettres d'amour / Guardar o tirar las cartas de amor

Imprimer

Voilà, comme annoncé, le second poème sur les lettres de Joan Margarit. Malgré qu’il soit bien plus connu et apprécié que le premier, je préfère ce dernier, plus sensuel et moins sombre.

Mais ce n’est peut-être pas votre avis...

                                 

                          La lettre (ou les jeunes) Goya 1812-1819, détail


 

Ne jette pas les lettres d’amour

Joan Margarit

 

Ne jette pas les lettres d’amour

Elles ne t’abandonneront pas.

Le temps passera, s’effacera le désir

- cette flèche d’ombre -

et les visages, sensuels, beaux et intelligents,

se nicheront en toi, au fond d’un miroir.

Couleront les ans. Les livres te fatigueront.

Tu descendras encore plus

et tu perdras même la poésie.

Le bruit de la ville aux fenêtres

finira par être ta seule musique,

et les lettres d’amour que tu avais gardées

seront ta dernière littérature.

Trad: Colette

 

                                        
                                             The Notebook (2004) - Nick Cassavetes

 

 

"No tires las cartas de amor"

No tires las cartas de amor
Ellas no te abandonarán.
El tiempo pasará, se borrará el deseo
-esta flecha de sombra-
y los sensuales rostros, bellos e inteligentes,
se ocultarán en ti, al fondo de un espejo.
Caerán los años. Te cansarán los libros.
Descenderás aún más
e, incluso, perderás la poesía.
El ruido de ciudad en los cristales
acabará por ser tu única música,
y las cartas de amor que habrás guardados
serán tu última literatura.

 

Commentaires

  • Hola Colette,

    Pequeño comentario cínico pero realista, cela ne va pas vous étonner…

    Surtout ne rien garder, tout bazarder, ne pas attendre le divorce ou la séparation…Suis tombé il y a peu accidentellement sur quelques rescapées de ma prose de jeunesse. Pathétique comme l’on peut être beau et con à la fois, comme dans la chanson. La seule raison de les conserver : faire s’esclaffer vos héritiers, surtout s’ils sont marrons, le rire les consolera peut-être...
    Même les épitres des grands écrivains en ce domaine sont niaises quand elles ne sont pas pralinées cucul, voir Totor et sa Juliette ou la correspondance de Sartre et son Castor laborieux…

    Claro, si vous comptiez sur moi pour vous remonter la breloque...
    Haut les cœurs !

    Cuidate.

  • Hola Gislebert,

    Me voilà bien d'accord avec vous cette fois. On écrit des choses si douces à lire mais si stupide pour qui n'est pas amoureux !

    Je dirais quand même que, sur mon lit de mort, une lettre d’amour comme dernière littérature serait un rêve. Vous ne pensez pas ?

    Feliz domingo.

  • D’expérience, sur leur lit de mort comme vous le dites, les plus chanceux sont dans les vapes, les autres affairés à économiser leur souffle, à lutter contre l’asphyxie, le joyeux œdème qui signe la défaillance de la pompe, à ahaner comme des poissons hors de l’eau… Le meilleur de la vie, c’est forcément la fin. Alors les mots tendres ou les sanglots longs de l'automne...

  • Ah vous laissez peu de place aux mots doux qui vous apaisent et envoient derechef au ciel :-)

  • Joan Margarit a raison! Les garder, bien sûr! Car elles sont la preuve que nous avons été follement aimés, comme le souhaitait Breton!

    "Tu créais ainsi un mouvement de vagues étrange et mythique sur une plage" : je préfère aussi le premier poème, plus beau et mystérieux!

  • Merci Jacques.
    Les garder sans doute, oui, mais les lettres d'amour devraient s’ auto-détruire à la mort des deux aimés-aimants, ce serait parfait,
    Bonne soirée.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel