Riche de pourpre et de mélancolie / Rica de púrpura y de melancolía

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Cette semaine dans ma boite aux lettres, une enveloppe, une écriture amie. À l’intérieur un article et la traduction en français de ce poème de Gabriela Mistral. Merci beaucoup !

                           http://www.cervantesvirtual.com/obra-visor/tala--1/html/ff25d1ee-82b1-11df-acc7-002185ce6064_8.html
 

Richesse, par Gabriela Mistral

J’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu :
j’ai l’un comme une rose,
l’autre comme une épine.
De ce qu’on m’a volé,
ne suis dépossédée :
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu,
et suis riche de pourpre
et de mélancolie.
Ah ! quelle aimée est la rose
et quelle amante l’épine !
Tel le double contour
de deux fruits faux jumeaux,
j’ai le bonheur fidèle
et le bonheur perdu.

 

Traduit par Irène Gayraud,

Sous le titre Essart, Irène Gayraud publie le premier recueil de traduction en français de

poèmes de Gabriela.  Curieux ce vide pour une poète qui a eu un prix Nobel, applaudissements

donc !!!!

 

 



Riqueza

Gabriela Mistral

Tengo la dicha fiel
y la dicha perdida:
la una como rosa,
la otra como espina.
De lo que me robaron
no fui desposeída;
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida,
y estoy rica de púrpura
y de melancolía.
¡Ay, qué amante es la rosa
y qué amada la espina!
Como el doble contorno
de dos frutas mellizas
tengo la dicha fiel
y la dicha perdida.

Commentaires

  • La simplicité est un grand atout ! Comment ne pas comprendre ce sentiment ?
    Il y a quelque chose d'une chanson lente, avec ce refrain qui revient, entêtant. (J'imaginerais bien un accompagnement à la guitare ou au luth.)

    La traduction est si limpide qu'on oublie que c'en est une.

    Ce poème est écrit au féminin, mais je me demande s'il ne parle pas d'un phénomène universel.
    Est-ce qu'un homme n'aurait pas aussi pu l'écrire ?

  • Bonheur fidèle, bonheur perdu. Ces termes qui encombrent nos tètes après une séparation, c'est vrai. Elle l'exprime avec une telle économie de mots !

    J’imagine, Calendula, que tous humains nous avons vécu ou vivons cela.
    Quant à le dire, à l'écrire de nos jours...il faudrait le demander à la gent masculine.

    Merci d'être passée, bonne semaine

  • Hola Colette,

    Je partage le sentiment de Calendula sur ce texte limpide.

    En tant qu'homme, aurais-je pu l'écrire? J'étais plus sentimental avant, j'aurais pu le faire, mais je me suis déjà un peu soigné alors non, je pense que je ne l'écrirais plus. Mais je le lis avec le son d'une clochette qui me rappelle d'où je viens...

    Bon dimanche.

  • Oups, un peu de décalage avec le calendrier... Sorry.
    :-)

  • @hommelibre,

    Intéressante réponse ! L'âge joue effectivement un rôle important.
    Et l'époque aussi.
    J'aime bien le côté simple et direct de "Richesse".
    Il y a quelque chose de moderne, de lapidaire, avec des touches traditionnelles ( pourpre, rose et épines, mélancholie) C'est sentimental, mais pas mièvre ou larmoyant.

    Etre (trop) sentimental, c'est un peu une maladie ! Ca se soigne ;-)))
    Avec le temps, on apprend à se protéger, c'est sûr.
    Quand j'ai lu ce poème, j'ai également retrouvé des souvenirs anciens, avec le sourire.

  • Dimanche ou mardi, cette Richesse est la même HL !

    Oui, avec l’âge on se protège mais ce faisant les émotions sont moins fortes, dommage....non?

  • Pas forcément. Il y a toujours des beaux et intenses moments, en amitié, dans la perception de la beauté, par exemple. Il y a des émotions qui emportent vers des espaces qui ne m'intéressent plus. C'est beaucoup d'énergie pour au fond quel objectif? Se sentir exister? Ça va, je n'ai pas à me plaindre.. Et puis j'ai ma clochette.

    Notez, je trouve que l'on devrait trouver ce recul même jeune. L'enthousiasme, la spontanéité, ne sont pas que sympathiques à vivre.

  • Quand on était jeunes, on pouvait vivre ces "montagnes russes" émotionnelles.
    Je ne crois pas qu'il y avait un objectif, c'était plutôt une question de tempérament ou d'inexpérience. Et l'impression de pouvoir tout expérimenter, contrairement à la génération de nos parents.
    Parents souvent très perplexes devant mes entreprises. Et je n'étais pas une tête brûlée !
    En tant que personne d'un certain âge, je ne me sens pas en position de demander aux jeunes d'avoir une attitude non-enthousiaste ou de prendre du recul avant toute entreprise.
    On a besoin de leur énergie et ils ont besoin de faire leurs expériences, même s'ils se font mal.

    Pour en revenir au poème :
    Je trouve que ce regard sur sa situation, la description du chagrin d'amour par écrit est déjà une prise de recul.
    De là, on peut rebondir. Ou pas.
    C'est la suite qui est intéressante.

    De plus, il y a une situation de communication qui fait qu'on sort de son enfermement.
    Le lecteur ou la lectrice va se dire : Mais oui, je connais ça ! Mon problème n'est pas unique et on peut en parler sous une forme construite et en faire quelque chose de concret, le partager.
    Si ce poème a pu faire tinter des clochettes, c'est que Gabriela a bien fait de l'écrire ! ;-)))

  • Calendula, voilà une version chantée du poème en espagnol.
    https://youtu.be/j9yBCEhQ2zk

    Vous ne pensiez peut-être pas à ce genre d'interprétation mais la voix de Ayelén Mose est si belle.
    Elle est italo-argentine et chante à l'opéra de Vienne.

  • Effectivement ! C'est à l'opposé de mon idée !
    C'est amusant, comme on peut percevoir un même poème de façons différentes.

    J'ai eu de la peine à ouvrir avec votre lien., alors je propose celui-ci :

    https://www.youtube.com/watch?v=j9yBCEhQ2zk

    ...................................

    Je suis revenue ici pour compléter mon commentaire ci-dessus, en allant au bout de ma logique.
    Il n'a pas suffi que Gabriela écrive le poème.
    Il a fallu qu'Irène le traduise, puis l'envoie à Colette.
    Ensuite, Colette a pris la décision de le publier et c'est seulement là, que nous avons pu le lire et faire p.ex. sonner une clochette intérieure.
    Et là, il y a encore l'étape de la cantatrice.

    Quelle richesse , en effet !

  • Calendula, merci pour ce lien plus direct et aisé.

    Pour le poème, je choisis, vous le savez je pense, de préférence des thèmes universels, de ceux qui peuvent circuler de par le monde. Ce n'est bien sûr qu'un grain de sable (ou un pétale de rose;-)) mais on peut toujours espérer que plus d'un lecteur ( vous êtes déjà deux) apprécie.
    (petite correction: ce n'est pas la traductrice de ce recueil mais une amie à moi qui m'a envoyé le poème).

  • C'est une amie à vous qui a mis le poème dans une enveloppe et vous l'a envoyé. . .
    Bizarrement c'est le message principale que je retiens, allez savoir pourquoi !

  • @Marianne, une amie attentionnée que je n'ai jamais vue "pour de vrai" mais avec qui les affinités ne manquent pas. Vous aviez peut-être deviné sans le savoir....
    Bonne journée.

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