Les trois chants de l'âme / Los tres cantos del alma

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Vous connaissez mon admiration pour les traducteurs mais aussi pour les éditeurs qui publient de la poésie, et plus encore si ce sont des traductions de poétesses sud-américaines peu connues.

L’édition Cap de l’Étang m’a gracieusement envoyé cette fois, traduits par Monique-Marie Ihry, “Les trois chants” de Teresa Wilms Montt.

 

                                    Teresa Will Montt 1893-1921 Chili

 

 


Vous pouvez lire sur le blog de la traductrice une présentation de la poétesse, qui n’avait jamais été traduite en français, et du recueil.
http://aujardindesmots.unblog.fr/les-trois-chants-los-tres-cantos-de-teresa-wilms-montt-1893-1921-traduit-en-francais-par-monique-marie-ihry/


Avec leur permission je vous livre quelques extraits de ce “chant lyrique” “marqué par les expériences de l’âme avec en toile de fond la nature “ (quatrième de couverture).
                          



Des chants très poétiques qui m’ont surprise au départ: tout le recueil est une adresse à son âme, étonnant. Mais bien vite le beau rythme et la poésie m’ont séduite. 

 

Un court recueil, vraiment très beau, 3 chants, et une longue et intéressante introduction de Monique-Marie Ihry.

Extrait de “Le matin “


   “Chante mon âme, chante et bois une gorgée du nectar de la matinée;  chante, mon âme, tant que le ciel bleu et la campagne seront pour toi une bacchanale dont la beauté sera capable de t’enivrer !

   Chante, mon âme, chante avant que la nuit prenne fin et que le loup sauvage hurle dans la montagne”

Extracto de “”La mañana”

   ¡Canta, alma mía, canta y bébete de un sorbo el néctar de la mañana; canta, canta alma mía, mientras el cielo azul y la campiña sean para ti una bacanal con cuya belleza puedas embriagarte!

   Canta, alma mía, canta antes que cierre la noche y aullé el lobo salvaje en la montaña!


Extrait de “Crépuscule”

J’ai choisi un passage vers la fin où, après avoir répété “Prie, prie mon âme”, la nature est la protagoniste.


   “Le soleil s’en va, une lointaine musique de vents et de cascades l’accompagne jusqu'à la montagne.
  “ Les insectes bruyants courent dans tous les sens, en se cachant entre les herbes et en évitant le dernier rayon de l’astre d’or.
   Le soleil s’en va. Les peines entourent le monde avec des visages affamés à la recherche de cœurs à dévorer.
  Le soleil s’en va et le sourire du moribond se grave dans la pierre indélébile de l’immortalité.
  Le soleil s’en va et mon âme tremble de terreur dans les ténèbres. “


Extracto de “El crepúsculo”

   “Se va el sol, y una música alejada de vientos y de cascadas lo acompaña hasta la montaña.
   Los insectos rumorosos corren de un lado a otro, escondiéndose entre las malezas, evitando el último rayo del astro de oro.
   Se va el sol. Las penas rondan el mundo con caras hambrientas buscando corazones para devorar.
   Se va el sol, y la sonrisa del moribundo se está grabando en la indeleble piedra de la inmortalidad.
   Se va el sol y el alma mía tiembla de pavor en las tinieblas.“




Extrait de “La nuit”


  “ Pleure, mon âme, pleure ! "(...)
   Pleure avec l’avalanche de neige qui purifie la plaine et rend l’homme meilleur !
   Pleure avec le paria et la femme répudiée dans son lit d’hôpital !
   Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !
   Pleure, mon âme, avec ceux qui n’ont pas de réconfort, qui, comme les morts  ayant une âme, n’attendent rien ni personne !”

Extracto de “La noche “


    "¡Llora, alma mía, llora!” (…)
   “¡Llora con el alud de nieve que purifica el llano y hace al hombre más bueno!
    ¡Llora con el paria, y con la mujer repudiada en su lecho de hospital!
    ¡Llora, alma mía, con la madre a quien la brutalidad del hombre arrancó sus hijos y la ha dejado sola en medio de la vida !
    ¡Llora, alma mía, con los que no tiene consuelo, que, como muertos con alma, no aguardan nada ni a nadie esperan!”

Commentaires

  • Teresa Wilms Mott ou un destin fracassé.

    « ... Usons ici le fiel de nos fâcheuses vies… » (Agrippa d’Aubigné)

    Quel patronyme ! D’origine allemande, au Chili forcément…

    On ne comprend rien ou si peu aux extraits choisis si l’on méconnaît la vie de leur auteure. Le regard inspiré de la belle jeune femme de la photo (adolescente ?) ne révèle rien de la fêlure, du malaise et du rejet du milieu qui la vue naître. Beauté, famille aristocratique, aisance matérielle, précocité et belle intelligence, la fameuse cuillère d’argent en bouche, tous les atouts à première vue pour une vie de femme mariée sans problèmes de fins de mois. Un programme qui ne lui convient pas : en quête de liberté, conquise par les idées libertaires du temps, elle rue vite dans les brancards, on l’enferme dans un couvent, c’est l’oiseau qu’on met en cage. Elle s’en évade, gagne Buenos Aires où elle rencontre toute l’intelligentsia argentine Borges, les Ocampo, Huidobro… Puis s’en va en Europe pour vivre à Paris. « Mi destino es errar ». On la sépare de ses enfants, c’est l’oiseau à qui l’on rogne les ailes…
    La dépression s’aggrave, le désespoir la submerge et c’est la fin sordide dans un hôpital parisien après overdose de barbituriques (à l’époque le Véronal).

    Des trois extraits, le plus noir, le plus désespéré est le troisième, la nature n’est plus consolatrice, elle ne renvoie en écho plus qu’un silence glacé. Voilà qui m’évoque quelques vers d’une autre poète, une Uruguayenne contemporaine, glanés au hasard d’une lecture (voyez doña Colette, je ne lis pas que des auteurs français !) :

    « lo único que existe es lo que nombro: un cuerpo y otro
    y el aire de verano.
    Cuando no sople más, quedará a vista la tierra y el mundo tal cual es.
    Sin caricias.

    la seule chose qui existe est ce que je nomme : un corps et un autre
    et l’air de l’été.
    Quand il cessera de souffler, on ne verra que la terre
    et le monde tel qu’il est.
    Sans tendresse. »

    Tatiana Oroño


    Eso es todo por hoy.
    Buena semana.

  • @Gislebert,

    Vous avez fort bien fait le tour de sa vie, merci ! Il y a une photo d'elle avec ses deux filles, https://cctm.website/teresa-wilms-montt-chile-2/#.YLylcjrtZH4, de toutes façons à 25, 26 ans les figures sont jeunes.

    J'ai eu bien du mal à choisir des extraits, et ne voulais pas, à part "La nuit" tomber dans ce côté noir que vous avez perçu. Ce recueil est un chant d'amour à la nature, aux autres aussi.

    Et voilà que vous me faites découvrir une poétesse Uruguayenne, mil gracias ! Fort bien choisie.

    Passez un bon dimanche amigo, hasta pronto.

  • "L’ouvrage rejoint ce courant littéraire qualifié de « spiritualisme d’avant-garde » ayant vu le jour au Chili vers 1910 adhérant au principe selon lequel la vue spirituelle et l’expérience de l’âme constituent le pivot de la transcendance humaine" écrit la traductrice, Monique-Marie Ihry.

    Cela explique bien le ton un peu désuet de ces vers. S'adresser à son âme est un geste d'une autre époque. Mais même traduits, ces vers ont une grande force, comme une urgence.
    L'âme est au fond une confidente, une instance qui est présence qui permet un dialogue intérieur.

  • Tout le monde a une âme ?

  • Cette faculté de Lapin de sauter du coq à l’âme, voilà qui ne laisse pas que de m’étonner.

  • Il n'y a pas de coq dans cette histoire, mais une âme qui aspire à la quiétude dans un monde en re-création permanente, sujet aux tremblements et plongé dans la stupeur (comme dit Amélie).

  • @Calendula, vous remettez le concept âme dans son contexte de l'époque, merci.
    Il est vrai que le mot âme a disparu de notre vocabulaire actuel, remplacé plutôt je crois par esprit ou conscience. Cette voix intérieure avec laquelle nous débattons...
    Bonne journée.

  • @ Señor Rabbit, pensiez-vous exclure quelqu'un en particulier ?
    Je pensais que depuis la "Controverse de Valladolid" il était clair que tout le monde en avait une, d'âme.
    Par contre les individus qui n'ont aucun état d'âme, hélas !

  • Señor Lapin@

    Faut pas monter sur votre fier destrier, Lapin chéri, c’était juste le plaisir d’un jeu de mots, l'occasion d’un salut amical. D’ailleurs Nanabozho le farceur sur un étalon, ça ne le fait pas….
    Vous faites référence au roman de Mme Nothomb ou au film « Cris et Chuchotements » de Bergman ? Ou encore au remake très franchouillard , mais dans un tout autre registre, de « Cris ou suçotements » ?

  • Hélas, doña Colette, je cherche toujours le sens du mot "âme". Parmi nombre d'explications irrationnelles, Wikipedia me propose enfin ceci : "L’âme (du latin anima, « souffle, respiration ») est à la fois le principe vital et spirituel, immanent ou transcendant, qui animerait le corps d'un être vivant (humain, animal ou même végétal)". Ce qui correspond au 气 (Qi) ou "flux d'énergie naturelle", soit "principe fondamental formant et animant l'univers et la vie". Si vous est d'accord avec cette explication, je pense que nous pouvons en rester là pour aujourd'hui (à moins que Gislebert ait des motifs valables pour nous contrarier).

  • Tout à fait d’accord Rabbit!
    Bonne semaine.

  • Je trouve compliquée cette définition de l'âme, mais c'est fait pour, non?
    Je propose pour "âme": un liant profond de tout ce qui nous fait. Un sentiment de son identité et unité avant les débats et opinions. Un dialogue intime.

    Le texte est plein, à l'ancienne oui, un peu, mais l'ancienne n'a pas vieilli. C'est un souffle, un vent blanc, incantatoire juste assez.

    Petite remarque en passant. Je comprends mieux la motivation de l'auteure après lecture de sa vie et du fait qu'on lui a pris ses enfants. Mais plus largement cette phrase:

    "Pleure, mon âme, pleure avec la mère à qui la brutalité de l’homme a arraché les enfants et l’a abandonnée seule au milieu de sa vie !"

    peut être reprise ainsi:

    "... pleure avec le père à qui la brutalité de la femme a arraché les enfants et l’a abandonné seul au milieu de sa vie !"
    :-)

    Bonne soirée Colette.

  • Hola John,

    J'aime l'idée du dialogue intime, oui. Je suis moins sûre de l'identité, mais à chacun son idée, l’idée, le concept de l'âme est finalement très personnel.

    Je ris en lisant votre dernier paragraphe et en imaginant les siècles qu'il faudrait pour réécrire toute la poésie masculine au féminin;-))

    Bonne soirée à vous aussi.

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