• Artiste du quotidien, Cuba / Artista de lo cotidiano, Cuba

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                                               El Héroe, Le Héros. Pedro Pablo Oliva
     

     

    Pedro Pablo Oliva, son nom ne vous dit sans doute rien. C'est le peintre cubain actuel le plus connu.

    Modeste, il déclare :” J’ai toujours essayé de lier ma vie à la création. Je crois en la

    vie quotidienne,celle des conflits, celle des contradictions ; (...). J’ai essayé d’être

    chroniqueur de mon temps, quelque chose comme une sorte de presse picturale

    ou de bulletin de nouvelles en plastique.”

    Vous l’avez compris, il peint, sculpte la vie quotidienne, une imagerie qui passe chez lui par le tamis de l’enfance.

    En plus de ses œuvres, il a réalisé pendant de nombreuses années un rôle pédagogique, comme tuteur de nombreuses générations de jeunes artistes.

    Nommé artiste émérite par l’Institut supérieur d’art à la Havane, il a reçu de nombreux prix et remporté une large reconnaissance parmi ses contemporains et les honneurs de plus haut niveau.

    Si je vous raconte tout cela, c’est que par la suite...



                 Bronze: 2009." Jeune fille condamnée à vivre avec une pierre sur la tête"


    Ajoutons qu’il a été le premier artiste de l’île à exposer à New York et que son travail est entré dans le circuit des ventes aux enchères importantes telles que Christie’s et Sotheby’s.

     

    "Tout ce qui se passe me force à utiliser différentes formes, thèmes et images.

    Mais au-delà des événements politiques ou sociaux, j’ai essayé de regarder

    l’homme, sa dimension psychologique,avec ses forces et ses faiblesses.

    J’aime me mouvoir entre le dessin, la peinture et la sculpture avec un œil sur la

    situation spécifique de mon pays, mais aussi sur les conflits humains qui sont

    universels. Je pense que la vérité est plus proche de l’homme de tous les jours.

    Si  mon état spirituel est le chaos ou le contexte est le chaos, le chaos est l’œuvre

    ; si la situation est confuse, le travail est confus."

    Source: https://vrallart.com/artist/pedro-pablo_oliva/#!

     

     

    Voilà pour l’homme et son œuvre. Tout va bien jusqu’au mois de mai 2011. Après certaines déclarations faites et publiées avec son accord sur un blog et ailleurs, le voilà traité de “dissident”, de traître à la patrie “, enfin, accusé par le régime en place.

     

    Vous pouvez lire dans “Le Monde “ cet article complet à ce sujet :

    https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/05/24/le-peintre-cubain-pedro-pablo-oliva-limoge_5990991_3222.html

     

     

    El misterioso equilibrio del poder


    Depuis il travaille toujours, seul. Son atelier pédagogique est fermé.

    Ses œuvres sont variées, les matériaux aussi, et vraiment nombreuses, en voici 

    quelques-unes.

     

                                       De la série "El gran abuelo"



    El gran apagón 


     

                                          El gran beso de la mina, hommage à Gustave Klimt

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  • L'éternel signe de la danse / El eterno signo de la danza

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    Biograpie : https://www.marche-poesie.com/morejon/

    Biografía: https://www.isliada.org/poetas/nancy-morejon/



    Peut-être, mais peut-être pas, avez-vous lu ou entendu son poème le plus connu : Femme Noire. Fort attachée aux origines africaines des siens, elle est la voix des ancêtres qui souffrirent l’esclavage et atterrirent à Cuba ou ailleurs. Ce poème, si vous le lisez, visualise des images très fortes. Le ton y est intense et courageux.

    Tal vez, o tal vez no, habéis leído o oído su poema más conocido: Mujer Negra. Muy ligada a

    los orígenes africanos, es la voz de sus ancestros quienes sufrieron por esclavitud. El poema

    visualiza imágenes muy fuertes y tiene un tono intenso y valiente. 

     

    Femme Noire

    Je continue de respirer l'écume de la mer qu'on me fit traverser.

    La nuit a disparu de ma mémoire

    mais l'océan lui-même ne pourrait s'en souvenir.

    Pourtant je n'oublie pas le premier pélican que j'aperçus.

    Les nuages, hauts, comme d'innocents témoins oculaires.

    Je n'ai pas oublié, je crois, mon rivage perdu ni la langue de mes ancêtres.

     

    On m'a laissée ici et c'est ici que j'ai vécu.

    C'est pour avoir travaillé dur

    que je suis née ici une seconde fois.

    Grande fut l'épopée mandingue qu'alors je tentai d'évoquer.

     

    Je me suis révoltée.

     

    J'ai brodé la casaque de Mon Maître et je lui ai donné un fils,

    mon fils, qui n'a jamais porté de nom.

    Et Mon Maître a péri aux mains d'un respectable lord anglais.

     

    Je suis partie.

     

    Dans ce pays on m'a frappée, nez contre terre, à coups de fouet.

    Mes rames ont fendu les eaux de toutes ses rivières.

    Sous son soleil j'ai semé et j'ai récolté ce qu'on refusait à ma bouche.

    Je n'avais pour maison que la bâtisse des esclaves

    construite avec les pierres apportées par mes mains

    sans que je cesse de chanter au rythme naturel des oiseaux.

     

    Je me suis rebellée.

     

    Sur cette terre j'ai palpé le sang humide

    et les os pourris de tant d'autres

    amenés ici, ou ailleurs, comme moi.

    Je n'ai plus jamais rêvé de la route de Guinée.

    Était-ce la Guinée ? Ou le Bénin ? Madagascar ? Ou le Cap-Vert ?

     

    J'ai travaillé plus dur encore.

    J'érigeais avec plus de foi mon chant millénaire et mon espoir.

    Je préparais mon propre monde.

     

    Je me suis enfuie dans les bois.

     

    J'eus pour liberté le camp retranché

    avant de chevaucher avec l'armée de Maceo.

    Il me fallut attendre un siècle

    pour qu'après de mes descendants,

    du haut d'une montagne bleue

     

    nommée la Sierra Maestra

     

    je descende en finir avec l'argent, les usuriers,

    les généraux et les bourgeois.

     

    J'existe désormais : aujourd'hui pour la première fois nous possédons et nous créons.

     

    Il n'est plus rien qui ne soit nôtre.

    Nôtre est la terre.

    Nôtre la mer, nôtre le ciel.

    Nôtres, la magie, les chimères.

    Mes frères, mes égaux, je vous vois danser

    autour de l'arbre que nous avons planté pour le communisme.

    Et dont le bois prodigue maintenant retentit.

     

     

    traduction de Claude Couffon issue de son anthologie bilingue Poésie cubaine du XXe siècle (1997)

     

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    Éloge de la danse

    Nancy Morejón.

     

    Le vent souffle

    Comme un enfant

    Et les airs halètent

    Dans la jungle, dans la mer.

    Avec le vent,

    Tu souffles sur la flamme froide:

    Voiles de lune, tu souffles toi

    Et les fleurs et la mousse

    Battent dans le vent.

    Et le corps

    Au fil de l’eau

    Au fil du vent

    Dans l’éternel signe de la danse.

     

    (Trad: Colette)

     

     


     

                         

    Elogio de la Danza

    A Leo Brouwer

    El viento sopla
    Como un niño
    Y los aires jadean
    En la selva, en el mar.
    Entras y sales
    Con el viento,
    Soplas la llama fría:
    Velos de luna soplas tú
    Y las flores y el musgo
    Van latiendo en el viento.
    Y el cuerpo
    Al filo del agua
    Al filo del viento
    En el eterno signo de la danza.

     

     

     

     
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  • Deux poèmes cubains / Dos poemas de Cuba

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    Après Lágrimas Negras, nous restons à Cuba (pour un bon moment je crois) . Aujourd’hui deux courts poèmes.

     

    Roberto Branly (La Havane 1930-1980)

    Réponse

    (14 mars 1970)

     

    À un jeune écrivain,

    exclusivement agnostique ?

     

    La mémoire, simplement,

    dans l’obscurité,

    peut être le fil d’une épée,

    le nœud dans une corde, le chaos,

    la propre voix comme un marteau

    dans le silence;

    ou, au contraire,

    une étoile jeune

    brillant, étonnamment,

    sur le fond de la nuit.

    (Trad: Colette)

     

     

     

    ROBERTO BRANLY (La Havane 1930-1980)



    RESPUESTA
    (14 de marzo de 1970)

    A un joven escritor,
    ¿exclusivamente agnóstico?

    La memoria, simplemente,
    dentro de la oscuridad,
    puede ser el filo de una espada,
    el nudo en una cuerda, el caos,
    la propia voz como un martillo
    en el silencio;
    o, por el contrario,
    una estrella joven
    brillando, inesperadamente,
    sobre el fondo de la noche.

     

    Memoria Carlos Alonso (Argentina)

     

     

     

    Manuel Diaz Rodriguez (Cuba 1936-)

     

     

    Mauvais temps

     

    Dehors il pleut trop, mais

    par moments la tempête se calme,

    et alors continue de ruisseler, partout

    une mélancolie obstinée.

     

    On pronostique pour les prochaines heures

    des silences torrentiels

    et en fin de journée

    un mutisme en forme de neige.

     

    Les précautions seraient inutiles

    pour éviter les ravages du mauvais temps

    nous communique le météorologue E.M. Cioran.

    (Trad: Colette)

     

     

                                           Lluvia /Pluie , Elio Fidel Villate Lam (Cuba)

     

    Mal tiempo

     

    Afuera llueve demasiado, pero

    por momentos amaina el temporal,

    y entonces queda goteando sobre todo

    una pertinaz melancolía.

     

    Pronostican para las próximas horas

    silencios torrenciales

    y al final de la jornada

    una mudez en forma de nieve.

     

    Serán inútiles las precauciones

    para evitar los estragos del mal tiempo,

    nos comunica el meteorólogo E. M. Cioran.

  • Quand des larmes font une chanson / Cuando lágrimas hacen una canción

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    Nous sommes en 1929 et le musicien-compositeur et chanteur cubain Miguel Matamoros (Santiago de Cuba 1894-1971) se trouve en déplacement à Saint Domingue.

    L’histoire raconte qu’un soir, dans la chambre de la pension où il séjournait, il entend des pleurs de femme dans la chambre voisine. Il pense à un deuil, puis il apprend que le mari de la dame l’a quitté la veille pour une autre.

    Ceci lui aurait inspiré les paroles de la chanson “Lágrimas negras”

    La liste des interprètes est très longue, mais nous allons nous centrer sur la version de Bebo y  El Cigala, extraordinaire réunion d’artistes variés.

     

     

    D’abord Bebo Valdés, le connaissez-vous ?  Pianiste de jazz et compositeur cubain, lié au latin-jazz et au jazz afro-cubain.

    El Cigala, né à Madrid, célèbre cantaor de flamenco, gitan, espagnol donc mais de nationalité Dominicaine depuis 2014.

    Il reste le saxophoniste, magnifique, mais pas de nom fixe ai-je vu, il semble être différent à chaque concert ou enregistrement.

    L’album Produit par les Espagnols Javier Limón et Fernando Trueba et la chanson d’aujourd’hui ont le même titre “Lágrimas (larmes ) negras”.

     

    Allez, écoutez, laissez-vous emporter, regardez leur plaisir. (les paroles, qui diffèrent d’un chanteur/chanteuse à l’autre) sont plus bas. 

     

     

     

    Bien que tu m'aies jeté dans l’abandon
    Bien que tu aies tué mes illusions
    Au lieu de te maudire d'une juste rancœur
    dans mes rêves, je te couvre
    dans mes rêves, je te couvre de bénédictions


    Ton égarement me fait souffrir d'une peine immense
    je sens la douleur profonde de ton départ
    Je pleure, sans que tu saches que mes pleurs
    sont des larmes noires
    sont des larmes noires comme ma vie

    Aïe, dans le Guadalquivir

    Les gitanes lavent

    les enfants sur les berges

    en regardant passer les bateaux,



    Eau du citronnier

    Eau du citronnier

    Si je te caresse la figure

    Tu dois me donner un baiser


    Tu veux me quitter, je ne veux pas souffrir
    je pars avec toi, ma sainte même si je dois en mourir

     

    (Dans ces mots chantés par Cigala, je soupçonne que le Guadalquivir, les gitanes et l'eau du citronnier sont des ajouts personnels du cantaor...)