Un coeur triste / Un corazón triste

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Coeur dans la nuit

José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

 

Une fenêtre ouverte, La pluie. Et un lointain souvenir.

Une rue vide. Seulement une rue et le vent.

Cœur dans la nuit sans personne qui partage un rêve.

La pluie, un homme seul. Et la douleur des roses qui sont mortes.

La vie passe. C’est la vie, et non le temps qui passe.

C’est ainsi. Et c’est égal. Le reste est un long silence.

(Trad:Colette)

"Callejón después de la lluvia / Alley After Rain" © Gus (Fine Art)

 

 

Corazón en la noche

José Ángel Buesa (Cuba, 1910-1982)

Una ventana abierta. La lluvia. Y un lejano recuerdo.
Una calle vacía. Nada más que una calle y el viento.
Corazón en la noche sin que nadie comparta un sueño.
La lluvia, un hombre solo. Y el dolor de las rosas que han muerto.
La vida está pasando. La vida es lo que pasa no el tiempo.
Eso es así. Y no importa. Lo demás es un largo silencio.

 

 

Pas gai le poème de la semaine, les poètes ont des moments comme ça….

Triste el poema de esta semana, los poetas tienen momentos así…

 

                         

                           "Que llueva / Let it Rain" © Gus (Fine Art)

 

La pluie me fait penser aux photos de cet homme (qui signe Gus) que je vois souvent amener sa petite fille à la garderie, on se salue, toujours. J’ignorais jusqu’à présent qu’il était photographe, et renommé, pourtant dans notre petit village tout est censé se savoir, non?

La lluvia me hace pensar en las fotos de ese hombre (que firma Gus) que a menudo veo llevando a su hija a la guardería y nos saludamos, siempre. Hasta ahora ignoraba que era fotógrafo, de renombre, sin embargo en nuestro pequeño pueblo se supone que todo lo sabemos, ¿verdad?

 

 

                           "Oscuridad / Darkness" © Gus (Fine Art)

 

 

 

                          "El gran bosque / The Great Forest" © Gus (Fine Art)

 

Voilà quelques unes de ses photos, vous pouvez en admirer beaucoup plus ici:

Hé aquí unas fotos pero podéis ver muchas más aquí: 

 

https://elhurgador.blogspot.com/2020/01/gus-fotografia-fotomanipulacion.html

Et là /Y allí: https://carretedigital.com/gus-fine-art-el-fotografo-del-mes/

Commentaires

  • Hola Colette,

    N’a l’air de rien ce petit poème, des mots tout simples, six vers qui décrivent dans la nuit l’horizon borné d’une ruelle déserte, l’observateur (l’auteur peut-être ?) muré malgré la fenêtre ouverte dans sa solitude, l’humeur morose enclenchée en mode bourdon par la résurgence d’un souvenir mi-amer… La pluie par-dessus le marché, le tableau est complet pour embrayer dans la désespérance… Que non, ce qu’il y a de remarquable ici, c’est le détachement apparent du poète, son regard fataliste, comme étranger, porté sur le temps qui passe et l’image que notre miroir nous en renvoie chaque matin. Une tonalité un peu à la manière de l’Apollinaire sur le pont Mirabeau regardant couler la Seine.

    Thème rebattu donc : les compagnons de mélancolie ne manquent pas, nuances différentes assemblées pour un même habit d’arlequin triste : asthénie, déréliction, déprime, découragement, abattement, spleen, tant d’autres mots encore qui constituent, avec le sentiment amoureux et la fuite du temps, tous trois souvent associés, les raisons d’être et les piliers de l’Art poétique depuis l’invention de l’élégie par le premier Sapiens sensible à la beauté du monde et moins con que ses camarades de chasse. Ils en sont les ingrédients de base au même titre que la farine pour la boulange.

    Un peu de pommade pour la fin : même si elle n’est pas la plus difficile de celles que vous nous ayez données, votre traduction presque mot à mot restitue au texte son rythme, sa prosodie aussi bien que l’original. Realmente bueno.

    Bon, cessons de broder et « laissons un peu faire les autres » pour reprendre une réplique du « Marius » de Pagnol. Juste citer Verlaine, le premier qui me vienne à l’esprit, qui parle si bien de ce spleen récurrent qui l’envahit sans raisons précises, ce mal de vivre souvent ressenti qui traduit son décalage d’avec le monde dans lequel il vit… Poème archi-connu où il est aussi beaucoup question de cœur, claro :

    Il pleure dans mon cœur
    Comme il pleut sur la ville ;
    Quelle est cette langueur
    Qui pénètre mon cœur ?

    Ô bruit doux de la pluie
    Par terre et sur les toits !
    Pour un cœur qui s’ennuie,
    Ô le chant de la pluie !

    Il pleure sans raison
    Dans ce cœur qui s’écœure.
    Quoi ! nulle trahison ?…
    Ce deuil est sans raison.

    C’est bien la pire peine
    De ne savoir pourquoi
    Sans amour et sans haine
    Mon cœur a tant de peine !

    Paul Verlaine
    Romances sans paroles (1874)

    Et puis, quand cela ne va vraiment pas, restent la poésie, ou mieux encore, la musique, quelques notes « qui vont bien ensemble », pour reprendre l’expression de Mozart enfant, cela fait un bien fou, comme par exemple cet Impromptu de ce cher vieux Franz :

    https://www.youtube.com/watch?v=VlFgAtaeM2g

    Buena semana.

  • @Gislebert, merci ! Vous avez fort bien perçu tous les aspects de ce court poème.
    Comme vous j'aime ce je qui se tient à distance de son sujet, ce qui permet au poème de devenir universel. Pas d'auto-compassion, on reste dans une sort d'objectivité.

    Voilà, je vous quitte en écoutant Standchen de Franz Schubert.

    Bon dimanche, sans pluie...

  • Mais, d'une certaine façon, n'est-ce pas rassurant d'apprendre que les roses meurent partout et que l'homme est seul dans une nuit silencieuse et sans fin ?
    Révélation épouvantable qui mettra peut-être fin au dilemme du «Wanderer», énoncé dans le dernier quatrain, ci-dessous, du poème de Georg Philipp Schmidt von Lübeck («Des Fremdlings Abendlied»), arrangé par Wilhem Müller et mis en musique par Franz Schubert («Winterreise»), puis peint par Caspar David Friedrich (« Der Wanderer über dem Nebelmeer»).
    Quoi qu'il en soit, il y a confinement, non ?

    J'erre silencieux, ne suis que peu joyeux,
    et mon soupir demande toujours: où?
    En un chuchotement d'esprit m'arrive la réponse:
    «Là où tu n'es pas, se trouve le bonheur» (traduction : Yannis Haralambous)

  • Les photos de "Gus" sont extraordinaires. On dirait des tableaux, de beaux tableaux.
    Il fait donc de la fotomanipulacion.

    A voir ces merveilles, je me suis demandée si vous aviez choisi les photos avant le poème ou l'inverse ?

  • @ Rabbit, oui, bien sûr, les roses doivent mourir. De la même façon, l'homme est irrémédiablement seul; quant au bonheur...une notion si abstraite, une quête impossible dans l'absolu, mais de si bons moments (malgré le confinement, oui, oui)
    Cela fait une heure que j'écoute le Winterreise de Schubert, je ne l'avais je crois jamais entendu, merci.

  • @Calendula, ces photos, travaillées oui, racontent pour moi chacune une historie. On pourrait, si on en avait le talent, écrire un poème sur chacune, vous ne trouvez pas ?

    Alors, quand j'ai lu le poème, ces photos ont été tout de suite une évidence pour moi. Il y avait un temps que je pensais à elles, alors, pour vous répondre, c'est un mélange des deux.
    Ce que j'espère c'est pouvoir voir certaines de ses photos dans un expo ici, un jour, quand on pourra à nouveau.
    Bonne soirée.

  • De la belle poésie avec Colette, de belles pianistes avec Gislebert, ce blog est un rendez-vous incontournable. Bonne soirée.

  • @ G.F, merci pour ce commentaire qui fait plaisir.
    Bonne soirée à vous aussi.

  • Le coeur du poème, c’est la douleur de ces roses mortes, que l’homme (ou la femme ?) regarde en songeant à son passé en allé, et qui est en fait sa propre douleur. Mais aussi la pluie, qui rappelle ces larmes non mentionnées, la solitude et le silence. De bonheur, il n’est bien sûr pas question. Quant aux photos, je les aime presque plus que le poème, elles rendent si bien la tristesse ! Retravaillées, il semble, mai à bon escient, de même que la poésie retravaille elle aussi la réalité, et ne l’est pas !

  • @Jacques, vous avez peut-être cliqué sur les liens pour voir d'autres photos. Sur l'un des sites elles sont protégées, le choix était un peu limité donc.
    Bonne semaine.

  • Pas besoin de beaucoup de mots pour décrire cette ambiance de pluie, si délicieuse même par temps de tristesse.

    Et les photos, si appropriées. On pourrait y entrer et s'y promener pendant des heures.

    Merci et bonne journée, Colette.

  • @Avec plaisir John. Bonne soirée.

  • n deuxième lecture, j'ai une question avec une phrase:

    ""C’est la vie, et non le temps qui passe."

    Que veut-il dire? Que veut-il dire par "passer" et comment cela s'applique-t-il à la vie? Je ne comprends pas du tout. C'est délicat d'introduire du cognitif, comme cette affirmation, dans un fil poétique et factuel.

  • Seule la durée d'une vie humaine permet de mesurer le temps et de lui donner une dimension et donc, de le faire exister.

  • Ouais mon Lapin, nul besoin d’avoir fait un master en philo pour comprendre cela… Mais il est vrai que la durée pour John qui vit dans un référentiel galiléen bien à lui n’a pas la même valeur que pour nous… Finalement l’en faut des mots pour expliquer ces six vers…

  • @Colette Oui, merci pour le conseil! Je n'ai pas cherché d'autres photos, trouvant ce choix excellent, et tout à fait adapté au poème, complémentaire de celui-ci. Mais je le ferai! Bien à vous, bonne semaine!

  • "Ouais mon Lapin, ..... Finalement l’en faut des mots pour expliquer ces six vers…"

    MDR MDRRRRRR je suis écroulèe!

    Désolée Colette, mais je ne puis m'empêcher ... Gislebert a toujours les mots pour réagir à des commentaires.

    Je ne trouve que ces lignes pour ne pas être en reste.... Gislebert a commenté un de mes poèmes favoris de Verlaine...

    Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin.
    Malherbe

    J'ai lancé une recherche sur cette citation et .... Wep! ce que nous en dit Wiki !

    Consolation à M. du Perrier sur la mort de sa fille
    François de Malherbe

    La Consolation à M. Du Périer est un poème de François de Malherbe, publié pour la première fois en 1599. Il s'agit d'une réécriture du poème de Malherbe La Consolation à Cléophon, qu'il avait écrit en 1592. Selon Raymond Lebègue : « La Consolation à M. Du Périer est assurément le plus célèbre des poèmes qui ont paru en France entre les sonnets à Hélène et les Fables de La Fontaine »
    ---
    Le poème contient également les célèbres vers :

    Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses
    L’espace d’un matin.
    Une réécriture d'un poème antérieur : La Consolation à Cléophon

    Ce poème constitue une réécriture de la Consolation à Cléophon, écrite en 1592 à l'occasion de la mort de Rosette, la fille de Cléophon, son ami normand. À la mort de la petite Marguerite du Périer en 1598, alors qu'elle avait cinq ans, Malherbe a repris ce poème, supprimant certains archaïsmes et remaniant quelques rimes2. Une légende3 veut que ces deux vers célèbres soient dus à une erreur de lecture de l'imprimeur : initialement, Malherbe aurait écrit Rosette a vécu…, et celui-ci aurait fait une erreur et lut Roselle a vécu…, ce qui aurait donné la forme définitive: Et rose, elle a vécu...4. Cependant, une variante de cette Consolation, qui n'existe que sur feuille volante, tend à démentir cette rumeur :

    Et ne pouvait, Rosette, être mieux que les roses
    Qui ne vivent qu'un jour.

    Ainsi, le nom de Rosette semble davantage être le nom de la fille de Cléophon qu'un surnom accordé à Marguerite.

    Bonne soirée Colette.

    NB: D'entrée.... le titre m'a fait craindre le pire.... Pensez à mon coeur Colette :)

  • @ Rabbit & co:

    M'ouaisi:

    "Seule la durée d'une vie humaine permet de mesurer le temps et de lui donner une dimension et donc, de le faire exister."

    Mesurer le temps? Ou plutôt constater des modifications sur une période donnée?

    Drôle de débat qu'induit l'auteur.

  • « Qu'est-ce que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si je voulais l'expliquer à quelqu'un qui devrait me le demander, je ne sais évidemment pas. » (Saint Augustin, «Confessions», livre XI.14). C'est avec ça que l'on débute à propos du temps: si vous en avez beaucoup devant devant vous, je vous souhaite bon courage.

  • En effet Rabbit;-) ! ... relire Kant ou Bergson à propos du temps, tous les philosophes, écrivains, l'ont étudié, en ont parlé.
    Voici ce qu'en dit André Comte-Sponville dans L'être temps :
    " Qu'en est-il de ce temps, et comment peut-on le penser, s'il n'est constitué que d'un néant (l'instant sans durée) entre deux néants (le passé qui n'est plus, l'avenir qui n'est pas encore) ? "

    Bonne journée à tous.

  • Incapable de suivre l'abstraction philosophique, je dirais ceci :

    A partir d'un certain moment de son Histoire, l'homme a éprouvé la nécessité de mesurer le temps.
    Il a inventé des objets pour ce faire, des calculs. Et il a aussi commencé à écrire des chronologies, c'était à la fin de la Préhistoire.

    Et sont arrivés des mots comme : à partir de - un moment- hier- demain-aujourd'hui- parfois- jamais-maintenant - 10 ans.
    C'est une tentative de mettre de l'ordre et de se mettre d'accord entre nous pour avoir des repères.
    Mais nous savons bien que notre perception personnelle du temps est subjective. Parfois on s'ennuie, alors le temps nous semble long. Parfois, on ne voit pas le temps passer. Un jour, on se voit dans le miroir et on comprend que le temps a passé, c'est à dire qu'on a déjà vécu un bon moment et que ça se voit ! ;-)))
    Désormais, le temps passe très vite pour moi. Il paraît que c'est parce que mon métabolisme a ralenti et le temps s'écoule de façon uniforme aussi parce que je ne découvre plus de nouvelles choses à mon âge. Les diverses mesures sanitaires n'aident pas !
    Alors oui, je suis d'accord avec José Angel Buesa, la vie passe. On peut mesurer ce passage avec des repères temporels, mais biologiquement, on vieillit de toute façon.
    Même si je n'avais aucun repère temporel, aucune horloge, que je vivais sur l'équateur et que chaque jour avait la même longueur, ma vie passerait et je vieillirais.

  • Et le silence, dernier élément du décor ? Un sujet qui motive les philosophes aussi bien que les poètes: « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie» (Blaise Pascal, «Pensées», XXV, 17 bis). Pour Albert Camus dans ses «Essais»: «L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde». Une chose absente qui occupe tout autant les psy et leur public.

  • Merci pour ce condensé du poème et des commentaires qui me confirment à quel point la poésie est un langage d'initié, ou qui se prennent comme tels, pour tenter une traduction.
    J'observe que ce texte est ouvert à toutes les interprétations et les lecteurs avouent leurs limites. Le poète est un faux-cul qui ne dit pas les choses par leur nom et ceux qui le lisent sont comme ceux qui investissent dans un tableau sur la seule signature de l'artiste.
    Pour moi, ou plutôt pour celui qui se nomme moi et qui n'est qu'un parmi tant d'autres qui vivent à l'intérieur d'une même entité corporelle finie, l'accès à la question fondamentale n'est possible que lorsque le silence s'installe et qu'on cesse ces divagations sophistiquées qui ne font que s'ajouter au questionnement fondamental.
    La pensée est créative, elle permet de déplacer les montagnes. Mais elle est aussi discursive et vaine, tourne en rond dans une quête existentielle, insoluble Dieu merci, et nous empêche de voir la beauté et la joie qui imprègnent tout. Car nous observons le monde depuis notre insupportable finitude qui est pourtant notre salut lorsque nous n'avons pas trouvé le chemin pour dissoudre le masque.

  • @ Pierre, "le poète est un faux-cul" c'est en effet une façon de voir les choses.

    Les poètes que vous trouverez ici sont en général peu connus, et les poèmes publiés, courts.
    L'art de poète est d'arriver, en peu de mots, à communiquer une sensation, une sentiment. Ceci est hautement subjectif donc. Et la façon dont le lecteur appréhende le texte l'est tout autant: chacun l'interprète à sa manière.
    C'est ce qui j'aime dans la poésie, les choses sont suggérées, notre imaginaire peut faire le reste. Je conçois parfaitement que ce manque de précision dérange, mais c'est ce qui plaît aussi à pas mal de gens.
    À l'inverse de la peinture, la poésie paye mal, ne s'exhibe nulle part, et le prix d'un poème, même superbe, n'atteint jamais celui d'un tableau...

    Merci d'être passé, d'avoir réfléchi avec nous.

  • Pierre Jenni@

    M’enfin, Pierre, arrêtez je vous prie avec cette antienne que vous nous serinez à chaque visite sur ce blog : la poésie, comme la musique écrite dite sérieuse, n’est pas une affaire d’initiés, mais d’amateurs, on n’est pas chez les Frères trois points…

    Pour vous en convaincre, zyeutez le portrait du RP Davier, l’éminent tricoteur de stances de cette plateforme, vous lui trouvez vraiment une tête d’initié ? Que nenni, mais d’amateur… D’amateur éclairé peut-être, certes, qui garde jalousement le cheminement de son amour secret. Petite vanne médicale piquée chez le Chat de Geluck :

    Où avez-vous attrapé ces mycoses?
    Désolé Docteur, un vrai amateur ne révèle pas ses coins à champignons.

  • Bon, je reconnais volontiers déborder un peu. Je suis fâché avec la poésie car je n'y ai pas accès. Je n'y comprends rien, je ne vois pas où l'auteur veut en venir et je soupçonne de tels niveaux d'abstractions d'être autant de façons de cacher la merde au chat.
    Je trouve déjà éminemment difficile de comprendre ceux qui parlent clair et utilisent les mots qui correspondent au message. Alors ces tentatives de décrire l'indicible avec ces tableaux esthétiques me gonflent.
    Quant aux émotions, je serais curieux de connaitre celles de ceux qui ont lu ces lignes. Car à lire les commentaires, il semble qu'il y en ait autant que d'individus, voir plus.
    Alors je peine à comprendre l'intention du poète. Si son message est interprétable à merci, il n'est que du vent. Et pas un vent qui apaise, mais qui vient encore alimenter la machine à penser dans le vide.
    Alors oui, je préfère le silence. Mais je ne voudrais surtout pas gâcher votre plaisir. Je vous laisse donc entre-vous en espérant que ce blog et la poésie contribuent à votre épanouissement. Ce sera ça de bruit en moins.

  • Allons, allons, Pierre ! Ne faites pas le faux modeste; vous êtes un grand garçon maintenant. Ce n'est pas grave de ne pas aimer jongler avec les concepts; vous avez d'autres qualités. Vous avez lu les Upanishad dans le texte, vous connaissez la Baghavad-Gita par coeur et le reste du Mahâbhârata n'a plus de secret pour vous. Quant au Râmâyana, il n'est jamais aussi intéressant qu'une fois déclamé et commenté par vous.

  • Pendant que Pierre cherche a comprendre ou ne cherche pas, il est déjà trop tard, le temps est passé et la vie aussi.
    Ce temps qui coure, fuit, se perd, s'arrête.
    Je le prend, il me pèse, m'use, je le compte, conte et gaspille celui qui me reste

  • Quoi qu'on en dise, Virgile pourrait donner raison à Pierre: « Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore » (mais en attendant, il fuit: le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail), Géorgiques, livre III, vers 284. S'ils sont complices, c'est une autre histoire.

  • Oui, le temps passe. Et ce qui a fait mousser quelques uns un instant est déjà derrière. Bientôt les commentaires seront fermés. Il faut passer à autre chose. Assurer le suivi. De cette abondance qui nous submerge.
    J'ai compris, avec les quelques 1500 commentaires sur un de mes billets de blog, que le sujet proposé n'était qu'un prétexte pour creuser la question existentielle fondamentale.
    Mais il semble que ce soit trop pour beaucoup. On préfère la distraction permanente du nouveau qui, si nous y regardons de plus près, n'est qu'une copie de l'ancien.
    Alors oui, le temps semble filer.
    Mais il est un temps qui n'est pas chronologique. On ne peut lire son passage sur l'image dans le miroir. Et le question devient encore plus vive. Un gamin regarde un vieux qui subit la loi du temps. Une vie sera-t-elle suffisante pour comprendre ?
    Et même s'il faut plusieurs vies, comment vais-je apprendre à me calmer et faire vraiment confiance ?
    Me laisser porter par le mystère et renoncer à creuser avec des outils émoussés. Faire taire ce flot continu de pensées discursives qui polluent et détruisent. Même les belles pensées sont suspectes, elles suivent une logique qui leur est propre afin de maintenir en vie la fiction de la personne.
    Faut-il vraiment s'asseoir le dos droit durant une bonne heure tous les jours pour déconditionner l'esprit vagabond ? Ou pouvons nous prendre du recul et sourire à l'observation de ces voyages distrayants dans le film que nous montons chaque jours.
    Je n'ai plus besoin de Netflix, mes films sont sur mesure et je peux zapper à la seconde.
    Mais il devient difficile de participer à ce qui apparait comme une farce. Une pièce de théâtre sans metteur en scène et des acteurs par défaut.
    Ces mots peuvent sembler désabusés. Il ne traduisent qu'un des éléments qui me permettent aujourd'hui de vivre l'instant sans attente particulière. Ils sont éminemment positifs en ce sens qu'ils témoignent d'un cheminement qui s'est affranchi du temps et qui permet de transformer ce qui semblait une épreuve en joie indicible qu'il est sage de camoufler pour avancer en sécurité.

  • @Pierre, merci d'être revenu avec cette fin positive.
    J'ignore si les commentaires se ferment seuls, en tout cas ce ne serait pas de mon fait si cela se produisait sous ce billet où tant de pistes de réflexion ont été données.
    Sur ces questions que vous appelez existentielles fondamentales, il y a un temps pour le silence, en tout cas pour moi, où je réfléchis à toutes ces interventions intéressantes..
    Le travail manuel laisse la tête libre, donc en passant l'aspirateur, plantant des oignons ou cuisinant, les idées font leur chemin.
    J'imagine que je ne suis pas la seule qui prolonge la réflexion, mais, oui, en silence.
    Bonne soirée.

  • Oui, Colette, j'ai aussi continué à réfléchir à tout ça et entretemps, je ne suis plus tout à fait d'accord avec mon propre commentaire de mardi dernier.
    Et plus tout à fait d'accord avec le poète.
    Il est artificiel de séparer le passage du temps du passage de la vie. Les deux vont ensemble. On peut bien sûr décider d'ignorer le facteur temporel, mais il est là, même si je ne le mesure pas.
    De même, vouloir séparer corps et esprit ou le vécu de la réflexion n'amène que dans des impasses ou des sphères très abstraites.

    J'ai une question de vocabulaire, par rapport à l'espagnol.:
    Est-ce que, comme en français, le mot "temps" peut également signifier "le temps qu'il fait " ? Dans beaucoup de langues, on a des mots distincts , comme time / weather, Zeit /Wetter. Cela induit une certaine façon de penser. De même, l'ambiguïté du français peut ouvrir un espace un peu flou et poétique.

    Pour rester près du poème : il est question de pluie et de vent.
    Le temps qui passe et le temps qu'il fait sont des phénomènes qui nous dépassent, on ne peut pas les maîtriser.
    "C'est ainsi", dit le poème.

    Le dernier commentaire de Pierre Jenni fait allusion à la méditation, si je l'ai bien lu.
    Ce poème pourrait être une méditation sur la solitude et la vie qui passe. Le poète aimerait exclure le facteur temps qui passe, mais c'est si joliment dit en espagnol:

    La vida está pasando.

    C'est un participe présent ? Conjuguer un verbe, c'est être dans une temporalité !

    Oui, on tourne un peu en rond, mais ce n'est pas grave, je suis également réconciliée avec le fait que c'est ainsi. Dans un moment de mélancholie, un soir de pluie à sa fenêtre, on peut avoir de telles pensées.

  • Pour de telles pensées, les occasions sont nombreuses. Prenez par exemple ce qu'en disait l'excellent confrère de Gislebert, Galien de Pergame (129-201). : «Omne animal triste post coïtum, praeter gallum mulieremque» (tout être vivant est triste après le coït à l'exception du coq et de la femme). Depuis que la méthode scientifique a déclassé les poètes, on parle de dysphorie post-coïtale.

  • M’en voudrais d’intervenir dans cet échange si riche entre rabbit & co et Calendula, mais je doute que cette dernière, en parlant des pensée qui lui trottent dans la tête quand elle admire un paysage pluvieux de sa fenêtre, a l’esprit branché sur les problèmes de couples et de dystopie post-coïtale en particulier… Encore qu’avec ces gens du Nord, il faille rester prudent., je sais.

    @rabbit

    N’ai pas eu l’honneur de suivre les cours de Galien, l’avait juste pris sa retraite quand j’ai entamé mes études. Rassurez-vous, ai été à bonne école avec d’autres morticoles…

  • @ Calendula,
    Pour vous répondre sur la langue, un seul mot en español, "el tiempo", ce qui laisse parfois, comme vous dites, un flou.
    Quant au "la vida está pasando" . On emploie souvent en espagnol cette forme, qui est la même en anglais, quand quelque chose est entrain de se passer, sur la durée donc.
    "Estoy trabajando", I'm working, qui se dit volontiers " je travaille" en français plutôt que je suis en train de travailler.
    Pasando est le gérondif.

    Tout en espérant que cette déplorable dysphorie n'affecte pas nos chers contemporains, je vous souhaite à tous une bonne journée !

  • Ce poème dysphorico -mélancolique me semble parler avant tout de solitude, peut-être de vieillissement.
    "La douleur des roses qui sont mortes" fait certainement allusion à un amour passé.
    Rien n'empêche de penser à la tristesse post-coïtale, mais effectivement, en tant que femme, ça ne m'est pas venu spontanément à l'esprit. :-)))
    Désormais, si on me demande quel est le point commun entre les femmes et les coqs, je saurai répondre de docte manière.
    Grâce à Galien de Pergame, mais surtout grâce à rabbit, ce poème de JA Buésa, les photos de Gus et bien sûr Colette, qui auront contribué à amener ce savoureux savoir à notre connaissance.
    Voilà à quoi sert la poésie et la discussion qui peut en suivre !

  • Dysphorie et non dystopie of course. En médecine, la dystopie orbitaire, c'est ce que l'on appelle les "yeux bridés". Mon subconscient devait penser à l'environnement de Lapin.
    Une opération esthétique, la blaphéroplastie, demandée par certaines Asiatiques leur confère un regard plus "occidental".
    Vrai qu'on en apprend des choses.

  • Correction : blépharo- et non blaphéroplastie. Dyslexie postprandiale due à l'abus d'eau minérale gazeuse...

  • La blépharoplastie est un blasphème au charme des femmes asiatiques, que l'on dit redoutable sur certains léporidés. À Nanjing, je louais un appartement à un ancien professeur de latin-grec à la faculté de médecine. De cette curieuse activité, il faut comprendre qu'il était chargé d'expliquer, en mandarin aux étudiants, la signification de termes aussi barbares que ceux dont nous afflige Gislebert.

  • Nuance : que Gislebert essaie péniblement de nous affliger...
    Je ne connaissais pas cet effet de l'eau minérale...

  • Sur le 3e âge ? J'en conviens, mais il n'est pas pire fléau que l'activisme tiers-mondiste, altermondialiste, antispéciste, antilibéral, post-moderniste, structuraliste, anticapitaliste, paléoconservateur, écologiste, nationaliste, néo-keynésien et j'en passe, qui décime la jeunesse.

  • Excellent l’humour de Gislebert!

    Gazeuse Géo! :)
    Mais n’a pas la culture de Gislebert qui veut! :)

  • Patoucha@

    Merci pour votre bel enthousiasme, mais j’aimerais autant que vous y mettiez un terme. D’une part il est parfaitement injustifié, la culture n’est-ce pas, très mince couche… et puis on va croire des choses qui ne sont pas. Apprenez qu’il me met dans l’embarras, mon épouse légitime commence à inspecter mon activité blogueuse d’un œil soupçonneux, je ne vous dirai rien des réactions des illégitimes…
    Avec la crise sanitaire et le rétrécissement de nos vies, vous ne trouvez pas que nous avons déjà assez d’emmerdes comme cela ?

  • Affliger ! Que le Grand Cric le croque ! Infliger ! Décidément, à échanger avec des vieillards séniles, on finira tous mal...

  • Pour revenir au temps....et oui, la vie passe, nos rides se creusent, les mots fuient parfois.
    On essaye de rester dans le sujet, ¿por favor ?

  • Géo@

    Z’avez tout faux, comme souvent, pardon je voulais dire parfois, affliger dans le sens accabler convient parfaitement dans l’emploi de rabbit. Vos aînés de quelques petites années ne yoyotent pas encore, vous pouvez toujours échanger sans crainte.

  • Euh... c'est quoi déjà le sujet ?

  • "Euh... c'est quoi déjà le sujet ?" La poésie...

  • Pour patienter jusqu'au prochain épisode, une page de publicité pour Nicolas Boileau (le législateur du Parnasse) et son «Art poétique» (tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la bonne poésie au Grand Siècle) :

    Craignez-vous pour vos vers la censure publique ?
    Soyez-vous à vous-même un sévère critique.
    L’ignorance toujours est prête à s’admirer.
    Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;
    Qu’ils soient de vos écrits les confidents sincères,
    Et de tous vos défauts les zélés adversaires.
    Dépouillez devant eux l’arrogance d’auteur,
    Mais sachez de l’ami discerner le flatteur :
    Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.
    Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue.

    C'est gratuit et c'est là: http://www.wattandedison.com/Nicolas_Boileau1.pdf

  • @Gislebert

    Rassurez-vous et rassurez votre épouse, cet enthousiasme est voulu car par intérêt! rien de sentimental! Désolée que vous ne l’ayez pas encore compris.
    Dans un combat de coqs il faut toujours un favori surtout quand l’adversaire n’est pas bon joueur et un tant soit peu dégonflé......

    Mille excuses Colette, mais cette mise au point s’imposait. Merci d’en tenir compte.
    Bon week-end

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