À fleur de peau / A flor de piel

Imprimer

Gioconda Belli, une poétesse que nous avons déjà rencontrée plusieurs fois sur ce blog.

Si vos sens sont un peu engourdis par le froid, par l’apathie de ces derniers mois, je pense que

ce poème vous réveillera ...

 

Ya hemos encontrado esta poetisa varias veces en este blog.

Si tenéis los sentidos algo adormecidos por el frío o la apatía de esos últimos meses,creo que este poema os despertará...

 

 

                                      El visitante / Le visiteur  Fernando de Szyszlo (Perú)

 

Gioconda Belli

 

Je te vois comme un tremblement...

 

Je te vois comme un tremblement

dans l’eau.

Tu vas

tu viens,

et laisses des ronds dans mon imagination.



Quand je suis avec toi

j’aimerais avoir plusieurs moi,

envahir l’air que tu respires,

me transformer en un amour chaud

pour que tu me sues

et pouvoir entrer et sortir de toi.

 

Te caresser cérébralement

ou me glisser dans ton cœur et exploser

à chacun de tes battements.

 

Te semer, tel un grand arbre, dans mon corps

et soigner tes feuilles et ton tronc,

te donner mon sang de sève

et, pour toi, me convertir en terre.

 

Je sens un souffle chatouilleur

quand nous sommes ensemble,

je voudrais me transformer en rire,

pleine de plaisir,

batifoler sur plages de tendresse

récentes,

mais que j’ai toujours pressenties,

t’aimer, t’aimer

jusqu’à ce que nous oubliions tout

et ne sachions plus qui est qui.

(Trad: Colette)

 

 

 

 

Te veo como un temblor...

Te veo como un temblor
en el agua.
Te vas,
te venís,
y dejás anillos en mi imaginación.

Cuando estoy con vos
quisiera tener varios yo,
invadir el aire que respiras,
transformarme en un amor caliente
para que me sudes
y poder entrar y salir de vos.

Acariciarte cerebralmente
o meterme en tu corazón y explotar
con cada uno de tus latidos.

Sembrarte como un gran árbol en mi cuerpo
y cuidar de tus hojas y tu tronco,
darte mi sangre de savia
y convertirme en tierra para vos.

Siento un aliento cosquilloso
cuando estamos juntos,
quisiera convertirme en risa,
llena de gozo,
retozar en playas de ternuras
recién descubiertas,
pero que siempre presentí,
amarte, amarte
hasta que todo se nos olvide
y no sepamos quién es quién.

 

Commentaires

  • En passant, je me disais comme ça que, pour bien arriver à transposer un poème d'une langue dans une autre, il faudrait pouvoir en restituer la musique avec ses accents toniques particuliers ou en créer d'autres adaptés au nouveau support. Ce qui est difficile en passant de l'espagnol au français (*), à moins de recomposer le poème et jouer avec les métaphores.

    (*) https://www.elconjugador.com/fraccenttonique.php

  • @Rabbit, merci pour ce rappel.
    Je vois bien ce que vous dites (je suis parfaite bilingue), ici le poème n'a pas de rimes, la difficulté que j'ai trouvée en le traduisant est le rythme.
    Dans le poème original il est sans cesse brisé, et le traduire en essayant d'être mélodique a été un vrai casse-tête, et le résultat imparfait si je voulais rester fidèle à l'original.
    Un choix, comme toujours quand on traduit.
    Bonne soirée.

  • Bien faire l'amour ne suffit pas, encore faut-il bien en parler. (... et inversement...)
    J.C. Carrière

    Un aliento cosquilloso…Superbe, la chatouille qui renvoie à une versión ibérica de Knock, voilà qui aurait réjoui Jules Romains. ¿ Cosquillas o picazón?... Mais en cas de gratouilles, où situer le prurit ?

    Elle a de la patte, la Gioconda, et du tempérament, indiscutablement.. Son chouette poème est bien ficelé, plus sensuel et exalté, pas torride à l’incandescence mais guère loin, porteur en tous cas de vertu échauffante, ce qui n’est pas négligeable vu les frimas actuels, et tout-à-fait digne des stances galantes des dames d’antan.

    Dans ce registre poétique (limitons-nous à l’expression francophone, autrement on ne s’en sort pas), la marge est étroite entre l’érotisme classieux aseptisé confit ou praliné cucul des amateurs et l’ornière de l’obscénité… Et même si, en bon phallocrate, j’ai grand regret de le constater, dans le genre ce sont les poétesses qui s’en sortent le mieux, rares sont les bonshommes qui tirent leur épingle du jeu. Bien sûr, les grands modèles, tous les poètes latins, de Catulle à Ovide, ont chanté dans leurs élégies ou épigrammes l’amour charnel avec moult détails, en nommant les choses crûment, en appelant une chatte une chatte… Mais la langue latine si fluide fait glisser comme sur le duvet d’un canard les termes les plus salaces. Et puis, mis à part quelques érudits, plus personne n’y comprend rien en première lecture sans s’aider de traductions parallèles et celles-ci, souvent datées, sont très édulcorées…
    Les poètes de la Renaissance ont aussi magnifié la fusion des âmes et des corps (Ronsard du Bellay, mais là encore Louise Labé, (« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie … »), Pernette du Guillet (« Le Corps ravi, l'Âme s'en émerveille… ») ou Madeleine Desroches dans une moindre mesure (celle-ci dans l’amour courtois surtout) sont plus subtiles, délicates, allusives, plus sensuelles en fin de compte. Enfin c’est mon opinion et j’aime la partager… Les deux dernières, il faut bien chercher dans vos anthologies classiques pour les trouver, elles sont quasi inconnues à l’appel. Le machisme de leurs auteurs est impitoyable, autant que la pudibonderie des traducteurs latinistes… Il est vrai que j’ai d’anciennes éditions, les choses ont peut-être changé.

    Deux quatrains de Pernette (1518-1545), tirés de « Rymes »

    Pour contenter celuy, qui me tourmente,
    Chercher ne veulx remede a mon tourment :
    Car en mon mal voyant qu’il se contente,
    Contente suis de son contentement.

    Si le servir merite recompense,
    Et recompense est la fin du desir,
    Tousjours vouldrois servir plus, qu’on ne pense,
    Pour non venir au bout de mon plaisir.

    Hé hé, soumise peut-être, mais elle sait ce qu’elle veut, Dame Pernette, elle n’aime pas les maladroits trop pressés… Sa devise, comme Maman Letizia : « Pourvou que cela doure » …

    Madeleine Desroches (1520-1587), salonnarde féministe avant l’heure, en avance de quelques siècles, fait dans l’épigramme malicieuse :

    Je voudrois bien aux Muses faire hommage
    Et par escrits mes peines soupirer :
    Mais quelque soin m’en vient toujours tirer,
    Disant qu’il ne faut songer qu’au ménage.

    Evidente et épatante plus-value du vieux français.
    La continuación mas tarde.

  • Suite

    Au XIXe, bien sûr Baudelaire magistral dans les six pièces interdites des Fleurs du Mal (les Bijoux, Le Léthé, Lesbos…) est insurpassable, mais c’est un érotisme très noir, cruel, désespéré, fantasmé, hallucinatoire qui ne fait pas vraiment la part belle aux femmes. Très misogyne, le Charles….. .
    Quant aux autres, épigones ou suiveurs, vous avez en lien un choix du site Poetica de certains des chefs-d’œuvre du genre, connus de vous certainement et qu’on ne retrouve pas forcément au catalogue des intégrales de la Pléiade… Ce sont soit des pochades dignes de chansons de carabins (Th. Gautier), vulgaires, obscènes mais assez drôles par ailleurs sauf pour les esprits coincés, soit des textes où fleurissent la trivialité et les mots très crus dont la redondance, aussi bien tournés que soient les vers, finit par lasser (Verlaine, un vrai florilège dans « Femmes », Mallarmé surprenant dans ce genre, pour une fois clair, mais pas tellement convaincant…).
    Je vous recommande particulièrement, senõra Colette, le « Bonheur Parfait » de Théophile Gautier, vous l’apprécierez certainement puisque vous êtes une amie des bêtes (sauf celles de votre basse-cour que vous zigouillez allègrement pour la casserole des jours de fêtes). Vous avez un chien je crois et êtes attachée à son bien-être… Les rimes riches de Théophile vont vous plaire.

    Ne parlons pas d’Aragon et Apollinaire et leurs immortels ouvrages sur les aventures d’Irène et de Culculine d’Ancône. Là, on est dans l’obscénité baroque et revendiquée…No olvidar : « La pornographie, c’est l’érotisme des autres. » (A. Breton)

    https://www.poetica.fr/categories/erotique/

    Gioconda comme ses aînées revendique pour sa vie le droit à sa liberté, au plaisir et à la jouissance. Sans misandrie, ce qui la distingue des enragées actuelles qui nous les brisent menu, elle n’omet pas la part d’admiration dévolue à son partenaire (mâle en l’occurrence), elle s’assume comme une femme amoureuse, ardente et ses poèmes érotiques parlent d’amour, non de la lutte des sexes..

    Il ya aurait beaucoup à dire, de quoi remplir une bibliothèque, plusieurs même si l’on traite de la poésie érotique universelle à travers les âges. Pour conclure, puisque Sapho n’a pas été citée, un poème de Renée Vivien, icône emblématique des amours féminines des années 1900, vedette toujours du Lesbian World : "Elle demeure en son palais..."
    L’intégralité du poème, splendide :

    https://fr.wikisource.org/wiki/Flambeaux_%C3%A9teints/Elle_demeure_en_son_palais

    Bonne suite dans la froidure (relative) de Mallorca et désolé si j’ai pris toute la place avec ma tartine...

    Hasta la próxima.

  • @Gislebert, comment vous remercier pour tout le travail de recherches, d'exemples variés et divers ?
    Ceci accompagné de votre prose si vivante, gaie à lire.
    Un petit détail, mon chien est une chienne, alors ce poème...vous avez compris ;-)

    Je découvre avec grand plaisir ce poème très beau, et souriant, vous avez raison, de Renée Vivien.

    Je reviendrai lire demain tout cela, une seconde fois...si foisonnant!
    Bonne soirée, bonne semaine.

Les commentaires sont fermés.