Ah ces baisers.../ Ah esos besos...

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On peut bien sûr embrasser du regard, avoir de la tendresse plein les yeux, mais cela remplace-t-ils ces baisers, ces bras qui rapprochent les corps, tous ces gestes de tendresse qui me manquent, vous manquent sans doute aussi ?

Des mois sans embrasser mes enfants, à se voir masqués, à distance...

 

Les souvenirs de baisers suffisent-ils ? 

 

 

 

 

                             E. Munch Beso en la orilla bajo la luz de la luna / Museo Thyssen

                                           Baiser sur la rive sous la lumière de la lune
 

 

 

Ce baiser

Claribel Alegría, Nicaragua (1924-2018)



Ce baiser d'hier

m'a ouvert la porte

et tous les souvenirs

que je croyais fantômes

têtus se levèrent

pour me mordre.

(Trad : Colette)

 

 

Ese beso

Claribel Alegría (1924-2018)
Nicaragua



Ese beso de ayer
me abrió la puerta
y todos los recuerdos
que yo creí fantasmas
se levantaron tercos
a morderme.

Commentaires

  • Baiser, bécot, bisou, poutou, french kiss, roulade de pelle, de galoche, baiser papillon , baiser esquimau ou papou (beaucoup plus rude), léchage de pommes sans oublier le baiser de Judas, il y aurait matière en puisant dans la seule poétique françoise à constituer plusieurs volumes d’une chrestomathie rien que sur ces marques d’affections et ces vecteurs d’infections.

    Ben non, on va s’arrêter là, pas même un exemple, pas même un sonnet sur les papouilles des neiges d’antan, nous nous en voudrions d’encombrer votre blog avec nos truismes et nos clichés habituels…

    Cuidate, señora Colette.

  • Bonjour Gislebert,

    Voilà que grâce à vous j'apprends, non pas des noms de baisers, mais le mot chrestomathie .
    Alors pour vous qui aimez la chanson traditionnelle espagnole, qui comprenez la langue et aimez rire, ceci, assez kitsh, très même : https://www.youtube.com/watch?v=1aJdOHHRIgg

    Les mots "Porque la española cuando besa, besa de verdad" fait rigoler l’Espagne entière de nos jours...

    Me cuido mucho, ne vous en faites pas, vous de même y buen domingo. Gracias.

  • Allez, quand même un petit rondeau de Charles d’Orléans pour la route, pour vous qui n’aimez rien tant que la poésie contemporaine…

    Vostre bouche dit : Baisiez moy,
    Ce m'est avis quant la regarde ;
    Mais Dangier de trop prés la garde,
    Dont mainte doleur je reçoy.

    Laissiez m'avoir, par vostre foy,
    Un doulx baisier, sans que plus tarde ;
    Vostre bouche dit : Baisiez moy,
    Ce m'est avis quant la regarde.

    Dangier me heit, ne scay pourquoy,
    Et tousjours Destourbier me darde ;
    Je prie a Dieu que mal feu l'arde !
    Il fust temps qu'il se tenist coy.
    Vostre bouche dit : Baisiez moy.

    C'est-y pas magnifique ce vieux françois ? Que Dangier aille se faire voir...Traduction en castillan la prochaine fois, promis juré.

  • Hola Colette,

    Il y a une étrange et pénétrante obsession à recommencer les baisers, comme si l'on n'en avait jamais assez.

    Ne pourrait-on donner et recevoir un baiser unique, irréversible? Comme Violaine avec Pierre de Craon, dans l'Annonce faite à Marie de Claudel?

    Hum hum... Bon, ce n'est pas très fun, d'accord, mais c'est dans le sujet. Cela fait un moment que je cogite sur un billet sur le baiser au lépreux. Un jour peut-être.
    (ô¿ô)

    Hola, bonne soirée Colette.

  • @ Gislebert, je suis d'accord pour le Dangier, of course.
    Ce petit rondeau est charmant, le vieux français si plaisant à lire.
    Merci beaucoup. (La poésie ancienne me plaît beaucoup aussi savez.vous !)

  • @Bonsoir Homme Libre,

    Comment vous répondre clairement alors que des tas d'idées se bousculent dans ma tête?

    Un seul baiser puis la mort assurée. Un baiser suicidaire est-il la preuve ultime de l'amour ? Le texte de Claudel laisse entendre que c'est par compassion, ou charité qu'elle l'a fait...bon.

    Il y a une grosse différence entre le baiser de Violaine à Pierre, lépreux reconnu, aux baisers que de nos jours nous donnerions à une personne qui ignore qu'elle est atteinte de covid. (je reviens ici sur mon envie folle d'embrasser mes enfants qui travaillent, voient du monde).

    Vous parlez d'une frénésie de baisers. Peut-être plus que les baisers, c'est toucher, serrer contre soi, bref les corps qui se rapprochent, ce qui dans le pays où je vis se fait tant et que j'apprécie. Et qui manque.

    Si vous revenez sur le sujet du baiser-de-mort, je vous lirai avec beaucoup d'attention !

    NB: Dans la pièce de Claudel, si j'ai bonne mémoire, Pierre guérit, elle meurt non sans avoir ressuscité le bébé que son ex-fiancé et sa soeur ont eu ensemble ...il y a de la magie, ou, comme l'auteur était très croyant, des miracles.

    Bonne soirée John, merci d'être passé.

  • Hola Colette,

    J'entends bien que ce ne sont pas les mêmes baisers, les mêmes situations. Je ne sais pas pourquoi Claudel m'est venu à l'esprit, ou plutôt si puisque j'y pense depuis un moment, en relation avec la notion d'inclusion.

    La fin, j'ai de la peine. Lui guérit, elle non, c'est pas juste. Mais quelle sottise d'avoir témoigné sa compassion de cette manière. Je pense que le modèle qu'est Violaine est en voie de disparition.

  • Tous les deux, Colette et John (non, pas Rosy & John), je vous ai d’abord trouvés bien téméraires de « claudeliser ». J’en étais resté au mot de Cocteau qui, sortant de la première du « Soulier de satin » (réduite pourtant à cinq heures par J-L Barrault, la pièce totale en durant onze), s’était exclamé « Heureusement qu’il n’y avait pas la paire ! ».

    Lyrisme mystico-ampoulé, envolées récurrentes, le souffle claudélien il paraît, faut bénéficier d’un code génétique particulier pour vibrer aux sentiments de Lady Prouhèze et à son impossible passion pour le beau Rodrigue…

    Me suis rappelé cependant le billet irrespectueux d’un de vos compatriotes, Noël Godin, l’entarteur, paru dans « ventscontraires.net », la Revue en ligne du Théâtre du Rond-Point, un article qui vaut son pesant de moules-frites.
    Après cette lecture, je suis évidemment revenu sur mes à priori : Claudel est un auteur comique, effectivement, peut-être plus en phase avec la sensibilité belge, fût-elle mâtinée d’Espagne ou d’Helvétie…

    Le grand génie de la famille, néanmoins je n’en démords pas, se prénomme Camille, sa sœur aînée, qui vécut les 30 dernières années de sa vie internée, morte de malnutrition pendant la guerre, abandonnée, sans que ce brave chrétien ne s’en soucie trop. Une petite piquouse de rappel :

    https://www.ina.fr/video/PAC00015763

    L’article de Godin :
    http://www.ventscontraires.net/article.cfm/11080_paul_claudel_1868-1955.html

  • @ Gislebert, j'ai du mal à imaginer P.Claudel en anar, on connaît peu cette partie de sa jeune vie.
    Pas besoin de présenter sa sœur par contre. Les femmes n'avaient pas intérêt à égaler ou surmonter leurs maîtres, Rodin ne le lui a pas pardonné.
    Buenas noches, buena semana, mucho fŕio aqui.

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