• Éternellement en fuite, comme la vague / Eternamente en fuga, como la ola

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    Aujourd'hui un poème très connu par ici, de  Pablo Neruda. 

    Si certains poèmes d'amour de Neruda me semblent un peu mielleux, celui-ci par contre...

    Il a été chanté par plus d'un mais principalement par le Cubain Pablo Milanés et par l'Espagnol Paco Ibañez.

     

     


     

     

    À mon cœur suffit ta poitrine,
    à ta liberté mes ailes
    De ma bouche atteindra au ciel
    tout ce qui dormait sur ton âme.

    En toi
    est l'illusion quotidienne.
    Tu arrives comme la rosée sur les corolles.
    Tu creuses l’horizon par ton absence.
    Éternellement en fuite, telle la vague.


    J'ai dit que tu chantais au vent
    comme les pins
    et comme les mâts
    Comme eux tu es haute, taciturne.
    Et t’attristes soudain, telle un voyage.


    Accueillante, pareille à un
    vieux chemin.
    Tu es peuplée d’échos et de voix nostalgiques.
    À mon réveil parfois émigrent et s'en vont
    des oiseaux qui
    dormaient
    dans ton âme.

    Trad. Colette inspirée par celle trouvée ici:http://www.pierdhelune.com/neruda5.htm

    NB: Cette oeuvre a été écrite par Pablo Neruda, publiée à l’origine à Santiago de Chile en 1924

     

     


     

     

     

    Para mi corazón basta tu pecho,

    para tu libertad bastan mis alas.

    Desde mi boca llegará hasta el cielo

    lo que estaba dormido sobre tu alma.



    Es en ti la ilusión de cada día.

    Llegas como el rocío a las corolas.

    Socavas el horizonte con tu ausencia.

    Eternamente en fuga como la ola.



    He dicho que cantabas en el viento

    como los pinos y como los mástiles.

    Como ellos eres alta y taciturna.

    Y entristeces de pronto, como un viaje.



    Acogedora como un viejo camino.

    Te pueblan ecos y voces nostálgicas.

    Yo desperté y a veces emigran

    y huyen pájaros que dormían en tu alma.

     

    Esta obra fue escrita por Pablo Neruda Publicada originalmente en Santiago de Chile por Editorial Nascimento © 1924

     

  • Allergies / Alergias

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    Aujourd'hui un poème qui, je l'espère, vous fera sourire...

    Hoy un poema que, espero, os hará sonreír...

     

    Test                    Mario Benedetti

     

    Aujourd’hui on m’a fait un test / le décisif

    je suis allergique à la noix à la fumée à la poussière

    à la saisissante beauté de l’iguane

    et au concert de piano de rachmaninov

    aux brusques galernes de novembre

    et à l’ardeur importune des opportunistes

    à l’occulte violence des conciliateurs

    au papamobile et aux pompes funèbres

     

    aujourd’hui on m’a fait le test / tout est clair

    je suis allergique au soja aux acariens et au moisi

    au sourire et rires des hyènes et jocondes

    à la main que cache napoléon bonaparte

    à l’otan le usis le kgb et la cia

    et à l’inutile parapluie contre le vent

    au faible syndicat des fainéants

    et au matriarcat de l’abeille reine

     

    aujourd’hui on m’a fait le test / je l’apprends enfin

    je suis allergique au cognac / à la tomate/ au tanin

    aux singes en cage / au doublage au cinéma

    au marteau piqueur / à l’heure de l’angélus

    et même aux présidents au joli toupet

    à l'opus dei et aux postmodernistes

    aux gaudeamus et aux gueuletons

    et/ bien sûr/ aux tests sur les allergies

    (Trad: Colette)

     

     

     

     

    Mario Benedetti

     

    Test

     

    Hoy me hicieron un test/ el decisivo
    tengo alergia a la nuez al humo al polvo
    a la estremecedora belleza de la iguana
    y al concierto de piano de rachmáninof
    a las bruscas galernas de noviembre
    y al importuno celo de los oportunistas
    a la oculta violencia de los conciliadores
    al papamóvil y a las pompas fúnebres

    hoy me hicieron el test/ todo está claro
    tengo alergia a la soja al ácaro y al moho
    a risas y sonrisas de hienas y giocondas
    a la mano que esconde napoleón bonaparte
    a la otan el usis el kgb y la cia
    y al inútil paraguas contra el viento
    al débil sindicato de los zánganos
    y al matriarcado de la abeja reina

    hoy me hicieron el test/ al fin me entero
    tengo alergia al coñac/ al tomate/ al tanino
    a los monos en jaulas/ al doblaje en el cine
    a la picana eléctrica/ a la hora del ángelus
    y hasta a los presidentes con pulcro bisoñé
    al opus dei y a los posmodernistas
    a los gaudeamus y a las cuchipandas
    y/ no faltaba más/ a los tests sobre alergias

  • Nous rendre idiots / Volvernos tontos

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     J’ignore à quel moment de sa vie J.R Wilcock, homme culte s’il en était, écrivit ce poème, ou plutôt ces réflexions.  Mais, pour une raison ou une autre, il devait être en pétard contre les idée reçues. Bienvenu donc !

     

     

     

    HORS DES LIMBES PAS D’ÉLYSÉE*

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La société t’enseigne: ceci est beau,

    est bon, est vrai, et tu ne dois pas faire cela.

     

    À chaque homme elle offre, déjà bien établies, l’éthique,

    la métaphysique, la logique et l’esthétique.

     

    Mais, de temps en temps, apparaît un voyant

    qui explique aux autres que rien n’est vrai.

     

    Ensuite il disparaît et la société s’emploie

    à déformer le sens de son œuvre.

     

    Il est vraiment curieux, alors qu’elle est nous-mêmes,

    qu’elle s’obstine tant à nous rendre idiots.

     

    Quelle communauté du monde animal

    enseigne aux siens l’art de se faire du tort?

     

    Mais les animaux ne possèdent pas, c’est vrai,

    la faculté d’exprimer la pensée.

     

    L’homme, par contre, est un être extraordinaire,

    il ne peut se réjouir que s'il jouit du vocabulaire..

     

    Prenons, par exemple, le mot heureux:

    s’il n’existait pas, qui serait malheureux?

     

    Il en va de même avec le mot honneur,

    avec l’histoire, avec Dieu et avec l’amour.

     

    Essayez de renoncer aux concepts abstraits

    et de vivre en ne prêtant attention qu’aux faits.

     

    On vous expulsera immédiatement de la société

    et vous retournerez aux limbes des premiers âges.

    (Trad:Colette)

     

    * L'Élysée ou les champs Élysées, dans la mythologie grecque, font partie des Enfers.

     

    (Note: Peinant à trouver une illustration pour ce billet, j'ai tapé Eliseo, et voilà qu'est apparu un peintre catalan intéressant, Eliseo Meifrén Roig)

                                                   

     


                                 Mallorca, noche de luna, Eliseo Meifren Roig

     

     

     

     

    FUERA DEL LIMBO NO HAY ELISEO

    Juan Rodolfo Wilcock

     

    La sociedad te enseña: esto es bello,
    es bueno, es verdadero, y no debes hacer aquello.

    A cada hombre le ofrece, ya establecidas, la ética,
    la metafísica, la lógica y la estética.

    Mas, de vez en cuando, surge un vidente
    que explica a los demás que nada es verdadero.

    Luego desaparece y la sociedad se dedica
    a tergiversar el sentido de su obra.

    Es en verdad curioso que siendo ella nosotros mismos
    tanto se empeñe en volvernos tontos.

    ¿Qué comunidad del mundo animal
    enseña a los suyos el arte de hacerse daño?

    Pero los animales no poseen, es cierto,
    la facultad de expresar el pensamiento.

    El hombre, en cambio, es un ser extraordinario,
    sólo goza si goza el vocabulario.

    Tomemos, por ejemplo, la palabra feliz:
    si no existiera, ¿quién sería infeliz?

    Lo mismo ocurre con la palabra honor,
    con la historia, con Dios y con el amor.

    Tratad de renunciar a los conceptos abstractos
    y de vivir atendiendo solamente a los hechos.

    Os expulsarán de inmediato de la sociedad
    y regresaréis al limbo de la primera edad.

     

  • Il pleut ? / ¿Llueve ?

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    Sans doute n’est-ce pas ce qu’on appelle “un grand poème” celui d’aujourd’hui, il manque de rythme. De la prose mise en poème.

    Mais ce regard par la fenêtre, ces petites rencontres et ces mots quotidiens puis – inattendue -, cette vue sur la Villa Hadrien qui nous transporte là-bas,

    Un peu comme nos vies ai-je pensé, surtout en ce moment, monotones puis tout à coup une amitié, un joli nuage, une phrase dite ou lue, un excellent café, un mail affectueux ou une belle musique et tout s’illumine.

     

    À la fenêtre J.R. Wilcock

     

    De gris variés se compose le vent.

    Schubert croyait en l’amitié:

    un homme regarde au balcon entre deux draps

    et un autre lui sourit du patio

    assis à la fenêtre

    un tournevis à la main.

    Il pleut?”, demande l’homme au balcon;

    l’autre n’entend pas mais montre les nuages:

    comment des voiles grises passent sur les toits

    dans la pénombre d’un soir d’octobre,

    mois de pluie, de lumières sales, de raisin.

    Là, sous le mont, est Tívoli,

              la villa d’Este avec ses fontaines,

       la villa construite par Hadrien

    sur les terres de sa femme,

                        et les différentes typographies romaines.

    (Trad:Colette)

     

     

                                 Villa Adriana Tivoli

     

     

    En la ventana J. R Wilcock

    De grises varios se compone el viento.
    Schubert creía en la amistad:
    un hombre se asoma al balcón entre dos sábanas
    y otro le sonríe desde el patio
    sentado en la ventana
    con un destornillador en la mano.
    "¿Llueve?", pregunta el hombre del balcón;
    el otro no oye pero señala las nubes:
    como velas grises pasan sobre los techos
    en la penumbra de un atardecer de octubre,
    mes de lluvias, de luces sucias, de uva.
        Allá, bajo aquel monte, está Tívoli,
        la Villa d'Este con sus fuentes,
        la villa construida por Adriano
        en las tierras de su mujer,
        y las diferentes tipografías romanas.