Croquer un soupir / Dibujar un suspiro

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A part les doux appels de la pluie, tout était silencieux; elle lisait, le chien, couché sur le canapé interdit, dormait, paisible.

Soudain un long soupir.

Qui?

Oubliant l’obligation de passer inaperçu et pouvoir ainsi prolonger son confortable somme, ce souffle lui avait échappé.

Bien-être ? Ennui ?

Elle écarta, peut-être à tort, l’idée d’un mal d’amour ou de mélancolie.

Musique de la pluie ; notes, silences, soupirs.

Le soupir entendu semblait plutôt léger….

Tant de soupirs, exaspérés ou satisfaits. Quand, pourquoi soupirons-nous ? Y faisons-nous attention, parfois ?

 

                                                      Distorsión de un suspiro Cristobal Delgado- España

 

Excepto las dulces llamadas de la lluvia, todo estaba en silencio; ella leía, el perro, tumbado en el sofá prohibido, dormía, apacible.

De repente un largo suspiro.

¿Quién?

Olvidándose de la obligación de pasar desapercibido y poder así prolongar su confortable sueño, ese soplo le había escapado.

¿Bienestar? ¿Aburrimiento?

Descartó, tal vez sin razón, la idea de un mal de amores o de melancolía.

Música de la lluvia; notas, silencios, suspiros.

El suspiro parecía mas bien ligero….

 


 

 

 

Poème d'Antonio Gala chanté par Clara Montés

                                

A pied vont mes soupirs

chemin de mon bien

 

Avant qu’ils n’arrivent

j’arriverai

 

Mon cœur  avec des ailes

mes soupirs à pied

 

Tiens la porte ouverte

et ouverte l’âme aussi.

 

Avant qu’ils n’arrivent

j’arriverai

 

Mon cœur a des ailes

mes soupirs vont à pied

(Trad:Colette) 

 

 

A PIÉ VAN MIS SUSPIROS poema de Antonio Gala

 

 A pié van mis suspiros

camino de mi bien.

Antes de que ellos lleguen
yo llegaré.

Mi corazón con alas
mis suspiros a pié.

Abierta ten la puerta
y abierta el alma ten.

Antes de que ellos lleguen
yo llegaré.

Mi corazón con alas
mis suspiros a pié.



Tantos suspiros, exasperados o satisfechos. ¿Cuándo, por qué suspiramos? ¿A veces les prestamos atención a esos suspiros?

 

Cette note a été en partie publiée ici il y a des années.

Commentaires

  • Soupirs d’aise, de contentement, de soulagement, de tristesse… Jules Renard, toujours mordant dans son Journal, a même ajouté le soupir d’applaudissement, au terme d’une prestation de théâtre calamiteuse. On connaît.

    Votre chien soupire, écrivez-vous si joliment (vrai, je préfère votre intro au poème...). Il doit rêver et sûrement péter, avec plus ou moins de discrétion. Mon chat, avec lequel il m’arrive de faire duvet commun, rêve aussi, de persanes ou de birmanes, je ne sais, à moins que ses goûts rustiques ne l'entraînent davantage vers de belles gouttières tricolores… Il ronronne, patoune en souvenir de la tétée maternelle, mais jamais ne l’ai entendu soupirer, le sommeil trop profond sans doute… Il a bien des défauts, entre autres grimper aux rideaux, me réveiller à trois heures du matin quand l’envie de médianoche le prend, sans parler des proies sanguinolentes, mulots et autres souriceaux, qu’il ramène tout fièrement transformant la chambre à coucher en arène sanglante….

    Le soupir, une expiration forcée réflexe, assez mal étudiée en physiologie, histoire de purger les alvéoles ? Pierrre J., un de vos derniers fans, va certainement nous en expliquer la genèse, tous ces potentiels d’action, cette marée de neurotransmetteurs qui court-circuitent le cortex en allant titiller l’amygdale (pas celle de l’arrière-gorge…) et redescendent par le vague (le nerf).

    En poésie, le « Soupir », c’est le titre d’un poème de Mallarmé, en alexandrins, pour une fois parfaitement lisible, encore que l’accumulation de métaphores ne le rende pas des plus limpides, moins en tous cas que l’Azur attendri d’Octobre…

    Soupir
    Stéphane Mallarmé (1842-1898)
    Recueil : Poésies (1899).

    Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
    Un automne jonché de taches de rousseur,
    Et vers le ciel errant de ton œil angélique
    Monte, comme dans un jardin mélancolique,
    Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
    – Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
    Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
    Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
    Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
    Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.

    Comme l’impression que vos intervenants vont pouvoir s’en donner à cœur joie, ergoter, pontifier, jaspiner, clabauder, ratiociner, épiloguer, chipoter, voire même chinoiser si cela se trouve…
    Dites-leur bien que des générations de sorbonnards ont déjà passé dans ce clair-obscur. On peut toujours apporter un éclairage différent. Aux âmes bien nées…n'est-il pas ?

    De Paris, confiné dans les bulles, n’en déplaise à Pierre.

  • Pour rassurer Gislebert sur l'urbanité de nos moeurs et l'honorabilité de nos sentiments, nous nous somme accordés sur le principe universel suivant avant d'anatomiser les poèmes préférés de doña Colette :
    «Celui qui détient le plus grand bâton possède les meilleures chances d’imposer ses définitions de la réalité.»
    (Peter Berger & Thomas Luckmann, «La Construction sociale de la réalité», p. 185, Armand Colin.)

  • @ GIslebert, je me demandais en effet si les chats soupiraient comme les chiens..

    Ces soupirs qui viennent de nos profondeurs ont un langage secret qui sait ?

    Dans ce poème j'aime beaucoup les deux vers:

    Mon cœur a des ailes
    mes soupirs vont à pied

    Que l'oeil angélique du poème de Mallarmé veille sur nous tous donc!
    Bonne semaine Parisienne

  • À brûle-pourpoint, je signale au grand homme confiné les conférences et séminaires d'Anne Cheng (Histoire intellectuelle de la Chine + Lectures du Zhuangzi), au Collège de France, tous les jeudis entre le 19 novembre et le 28 janvier (sauf 24 et 31 décembre).

  • Gislebert?! J’aurais raté une marche!?

  • @rabbit

    Merci, ô grand Nanabozho, de ton judicieux conseil. Ton humble interlocuteur ne connaît point ta chinologue, Madame Anne Cheng, sinon que son patronyme a titillé sa mémoire pourtant fort décatie et évoqué celui de son père, le vénérable François Cheng, essayiste, poète, et académicien français, lequel a déjà souvent relevé le niveau des émissions littéraires des étranges lucarnes, un sage dont l’esprit, « l’âme errante », s’est échappé par delà l’espace-temps et qui devait conseiller je ne sais quel empereur de je ne sais quelle dynastie. Une personne magnifique au demeurant, au parcours de vie singulier : si sa fille tient de lui, ses conférences doivent effectivement valoir le déplacement.

    Hélas, deux fois hélas, le Collège de France habite dans le Ve arrondissement, ton humble serviteur crèche à l’opposé de la Ville Lumière. Evidemment pour toi, Grand Nanabozho, si tu évites les prédateurs goupils, blaireaux et autres qui adoreraient te croquer, tu pourrais être rendu en quelques bonds… Par les temps qui courent et avec toutes mes morbidités (je te fais grâce des détails), les transports en commun ne sont pas conseillés. Pedibus, pour ceux qui n’ont pas le bondissement inné, il y en aurait pour au moins trois plombes aller-retour. Et pour trouver portes closes, covid oblige… Mme Cheng risque bien de nous poser un lapin.

    Mes respects à Mme Rabbit.

    PS Lire de François Cheng « L’éternité n’est pas de trop », un Tristan et Isolde dans la Chine du XVIIe, et la rencontre d’avec un Jèze, une amitié par delà le temps et la distance.

  • Mme Rabbit (ma coacheuse, ma confesseresse et ma consolatrice) m'informe que le Collège de France est fermé au public en raison du 病毒 (virus), du 29 octobre au soir jusqu’au 1er décembre 2020. Nous n'en avons été informés que samedi, ajoute-t-elle.
    Oui, Anne est la bien la fille de François; elle a signé une «Histoire de la pensée chinoise» que je possède à double (version papier et numérique), de façon à l'avoir toujours avec moi tant il est difficile, au bon moment, de coller les bonnes philosophies aux dynasties idoines.
    Trois plombes ? Punaise ! Voilà ce que c'est d'habiter dans le triangle d'or Auteuil-Neuilly-Passy.

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