Au sujet des plantes de tomates / Regarding the tomato plants

Imprimer

 Vu le peu de traductions en français des poèmes de Louise Glück, une amie blogueuse et moi avons eu l’idée d’en traduire un . Celui que nous avons choisi parle de la Terre, de Gaia, et commence par la difficulté, que nous connaissons bien toutes les deux, de cultiver de belles tomates chaque année. Après moultes échanges, nous avons pensé que le YOU du poème est sans doute Gaia elle-même.

Vous pouvez bien sûr intervenir pour donner votre avis….

 

Vêpres

Louise Glück - 1943-

 

Durant ton absence prolongée, tu me permets

l'usage de la terre, anticipant

un retour sur investissement. Je dois signaler

que j’ai failli à ma mission, principalement

au sujet des plantes de tomates.

Je crois qu’il ne faudrait pas m'encourager à cultiver

des tomates. Sinon il te faudrait retenir

les fortes pluies, les nuits froides qui arrivent

si souvent ici, tandis que d'autres régions ont

douze semaines d'été. Tout ceci

t'appartient: d'autre part,

c’est moi qui ai planté les semences, surveillé les premières pousses

comme des ailes déchirant le sol, et ce fut mon cœur

meurtri par la rouille, les taches noires qui si vite

se multiplient dans les rangées. Je doute

que tu aies un cœur, dans notre conception

du mot. Toi qui ne fais pas la différence

entre le mort et le vivant, toi qui es ainsi

immunisé aux signes avant-coureurs, tu peux ne pas savoir

quelle est la terreur que nous supportons, la feuille mouchetée,

les feuilles rouges de l'érable qui tombent

même en août, dans l'obscurité hâtive : je suis responsable

de ces vignes.

(Trad:Amie, Colette) 

 

                                                     Pekka Halonen 1913 Tomaatteja

 

 

Vespers  (1992)


Louise Glück - 1943-

In your extended absence, you permit me
use of earth, anticipating
some return on investment. I must report
failure in my assignment, principally
regarding the tomato plants.
I think I should not be encouraged to grow
tomatoes. Or, if I am, you should withhold
the heavy rains, the cold nights that come
so often here, while other regions get
twelve weeks of summer. All this
belongs to you: on the other hand,
I planted the seeds, I watched the first shoots
like wings tearing the soil, and it was my heart
broken by the blight, the black spot so quickly
multiplying in the rows. I doubt
you have a heart, in our understanding of
that term. You who do not discriminate
between the dead and the living, who are, in consequence,
immune to foreshadowing, you may not know
how much terror we bear, the spotted leaf,
the red leaves of the maple falling
even in August, in early darkness: I am responsible
for these vines.
 

From The Wild Iris, published by The Ecco Press, 1992. Copyright © 1992 by Louise Glück. All Rights reserved. Used with permission.

Commentaires

  • « La connaissance, c’est de savoir que la tomate est un fruit. La sagesse, c’est de ne pas la mettre dans une salade de fruits » Encore se peut-il que ce bel aphorisme ait du plomb dans l’aile, avec le mélange des saveurs dans la cuisine branchée, ça peut se discuter, se déguster.

    Plein la toile de citations sur la tomate: des odes, des comptines pour les enfants, des vers d’amateurs éblouis ou de jardiniers désespérés, d’expérimentateurs oulipotesques… Même Neruda s’y est mis, forcément vu la couleur…
    Guère de chefs d’œuvre parmi ces productions, la tomate n’a pas trouvé son Verlaine.
    L’ adresse de Louise Glück, son incantation profane à Gaia, notre Déesse Terre nourricière actuellement aux soins intensifs, s’en démarque, ne serait-ce que par cette impression fugace laissée au lecteur du temps et de la vie qui passent, au travers de l’entretien saisonnier de son jardin et de ses déboires potagers.

    Elle m’a renvoyé, hasard du moment - un ouvrage sur les peintres espagnols traînait sur une pile de bouquins-, aux bodegones de Mélendez (XVIIIe siècle), des tomates plus vraies que nature, des reproductions un peu froides de perfection. Assez peu de tomates chez les impressionnistes français, mais au XXe, à la sauce cubiste (on n ‘en sort pas décidément…), on peut citer le « Plant de tomates » de Picasso, datant de 1944. Rien de comparable avec ceux de Halonen en illustration, étique le plant de Pablo, chichement fructifère, métaphore famélique du régime minceur des Français de l’époque.

    https://labalancoiredefragonard.wordpress.com/2017/03/12/plant-de-tomates-pablo-picasso/

    Cependant, on a beau gloser, déparler, médire et croasser, le grand illustrateur de la tomate à mon sens reste Alphonse Allais : lui seul a su saisir et le mieux comprendre à la fois l’éclat et la carnation du fruit dans son monochrome « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge » :

    http://classes.bnf.fr/essentiels/grand/ess_2004.htm#:~:text=Parmi%20eux%2C%20Alphonse%20Allais%20fait,tissu%20uni%20de%20couleur%20rouge.

    Bon redevenons sérieux, pas trop longtemps quand même.
    Sur la nouvelle lauréate du Nobel, Louise Glück, précisons que l’on trouve dans la revue « Po&sie », en libre accès, quelques uns de ses poèmes traduits, une partie d’ailleurs en version bilingue (lien ci-dessous). Gageons que son prix va entraîner des vocations de traducteurs et que la diffusion de ses œuvres en francophonie va devenir moins confidentielle.

    Dans un article récent, l’un de ses critiques-admirateurs vante sa lisibilité et sa simplicité. Très relative la simplicité, je trouve. Des quelques poèmes parcourus, j’ai retenu une poésie lisible au premier degré, pas vraiment hermétique certes, mais est-elle aussi accessible qu’il le prétend ? Un lyrisme très discret - le moins que l’on puisse dire -, une petite musique de chambre qui déroule dans la grisaille et où pointe le désenchantement et qui raconte l’intime de son ressenti, en ouvrant des tiroirs à double fond… Une petite sœur d’Emily D. ? A-t-on pour autant envie de les fouiller, ces tiroirs ? Il faut lui reconnaître de la maîtrise, le style froid, précis souvent comme le tracé d’incision d'une lame de scalpel, une « féroce perfection » pour reprendre les termes du critique. Pour tout vous avouer, les thèmes abordés (« Les enfants noyés », « La peur de l’enterrement », « L’enfant malade »….), autant de poèmes dont l’intitulé n’incite pas vraiment à souscrire à l’achat des œuvres complètes... Il semble bien qu’avec vos tomates, Doña Colette, vous ayez trouvé l’un des textes les plus solaires, avec l’esquisse d’un sourire, une trace virale d’humour quakerien… N’en dirai pas davantage, méconnaissance oblige, ce serait bien présomptueux,
    .
    Glücklich le choix des jurés Nobel alors ? (Facile, je sais, mais tentant). Forcément, aurait écrit Marguerite (qui ne l’a pas eu), mais quelle importance, à part la chute des picaillons pour la lauréate ? On connaît leurs critères, à ces Scandinaves, ils sont surtout politiques, en phase avec l’air du temps. On ne va pas échapper bientôt à Greta pour celui de la Paix… Houellebecq était, paraît-il, en compétition pour la timbale cette année. Lui au moins me fait davantage marrer, enfin quelquefois, remarque en passant…

    https://po-et-sie.fr/contributeur/louise-glu%CC%88ck/

    Pour en revenir aux tomates, connaissez-vous « Beignets de tomates vertes » (« Fried Green Tomatoes »), un film américain épatant du début des années 90, où les femmes ont la part belle : entre drames et rires, les histoires croisées de la vie de plusieurs d’entre elles dans le Sud américain ségrégationniste des années 30 aux années 70. Les interprètes sont formidables, Kathy Bates entre autres… Olvidas cuando ves la película el mildiu, el botrytis y otros parásitos y plagas que desesperan a la jardinera.

    Mis respetos, Doña Colette.

  • @Gislebert, pas mal du tout ce Picasso que je n'avais jamais vu ! Merci pour ce tour "tomatien", toujours un plaisir de découvertes.

    Ce poème est extrait du recueil "L'iris sauvage" qui a été traduit il y a belle lurette en espagnol. Comme d'autres recueils d'elle d'ailleurs. Pourquoi pas en français ? Mystère. Mais, vous avez raison je crois, dès le printemps il y a aura des traductions en français.

    Dans ce recueil "L'iris sauvage", le ton n'est pas morbide pour un sou. Sous le couvert de parler de radis, de fleurs et de tomates. elle parle de la vie, de nos difficultés etc. Plusieurs lectures possibles, oui, oui

    J'adore "Fried green tomatoes", je l'ai regardé plusieurs fois, merci de le rappeler ici.

    Sur ce, je vous souhaite un bon dimanche malgré toutes ces nouvelles d'un monde bien malade.

    Hasta pronto señor Gislebert y gracias.

  • Je suis absolument bluffé par l'apparition de ce «retour sur investissement» glissé dans un poème nobelisé. Revanche de Yale dans l'écologiquement correct? Pavé dans la mare Thunbergienne?

  • @Rabbit, je vous comprends, j'ai eu la même réaction que vous en le lisant, traduisant. Je me suis dit que c'était "vraiment américain" si cela veut dire quelque chose.
    Investir et rentabiliser...
    Le recueil "The wild Iris" dont est extrait ce poème a été publié en 1992, avant la jeune militante donc ;-))
    Bonne fin de journée.

  • Est-ce que le début du poème n'est pas un peu ironique ?
    "Principalement au sujet des plantes de tomates" a aussi quelque chose de la correspondance commerciale.

    Au fond, il s'agit d'une sorte de lettre d'excuses et la reconnaissance d'un échec et l'expression d'une déception plus ou moins bien assumée..

    Ca se termine sur un autre ton et je me suis demandé s'il s'agissait seulement de tomates, ou si elles n'étaient que la métaphore pour autre chose. ( par exemple : toute entreprise qui s'avère en définitive plus compliquée que prévue)
    D'autant plus que ça se termine de façon un peu énigmatique sur des " vignes".

  • @ Calendula, je vous suis dans votre analyse, J'ajouterais peut-être la tentation de dire que ce n’est pas de sa faute: trop peu de soleil, des nuits froides...
    Sinon, oui, et comme je le disais à Gislebert plus haut, dans ce recueil les produits de la terre sont une façon de parler de nous, d'elle, et comme vous l'écrivez, des difficultés rencontrées.
    Merci et bonne soirée.

  • Ce n'est toutefois pas un hasard: Louise Glück a étudié à Yale (où le Nobel d'économie 2013 Robert Shiller donne un cours intitulé Financial Markets) et réside à Cambridge (Mass.), où la vie locale tourne autour de l'université Harvard. Il serait intéressant de voir si, dans d'autres poèmes, elle flagelle l'églogue sur le keynesianisme ou l'économie de l'offre.

  • @ Rabbit, une piste qui pourrait être intéressante en effet. Je relirai une série de poèmes de ce recueil (en espagnol) cette semaine en gardant votre remarque en tête. Je ne sais si vous dominez la langue anglaise, il y a beaucoup de poèmes d'elle publiés sur la Toile aussi..
    Bonne semaine.

  • « Flageller l’églogue »

    Ai-je bien lu ? Tudieu l’expression révélatrice... Faut-il croire que la prière chez les Rabbit, se résume à donnez-nous notre schlague quotidienne, cuir, chaînes et fouets, menu panpan cucul…
    Je savais les Grandes Zoreilles hyperactifs en ce domaine pour les avoir observés dans leurs clapiers depuis tout enfant, mais je les croyais plus expéditifs, beaucoup moins sophistiqués. On ne cesse d’apprendre, Doña Colette…

  • Dans le genre sophistiqué en matière érotique, Gislebert est visiblement du côté de Masoch.
    A force de titiller Nanabozho, on finit par se prendre des claques et nul doute que Gislebert, c'est cela qu'il veut...

  • Tiens, Géo nous fait une apparition… Toujours frappées au coin du bon sens, ses percutantes remarques : après une vie consacrée à une activité de sadique, il est en effet tentant de vouloir passer de l’autre côté du miroir…Vite, Grand Lapin, tapez-moi…

  • "Vite, Grand Lapin, tapez-moi…" Trop facile. Vous vous souvenez certainement de veiux gag du dialogue entre un sadique et un masochiste : "Fais-moi mal...", "Non...", répond le sadique.
    Contentez-vous de lire du Louise Glück, ce sera bien suffisant pour aujourd'hui...

  • «Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle,
    Ce pin, où tes honneurs se liront tous les jours :
    J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours,
    Qui croîtront à l'envi de l'écorce nouvelle.
    Faunes qui habitez ma terre paternelle,
    Qui menez sur le Loir vos danses et vos tours,
    Favorisez la plante et lui donnez secours,
    Que l'Été ne la brûle, et l'Hiver ne la gèle.
    Pasteur, qui conduiras en ce lieu ton troupeau,
    Flageolant une Eglogue en ton tuyau d'aveine,
    Attache tous les ans à cet arbre un tableau,
    Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;
    Puis l'arrosant de lait et du sang d'un agneau,
    Dis : "Ce pin est sacré, c'est la plante d'Hélène."»
    -> (Pierre de Ronsard, Sonnets à Hélène, 1578)

    Ronsard utilise l'expression de son époque: «flageoler une églogue», passée à la postérité sous la forme: «flageller un églogue». Il faudrait en remonter à Virgile, inventeur du procédé, pour savoir si les lacaniens de la blogosphère genevoise ont raison de de s'esbaudir sur un divan sémantique aussi mince.

  • J'ai lu d'autres poèmes de Louise Glück et pour le moment, ne suis pas tombée sur le champ lexical de l'économie ou de la correspondance commerciale.

    Ici, une traduction de " The wild iris", poème qui donne son nom au recueil dont "Vêpres" est extrait.

    https://lionel-edouard-martin.net/2020/10/08/louise-gluck-nee-en-1943-liris-sauvage-the-wild-iris/

    Voici de nouveau un "tu" non-identifié et un "je" qui souffre et qui a vu la mort.
    Il est probable que c'est l'iris qui parle, mais à nouveau, son interlocuteur est difficile à cerner. C'est peut-être un humain qui contemple la plante.

    L'iris est une plante vivace, dont le rhizome est vigoureux, selon mon expérience. Il renait au printemps et la plante repousse de façon spectaculaire.

    Pour finir, les tomates commencent à me sembler moins énigmatiques. :-)))

    (Entretemps, je me sui rendu compte que ce qui relie vigne et tomates, c'est la structure en grappes. Le tableau qui accompagne le poème ici m'a mise sur la piste.)

  • @Merci Rabbit d'éclairer nos lanternes, avec Ronsard en plus, chapeau !

  • @Calendula, grand merci, et oui, on y retrouve ce mélange de personnes, et votre théorie du la renaissance dans ces derniers vers:
    "du centre de ma vie vint
    une fontaine puissante, ombres
    bleu sombre sur azur d’eau marine"
    Superbe.

  • Désolé, mais sémantique lacanienne ou non, il aurait fallu utiliser le terme exact flageoler, comme Ronsard, qui fait référence à l’instrument de musique utilisé par les bergers d’Arcadie. Flageoler n’a jamais donné flageller. Tare pour barre.

  • C'est bien le réflexe que l'on peut avoir si l'on n'a que flageolet à portée de main, bien que le flageolet soit aussi une variété d'haricot blanc. Toutefois, je reste fidèle à l'expression «flageller un églogue», entendue pour la première fois vers 1966-67.
    http://alternativephilolettres.fr/wp-content/uploads/2017/03/Ronsard-Je-plante-en-ta-faveur.pdf

  • Vous faites comme vous l'entendez, moi je reste fidèle à la version de Ronsard, d'ailleurs en toutes lettres dans le commentaire composé, le berger joue du flageolet et ne s'en sert pas pour scander son poème... Interprétation abusive à mon sens. Fin de l'ergotage.

  • Encore une fois, c'est de l'Orient extrême que nous viendra la réponse.

    «Lorsque nous argumentons,
    si tu gagnes et si je ne gagne pas, as-tu raison et ai-je tort?
    Si je gagne et si tu ne gagnes pas, ai-je raison et as-tu tort?
    Avons-nous raison? Avons-nous tort?
    Puisque nous ne pouvons savoir qui de nous a raison, un tiers sera sans doute plongé dans les ténèbres.
    Qui donnerait un avis juste?
    Une personne de ton avis ne peut, de ce fait donner un avis juste.
    Une personne de mon avis ne peut, de ce fait donner un avis juste.
    Une personne d'un troisième avis ne peut, de ce fait, donner un avis juste.
    C'est ainsi que ni toi, ni moi, ni un tiers ne peut savoir qui de nous a raison.
    Allons-nous faire appel à quelqu'un d'autre?»

    Zhuangzi

  • @rabbit

    Pour info, le début de la première églogue de Virgile, dont s’est inspiré Ronsard et dans une traduction de Victor Hugo, je vous prie :


    TITYRE, MELIBEE

    MELIBOEUS
    Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi,
    Silvestrem tenui musam meditaris avena ;
    Nos patriae fines et dulcia linquimus arva ;
    Nos patriam fugimus ; tu, Tityre, lentus in umbra,
    Formosam resonare doces Amaryllida silvas. MELIBEE

    Couché sous cet ormeau, tu redis, cher Tityre,
    Les airs mélodieux que ta flûte soupire ;
    Et nous d'un sort cruel jouets trop malheureux !
    Nous fuyons... nous quittons les champs de nos aïeux,
    Tandis qu'à ces forêts ta voix douce et tranquille
    Fait répéter le nom de la douce Amarylle.

    TITYRUS
    0 Meliboee, deus nobis haec otia fecit :
    Namque erit ille mihi semper deus ; illius aram
    Saepe tener nostris ab ovilibus imbuet agnus.
    Ille meas errare boves, ut cernis, et ipsum
    Ludere quae vellem calamo permisit agresti.

    TITYRE
    C'est un dieu bienfaisant qui causa mon bonheur,
    C'est un dieu, car césar en est un pour mon cœur !
    Souvent, Berger, le sang d'un agneau tendre encore
    Arrosera l'autel de ce dieu que j'adore ;
    C'est lui dont la bonté conserva mes troupeaux,
    Et me permit d'enfler mes rustiques pipeaux.

    Il n’est jamais question de flageller l’églogue, mais de jouer de la flûte (de Pan, en l’occurrence) pour accompagner son poème. Faut toujours revenir aux sources… Le galimatias rédactionnel du commentaire composé, c’est du pipeau si je puis me permettre.

    Bien à vous.

  • @ Gislebert et rabbit,

    La notion l'églogue est une vraie découverte pour moi.
    Votre insistance à en débattre a éveillé ma curiosité, pas tant au sujet d'un instrument à musique et des différentes verbes y relatifs qu'au sujet du genre littéraire.

    "Vêpres" pourrait-il appartenir à ce genre ? Et " L'iris sauvage" ?
    Vous deux qui fréquentez Ronsard et Virgile, quel est votre point de vue à ce sujet ?
    Si je compare le poème de Louise Glück avec les poèmes que vous avez amenés, il me semble que celui extrait des "Sonnets à Hélène" a quelque accointance avec "Vêpres".

    Dans Wikipedia, on peut lire ceci
    :
    "L’influence de Virgile, combinée à la persistance du genre bucolique à la Renaissance, consacrèrent l’adoption du terme d’églogue comme synonyme du genre.
    On confond aussi l’un et l’autre avec le mot idylle, pris au sens moderne.
    Les rhétoriques ont cherché à établir une différence entre l’églogue et l’idylle, appelant idylle le poème pastoral sous forme de récit ou de description et églogue le poème pastoral sous forme de dialogue. "

    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glogue

    Les divers sites évoquent un poème de Victor Hugo, intitulé "Eglogue". Il y a une amorce de dialogue à la fin.

    https://www.eternels-eclairs.fr/Poeme-Victor-Hugo-Eglogue

    La discussion autour du genre n'est pas forcément essentiel, mais il a l'intérêt de placer un texte contemporaine dans une perspective plus large. On peut se demander si ça nous parle encore et comment ça nous parle.

    Et puis, comme avec la notion hybride de " poésie cubiste", il y a un pendant musical au genre églogue. Ceci ne se trouve pas dans la version française de Wikipedia :

    "In music
    The term has also been applied to pastoral music, with the first significant examples being piano works by the Czech composer Václav Tomášek.[citation needed] Jan Václav Voříšek, César Franck, Franz Liszt (in the first book of Années de Pèlerinage), Antonín Dvořák, Jean Sibelius, Gerald Finzi, Vítězslav Novák, and Egon Wellesz are among other composers who used the title in their work. Claude Debussy based his "Prélude à l'après-midi d'un faune" on a famous eclogue by Stéphane Mallarmé. Igor Stravinsky titled the second and third movements of his Duo Concertant (1932) "Eclogue I" and "Eclogue II". The middle movement of his three-movement Ode (1943) is also titled "Eclogue". A work that is believed to be an unfinished piano concerto by Gerald Finzi was posthumously titled "Eclogue" by the publisher. Additionally, a composition with the title 'Eclogue' is a work by Maurice Blower for horn and strings, dating from the 1950s. CD label Cameo Classics recorded it in 2011, after the score had been discovered by the late composer's son, Thomas. Another more recent application of the term is a 2006 composition for violin and piano using the Italian spelling 'Egloga' in a work by American composer Justin Rubin and recorded by Erin Aldridge (violin) in 2011.[16] "

    https://en.wikipedia.org/wiki/Eclogue

  • Ô fortunate senex: on ne plaide pas ici l'erreur de traduction ou la méconnaissance des moeurs gréco-latines, mais le glissement sémantique de «flageoler». Tout comme «églogue» a changé de genre après le XVIe s.

    Sur une représentation picturale du Ve s. de cette scène, on distingue bien une flûte, probablement en roseau. Bien que par déformation mondialisante, j'aie tendance à la voir en bambou.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9c/RomanVirgilFolio001rEclogues.jpg

  • « … j'aie tendance à la voir en bambou. »

    En Italie, à l'époque d’Auguste, le bambou est encore assez rare dans les pâturages… Influence asiatique sans doute.
    L’heureux vieillard (qu’en savez-vous ?) vous remercie, mais si c’est une allusion il y a fort longtemps déjà qu’il ne tire plus sur le bambou, juste un armagnac les soirs de fêtes, c'est vous dire...

  • Bonjour Dame Calendula,

    Vous avez dit l’essentiel dans votre commentaire, que rajouter ? L’églogue fait primitivement référence aux Bucoliques de Virgile. Des souvenirs du collège, qui ne nous rajeunissent pas, en terminale : nous avions dû lire quelques (mini) extraits de la première d’entre elles. Il en existe des traductions de Marot (savoureuse en vieux français), en vers, de Victor Hugo, de Paul Valéry et même de Pagnol, dont le frère cadet avait embrassé la profession de berger. Sans compter les traductions en prose des latinistes du XIXe et XXe siècles, Maurice Rat la plus connue.

    Les poètes de la Renaissance, évidemment, ont abondamment pompé dans l’œuvre de Virgile, Ronsard en tête. Les sonnets des « Amours », le meilleur de lui-même, sont évidemment plus lisibles, l’ordonnance de Villers-Cotterêts étant passée par là. Señor Rabbit en donne un bel exemple dans un commentaire.

    Ces textes ont passé vingt-et-un siècles d’âge. On peut se demander ce qui restera de la proustienne « Recherche » quand pareil laps de temps aura déroulé. Les hommes et les femmes d’alors sauront-ils encore lire ? Nous parlent-elles encore, ces idylles ? De prime abord, je serais tenté de hausser les épaules, qui connaît encore Virgile ? Cette poésie pastorale paraît désuète, elle fait référence à des personnages d’une mythologie oubliée, les recours aux notes de bas de pages sont incessants, c’est une œuvre de toute façon à déguster à la cuillère à café… Mais l’exercice qui consiste à passer de l’original à la traduction et d’y revenir a le mérite de dérouiller les vieux souvenirs. Cela rend modeste…Puis, en examinant la toile, on constate qu’une édition bilingue parue en poche en 2004 (Folio classique) se vend bien et que de nombreuses études contemporaines (universitaires) et des ateliers en lettres travaillent sur la première et la quatrième d’entre elles surtout.
    Alors, nostalgie d’anciens potaches parmi les acheteurs ou les Eglogues de Virgile parlent-elles toujours à notre cœur? N’oubliez pas Dame Calendula :

    « Omnia vincit Amor et nos cedamus Amori » Xe Bucolique

  • Le Petit Marcel et saint Augustin sont des must read pour ceux qui veulent abolir la tyrannie du Temps. Il y en a d'autres, mais ceux-là ont réalisé une oeuvre intemporelle. C'est déjà ça de gagné.

    Calenduli, Calendula ? Vous êtes là ? Pour vous, j'ai cherché l'impossible dans cette bibliothèque de Babel qu'est Youtube (... un nombre indéfini, et peut-être infini, de galerie hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des balustrades très basses) et je l'ai trouvé. Voici https://www.youtube.com/watch?v=iZy9s7nGeLo (André Lavagne, «Vision de la 4e Eglogue», d'après Virgile). Il y a d'autres églogues plus amusant-e-s, comme celle de Marc-Antoine Charpentier, destinée au Malade Imaginaire de Molière.

  • @Gislebert,

    Vous maintenez Virgile en vie, ici même.
    L'idée qu'un tel auteur puisse ressurgir au milieu des plantes de tomates est très rassurante !
    Au risque de m'attirer des sarcasmes, je dirais que l'idylle bucolique est en train de revenir sur l'avant-scène, avec les jeunes écolos.
    Ce serait drôle de leur montrer qu'ils n'ont rien inventé ...

    @rabbit,

    Ouali, voilà:
    Je mesure mon ignorance chaque jour ...
    Il me semble ne jamais avoir entendu le nom d'André Lavagne. Ses pièces ne sont pas fréquemment jouées en concert par chez nous. Peut-être ...en Chine ?
    Sa "Vision de la 4ème églogue" nous transporte illico au début du XXème siècle.

    Voilà où nous ont menés les tomates de Louise Glück. Imprévisible !

  • Merci à tous pour tous ces chemins poétiques, inattendus parfois, qui parlent tous de la nature, source de vie, d'amours, de musique.
    Finalement ces sujets sont éternels, humains, donc très intéressants et j''ai aimé découvrir ces poèmes de Ronsard et Zhuangzi...sagesses.
    Bonne journée à tous.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel