Les yeux de ma mère / Los ojos de mi madre

Imprimer

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Los ojos de mi madre lloraban hacia adentro”

"Les yeux de ma mère pleuraient vers l'intérieur"

 

 

Les premières pages de ce roman effraient un peu le lecteur. Le protagoniste est odieux et ses sentiments, cette attitude défiante d’un adolescent envers sa mère semblent exagérés. Il nous manque énormément d’informations au début ; en de courts chapitres superbement écrits, l’auteure nous mène peu à peu vers un renversement émouvant. Un récit dur et terriblement attachant.

Las primeras páginas de esta novela asustan un poco al lector. El protagonista es odioso y sus sentimientos parecen una parodia de una actitud desafiante y exagerada de un adolescente hacia su madre. Nos falta muchísima información al principio; en capítulos cortos, magníficamente escritos, la autora nos lleva poco a poco hacia un vuelco conmovedor. Un relato duro y profundamente entrañable.

 

                                         ----------------------

« Ce matin-là, alors que je la haïssais plus que jamais, maman venait d’avoir trente-neuf ans. Elle était petite et grosse, bête et laide. C’était la maman la plus inutile de toutes celles qui ont jamais existé. Je la regardais par la fenêtre, plantée comme une mendiante à la porte de l’école. Je l’aurais tuée rien que d’y penser. »

Aquella mañana en que la odiaba más que nunca, mi madre cumplió treinta y nueve años. Era bajita y gorda, tonta y fea. Era la madre más inútil que haya existido jamás. Yo la miraba desde la ventana mientras ella esperaba junto a la puerta de la escuela como una pordiosera. La habría matado con medio pensamiento.”

                              ---------------------------

À ce moment je sentis-de façon douloureuse et fulminante- que grâce à ce blanc je ne la haïssais plus autant. Que la robe qu’elle portait ce matin l’avait sauvée, (…) Quand je sortis de la salle de bains, humide et effrayé, j’avais perdu la guerre. Ma haine envers ma mère, quoique pas totalement disparue, avait séché et une croûte la couvrait, comme la croûte qui couvre en trois jours toutes les blessures des personnes et en un seul jour celles des chiens”.

En aquel momento sentí-de forma dolorosa y fulminante- que gracias a ese blanco no la odiaba ya tanto. Que el vestido que llevaba esa mañana le había salvado, (…) Cuando salí del baño, húmedo y asustado, había perdido la guerra. Mi odio hacia mi madre, aunque no había desaparecido del todo, se había secado y lo cubría una costra, como la costra que cubre en tres días todas las heridas de las personas y en un solo día las de los perros.”

 

                            ------------------------

Il ne restait rien de mon ancienne mère, mais je ne savais pas non plus qui j’étais moi, qui j’avais été ni ce qui nous arrivait. Dans mon for intérieur j’étais sûr que, d’une manière ou d’une autre, la fin était proche, car tant de bonheur n’est concédé qu’aux enfants ou aux mourants.

Entre-temps.

Je pris une libellule et passai toute la journée avec elle.

Je comptai les grains de maïs d’une rangée de maïs.

Je bus de l’eau de pluie.

J’aidai un papillon à naître.”

(Trad:Colette)

 

No quedaba nada de mi antigua madre, pero tampoco sabía quien era yo, quién había sido ni qué pasaba con nosotros. En mi fuero interno estaba seguro de que, de una manera u otra, el final estaba cerca, porque tanta felicidad solo se les concede a los niños o a los moribundos.

Entretanto.

Cogí una libélula y pasé todo el día junto a ella.

Conté los granos de maíz de una hilera de maíz.

Bebí agua de lluvia.

Ayudé a una mariposa a nacer”

 

 

 

Ref:artículo en español   Tatiana Tibuleac

     article  en français:   Tatiana Tibuleac

Commentaires

  • L'auteure écrit donc depuis la perspective d'un adolescent et illustre ce que pourrait être la relation conflictuelle, mais évolutive d'un garçon avec sa mère.
    Ce changement de sexe ( auteure -femme, narrateur masculin) serait-il une tentative de prise de distance par rapport au sujet ? La relation fils-mère est en principe assez différente de celle de la fille à la mère.

    Je me réjouis de lire le roman pour voir si je peux imaginer que le narrateur puisse être un garçon !

    Les premiers passages cités me font penser à Elena Greco, la narratrice de "L'Amie prodigieuse".
    Elle aussi rejette la figure maternelle, elle en a honte, aussi en ce qui concerne son apparence physique. La relation reste complexe à travers les quatre tomes et il y a cette peur terrible de ressembler à cette figure maternelle qui ne peut fonctionner comme un modèle positif.
    Difficile de ne pas lire dans ces longs passages décrivant les sentiments d'Elena un témoignage assez direct. Comme si la frontière entre auteure et narratrice s'effaçait.

    A mon avis, ce ton tellement direct et authentique des romans de "Elena Ferrante" est l'explication de son désir d'anonymat absolu. L'auteure se met tellement à nu ( aussi dans d'autres romans qui sont d'une intensité presque insoutenable, comme "Les jours de mon abandon") que d'affronter la place publique serait très difficile. On imagine les questions des journalistes ...

    Celui ou celle qui écrit un roman ou un récit sur des relations familiales s'expose, il lui faut s'entourer de quelques précautions.

  • Bonjour Calendula,

    Vous avez raison pour ce qui est d'une femme se mettant dans le Je du narrateur adolescent, comme dans L'amie prodigieuse, mais à mon avis la comparaison s’arrête là. Ici il n'y a que deux personnages, pas de contexte sociologique évident, il est implicite: la pauvreté, l'alcool, la brutalité...
    Puisque vous dites que vous allez le lire, je ne voudrais pas dévoiler la trame, mais c'est un très beau roman sur le pardon et l'amour. Si vous le lisez, vous me donnerez votre impression?

    Bonne fin de journée,

  • Ben Colette.... On s’est mise aux romans.....Vous nous mettez l’eau à la böuche et après..... Sont-ils traduits en Français ?

    Belle nuit à vous!

  • Ben oui Patoucha, j'en ai lu pas mal cet été. Vous aussi?
    L'image de droite est la couverture du livre en Français.

    Bonne semaine.

  • Ce livre assez court (167 pages) ne ressemble effectivement pas à "L'amie prodigieuse" !

    Pour commencer, ce n'est pas seulement un récit linéaire. La maîtrise du déroulement de l'action et de l'évolution du regard du narrateur est assez bluffante. Le ton direct et sincère de l'adolescent m'a fait penser à ce roman énergique qu'est "Catcher in the rye" de J-D. Salinger. (L'Attrape- Coeurs étant le titre peu réussi de la traduction française.).
    Le narrateur caractériel et malmené par la vie est donc devenu un peintre à succès d'art brut, grâce à l'art- thérapie et ce texte serait le journal qui devrait l'aider à surmonter ses traumatismes successifs.
    C'est étrange comme le récit est crédible, grâce à ce dispositif fictionnel et au ton faussement naïf et poétiquement digressif !
    De plus, l'idée géniale de faire d'Aleksy un Anglais de famille polonaise dont la mère veut terminer sa vie en France permet au roman de montrer combien nos vies peuvent être complexes et les événements peuvent avoir tellement de significations ou interprétations.
    Un enfant né de parents en exil verra la vie d'une autre façon que s'il était resté dans son pays d'origine.
    Ici, la France et les Français sont décrits avec bonheur.

    A l'avant-dernière page, on lit ceci :

    "Je cherchais à comprendre pourquoi tous ces événements s'étaient déroulés comme ils s'étaient déroulés. Je me suis demandé si cet été passé avec maman faisait partie d'un plan plus vaste et, si oui, lequel. J'avais du mal à croire que ce fût un plan de Dieu - c'est à dire du Dieu polonais, je n'en connaissais pas d'autre - le même qui avait perdu Mika, comme on perd une paire de gants, qui avait rendu grand-mère aveugle et qui avait affecté à maman un cancer enragé."

    L'auteur est le créateur d'un monde et de ses habitants. Ici, l'auteure donne vie à ce garçon assez indestructible et résilient avec une parole à la hauteur des drames de sa vie.
    Ce n'est pas une lecture facile, mais je trouve qu'elle permet d'imaginer ce que pourrait être la psyché d'êtres incompris ou qu'on désignerait par " dérangés".

  • @ Merci chère Calendula, d'abord pour avoir suivi ce conseil de lecture, pas facile mais pour moi marquante, de celles auxquelles on repense souvent et longtemps après. Merci aussi d'être revenue avec cette belle analyse.
    Avez-vous remarqué vous aussi le rôle des tournesols?

    Bonne soirée, bonne semaine.

  • Oui, la présence du champ de tournesols, c'est la plage de jaune avec le colza.
    Et il y a le bord de route rouge-sang de coquelicots.
    Les yeux de la mère et les volets de la maison sont ostensiblement verts.

    C'est un roman très visuel, le narrateur étant peintre. Ses tableaux sont peu décrits, on apprend quelques titres, à partir desquels ont peut imaginer quelque chose, car ces titres évoquent l'histoire avec la mère. Je me peux m'empêcher de penser que ces tableaux doivent être très colorés et expressifs ! Et pas du genre que l'on voudrait à tout prix accrocher dans son salon... Mais il y a une riche clientèle pour ça.
    Ca me fait penser à Francis Bacon ou J.M. Basquiat.

    Des exemples :
    "Le Festin du diable avec femme chauve" ( Moïra m'a dit qu'il était horrible...)
    "L'Eglise au phare violacé"
    "L'Arc-en-ciel moribond"
    "La vague à la pulpe de maman "
    "Le secret des fleurs avortées" ( C'était le premier tableau que j'ai peint, après quoi j''ai officiellement arrêté la drogue. )

    Les mots deviennent et sont en définitive moins cruels que les tableaux.
    Il semblerait qu'il n'y ait pas de tableau avec les tournesols ou les coquelicots. Pas encore.
    Car à la fin, Aleksy arrive à se remettre à la peinture, si j'ai bien compris.

    L'image la plus forte qui me reste, c'est celle de la mère d'abord obèse, qui rétrécit progressivement pour devenir "comme une chrysalide, promesse de papillon".

  • @ Calendula, vous avez lu très attentivement, noté tous les détails, fantastique!

    J'ai compris moi aussi qu'il se remettait à la peinture, et je suis d'accord avec vous, ses toiles sont très colorées.
    A mesure que sa mère "fond", elle devient plus affectueuse, attentionnée, à sa façon bien sûr.
    Gestes émouvants comme ceux de refiler à son fils qui va mal, des cachets qu'on lui a donnés à elle.
    "Les yeux de maman étaient les hublots d'un sous-marin d'émeraude"..

    Je vous laisse, bonne soirée et encore merci

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel