• Oublis et souvenirs / Olvidos y recuerdos

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    Oubli

     

    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )



    J’ai oublié ton nom,

    je ne me souviens pas

    si tu t’appelais lumière ou lierre,

    mais que je sais que tu étais eau

    car mes mains tremblent quand il pleut.



    J’ai oublié ton visage et tes cils

    et ta peau où glissait ma bouche

    quand nous tombâmes sous les cyprès

    vaincus par le vent,

    mais je sais que tu étais lune

    car quand la nuit approche

    mes yeux se brisent

    de tant désirer te voir par la fenêtre.



    J’ai oublié ta voix, et tes mots,

    mais je sais que tu es musique

    car quand les heures se dissolvent

    dans les sources du sang

    mon cœur te chante.

    (Trad:Colette)

     



    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )
     
     
    Olvido


    Se me olvidó tu nombre,
    no recuerdo
    si te llamabas luz o enredadera,
    pero sé que eras agua
    porque mis manos tiemblan cuando llueve.
     
    Se me olvidó tu rostro y tu pestaña
    y tu piel por mi boca transitada
    cuando caímos bajo los cipreses
    vencidos por el viento,
    pero sé que eras luna
    porque cuando la noche se aproxima
    se me rompen los ojos
    de tanto querer verte en la ventana.
     
    Se me olvidó tu voz, y tu palabra,
    pero sé que eres música
    porque cuando las horas se disuelven
    entre los manantiales de la sangre
    mi corazón te canta.
  • Prendre l'air / Tomar el aire

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    Tomás Sanchez Transcendencia  http://www.tomassanchez.com/    
     
    Invitation à l’air
     
    Rafael Alberti

    Ombre Je t’invite, à l’air.
    Ombre de vingt siècles,
    à la vérité de l’air,
    de l’air, air, air.

    Ombre qui jamais ne sors
    de ta grotte, et qui ne rendis pas
    au monde le souffle qu’en naissant
    te donna l’air
    l’air, l’air, l’air.

    Ombre sans lumière, minière
    des profondeurs
    de vingt tombes, vingt
    siècles vides sans air,
    de l’air, air, air.

    Ombre, aux sommets! Ombre,
    de la vérité de l’air,
    de l’air, air, air.
    (Trad: Colette)

     

    INVITACIÓN AL AIRE

    -- de Rafael Alberti --
    Te invito, sombra, al aire.
    Sombra de veinte siglos,
    a la verdad del aire,
    del aire, aire, aire.
    Sombra que nunca sales
    de tu cueva, y al mundo
    no devolviste el silbo
    que al nacer te dio el aire,
    del aire, aire, aire.
    Sombra sin luz, minera
    por las profundidades
    de veinte tumbas, veinte
    siglos huecos sin aire,
    del aire, aire, aire.
    ¡Sombra, a los picos, sombra,
    de la verdad del aire,
    del aire, aire, aire!
     
    Tomás Sanchez
    Though-Cloud, 2017
     
     
    L’Air
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
    (Trad:Colette)
     
     
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...
  • Le merle chanteur.../ El mirlo cantador...

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    En ce printemps 2020, volent, sautillent quantité de merles. Principalement pour attraper au vol ou au sol, les petites dattes des palmiers. Ceci est préférable à l’attaque en règle des cerises ou des fraises!
    Il existe tant et tant de chansons, poèmes, récits... sur les merles.
    Je vous en propose quelques uns et j’aimerais bien que vous apportiez , si vous en avez envie, des souvenirs ou n’importe quoi relatif aux merles (et que j’ajouterais au billet).
    En esta primavera del 2020, vuelan, dan saltitos gran cantidad de mirlos. Principalmente para atrapar al vuelo o en el suelo pequeños dátiles de las palmeras. ¡Mejor esto que un ataque en toda regla a las fresas o a las cerezas!
    Existen tantas canciones, poemas, escritos, relatos...sobre los mirlos.
    Os propongo algunos y me gustaría, si lo deseáis, que traigáis aquí recuerdos, poemas, lo que queráis en relación con los mirlos. Añadiré todo a la entrada.
     
    Photo prise à Bruxelles, avril/mai 2020, merci!


    D’abord quelques une des “Treize manières de regarder un merle” de Wallace Stevens.
    Primero algunas de las “Trece maneras de mirar un mirlo” de Wallace Stevens.
    I
    Among twenty snowy mountains,
    The only moving thing
    Was the eye of the blackbird.
     
    Entre veinte montañas de nieve,
    La única cosa que se movía
    Era el ojo del mirlo.
     
    Dans vingt montagnes enneigées,
    Une seule chose était en mouvement :
    L’œil du merle noir.

    IV

    A man and a woman
    Are one.
    A man and a woman and a blackbird
    Are one.
     
    Un hombre y una mujer
    Son uno.
    Un hombre y una mujer y un mirlo
    Son uno.

    Un homme et une femme
    Sont un.
    Un homme et une femme et un merle noir
    Sont un.
     
    V
    I do not know which to prefer,
    The beauty of inflections
    Or the beauty of innuendoes,
    The blackbird whistling
    Or just after.
     
    No sé qué preferir,
    La belleza de los acentos
    O la belleza de las insinuaciones,
    El mirlo silbando
    O el instante después.
     
    Je ne sais que préférer,
    La beauté des inflexions
    Ou la beauté des insinuations,
    Le merle noir qui siffle
    Ou tout de suite après.
     
    XII

    The river is moving.
    The blackbird must be flying.
     
    El río se estremece.
    El mirlo estará volando.
     
    La rivière est en mouvement.
    Le merle noir ne peut qu’être en vol.


    NB. Vous pouvez lire les Treize manières de regarder un merle, en anglais et français ici:
    Podeís leer las Trece maneras de mirar un mirlo aquí:

    https://circulodepoesia.com/2014/04/trece-maneras-de-mirar-un-mirlo-poema-de-wallace-stevens/

    Photo prise à Bruxelles, avril/mai 2020

     

    Nous avons bien sûr la belle ’”Histoire d’un merle blanc “de A. de Musset que vous pouvez lire en entier ici: https://fr.wikisource.org/wiki/Nouvelles_et_Contes_(Musset)/Histoire_d%E2%80%99un_merle_blanc
     
    Tenemos la bonita Historia de un mirlo blanco, de A de Musset, lo podéis leer entero aquí:


    Je termine en musique, bien que le merle ait beaucoup d’autres histoires...
    Termino, aquí lo tenemos en música, aunque el mirlo tiene muchas otras historias,
     
     
     
     
    HOMME LIBRE nous propose ce qui suit: Merci beaucoup!
     


    On trouve aussi en France les ruine d'une église abbatiale nommée: Notre-Dame-du-Nid-au-Merle.

    Il y a Le merle, de Théophile Gautier. Belle écriture, mais je trouve le poème lourdingue:

    ( je ne publie donc que les deux premières strophes!

    Le merle

    Théophile Gautier

    Un oiseau siffle dans les branches
    Et sautille gai, plein d’espoir,
    Sur les herbes, de givre blanches,
    En bottes jaunes, en frac noir.

    C’est un merle, chanteur crédule,
    Ignorant du calendrier,
    Qui rêve soleil, et module
    L’hymne d’avril en février.(...)

    Et celui de Gibran, dont le mécanisme comparatif et la volonté de mythifier l'oiseau me gave:

    "Ah! si je pouvais être comme toi
    libre de toutes prisons et chaînes!

    ...

    Ah! si je pouvais être comme toi
    toute douceur et splendeur,
    laissant le vent déployer mes ailes
    pour qu’elles soient perlées par la rosée!"

    Etc. Pompeux, je trouve. Pauvre merle, objet de la névrose mystique de l'auteur.

    HL cite aussi de Jean-Bernard Pouy, Die Amstel.

    ¡Gracias!

     

    Gislebert, merci!

     

    Le merle à la glu

    Jean RICHEPIN
    Recueil : "La chanson des gueux"

    Merle, merle, joyeux merle,
    Ton bec jaune est une fleur,
    Ton oeil noir est une perle,
    Merle, merle, oiseau siffleur.

    Hier tu vins dans ce chêne,
    Parce qu’hier il a plu.
    Reste, reste dans la plaine.
    Pluie ou vent vaut mieux que glu.

    Hier vint dans le bocage
    Le petit vaurien d’Éloi
    Qui voudrait te mettre en cage.
    Prends garde, prends garde à toi !

    Il va t’attraper peut-être.
    Iras-tu dans sa maison,
    Prisonnier à sa fenêtre,
    Chanter pour lui ta chanson ?

    Mais tandis que je m’indigne,
    Ô merle, merle goulu,
    Tu mords à ses grains de vigne,
    Ses grains de vigne à la glu.

    Voici que ton aile est prise,
    Voici le petit Éloi !
    Siffle, siffle ta bêtise,
    Dans ta prison siffle-toi !

    Adieu, merle, joyeux merle,
    Dont le bec jaune est en fleur,
    Dont l’oeil noir est une perle,
    Merle, merle, oiseau siffleur.


    Je mets quand même Le Temps des cerises, la vidéo est belle


     

    Impossible de conclure sans Jules Renard, cet observateur tout de finesse de la ménagerie humaine, avec deux citations et un conte tirés de son Journal :

    « Au Louvre, où Alfred Natanson (journaliste et dramaturge, ami de Renard) m’emmène voir des David, des Vélasquez, et des petites natures mortes de Chardin : je prends des œufs pour des oignons. Rien de cela ne me passionne.
    En sortant, je vois un merle noir à bec jaune, tout seul, au milieu d’une tache d’ombre écartée sur une herbe verte. Voilà de la peinture. »

    « Quand le merle voit les vendangeurs entrer dans la vigne, il s'étonne surtout de les voir qui n'ont pas, comme lui, peur de l'épouvantail. »

     

    Colette:  Une grand variété, magnifique! Le billet est tellement plus riche maintenant.

  • Par pure fantaisie / Por ultra fantasía

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    Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
     
     
    Que dirait-on? Alfonsina Storni
     
    Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
    Si un beau jour, par pure fantaisie,
    Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
    Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
    Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
    Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
    Ou si je disais mes vers en parcourant les places
    Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
     
    Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
    Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
    Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
     
    En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
     
    Traduction Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
    Le doux mal
    p 160-161
     
     
    Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

     
     

    ¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

     
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
    Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    Usara peplo griego, cambiara la peineta
    Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    Cantara por las calles al compás de violines,
    O dijera mis versos recorriendo las plazas,
    Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


    ¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
    ¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
    ¿Campanas tocarían para llamar a misa?

    En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
     
     
     
     

     

  • Si doux et si tendres / Tan dulces y tan bellas

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    Le dernier recueil de poèmes d’Alfonsina Storni, traduits en français par Monique-Marie IHRY, et qui vient de paraître, est superbe d’émotions.
    Le titre est “Le doux mal”; qu’il est doux l’amour à ses débuts, qu’il peut devenir amer par la suite…
     
    Une variété de poèmes où, comme dans presque toute la poésie (la littérature aussi) sud-américaine, la nature est très présente.
    Un enchantement.
     
    Voici deux poèmes.
     
    Deux mots
     
    Cette nuit tu m’as dit à l’oreille deux mots
    Ordinaires. Deux mots fatigués
    D’être dits. Des mots
    Qui, à force d’être anciens, deviennent nouveaux.
     
    Deux mots si doux, que la lune 
    Se dessinant entre les branches
    S’est arrêtée dans ma bouche. Deux mots si doux
    Que je n’essaye même pas de bouger pour enlever
    La fourmi qui passe dans mon cou.
     
    Des mots si doux
    Que je dis sans le vouloir - oh, que la vie est belle! -
    Si doux et si tendres
    Qu’ils répandent des olives parfumées sur mon corps.
     
    Si doux et si beaux
    Que les doigts les plus longs de ma main droite
    Bougent vers le ciel imitant des ciseaux.
     
    Mes deux doigts aimeraient
    Couper des étoiles.
     
    Traduction: M-M Ihry
     
    Le Paysage bleu, 1949 (gouache sur papier), Marc Chagall
     
    Dos palabras
     
    Esta noche al oído me has dicho dos palabras
    Comunes. Dos palabras cansadas
    De ser dichas. Palabras
    Que de viejas son nuevas.

    Dos palabras tan dulces que la luna que andaba
    Filtrando entre las ramas
    Se detuvo en mi boca. Tan dulces dos palabras
    Que una hormiga pasea por mi cuello y no intento
    Moverme para echarla.

    Tan dulces dos palabras
    ?Que digo sin quererlo? ¡oh, qué bella, la vida!?
    Tan dulces y tan mansas
    Que aceites olorosos sobre el cuerpo derraman.

    Tan dulces y tan bellas
    Que nerviosos, mis dedos,
    Se mueven hacia el cielo imitando tijeras.
    Oh, mis dedos quisieran
    Cortar estrellas.
     
     
     
     
    L’or de la vie
     
    De la corolle noire de la vie
    Je fais souvent jaillir une petite étamine d’or.
    Je féconde des fruits, je ferme le calice d’or,
    Rit ma vie.
     
    Je redeviens noire. Mais dans la nouvelle vie
    Jaillit de nouveau la petite étamine d’or.
    Rit ma vie
    Lorsque viennent la toucher les papillons d’or.
     
    Noirceur, ensuite l’or.
    Précieux de la vie.
     
    Traduction M-M Ihry
     
    Alfonsina Storni
     
    El oro de la vida
     
    De la corola negra de mi vida
    Suelo brotar, estambrecillo en oro.
    Fecundo frutos, cierro el cáliz de oro,
    Ríe mi vida.
     
    Vuelvo a ser negra. Pero en nueva vida
    Brota de nuevo estambrecillo en oro.
    Ríe mi vida
    Cuando la tocan mariposas de oro.
     
    Negrura, luego el oro
    Precioso de la vida.
     
     
    LE DOUX MAL, Alfonsina Storni
    Traduction de Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
     
    Merci.