Vite! ¡Rápido!

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Serge Pey, né à Toulouse en 1950 de parents espagnols ayant fui le régime de Franco.
Nacido en Toulouse en 1950 de padres españoles, refugiados del régimen franquista.
 
Le trésor de la Guerre d’Espagne
 
 
Extraits de : Le linge et l’étendoir.
 
 
(Pour bien comprendre ces extraits il vous faut savoir que le linge était un signal pour les anti-franquistes cachés dans la montagne.)
 
Les voisins pensaient que ma mère était folle. Comment comprendre qu’elle étendait parfois le linge sur l’étendoir ou dans le champ, à même l’herbe, ou encore sur les branches des arbres ? Comment concevoir qu’elle le posait souvent à l’ombre ou en plein vent, maintenu par de gros cailloux, comme les points de ponctuation d’une phrase secrète?” 
 
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“—Vite, enlève ta chemise et va l’étendre sur l’étendoir, ramène le linge qui reste. Vite… Dépêche-toi…
Je compris sa précipitation quand je vis, depuis notre jardin qui surplombait la route, une longue file de camions bleus de la gendarmerie.
Ainsi ma chemise faisait partie, elle aussi, d’une longue phrase. Elle était une lettre, peut-être un mot. J’étais fier. J’étais devenu une conjugaison, presque un verbe. J’existais dans le langage secret de ma mère, comme un mot important qu’elle n’avait encore jamais employé, puisque c’était la première fois qu’elle voulait laisser ma chemise seule sur l’étendoir. “

NB: Pour lire le magnifique chapitre entier “Le linge et l’étendoir”, c’est ici.
Et pour l'écouter...
 
 
 
 
Dos extractos de La ropa y el tendedero
 
(Para entender estas lineas, hay que saber que la ropa era una señal de la madre para los anti-franquistas escondidos en la montaña)
 
 
Los vecinos pensaban que mi madre estaba loca. ¿Cómo entender que extendía la ropa a veces en el tendedero o en el campo, sobre la hierba, o en las ramas de los árboles? ¿Cómo concebir que a menudo la ponía en la sombra o al viento abierto, sostenido por unas piedras gordas, como los signos de puntuación de una frase secreta?”
 
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-Rápido, quitate la camisa y ve a tenderla en el tendedero, trae la ropa que queda. Rápido...Date prisa.
Entendí su precipitación cuando vi, desde nuestro jardín que sobresalía de la carretera, un fila larga de camiones azules de la guardia civil.
Así mi camisa formaba parte, ella también, de una frase larga. Era una letra, tal vez una palabra. Estaba orgulloso. Me había convertido en una conjugación, casi un verbo. Yo existía en el lenguaje secreto de mi madre, como una palabra que, todavía, nunca había usado, ya que era la primera vez que quería dejar mi camisa sola en el tendedero.”
(Trad: Colette)

Commentaires

  • Né en 1950, l’auteur n’a rien connu de la Guerre d’Espagne, il raconte là une histoire construite sur ce qu’il a entendu de ses parents ou de leurs amis émigrés à Toulouse. On pense bien sûr à l’un des volumes de la saga d’Almudena Grandes, « Ines ou la Joie » que vous m’avez fait découvrir il n’y a pas longtemps. Elle, évidemment, ne fait pas vraiment dans la concision et, si mon souvenir est bon, son récit est émaillé de recettes de cuisine… Celui de Pey est à la fois onirique, poétique et riche de magnifiques trouvailles, ah oui « il faut toujours guetter, pour aider le ventre de la liberté à accoucher d’un instant à l’autre d’un nouvel enfant », c'est vraiment bien décroché...

    Je l’ai pris comme un témoignage d’amour filial, sa mère dans sa vieillesse gardant cette habitude, le docteur n’y comprenant rien, forcément, et parlant de sénescence. La chute est bien trouvée, elle tombe comme un clap de fin: " la guerre civile n’est pas encore finie".

    Pas finie dans les esprits, mais bel et bien perdue sur le terrain. Les compañeros de la montagne font référence à ceux des derniers maquis émiettés qui ont survécu à l’échec de la tentative de Reconquista de España par le Val d’Aran, fin 1944, pour certains jusqu’au début des années cinquante. Opération sacrifiée par la mésentente de ses chefs, par le lâchage des FTP communistes français désarmés par leur gouvernement provisoire, par la nouvelle donne de la Realpolitik, Franco étant devenu un rempart contre le communisme et puis surtout parce que déconnectée des réalités sociales : le peuple espagnol n’en pouvait plus des combats, d’ailleurs la répression féroce n’en finissait pas.
    Les chefs de cette insurrection sont morts en exil (Monzon), Santiago Carillo à 97 ans dans son lit et la Dolorès, la « Pasionaria », a fini en odeur de sainteté, redevenue mystique, faut pas trop le dire… Les cocus sont toujours du même côté.
    Ceux de Toulouse qui avaient mis leurs meilleures bouteilles de côté pour fêter la chute du Caudillo ont dû attendre 30 ans, leur vin était-il devenu une piquette ? Ironie de l’Histoire qui n’en manque pas une : la transition s'est faite grâce à un premier ministre libéral et à un jeune roi, aujourd’hui décrié.…

    Désolé pour la digression.

  • "Les cocus sont toujours du même côté." Il leur reste Olivia Blanc, pardon Ruiz et le juge Garzon. Pas vraiment une consolation...

  • @Gislebert, oui, l'auteur a sûrement entendu cent fois des histoires de la bouche de ses parents, grands-parents, voisins...en tout cas il raconte très bien, ça me fait plaisir que vous l'ayez apprécié.

    Lors de la mort du Caudillo, je vivais encore en Belgique, mais avec une colonie d'espagnols en exil, nous avons en effet débouché pas mal de bouteilles. La plupart d'entre eux sont ensuite retournés dans leur pays. Et moi aussi avec mon compagnons espagnol;-)

    @Géo: Je ne vois pas ce qu'Olivia Ruiz vient faire ici, à part que, comme tant et tant d'autres français, la famille de sa mère était d'origine espagnole, . Mais bonne fin de journée à vous.

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