Des chemins ouverts / Caminos abiertos

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Maruja Vieira ( 1922) est une poétesse, ex-journaliste et professeur d'université colombienne.


                                     El Rompido 2000 / Soledad Sevilla , 
http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/

 
 
Temps défini
 
 
Il est bon que parfois la vie
nous dépouille de tout.
Dans l’obscurité les yeux apprennent
à y voir plus clair.
Quand la solitude est le vide intense
du corps et des mains,
il y a des chemins ouverts sur le plus profond
et sur le plus distant.
Dans le silence les voix aimées
renouvellent doucement leurs mots
et les murs veillent sur le bruit infini
des pas absents.
Les lèvres qui avant furent
lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
la grandeur
de la chanson rebelle et angoissée.
Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
un son de pluie. (...)
(Trad: Colette)
 
Soledad Sevilla El Rompido 2000, http://www.soledadsevilla.com/inicio/el-rompido/          
 



Tiempo definido, Maruja Vieira
Está bien que la vida de vez en cuando
nos despoje de todo.
En la oscuridad los ojos aprenden
a ver más claramente.
Cuando la soledad es el vacío intenso
del cuerpo y de las manos,
hay caminos abiertos hacia lo más profundo
y hacia lo más distante.
En el silencio las amadas voces
renuevan dulcemente sus palabras
y los muros custodian el rumor infinito
de los ausentes pasos.
Los labios que antes fueran
sitio de amor en las calladas tardes
aprenden la grandeza
de la canción rebelde y angustiada.
Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
un repique de lluvia (...)

Commentaires

  • Figurez-vous, Citoyenne, que j’ai donné à lire l’original et votre traduction à mes deux griffards. Ce sont des chats intellos, qui lisent le castillan, des maîtres de la zen attitude…Ils ont préféré votre traducción fidèle au mot près, appréciant l’agencement subtil de ces mots, cette structure étagée qui donne au poème un petit air de calligramme apoillinarien. Comme je ne les contrarie jamais, j’abonde et renchérit. Compliment.

    L’incipit, l’entame comme dirait mon charcutier, un poète également, le « dépouillement de tout », fait écho de la situation actuelle. La vie peut-elle vraiment nous dépouiller de tout ? Grande question. Jamais de la vie ! répondrait mon petit-fils (six ans), ayant retenu l’expression et l’employant à tout bout de champ pour nous signifier quand il n’est pas d’accord…
    En l’occurrence, il a bien raison, c’est pure artifice poétique, il n’y a que la mort qui dépouille de tout. Rares sont les linceuls munis de poches. Manquerait plus que cela d’ailleurs, elle serait belle à contempler la gueule des héritiers…

    Ce qu’il y a de fort et de rare dans ce texte, de facture classique, c’est l’acceptation de la solitude, du silence, de l’absence de l’être aimé, - car de fait c’est de cela dont il est question, rien de nouveau donc dans le landerneau poétique ou alors n’ai rien compris –, ce manque, cette déchirure représentée par la fêlure qui zèbre le mur de l’illustration n’entraînent pas le désespoir que l’on trouve chez les saules pleureurs du romantisme ; l’auteure décrit une blessure, mais la terre ne s’est pas ouverte sous ses pieds, elle se résigne et fait son deuil, d’autres chemins s’ouvrent à elle…. Rupture, décès, elle ne précise pas.

    Dans ce dernier cas, force est de constater, sans se montrer exagérément cynique, que rares sont les veuves éplorées, en tous cas pas très longtemps, et c’est fort bien ainsi. Pareil pour les veufs d’ailleurs, encore plus vite consolés, mais ils sont moins nombreux et disposent de moins de temps : ce foutu chromosome Y racorni nous prive des gènes de la longévité. Ce que prouve encore si besoin était cette virémie, plus nocive pour la gent masculine.

    On en revient à notre point de départ, la quarantaine imposée, ah l’art de retomber sur ses pattes, comme les chats qui ont apprécié le poème, même s’ils n’ont pas très bien saisi le passage : « En la oscuridad los ojos aprenden a ver más claramente. ». Faut comprendre, chez eux c’est inné.

    Hasta la proxima, Senõra Colette.

  • @Gislebert, très subtile l'idée de nous laisser guider dans le noir par vos chats!

    Le passage du poème peut en effet convenir à la situation actuelle, les idées et mots en sont intemporels. Mais, vous l'avez bien perçu, l'ensemble est un poème d'amour perdu, on ne sait pourquoi; tout aussi intemporel comme sujet. Il y en a qui vont acheter du pain et ne reviennent jamais...

    Vivrons-nous différemment après? ces chemins de la pensée, une fois ouverts, oseront-ils se refermer?

    Bonne semaine à vous aussi.

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