Comment ça, quand? / ¿Cómo que cuándo?

Imprimer
Ébène, de Ryszard Kapuscinski, journaliste polonais, a été publié en l’an 2000 mais couvre les années ‘60-80 en Afrique. Ces années d’indépendance coloniales, de soulèvements...L’auteur y a vécu longtemps , non pas dans des hôtels ou zones pour européens, mais, au risque de sa santé, de sa vie souvent, parmi la population locale.

 

 En début de livre il fait une longue réflexion sur le temps - le temps africain (qui a peut-être un peu varié depuis, selon les endroits) qui lui paraît si différent de l’européen - qui, en ces moments où il est comme arrêté, figé, m’a semblé très intéressante. 

 

Il raconte qu'à son arrivée au Ghana, il monte dans un autobus et s’y assied. Un Anglais le suit, s’installe. À ce moment, dit l’auteur, peut se produire une collision entre deux cultures, un choc, voire un conflit qui arrivera si l’étranger (s’il ne connaît pas l’Afrique) commence à s’énerver et à demander quand part l’autobus. “Quand part l’autobus? Comment ça, quand? -dit le conducteur -Quand il y aura assez de gens pour le remplir”.
 
Kapuscinski, poursuit en expliquant que l’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps .
Pour les Européens “le temps vit en dehors de l’homme”, il est comme indépendant, a une existence objective qu’on peut mesurer. Et il s'en sent esclave, il doit respecter des délais, des dates, jours et heures. Comment exister sans eux?
Entre l’homme et le temps existe un conflit insoluble qui se termine toujours par la défaite de l’homme: le temps détruit l’homme.”
 
 
 
Les Africains perçoivent le temps différemment. C’est une catégorie beaucoup plus ouverte, élastique, subjective. Pour eux c’est l’homme qui influe sur la formation du temps, son rythme.
L’homme décide si un événement aura lieu ou non, “Le temps est le résultat de notre action, et il disparaît quand nous n’entreprenons rien ou abandonnons une action.  Une énergie circule qui, quand elle s'approche de nous et nous emplit,  nous donne la force de nous mettre en mouvement: il se passera quelque chose.
Sinon il faut attendre."

 

Ceci, vous voyez, est tout à fait l’inverse de la pensée européenne.
 
Et pour beaucoup d'entre nous en ce moment, le temps élastique que nous vivons nous rapproche, je crois, de la conception africaine.
 
Ébano, de Ryszard Kapuscinski, Fue publicado en el año 2000 pero cubre los año 60-80 en África. Son años de independencia colonial, de revueltas, de sublevaciones… El autor ha vivido mucho tiempo pero no en hoteles o zonas para europeos sino, con riesgo para su salud y con frecuencia para su vida, entre la población local.
Al principio del libro hace una larga reflexión sobre el tiempo. El tiempo africano (que quizás haya cambiado algo desde entonces, en algunos sitios) que le parece tan diferente del europeo y que, en estos momentos en que da la impresión de haberse parado, fijado, me ha resultado muy interesante.
 
Cuenta como a su llegada a Ghana sube a un autobús y se sienta. Le sigue un Inglés y se instala. En ese momento, dice el autor, puede producirse una colisión entre dos culturas, un choque, un conflicto.” Esto sucederá si el pasajero es un forastero que no conoce África. Alguien así empezara a removerse en el asiento, a mirar en todas direcciones y a preguntar: ¿Cuando arrancará el autobús? ¿Cómo que cuándo?, le contestará, asombrado, el conductor, cuando se reúna tanta gente que lo llene del todo”
 
 
Kapuscinski continúa y explica que los europeos y los africanos tienen una concepción diferente del tiempo.
 
 
Los europeos están convencidos de que el tiempo funciona independientemente del hombre, de que su existencia es objetiva, en cierto modo exterior, que se halle fuera de nosotros y que sus parámetros son medibles y lineales”...”El europeo se siente como su siervo, depende de él, es su súbdito.”… “Tiene que respetar plazos, fechas, días y horas. Se mueve dentro de los engranajes del tiempo; no puede existir fuera de ellos”… “Entre el hombre y el tiempo se produce un conflicto insalvable, conflicto que siempre acaba con la derrota del hombre: el tiempo lo aniquila.”
 
Los Africanos perciben el tiempo de manera bien diferente. Para ellos, el tiempo es una categoría mucho más holgada, abierta, elástica y subjetiva. Es el hombre el que influye sobre la horma del tiempo, sobre su ritmo...”
El hombre decide si un acontecimiento tendrá lugar o no. “El tiempo aparece como consecuencia de nuestros actos y desaparece si lo ignoramos o dejamos de importunarlo.” “ En alguna parte del mundo fluye y circula una energía misteriosa, la cual, si viene a buscarnos, si nos llena, nos dará la fuerza para poner en marcha el tiempo: entonces algo empezará a ocurrir.” Sino hay que esperar.
 
 
Todo esto es lo contrario del pensamiento europeo.
Y para muchos de nosotros en este momento, el tiempo elástico que vivimos nos acerca, creo yo, de la noción africana.
 
Sources/ Fuentes : Ébène, aventures africaines, Ryszard Kapuscinski. Coll. Poche
Ébano, Ryszard Kapuscinski, ed Anagramma
 
Photo 2 https://www.t13.cl/noticia/nacional/asi-quedo-reloj-flores-vina-del-mar-caida-arbol1

Commentaires

  • « (…) l’Européen et l’Africain ont une conception différente du temps. »

    Croit pas si bien dire el Senõr Kapuscinski…

    Le temps africain, ou plutôt celui du Sud passé une certaine latitude ? Vrai qu’il invite à la méditation, au retour sur soi, à l’introspection nombriliste, la délectation morose peut-être, il convoque à votre débat intérieur les grands idéaux de l’humanisme compassionnel ou la philosophie à deux balles allez savoir, mais seulement lorsque l’on visite en touriste, en rando ou que l’on est envoyé en mission en tant qu’ethnologue, anthropologue ou sociologue, tous les logues que vous voulez pour lesquels le temps africain est un paramètre d’étude.

    Vrai qu’assis au petit matin ou au crépuscule en haut d’une dune, le désert du Grand Erg, avec ses reliefs mamelonnés, tous pareils et tous différents à la fois, vous offre l’illusion d’une tranche d’éternité. Le moment de citer Alphonse : « Ô temps suspends ton vol et vous heures propices (…) ».

    Poétique aussi leur conception du temps, création de l’homme, carrément aboli dans l’inaction, plus fortiche encore que la relativité d’Albert qui se contente de ralentir les horloges.
    Bon, si pour l’Africain le temps n’existe que dans l’action, nous, ces derniers jours, on a un peu l’impression que c’est juste le contraire, il se fait surtout pesant dans l’inaction…

    Quand vous travaillez avec eux, par contre, c’est un autre air de mandole chaâbi, beaucoup moins marrant. Perso, n’ai pas tenu plus d’une année avant de me carapater ; durant ce laps de temps, j’ai peut-être travaillé six-huit mois pleins si l’on décompte les rendez-vous manqués, oubliés, négligés ajournés ou courbés… Et c’était le Maghreb, pas l’Afrique subsaharienne…
    Me suis rendu compte plus tard que j’avais fait tout faux. Vouloir bosser in the Swiss way, quelle idée, j’étais trop jeune… Les rencarts à heure fixe, ils s’en foutaient bien, il leur fallait au contraire des salles d’attente et des dispensaires bondés, avec des gens qui attendent sans états d’âme… De toute façon les pauvres, en ce temps-là (début des années septante) n’avaient pas de montres et les gens de la classe aisée, ceux qui en possédaient une, entre autres les ploutocrates socialistes à chemises Cardin, ils vous laissaient poireauter pour mieux montrer l’estime dans laquelle ils vous tenaient, à moins que vous n’ayez droit à d’interminables homélies dénonçant les méfaits du colonialisme, histoire d’entretenir la béchamel de la repentance…C’était l’heureuse époque Boumediene.

    Sont dans la m… actuellement ? Comme c’est bizarre, vous m’étonnez…

    Géo, qui a bossé pendant des années en Afrique noire comme bwana coopérant pourrait nous en raconter bien davantage. Il a sûrement sur le temps africain une vision différente, plus cool.

    El gran G.

  • Madame Museur, j'ai eu pour ma part beaucoup de plaisir à lire "Mes voyages avec Hérodote" de Kapuscinski. La plume de l'auteur est une invitation au voyage, temporel et géographique comme il se plait à l'écrire. Il nous entraine de Pologne en Inde, en Chine, au Soudan, en Iran, au Congo. Hérodote avait cette curiosité, ce talent pour rapporter les versions de l'Histoire (car il n'y a pas de vérité, que des interprétations comme l'écrit Kapuscinski) et pour enquêter sur les évènements. ce sens de la confrontation objective des points de vue. L'auteur tente également d'analyser des oppositions Est/Ouest dans un contexte de guerre froide, ainsi que des antagonismes entre l'occident et l'Orient qui semblent perdurer de nos jours. Merci pour votre article.

  • @ Gislebert, merci de faire part de votre (lointaine) expérience, je peux parfaitement imaginer que le désert, ses dunes, font perdre les repères espaces-temps.

    Quant à la relation temps-action, où vous soulignez l'inaction actuelle, je pense que la phrase:" Une énergie circule qui, quand elle s'approche de nous et nous emplit, nous donne la force de nous mettre en mouvement: il se passera quelque chose.
    Sinon il faut attendre." s'applique en ce moment à des faits aussi simples que celui de préparer les repas.
    Voyez, les horaires habituels ayant disparu en ce moment (pour la grande majorité des gens), cuisiner à heure fixe n'est plus impérieux, et permet d'attendre que cette énergie nous envahisse pour...j'espère me faire comprendre.

    Je vous recommande la lecture d'Ébène, un livre très humain, instructif et de plus l'écriture est belle.
    Bonne journée.

  • @Paul, bonjour et merci de parler de cet autre livre de Kapuscinski que je lirai sûrement.
    Je voulais vous signaler aussi le film que j'ai regardé hier soir:"Another day of life" (Un día más con vida) qui, à partir de notes et reportages du journaliste, traite de la guerre d'Angola. C'est un film d'animation très prenant.

  • Je m'apprêtais à vous citer "Another day of life" Le livre) quand j'ai vu votre dernier commentaire.
    Gislebert@ J'ai travaillé en Afrique pour UNICEF (Mali), le CICR (Angola), pour la KfW (Burkina et Guinée) , le FED (Burkina) et Helvetas (Mozambique), la Coopération française (Mauritanie) avec quelques missions plus courtes pour d'autres, dans le domaine des mines d'or par exemple (Kalana). Ces organismes utilisent les services de bureaux d'ingénierie spécialisés dans ce genre de missions de coopération, qui ont leurs expériences et leurs réseaux. Cela aide...
    Ces organisations imposent des conditions claires et précises à leurs "partenaires" africains. On joue le jeu à condition que vous jouiez le vôtre. Jouer le jeu passe aussi par les enveloppes bien remplies aux cadres dirigeants pour qu'ils laissent les Européens installer des pompes à eau manuelles pour leurs peuples. Dans ces conditions, il n'est pas vraiment question d'attendre dans les couloirs, sauf en Mauritanie où j'ai du passer 27 fois à la Direction Générale de la Sûreté Nationale pour obtenir ma "carte d'étranger" alors que je dirigeais le plus important projet de la Coopération française dans ce pays...
    J'avais beaucoup aimé "Another day of life", surtout que j'avais fait en son temps une descente de Lubango à Ondjiva assez mouvementée avec le CICR. Mais moins mouvementée que la remontée où on a dû dépasser toute l'armée cubaine et ses monstres porte-tanks et porte-fusées qui se repliait suite aux accords de Bicesse...
    (c'est gros, un porte-tank ou fusée, et les pistes sont assez étroites...)

  • J'ai compris combien j'étais Européenne en lisant ceci dans votre billet :
    "Pour les Européens “le temps vit en dehors de l’homme”, il est comme indépendant, a une existence objective qu’on peut mesurer."
    Il y a la grande échelle ( les années, les saisons, l'alternance jour-nuit) qui me semble indiscutable. Les Européens ont été soumis à ce temps-là d'une façon inexorable. Et d'une façon particulièrement forte dans les pays nordiques, en ce qui concerne les saisons et les variations de la durée jour-nuit.
    Avec le progrès technique, nous avons pu quelque peu nous affranchir de cet "esclavage" -là.
    Suite à ces progrès, d'autres impératifs se sont imposés, au niveau du respect des horaires et plannings de de toutes sortes. La démocratisation des montres et horloges a certainement contribué à rendre les gens plus stressés, avant même de parler d'internet.

    Avant l'invention et la diffusion de la lumière électrique, certaines activités devenaient impossibles après la tombée de la nuit, Il fallait s'organiser et se dépêcher.
    Et les saisons ! Si on ne faisait pas ce qu'il fallait, quand il le fallait, on risquait de mourir de la faim. Ce n'était pas très subjectif.
    Les générations qui nous ont précédé ont appris la leçon, à la dure.
    Désormais, nous pouvons importer des denrées, les conserver au congélateur ou dans des emballages performants. Cela pourrait permettre un certain détachement, si on n'avait aucun scrupule écologique ( = les fameuses fraises à Noël)

    Chez nous, l'impératif social est énorme. On apprend aux enfants la lecture de l'heure et la ponctualité avec l'objectif d'une vie sociale synchronisée. Est-ce que tout notre système ne repose pas justement sur ce filet temporel, auquel nous nous référons en permanence ?

    Avec le passage à la retraite, j'ai pu mesurer l'ampleur de l'auto- discipline exercée depuis mon enfance. Et l'importance de l'impératif social. Si on veut partager des activités avec des amis ou de la famille plus jeunes, ce sera forcément le week-end ou sur la période des vacances générales. Les heures des bouchons ( calqués sur les horaires de travail) structurent la prise de rendez-vous. On évite d'aller au supermarché le samedi et dès 16h.
    Etc

    Je suis persuadée qu'en Afrique, on a une perception du tout, c'est à dire du fonctionnement de la société, mais elle est probablement pas autant liée à ces rythmes et tempos. Il doit y avoir d'autres facteurs qui entrent prioritairement en ligne de compte.
    Je dis cela de façon tout à fait hypothétique, n'ayant aucune expérience du terrain.

  • Jusqu'ici, on n'a évoqué que deux conceptions du temps propres à deux cultures, et les malentendus que cela provoque quand on veut les mixer. Imaginez maintenant que l'on en ajoute une troisième par nécessité ou par vice. Confiant dans mon expérience de la vie en Afrique et en Chine, j'ai accepté en 2014 de guider un groupe de 10 ingénieurs et techniciens chinois en Namibie, pour la réalisation d'un chantier. Sur les 10, seuls 2 étaient déjà sortis de leur pays et pouvaient s'exprimer dans un anglais compréhensible. Pour compliquer les rapports humains, on parle aussi allemand et afrikaans en Namibie. En résumé: ce fut une bonne approche de ce que pourrait être un séjour dans un autre galaxie.

  • Le commentaire de Calendula sur le temps me fait penser qu'il n'est pas vraiment pertinent d'isoler le temps et de philosopher à son sujet. Comme l'a relevé G., on attend souvent en Afrique et on se rend compte très vite que c'est une question de pouvoir. Les sociétés africaines sont des sociétés féodales où l'aristocratie est représentée par les fonctionnaires. Mais ne devient pas fonctionnaire qui veut, précisément. Le seul critère de sélection, c'est l'ethnie et la proximité parentale avec le ministre, le chef de cabinet, le sous-chef etc, etc...
    Si vous êtes flic, vous toucherez un salaire misérable mais vous avez gagné le droit de rançonner plus ou moins élégamment vos concitoyens. Ce n'est donc pas tout-à-fait par hasard que l'Afrique reste sous-développée et que les jeunes ne voient comme solution que l'exil...
    Le temps dans ce contexte n'est qu'un effet de ce pouvoir. Et les douaniers ou les flics en usent et abusent sans arrêt. Mon amie d'alors était spécialiste en textile et voulait visiter Komasi au Ghana* lorsque nous habitions Léo, au sud du Burkina. Au retour, le vieux douanier ghanéen a trouvé un soi-disant problème pour la retenir (jusqu'à ce qu'elle lui paie un bakchich). Elle lui a arraché son passeport des mains et a traversé le pont sans demander son reste. Le vieux douanier en est resté coi, et il a compris instantanément qu'il n'avait pas le pouvoir de lui nuire davantage...
    Mais c'est une stratégie risquée. Une amie infirmière, par ailleurs membre fondatrice de MSF suisse, visitait une équipe MSF qui gérait un hôpital au Cameroun. C'était dimanche et ils ont décidé de faire un tour en bateau sur le petit lac à côté. Au bout, il y avait un barrage et il était interdit de s'en approcher, mais ils l'ignoraient. La sentinelle a tiré en rafale sans aucun état d'âme contre eux. La femme du médecin en est morte.
    En fait, on finit par s'apercevoir que la vie humaine n'a pas trop d'importance pour les Africains et plutôt que de parler des différences d'appréhension du temps, il faudrait essayer de comprendre cela...
    *https://afroculture.net/kente-kita-tissu-traditionnel-du-ghana-cote-divoire/

  • Cette différence d'appréciation du prix de la vie humaine prend aujourd'hui une dimension dramatique (pas au sens anglais utilisé de plus en plus fréquemment...). Nos actes ont des conséquences et il est de bon ton chez les jeunes humains de ne pas en tenir compte. MSF a milité très durement pour casser les brevets des pharmas européennes, pour permettre à la pharma indienne de produire des produits de substitution. MSF, c'est l'ONG qui a derrière elle l'UE, comme le CICR est peut-être une organisation internationale mais elle est très, très suisse. En d'autres termes, MSF s'est battu pour que le plus pauvre des habitants du township le plus perdu de RAZ reçoive un traitement anti-sida, avec pour conséquence qu'aujourd'hui les patients européens, qui ont cotisé des fortunes pour leur santé, ne reçoivent plus les soins auxquels ils auraient droit. Plus de Propofol, plus de curares, manque de ceci, de cela. Parce que c'est produit en Inde et que voyez-vous, les Indiens, parfaitement normalement, préfèrent servir les patients indiens.
    Que ceux qui donnent des sous à MSF s'en souviennent...

  • Merci à tous, des réflexions bien intéressantes.

    Rabit vous parlez de différentes cultures et langues au même endroit, et je me demandais si en Chine on vivait montre en main comme en Europe, ou plus zen..ou moins. Peut-être pourriez-vous nous éclairer.

    Géo, quels beaux tissus, les couleurs sont superbes! Évidemment je m'imagine mal m'en vêtir ici:-)
    Bonne soirée.

  • Ces tissus ne vont que sur une peau noire. Les Blanches qui s'y essaient ne ressemblent à rien. Mieux vaut se le dire...

  • Marcel Granet (*) a beau dire que le temps et l'espace étaient des grandeurs finies dans la Chine ancienne, on a de la peine à le croire en voyant la foule comprimée à 7 heures 30 dans la rame de la ligne n°1 du métro de Nanjing. Il y a quelques années à Shanghai, je me réveillais naturellement dès que la rue se mettait en mouvement, un peu après 5 heures du matin. Par contre, il existe une particularité chinoise que l'on retrouve dans certains corps de métier (industrie, milieu hospitalier par ex.) qui consiste à débuter la journée par un petit-déjeuner en commun au sein de l'entreprise, puis décider ensuite de ce que l'on va faire. C'est un héritage de la vie collective sous la tutelle des anciennes entreprises d'état, qui rend parfois aléatoire le respect d'un rendez-vous.

    (*) Marcel Granet, «La Pensée chinoise», (Bibliothèque de l'évolution de l'humanité), Albin Michel.

  • Ben Colette? Où est passé la suite de mon commentaire?LOL! Il n’y avait plus de place ....... vous êtes très à cheval sur le sujet du billet Colette? Dommage car on finit par se décontracter et même dépasser un peu ce confinement.

    Je passe des heures à passer des commandes sur les grandes surfaces, pour lire au moment de finaliser: « Les demandes sont très importantes, nous sommes un peu dépassés....Aucune place de libre pour les livraisons avant Mai!....... «  Cela ne les empêche de me bombarder de mails..... Quant aux courses sur place! Pas mieux! Il semblerait que les gens se lèvent tôt pour dévaliser les rayons à peine fournis! Même le personnel n’en revient pas! Si vous téléphonez après 9h20 .... ben .... tout est part! Expérience avec la volaille label rouge.....la Javel, les gants de ménage, les tomates etc etc que cela soit chez Migros, Coop, Manor ou l’épicerie? Les clients sont filtrées.... par groupe de dix ? Et les queues s’allongent! C’est ce qui m’a été rapporté aujourd’hui! Sur la liste seul le tiers a échappé à la razzia!

    Cela aussi c’est le choc des cultures Colette!

  • @ merci pour la réponse et la référence Rabbit.

    Bonne journée à tous.

  • @Patoucha,
    D'abord bonjour. Je voulais vous dire que j'ai beaucoup hésité avant de publier votre commentaire ci-dessus. Je ne les publie pas tous, selon les normes de la Tribune de Genève. selon donc leur pertinence par rapport au sujet traité.
    Non pas que je sois "à cheval" sur le thème de mon billet, élargir le sujet (comme ici d'Europe-Afrique à d'autres continents) est extrêmement intéressant grâce aux lecteurs-commentateurs.
    La poésie, la littérature sont, et j'y tiens beaucoup, les thèmes de ce blog. J'y mets beaucoup d'énergie, de travail et de temps chaque semaine. Notamment dans les traductions que je peaufine. Je souhaite donc que mon travail soit respecté.

    Alors. voyez-vous, on peut réfléchir ensemble, même rigoler, enrichir les sujets, mais ce n’est pas une conversation entre amis dans un bar, à commenter le quotidien, compliqué en ce moment, c'est vrai.
    Bon dimanche à tous.

  • Le hasard de la lecture a voulu que je tombe, il y a deux jours, sur un passage qui fait écho à l'observation de R. Kapuscinski .
    Voici ce qu'écrit Amin Maalouf, dans un roman paru en 1992 "Le Premier siècle après Béatrice" :
    "N'est-ce pas le paradoxe de notre culture qu'en devenant maîtresse de l'espace elle soit devenue esclave du temps ? En Afrique, on se sent, à cet égard, moins maître et moins esclave. Si, toutefois, on parvient à s'évader de soi-même."

    Maalouf utilise la même métaphore ! Et cette idée de "s'évader de soi-même" implique qu'on prend de la distance face à ses habitudes et certitudes. Comme lors de chaque voyage, où que l'on se rende.

    Je ne suis jamais allée en Afrique et n'y irai fort probablement jamais, vu mon âge et ma difficulté de toujours à vivre dans la chaleur. Je ne ferai jamais l'expérience personnelle d'un pays africain. Et quand bien même ! Le Soudan doit être très différent de la Namibie et le Gabon de la Tunisie.
    Et puis, même en Afrique, le temps passe et les réalités changent.

    Tout cela ne doit pas m'empêcher de réfléchir à notre mode de vie européen, à essayer de comprendre quelles sont les spécificités de notre culture, par l'intermédiaire de ce que nous rapportent les écrivains, cinéastes, réalisateurs de documentaires, reporters, voisins et amis, qu'ils soient occidentaux ou africains.

    La perception du temps n'est qu'une des grandes différences entre les cultures en question. On peut y réfléchir pour notre propre intérêt.
    Les réflexions de Kapuscinski ( présentées par Colette) pourraient nous amener à nous demander si le vrai luxe, ce n'est pas seulement l'espace ( comme disait une certaine pub qui m'a marquée à tout jamais ;-))), mais également d'avoir du temps.

    Plus ou moins confinés, nous avons perdu une certaine maîtrise de notre espace, mais beaucoup d'entre nous ont davantage de temps. Comment l'apprécier ?

    Dans quelques semaines ou mois, on en aura à nouveau moins ...

  • Il n`y a pas besoin d`aller jusqu`en Afrique pour voir des gens qui ont une autre perception du temps. Étant jeune et frais émolu de la faculté de psychologie (erreur de jeunesse), jąi eu l`occasion de travailler dans un asile psychiatrique et puis une prison. Dans les deux établissements, les pensionnaires ont une perception du temps adaptée a leur situation avec un horizon temporel rétréci avec primauté d`un présent qui parait s`étirer comme a la maniere d`un chewing gomme. Bien plus tard, j`ai eu (j`ai toujours) l`occasion de partager du temps avec des gens tres pauvres et vivant a l`écart des réalités urbaines qui vivent également dans un présent tres dilué qui convient a leur propre réalité. A part ca, tres bonne lecture, les livres de, Kapuscinsky, le reporter-journaliste polonais qui réussissait a échapper a la grisaille du communisme a la maniere de son grand modele Albert Londres.

  • @Calendula, merci beaucoup, si je connais bien Amin Maalouf, je n'ai jamais lu "le premier siècle après Béatrice", je le note.
    Parmi les philosophes, celui qui a beaucoup pensé et éćrit sur le Temps est bien sûr Bergson, mais aussi Bachelard. Dans l'article que j'ai lu hier, l'auteur commence par nous dire que nous faisons une confusion entre le temps (non mesurable) et le planning. Comme c'est fort intéressant je vous mets le lien:
    http://lapausephilo.fr/2019/01/24/maitrise-temps-philosophie/

    Bonne fin de journée.

  • @ Merci Jean d'attirer notre attention sur le temps élastique vécu par certaines catégories de personnes, souvent confinées (dans les hôpitaux, maisons de retraite...aussi).
    Nous revenons ainsi à la notion initiale qui est que le temps est en fait marqué par des activités, obligations extérieures qui, si elles n'ont pas lieu, provoque ce "temps dilué" dont vous parlez.

  • La discussion s'est recentrée sur cette vision un peu intellectuelle, extérieure aux réalités, sur la conceptualisation du temps dans diverses civilisations. Or ce qui vient en premier à l'esprit quand on parle de différence d'appréhension du temps entre Africains - je parle d'Afrique noire et non des Maghrébins, rien à voir entre eux...- et Européens, c'est que les Africains vivent passablement au jour le jour sans se projeter dans l'avenir. Probablement pour des raisons religieuses : les Ancêtres n'aiment pas le changement. Qu'on le veuille ou non, les Africains, même si ils ne vous le diront jamais, sont animistes et chrétiens ou musulmans seulement en apparence. Ils ne sont pas maîtres de leur temps et n'ont pas intérêt à faire semblant de l'être : ce serait clairement de l'hubris. Je ne connais pas le mot pour hubris dans aucune des 1500 langues africaines, mais l'esprit y est...
    Je vous propose la lecture de "Et si l'Afrique refusait le développement ? " de Axelle Kabou (L'Harmattan 1991).

  • @ Géo,

    Recentrer la discussion sur une vision un peu intellectuelle ?

    Mais pas complètement, ou bien ? ;-))

    Mon propos n'est pas d'essayer de comprendre une vision extra-européenne, mais de réfléchir ( assez simplement, me semble-t-il) à la spécificité de "notre" façon de percevoir l'importance du temps dans nos vies quotidiennes.
    Même en Europe, il y a beaucoup de gens qui n'ont pas le souci du temps, qui vivent affranchis de cette contrainte, mais ils se retrouvent certainement souvent en difficultés.

    Mon éducation familiale m'a amenée à être très ponctuelle et à fonctionner en respectant les horaires et le temps des autres. A l'école, c'était vraiment important.

    Le billet de Colette amène l'idée qu'on peut fonctionner autrement, mais dans ce cas, il faudrait que tout le système soit souple, comme en Afrique par exemple.

    En faisant le lien entre le confinement et la modification du rythme de vie de beaucoup de nos concitoyens, j'ai posé la question ( très concrète, à mes yeux) de : comment apprécier ce temps à disposition, sachant qu'on va revenir à la norme précédente, dans quelque temps ?

    Poser ce genre de question implique bien sûr qu'on se place sur une sorte de fil du temps invisible ( intellectuel ?), il y a un "maintenant" et un "plus tard."
    Il m'est impossible de concevoir la vie sans prévoir la suite. C'est pourquoi je pense être typiquement européenne. L'énoncé de spéculations ou d'hypothèses simples ne me semble pas intellectuel, c'est juste l'attitude standard d'une mère de famille ou d'une enseignante de terrain.

    Vous avez une expérience de l'Afrique et c'est sur cela que vous désirez centrer votre réflexion. A la bonne heure ! Ce n'est pas moins intellectuel, à mes yeux ! ;-))

    ("Intellectuel" n'étant pas péjoratif, sauf chez les adolescents, qui dénigrent ainsi des camarades qui réussissent scolairement.)

  • @colette,

    J'ai essayé de lire " la pause philo" que vous proposez plus haut. C'est dense !
    Il faut s'accrocher. Bergson ou Bachelard me posent souvent problème.

    En fait, le texte dit :
    " Nous confondons la vie avec le planning. " et
    "La maîtrise du planning finit par provoquer la non-maîtrise du temps. "

    Pour des personnes ayant un travail exigeant, un certain temps de transport quotidien et une famille à charge, ce genre de texte peut faire l'effet d'une provocation désagréable.
    Retrouver du temps de qualité ! ?
    On voudrait bien, mais …
    L'espace d'un instant, ça devrait être possible ! ;-)))

    Au fond, ce texte décrit ce sentiment d'esclavage que nous pouvons éprouver dans certaines phases de notre vie,.
    Suffit-il d'en prendre conscience pour un peu changer sa vie ? Idéalement oui,

  • @Calendula, oui il est dense et je ne l'ai pas lu entièrement. C'est plus une réflexion in abstracto sur notre temps qu'un guide de vie pratique, c'est sûr!!
    N’empêche qu'une fois à la retraite (et en ce moment) nous pouvons essayer de goûter à l’élasticité du temps, nous créer nos propres rythmes. Manger quand on a faim par exemple, pas à horaires fixes, de même pour le sommeil, les activités ou pas, etc...

    Merci pour vos commentaires Géo et Calendula,, bonne journée.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel