Décès d'un poète / Muerte de un poeta

Imprimer

 

 

Il avait 95 ans et il est mort le 1er mars. Je vous parlerai très prochainement de ce personnage extraordinaire qu’était le poète - théologien- révolutionnaire - prêtre Nicaraguayen Ernesto Cardenal. Pour vous donner une idée du personnage,  et alors qu’on le félicitait pour ses 90 ans, il y a 5 ans donc, il a répondu: No sé por qué me felicitan porque cumplí 90 años. Es horrible” ( Je ne sais pas pourquoi on me félicite parce que j’ai eu 90 ans. C’est horrible.) 
 
 
 
Son œuvre est immense, j’ai choisi un poème d’amour pour commencer...
 
 
Épigramme
 
Je te donne, Claudia, ces vers,
parce que tu en es la propriétaire.
 
Je les ai écrits simples
pour que tu les comprennes.
 
Il sont pour toi seule
mais s’ils ne t’intéressent pas,
peut-être un jour seront-ils divulgués,
dans toute l’Amérique latine…
 
Et si l’amour qui les dicta,
toi aussi tu le méprises,
 
d’autres rêveront
de cet amour
qui ne fut pas pour elles.
 
Et peut-être verras-tu,
Claudia,
que ces poèmes,
(écrits pour te séduire, toi)
éveillent
dans d’autres couples
amoureux qui les liront
les baisers qu’en toi
n’a pas éveillés le poète.
(Trad:Colette)
 
 

Epigrama


Te doy Claudia, estos versos,
porque tú eres su dueña.

Los he escrito sencillos
para que tú los entiendas.

Son para ti solamente,
pero si a ti no te interesan,
un día se divulgarán,
tal vez por toda Hispanoamérica...

Y si al amor que los dictó,
tú también lo desprecias,

otras soñarán
con este amor
que no fue para ellas.

Y tal vez verás,
Claudia,
que estos poemas,
(escritos para conquistarte a ti)
despiertan
en otras parejas
enamoradas que los lean
los besos que en ti
no despertó el poeta.
 

Commentaires

  • Hola Colette,

    Du Padre Ernesto, ma souvenance s’est ravivée après consultation de sa biographie sur la toile. De par chez nous, dans le petit monde non hispanophone, son oeuvre poétique dont nous n’avons rien lu avouons-le, nous parle moins que la remontée de bretelles administrée par Jean Polski lors de sa virée au Nicaragua dans les années 80, le pape lui enjoignant publiquement dans une mémorable engueulade sur le tarmac de l’aéroport de Managua de quitter subito presto le gouvernement sandiniste. L’avait refusé d’obéir, notre jèze-poète et s’était fait suspendre de ses fonctions pastorales. Normal, il n’avait rien compris ce grand naïf, comme bon nombre de ses collègues théologiens de la libération : le temps était venu de remettre sur les rails du droit canon ces prêtres marxisants pas vraiment en odeur de sainteté au Vatican… Les pauvres, ils avaient cru que l’on pouvait lire les Evangiles au premier degré et passer à la pratique en les appliquant au pied de la lettre, rendez-vous compte… Mais vous nous en direz sûrement davantage dans un prochain billet.

    Du poète Cardenal, le texte proposé, curieusement appelé épigramme alors qu’il n’a rien de satirique ou alors au sens que lui donnait Catulle, est à ranger dans la grande hotte où cohabitent les œuvres des poètes et leurs amours malheureuses, la litanie sans fin des passions sans espoir, sans réciprocité. Le lyrisme tsunamique déversé sur l’inaccessible bien-aimée ou la belle indifférente, c’est le fond le fond de commerce de la poésie, un peu comme l’appendice pour les chirurgiens lambdas.

    Classique de facture, on n’est pas chez Huidobro et les surréalistes, bien ficelé, l’ouvrage, malgré son charme, manque, faut bien le dire, de tempérament, de fougue, de fuego… Juste une réserve, doña Colette, mais c’est vrai qu’ Il n’a pas l’air d’y croire votre Roméo en soutane, assez serein de constater que sa belle Claudia reste insensible à ses vers, très philosophe vieux sage… L’est même partageux chrétien , normal direz-vous (« d’autres rêveront »), pas trop déçu en fin de compte de cette froideur. On comprend dans cette œuvre de jeunesse qu’il ait finalement préféré le célibat (du moins officiel) de la prêtrise aux emmerdes de la vie de couple…

    Sur cette aimable conclusion,

    hasta la proxima, estimada Señora.

  • @Gislebert, oui on reparlera bien sûr de cette Théologie de la Libération qui a parcouru l'Amérique latine tellement pauvre et où il y avait des prêtres révolutionnaires. Et du pape, oui, dans le camp conservateur of course.
    En attendant j'ai, comme vous, trouvé ce poème généreux; si c'est pas pour toi, Claudia (notons passage qu'elle pourrait se vexer de "Je les ai écrits simples pour que tu les comprennes."!!). ce sera pour d'autres.

    Je vous annonce deux billets de plus, l'homme, artiste aussi, le moment là-bas en valent la peine. Ce sera la semaine prochaine

    Je vous souhaite un bon dimanche, merci de votre passage.

Les commentaires sont fermés.