Aimer l'imperfection / Amar lo imperfecto

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Découvert il y a peu le concept japonais de Wabi Sabi. Il parait qu'il a envahi les magasins de décoration, ça je n'en ai aucune idée, mais sa portée philosophique et personnelle m'intéresse. Le concept se base sur la simplicité et l'imperfection de la nature qui, en révélant ses défauts, montre sa beauté.
 
Descubierto hace poco el concepto japònés de Wabi sabi. Parece que ha invadido las tiendas de decoración, no tengo ni idea de ello, pero su ámbito filosófico y personal me interesa. El concepto se basa en la simplicidad y la imperfección de la naturaleza que, al descubrir sus defectos, muestra su belleza.
 
Cette imperfection qui ronge certains, dont d'autres s’accommodent et qui fait penser Roberto Juarroz.
 
Esa imperfección que corroe a algunos, con la cual otros se arreglan y que hace pensar a Roberto Juarroz.
 
 
 

                                                  

 
 
L’imparfait

Roberto Juarroz
 
 

Comment aimer l'imparfait
si l'on écoute au travers des choses
combien le parfait nous appelle?

Comment parvenir à suivre
dans la chute ou l'échec des choses
la trace de ce qui ne tombe ni n'échoue?

Peut-être nous faudrait-il apprendre que l'imparfait
est une autre forme de la perfection:
la forme que la perfection assume
pour pouvoir être aimée

 

(Trad: Colette)

 

Lo imperfecto

Roberto Juarroz 

 

¿Cómo amar lo imperfecto,
Si escuchamos a través de las cosas
Cómo nos llama lo perfecto?

¿Cómo alcanzar a seguir
En la caída o el fracaso de las cosas
La huella de lo que no cae ni fracasa?

Quizá debamos aprender que lo imperfecto
Es otra forma de la perfección:
La forma que la perfección asume

Para poder ser amada

Commentaires

  • En lisant ce poème, je me suis demandée si la recherche de la perfection était une mission spécifiquement occidentale,
    Est-ce que les biographies des saints, le parcours de vie de Jésus, la liste des pêchés à éviter nous auraient conditionnés à entendre" combien les parfait nous appelle" ?
    Comme si l'imperfection avait quelque chose d'impie.
    L'imperfection est à l'opposé du langage de la publicité et du marketing.
    En poussant la logique de la perfection jusqu'au bout, on finit par nous offrir des fruits parfaitement calibrés et suggérer que nous devrions tout faire pour atteindre une perfection physique digne des couvertures de magazines.

    Pour contrebalancer cette frénésie, le Wabi Sabi est effectivement un concept séduisant..
    Il serait intéressant de savoir, quelle est sa place dans la culture japonaise, qui, vu de l'extérieur, semble si attachée à une perfection formelle.

  • "L'imperfection fait partie de la perfection de la création à laquelle elle donne le mouvement". H. Jenni

  • J'ignore Calendula si la recherche de la perfection est plus occidentale qu'orientale. Ce qui peut varier selon les siècles, les cultures, est l'idée qu'on s'en fait sûrement.
    je crois que la relexion de Juarroz est celle-ci: comment se consoler de ce qui n'est pas parfait et vers lequel nous tendons tous?
    Et sa solution: "l'imparfait est une autre forme de la perfection: la forme que la perfection assume pour pouvoir être aimée."
    Ah oui, se faire aimer quoique imparfaits. Même votre pomme laide à voir mais si savoureuse!

    Señor Jenni, merci, cette idée de mouvement, je vais y réfléchir, elle est fort intéressante.

    Merci et bonne journée!

  • La notion de perfection appartient au vocabulaire religieux et ne devrait pas avoir cours dans notre monde. On peut essayer de s'améliorer, en aucun d'atteindre la perfection.
    Il est vrai qu'il existe encore, d'après le témoignage de ma fille, des profs assez stupides ou ignorants pour refuser la note 6 (20 en France) à un travail d'élève ou d'étudiant sous prétexte que la perfection n'existe pas. Ils sont doublement ignorants: d'une part il est absurde de se référer à ce qui n'existe pas pour juger de quelque ch0se, d'autre part, selon le règlement de nos écoles, la note 6 récompense un travail jugé "excellent" ou à l'appréciation *très bien*. Il n'est nulle part fait allusion à la perfection.
    Cet exemple, qui peut paraître trivial, met cependant en lumière le tort que peut causer éa référence à cette notion, qui rabaisse souvent celui qui l'utilise plutôt que d'élever celui à qui elle est appliquée.

  • @Colette,

    La solution: "l'imparfait est une autre forme de la perfection: la forme que la perfection assume pour pouvoir être aimée." a tout l'air du serpent qui se mord la queue !
    Mais votre réponse me convainc : on peut reconcilier les deux opposés.

    La solution de Juarroz implique que la perfection serait plus difficile à aimer que l'imperfection. Nous sentant imparfaits, nous nous identifions avec ce qui nous est plus proche et familier.

    En cela, le choix du tableau de Picasso est … parfait !
    Cette figure féminine est toute asymétrique et pourtant, elle a quelque chose d'harmonieux. Le profil se fond dans le visage vu de face
    Et ce tableau illustre bien le fait que nous avons plusieurs facettes.
    A cause des couleurs, il y aurait presque quelque chose du yin et du yang.

    Si vous aviez affiché un portrait de beauté classique, le résultat aurait été tout autre :-))

  • "Señor Jenni, merci, cette idée de mouvement, je vais y réfléchir, elle est fort intéressante."

    Un indice :
    Celui qui dit aimer la perfection appelle la mort.

  • @ Pierre Jenni, en effet la perfection est statique, l'imperfection (ou tendre vers l'excellence qui me semble plus accessible aux humains) implique le mouvement.
    Je n'avais pas eu le temps de vous répondre, mais merci pour la piste!

    J'ai repensé aussi au tableau de Picasso. L'artiste, quand il a décidé de ne plus toucher à son tableau, l'a-t-il considéré parfait ou a-t-il plutôt pensé que c'est le mieux qu'il puisse faire et s'en est satisfait?

    Toujours, quand je fais des traduction, je travaille et retravaille le poème pendant des jours. Puis arrive un moment où je me dis que je ne peux pas faire mieux. Ce qui ne veut bien sûr pas dire qu'il n'y a rien à redire ni à améliorer!
    Limites humaines, individuelles...

    Bon week-end à tous.

  • Je ne vois pas ça comme une limite. Car avant de définir la limite il faudrait être capable de définir l'ensemble. Nous n'avons aucune idée de la taille de l'univers qui est en constante expansion qui elle même est en accélération.
    Aucun artiste ne peut être valablement satisfait de sa production pour le simple fait que c'est une tentative de témoigner de l'apparente impossibilité d'atteindre une perfection forcément relative. Picasso et les autres sont pour moi des cris du coeur. Je suis touché par ces oeuvres justement parce qu'elles nous démontrent la beauté d'un processus en mouvement vers une destination inconnue.
    Dès qu'intervient la notion de faire mieux, de dire autrement, d'améliorer, d'autres processus sont à l'oeuvre qui impliquent le besoin de tout individu de donner du sens à sa vie.
    Nous sommes génétiquement programmés pour la survie et notre cerveau est au service de notre personnalité pour trouver la meilleure stratégie.
    J'ai choisi l'option de la spontanéité qui me semble le reflet le plus honnête d'une position donnée à un temps fixé. Susceptible de changer au fil des expériences.
    Nous sommes bien loin d'une perfection avec l'aveu raisonnable du manque d'informations disponibles et du caractère absolument relatif de toute conception et surtout de toute échelle de valeur.
    Alors oui, je dirais que tout est juste, ou du moins justifié. Et donc parfait pour le moment donné. C'est exactement ce dont nous avions besoin pour continuer à marcher sur le chemin vers une perfection heureusement hors d'atteinte.

  • "Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes" Anaïs Nin (citation reprise dans le premier épisode de la seconde saison du "Quartier des banques").

  • Nul n’est parfait, mais je n’aime pas l’imperfection qui fait bien plus partie de la vìe que la perfection une bien rare denrée,

    L’herbe est vraiment plus verte ailleurs Colette?

  • Une façon d'envisager la perfection, c'est de considérer que la chose ou la personne a été amenée à son point d'achèvement. Une chose parfaite est une chose terminée, qui ne peut plus être améliorée.
    En plus de l'idée d'excellence, la perfection est liée à la notion de fin.
    Si on vérifie l'étymologie, le mot vient du latin "perfectio" qui signifie " complet achèvement".
    On voit bien le rapport avec le verbe "parfaire".

    Qui est en mesure de juger si un objet ou une œuvre est parfaite ? Qui a l'autorité ou la capacité nécessaire pour trancher ?
    L'artiste, le cuisiner, la traductrice, la couturière, l'artisan, la musicienne elle-même ? Ou alors le public, le client, le responsable -qualité ?
    On voit bien qu'il y a une difficulté à définir, quel serait le point ultime de toute création ou tâche accomplie.
    On peut aboutir à un perfectionnisme maniaque et à une exigence déraisonnable. Et ne jamais terminer une tâche, tout en se torturant inutilement.
    N'y a-t-il pas, à chaque fois, le sous-entendu que rien n'est parfait dans l'œuvre des hommes et qu'il faut apprendre à vivre avec ça ?
    Le plus désagréable étant la situation dans laquelle on exige la perfection chez l'autre, tout en étant soi-même tout à fait en-dessous.
    Un peu comme des membres d'un jury de concours de beauté plus ou moins officiel ou auto-adoubé ...

    Quand j'écris que le tableau de Picasso est parfait pour illustrer l'imperfection aimable, je me permets de juger. Il faudrait bien sûr, à chaque fois, introduire ce genre d'opinion avec " de mon point de vue", " je pense que" etc.

    En pensant à cette difficulté de fixer le point d'arrivée d'un parcours d'excellence, je rejoins Pierre Jenni pour dire qu'on ne peut que tendre vers la perfection,
    On pourrait peut-être poser ceci : les choses de la nature sont parfaites, mais même elles sont en constante évolution.

  • "En lisant ce poème, je me suis demandée si la recherche de la perfection était une mission spécifiquement occidentale,"

    Calendula, pouvez-vous précisrer ce que vous entendez par "une mission spécifiquement occidentale," Merci!

  • Bonjour Patoucha,

    Cette question était celle d'une ignorante !
    Je ne connais pas bien les autres cultures.

    Dans la culture occidentale, il y a toute l'hagiographie, les vies exemplaires des saintes et des saints. Désormais, nous n'essayons plus de ressembler à des figures spirituelles, c'est le moins que l'on puisse dire ! Mais il pourrait subsister l'idée qu'il est important de tendre vers une excellence et une exemplarité dans la réussite, cette fois-ci matérielle ou sociale .
    Avec une bonne gestion de son image sur les réseaux sociaux ! ;-)))

    Si vous consultez un dictionnaire français pour le mot "perfection"vous tombez inévitablement sur une dimension religieuse.
    P.ex. Wikipedia:
    "La perfection attribuée à Dieu a été utilisée pour démontrer comme un argument de son existence, l'argument ontologique.
    La perfection désigne aussi l'état d'accomplissement moral et spirituel auquel l'être humain serait destiné : un état de liberté totale et de félicité absolue auquel l'homme ne pourrait accéder que par un travail constant sur sa pensée, ses paroles et ses comportements2. Dans la voie des Bodhisattva (bouddhisme), il existe 10 pāramitā, perfections, ou vertus dans lesquelles s'exercer... "

    A la fin de cet article, il y a une évocation du bouddhisme et je constate que je ne connais rien des pāramitā,
    Je devrais donc aller chercher ce que c'est, tout en sachant que le savoir livresque ne couvre pas la totalité du savoir. Imperfection ! Je vais devoir me résigner à ce manque, car il serait impossible d'acquérir la connaissance complète, même en y consacrant une année entière de ma vie.
    En occident, on est censé toujours faire de son mieux et essayer d'atteindre la perfection dans tout ce que l'on entreprend dans la vie de tous les jours, comme dans notre métier.
    En tout cas dans mon éducation, le sur-moi a été bien présent !
    De votre côté, vous semblez préférer la perfection à l'imperfection, si je vous lis bien dans votre premier commentaire.

    Il est évident que les cultures de l'Extrême-Orient connaissent la recherche de la perfection, mais je me demandais au fond si cela concerne autant la vie concrète qu'en occident. L'occident a réussi à dominer le monde pendant des siècles grâce au perfectionnement technique, il doit y avoir quelque chose de spécifique ici.

    Auriez-vous des pistes pour éclairer ma lanterne ?

  • Je découvre ce poète avec "Aujourd'hui, je n'ai rien fait". Sur le net en ai trouvé quelques autres que j'aime beaucoup. Et j'arrive ici, chère Colo, en constant que tu m'as devancée dans la lecture des "Poésies verticales". Que de paroles empreintes d'humanité, de réflexion, de clairvoyance intime. Une source de bonheur lorsque l'on s'y arrête. J'espère que tu vas bien en cette période troublée. Bise.

  • Bonjour Lily, surprise de te trouver sur ce blog-ci!
    Il y a longtemps que je traduis et/ou publie des poèmes de R. Juarroz, sa Poésie Verticale est magnifique de profondeur, invite en effet à la réflexion.
    Oui, je vais bien, j'espère que toi aussi. Un beso.

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