Le secret du rouge-gorge / El secreto del petirrojo

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Et si, pour nous extraire du bruit du monde, on écoutait chanter le rouge-gorge?

Différentes latitudes, différents climats. Ici les rouges-gorges ne gèlent ni ne marchent dans la neige.

Jamais non plus je n'en ai entendu chanter la nuit, mais des audios et l'auteure de ce petit poème l'assurent. Je les crois.

 

Nous avons croisé Anne Le Maître en janvier ici.

La revoici, admirant la vaillance de l'oiseau. Poésie claire, mots choisis.

 

Reçu d'un rouge-gorge

 

J’ai ouvert la fenêtre

sur le chant de l’oiseau

le givre est entré

la nuit était pâle

 

le chant m’a dit

attarde-toi

entends celui qui veille

 

nul ne peut dire 

le secret

de l’oiseau.

 

 

La leçon du rouge-gorge

c’est ce chant obstiné

dans la nuit

sertie de givre bleu

 

Avec le brouillard monté de la rivière

et les petits animaux

endormis dans les trous.

 

 

31 décembre

j’ai la peau bleue de froid

pieds nus

à la fenêtre

 

la vaillance

cette nuit

a la gorge vermeille

 

je reçois de l’oiseau

la dernière leçon

                            de l’année.

 


  Et ma traduction à l'espagnol.

Recibido de un petirrojo

 

 

Abrí la ventana

al canto del pájaro

la escarcha entró

la noche era pálida

 

el canto me dijo

demórate

escucha al que vela

 

nadie puede decir

el secreto

del pájaro.

 

La lección del petirrojo

es este canto obstinado

en la noche

engarzada de hielo azul

 

Con la niebla que sube del río

y los pequeños animales

dormidos en los agujeros.

 

31 de diciembre

tengo la piel azul de frio

descalza

en la ventana

 

la valentía

esta noche

tiene la garganta roja

 

recibo del pájaro

la última lección

del año.

 

(Trad: Colette) 

 

 

Commentaires

  • Hola Colette,
    Dans un de vos derniers billets, consacré à Elvira Sastre, vous évoquiez la volonté affichée de certains poètes actuels de simplifier l’expression, d’abandonner la symbolique hermétique, les formes trop alambiquées, les métaphores volontairement absconses, en bref de revenir à un texte qui soit compréhensible en première lecture …
    Avec la poésie d’Anne Le Maître, du moins ce que l’on peut juger par ce que vous nous en donnez à lire, on y est de plein pied. Ce poème sur le chant de l’oiseau, au passage de l’an nouveau, improbable, inattendu, qui la force pour mieux l’écouter à affronter le froid de l’hiver et penser au sort des  «  minimes » moins bien lotis qu’elle…Anthropomorphisme peut-être, mais belle réussite vraiment. La simplicité du poème n’est qu’apparente, comme l’est la facilité de l’aquarelliste qui se joue de la lumière et de la transparence, l’art de l’instant, du fugace. Elle évite adroitement de créer une musique sans couleurs, pauvre en émotion, froide, la forme trop simplifiée devenue simplette.
    Douée votre poétesse amie, j’aime bien son style, elle est une  aquarelliste des mots, une coloriste du verbe.
    Comme il est dimanche et que je serai absent quelques temps, on va broder un peu et se faire plaisir, vous avez l’habitude…Sur le chant des zoziaux, moult poèmes dans moult anthologies… Quand même difficile de faire l’impasse sur les envolées hugoliennes sorties des « Contemplations », un contre-exemple en quelque sorte. Un extrait de « En écoutant les oiseaux » :
    "Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle, 
    Oiseaux, je vous entends, je vous connais. Sachez 
    Que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés, 
    De votre mélodie et de votre langage. 
    Celle que j'aime est loin et pense à moi ; je gage, 
    O rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux, 
    Donne un frémissement à l'astre dans les cieux, 
    Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme. "
     
    Totor, véritable machine à rimes est évidemment à mille lieues du style de votre amie Anne, mais « le chant de son âme », c’est drôlement bien trouvé, hein ?.
    Les trilles de la gent ailée inspirent déjà les poètes de l’Antiquité (Catulle chez les latins et l’oisillon mort de Lesbia, très moderne). Sans remonter si loin, j’aime bien Charles d’Orléans avec «Le  beau soleil le jour Saint Valentin », bientôt de circonstance. Le chant des volatiles le rend triste, car il lui rappelle la perte de son ami. Une strophe juste pour le plaisir du vieux français et entendre les oiseaux parler latin :
    Ce jour aussi, pour partir leur butin
    Les biens d'Amours, faisoient assemblee
    Tous les oyseaulx qui, parlans leur latin,
    Crioyent fort, demandans la livree
    Que Nature leur avoit ordonnee
    C'estoit d'un pair comme chascun choisy.
    Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
    Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.
    Enfin et surtout Marie De France, une femme voilà qui va vous combler, poétesse de l’amour courtois du XIIème siècle, dont on ne sait rien de la vie, et qui a été redécouverte au XIXe, encore que La Fontaine bien avant se soit inspiré de ses fables, elles-mêmes inspirées d’Esope. Qui lui-même les avaient entendues… En littérature, on ne fait décidément que resservir les mêmes plats, seules les sauces diffèrent.
    Le lai du rossignol (« Une aventure vous dirai… ») dans une  traduction en français (relativement) moderne, l’original mi-breton mi-langue d’oïl n’étant plus guère compréhensible (à moins d’être un latiniste bretonnant !)
    https://fr.wikisource.org/wiki/Po%C3%A9sies_de_Marie_de_France_(Roquefort)/Lai_du_Laustic       
    Toujours la même histoire, le trio infernal et ce pauvre rossignol qui en fait les frais, mais si joliment dite en octosyllabes (l’original après la « traduction »).
    Un peu long le commentaire, il fera pour deux-trois fois, suis donc pardonné…
    Buenas semanas

  • @Gislebert, un tout grand merci. je ferai parvenir vos mots à Anna Le Maître, ça lui fera plaisir.

    Vous nous quittez pour quelques semaine? Vous allez nous manquer.
    Bonnes semaines à vous aussi.

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