Impossible de les oublier / Imposible olvidarlos

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Je suis un poète (j’ai eu beaucoup de mal à l’admettre) né et élevé dans le Tiers et le Quart Monde, ce qui m’impose le devoir incontournable de prendre conscience de cette circonstance sociale et humaine et de la considérer comme le point d’aller-retour en termes d’un art engagé, d’une qualité esthétique absolument liée aux secrets les plus secrets du peuple de ma patrie, Honduras.”
 
Né en 1930 au Honduras, Roberto Sosa est considéré un des plus grands poètes d’Amérique Centrale. En 1990 la France lui a décerné le titre de “Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres”.
 
Soy un poeta (trabajo me ha costado admitirlo) nacido y criado en el Tercer y Cuarto Mundo, lo que impone el deber ineludible de tomar consciencia de esa circunstancia social y humana y considerarla punto de ida y vuelta en términos de un arte comprometido con la calidad estética y atada indisolublemente a los secretos más secretos del pueblo de mi patria, Honduras”.
 
Nacido en 1930 en Honduras, Roberto Sosa es considerado como uno de los mayores poetas de Centro América. En 1990 Francia le otorgó el título de "Caballero de las Artes y de las Letras”.
 
Voici un de ses poèmes les plus connus:
 
 

Roberto Sosa – Les pauvres (1969)

Les pauvres sont nombreux
et c’est pourquoi
il est impossible de les oublier.

Ils voient
certainement
à l'aube
de multiples édifices
dans lesquels
ils aimeraient vivre avec leurs enfants.

Ils peuvent
porter sur leurs épaules
le cercueil d’une étoile.
Ils peuvent
détruire l’air tels des oiseaux furieux,
voiler le soleil.

Mais ignorant leurs trésors
ils entrent et sortent par des miroirs de sang ;
ils marchent et meurent lentement.

Voilà pourquoi
il est impossible de les oublier.
 
 PS: Sur l'excellent site Esprits Nomades, vous trouverez " La dignité des hommes et les larmes des choses" une longue biographie et plusieurs poèmes de Roberto Sosa.
 
 
 

La catedral de los pobres, 1898

La cathédrale des pauvres, 1898
Joaquim Mir i Trinxet
 
Los pobres
Los pobres son muchos
y por eso
es imposible olvidarlos.

Seguramente
ven
en los amaneceres
múltiples edificios
donde ellos
quisieran habitar con sus hijos.

Pueden
llevar en hombros
el féretro de una estrella.
Pueden
destruir el aire como aves furiosas,
nublar el sol.

Pero desconociendo sus tesoros
entran y salen por espejos de sangre;
caminan y mueren despacio.

Por eso
es imposible olvidarlos.
 
 

 

 

Commentaires

  • Hola Colette,

    Difficile de trouver parmi les poètes français l’équivalent de votre hondurien, qui ait autant d’empathie pour les pauvres, peut-être parce qu’il en est issu. La plupart persiflent, se moquent, font dans le deuxième degré quand ce n’est pas dans le 36ème dessous... Voir Rimbaud dans les Pauvres à l’Église. Bien sûr, il y a Hugo et ses envolées fraternelles de radin patenté, Baudelaire et son regard compatissant avec le Jouet du Pauvre.

    Ici à Paris, les vrais pauvres, ceux qui ne gueulent pas en ligue ou en procession pour leur pouvoir d’achat, on les côtoie plus qu’ailleurs, clodos et mendigots urbains, sdf devenus transparents pour la plupart des passants qui les évitent ou ne les remarquent même plus… Un exemple de cette ironie narquoise, Bernard Dimey :


    Les pauvres sont charmants, pour peu qu’on les approche.
    La plupart sont polis, j’en ai vu de tout près.
    Bien sûr, j’avais un peu de monnaie dans ma poche
    Mais ils n’en savaient rien, je n’ai donné qu’après.
    Les pauvres sont curieux, le travail les attire,
    Y compris les métiers fort sales et rebutants.
    Je crois qu’ils ont raison, l’oisiveté c’est pire !
    Ils se plaignent, c’est vrai, mais ils sont très contents.
     
    Au fond, la pauvreté c’est un genr’ qu’ils se donnent.
    La preuve : j’en ai vu sourire à pleines dents !
    Pour nommer leur épouse, ils disent la patronne
    Pour tout dire en un mot, les pauvres sont tordants.
    La plupart sont très laids, à force d’être sales,
    Que leurs têtes ressemblent aux têtes d’ouvriers
    Qui, ceux-là, sont affreux, n’aimant que le scandale,
    Prêts à n’importe quoi pour être mieux payés.
     
    Mon Dieu, ceux-là, bien sûr, sont de fort mauvais pauvres,
    Ils sont mal éduqués, ils se battent entre eux,
    Lorsque j’en aperçois, je prends peur, je me sauve.
    Qu’ils soient dans la misère, ces monstres-là, tant mieux !
     
    Mes pauvres à moi sont doux, sont souriants, sont timides.
    Ils se vantent bien haut d’aimer Notre Seigneur.
    Certes, beaucoup d’entre eux sont à moitié stupides,
    Mais ils n’y sont pour rien ! C’est presque mieux d’ailleurs.
    Leurs enfants, quelquefois, ont de beaux yeux si tendres
    Qu’on peut émerveiller avec n’importe quoi.
    J’ai souvent regretté qu’ils ne soient pas à vendre,
    J’en aurais acheté pour les mettre chez moi.

    Buena semana. Con el sol dentro del corazon.

  • @Gislebert
    "Difficile de trouver parmi les poètes français l'équivalent de votre Hondurien, qui ait autant d'empathie pour les pauvres". Ah, là alors! Pas d'accord, lisez ne fût-ce que Rimbaud et Zola, à tout hasard et pour commencer!
    Cordialement, Jacques Louis Davier

  • Ben oui, j'ai déjà commencé il y a quelque temps... A propos de Rimbaud, relisez les "Pauvres à l'église", difficile d'y trouver compassion et empathie... Quant à Zola, si vous le classez au rang des poètes, évidemment...Bien à vous.

  • @Gislebert, bonjour!

    Le poème que vous avez mis est si terrible, choquant, que je suis allée voir qui était Bernard Dimey. Je lis qu'il était ami, entre autres, de Léo Ferré, ce qui me fait penser que ce poème serait plutôt une parodie...

    En lisant la poésie centre et sud-américaine je pense souvent à Aznavour et "il me semble que la misère serait moins pénible au soleil", et j'ai tant de doutes sur sa véracité!

    Je vous souhaite une bonne semaine, soleil au coeur.

  • Hola Colette,

    Un supplément de jour ouvrable, histoire de redorer le blason de mon inculture dénoncée par M’sieur Davier, un poème d’Alain Serres, tout frais d’amour et d’empathie pour les mal-lotis, d’actualité en plus et pas parodique pour un rond :

    Qui aura assez d'argent
    pour m'offrir un poème vrai
    contre la misère ?
    Un poème qui fonctionne
    dans la réalité des cités.
    Même à midi, même à Noël.
    Un poème à retourner
    dans le sourire du poète
    si l'on n'est pas satisfait.
    Un poème droit, définitif
    que les lois devraient respecter.
    Avec un banc bleu au milieu
    de frais repeint
    jamais brisé.
    On y parlerait ensemble
    de ce qu'on ne connaît pas de l'autre,
    de soi.
    Presque princes
    jamais rois.

  • @ Gislebert, vous êtes en découvreur hors pair!
    Comme quoi on est toujours l'inculte de quelqu'un, je connaissais le nom d'Alain Serres pour la littérature pour enfants, c'est tout.
    Merci, bonne journée.

  • @Gislebert
    Bonjour! Loin de moi l'idée de vous considérer comme un inculte. Je suis vraiment désolé que mon commentaire ait pu vous laisser croire cela. Merci beaucoup pour le poème d'Alain Serres! Je ne le connaissais pas.
    Et salutations à vous, Colette, merci pour votre blog poétique!
    Bien cordialement, Jacques Louis Davier

  • @ Jacques Louis, merci de me dire que vous aimez la poésie, j'espère que vous jetterez un coup d’œil de temps en temps par ici.
    Bonne soirée.

  • Oui, bien sûr, je n'y manquerai pas.
    Bonne soirée.

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