Et on est encore debout. (12/06/2021)

 

                     Foto: https://www.editionspoints.com/actualite/souleymane-diama...

 

 

Souleymane Diamanka, le nom vous dit quelque chose ? Né à Bordeaux,

d’origine Peule, les mots sont son monde, son jeu, son rythme.

Vous saurez tout sur lui en lisant un vraiment très bel article sur le site 

d’“Étonnants voyageurs”

Alors, dans ce recueil reçu il y a peu d'une amie de Bordeaux, et intitulé :

 

Habitant de nulle part

Originaire de partout

 

j’ai choisi un texte. Le voici. Vous pouvez l’écouter en lisant, ou seulement écouter cette belle voix grave, le rythme des mots en français puis en peul. À votre guise.

 

 

 


https://www.youtube.com/watch?v=XuF7bHzc9wI

 

 

 

Les poètes se cachent pour écrire.

(Habitant de nulle part, originaire de partout, Collection points, pages 21,22.)

 

Les mots sont les vêtements de l’émotion

Et même si nos stylos habillent nos phrases

Peuvent-ils vraiment sauver nos frères du naufrage

 

Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige et on est encore debout

 

Les poètes se cachent pour écrire

Chacun purge sa pénombre

Dans la solitude silencieuse que certains pourraient craindre

On somme les mots de s’additionner comme des nombres

La poésie opère comme une lumière mangeuse d’ombre

J’aime cet état mais le temps qu’on passe à l’attendre n’est pas si tendre

Parfois il faut presque s’éteindre pour l’atteindre

Versificateur notoire chaque rime est une cascade

Dans les lieux oratoires l’auditoire n’aime pas les phrases fades

 

Dans ma vie j’ai écrit plus de textes

Que ne reflète d’étoiles le grand lac Tchad

J’ai cherché la vérité dans les lignes de chaque énigme

De chaque conte de chaque charade

J’ai interrogé les bons médiums pour chasser les mauvais djinns

Et j’ai répondu Aminii* quand ma mère ma dit Mbaalen be jam*

 

J’ai couru après les horizons sur chaque page

Avec l’énergie des anciens possédés par le jazz

Pour ne pas à avoir à jouer à cache-cache avec le Diable

 

Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon ami regarde-nous

Toi et moi c’est l’écriture qui nous lie

C’est dans la solitude qu’on apprend la convivialité

Et tant pis pour celui qui le nie

Le feu passe au vers et l’oralité passe par nous

Le verbe est une clé indispensable

Dehors on nous demande des mots de passe partout

 

Les poètes se cachent pour écrire

Ce n’est pas une légende mon frère regarde-nous

On a traversé des rivières de boue à la nage

On a dormi à jeun dans la neige

Et on est encore debout.

 

  *Amiini= Amen

* Mbaalen be jam= Dormons en paix ou Bonne nuit

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On a envie d’applaudir à la fin, vous ne trouvez pas ?

12:11 | Tags : français et peul, les poètes se cachent pour mourir, poèsie, souleymane diamanka | Lien permanent | Commentaires (0)