Mon unique patrie, la mer, Mi única patria, la mar (22/05/2021)

 

Le grand poète du premier romantisme en Espagne est, sans l’ombre d’un doute, José de Espronceda.

Né en 1808 en Estrémadure, son idée de liberté a toujours été en contradiction avec la politique espagnole. D’où de nombreux exils dont un à Londres et sa poésie a été influencée par Lord Byron.

 

Je vous propose le poème “La chanson du pirate”, un poème long mais qui, comme toutes les chansons, a un refrain et que tous les écoliers d’antan connaissaient par cœur, du moins en partie.

 

La Chanson du Pirate” est la plus célèbre. À la fin du poème, on retrouve l’exaltation du héros romantique, de ce pirate qui veut seulement vivre librement, sans se soumettre. Le pirate représente le héros individuel, un personnage que nous pouvons retrouver dans la tradition romantique européenne. Étant donné qu’il n’aime pas les valeurs du monde, il s’élance en mer, vers la liberté la plus absolue qui soit.

 

Ses héros (…) représentent des symboles de la rébellion individuelle face à une bourgeoisie qui manque de sensibilité.   (source : https://nospensees.fr/jose-de-espronceda-poete-romantique/)



 

 

 

 

La chanson du pirate     José de Espronceda

Avec dix canons de chaque côté

vent en poupe, à toute voile,

ne coupe pas la mer, mais vole

un voilier brigantin.

 

Le bateau pirate, nommé

pour sa bravoure « Le Redouté »,

connu sur toute mer

de l'un à l'autre confins.

 

Sur la mer la lune brille

dans la voile gémit le vent,

et soulève d'un doux mouvement

des vagues bleues et argentées;

 

Et voilà le capitaine pirate,

Joyeux et chantant sur la poupe,

l’Asie d’un côté, l'Europe de l'autre,

et là-bas, devant, Istanbul.

 

Navigue, mon voilier

sans crainte, ni navire ennemi

ni orage, ni calme

ne détourneront ton cap

ni ne soumettront ton courage

 

Vingt prises avons-nous faites

en dépit de l’anglais

et ont baissé leurs bannières

cent nations à mes pieds.

 

 Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

 

Au loin ; menez de féroces guerres

rois aveugles,

pour un empan de terre.

Ici j'ai à moi

tout ce que contient la mer sauvage,

à qui personne n’imposa de lois.

 

Et il n’y a plage

où que ce soit

ni drapeau,

qui ne s’incline devant mon droit

et mon courage.



 Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.



Au cri « Navire en vue ! »

il faut voir comme il vire et se prépare

à échapper à toute voile;

je suis le roi de la mer

et ma furie est à craindre.

 

Mon butin

équitablement

je le partage

je ne désire pour seule richesse

que la beauté

sans rival.

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer. 

 

Je suis condamné à mort !

Oh je ris

et si la chance me sourit

celui qui me condamne

pendu sera à une poutre

à bord de son propre bateau.

 

Et si je meurs

Qu'est-ce la vie ?

Je l’avais déjà donnée

pour perdue

quand du joug de l'esclave

 comme un brave,

je me suis débarrassé.

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

 

Ma musique préférée

sont les aquilons,

le fracas et le tremblement

des câbles secoués

les mugissements de la mer noire

et les rugissement de mes canons.

 

Et au violent son du tonnerre

et du vent hurlant

je m'endors apaisé,

par la mer bercé

 

Car mon bateau est mon trésor,

mon Dieu, c’est la liberté ;

ma loi, la force et le vent ;

mon unique patrie, la mer.

Traduction: Colette

 

 

 

La Canción del Pirata

Con diez cañones por banda,

viento en popa, a toda vela,

no corta el mar, sino vuela

un velero bergantín.

 

Bajel pirata que llaman,

por su bravura, El Temido,

en todo mar conocido

del uno al otro confín.

 

La luna en el mar riela

en la lona gime el viento,

y alza en blando movimiento

olas de plata y azul;

 

y va el capitán pirata,

cantando alegre en la popa,

Asia a un lado, al otro Europa,

y allá a su frente Istambul,

 

Navega, velero mío

sin temor, que ni enemigo navío

ni tormenta, ni bonanza

tu rumbo a torcer alcanza,

ni a sujetar tu valor.

 

Veinte presas hemos hecho

A despecho del inglés

y han rendido sus pendones

cien naciones a mis pies.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

Allá; muevan feroz guerra

ciegos reyes

por un palmo más de tierra;

que yo aquí; tengo por mío

cuanto abarca el mar bravío,

a quien nadie impuso leyes.

 

Y no hay playa,

sea cualquiera,

ni bandera de esplendor,

que no sienta mi derecho

y dé pechos mi valor.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

A la voz de "¡barco viene!"

es de ver cómo vira y se previene

a todo trapo a escapar;

que yo soy el rey del mar,

y mi furia es de temer.

 

En las presas yo divido

lo cogido por igual;

sólo quiero

por riqueza

la belleza

sin rival.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

¡Sentenciado estoy a muerte!

Yo me río

no me abandone la suerte,

y al mismo que me condena,

colgaré de alguna antena,

quizá; en su propio navío.

 

Y si caigo,

¿qué es la vida?

Por perdida

ya la di,

cuando el yugo del esclavo,

como un bravo,

sacudí.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

 

Son mi música mejor

aquilones,

el estrépito y temblor

de los cables sacudidos,

del negro mar los bramidos

y el rugir de mis cañones.

 

Y del trueno al son violento,

y del viento al rebramar,

yo me duermo sosegado,

arrullado por el mar.

 

Que es mi barco mi tesoro,

que es mi dios la libertad,

mi ley, la fuerza y el viento,

mi única patria, la mar.

JOSE DE ESPRONCEDA

 

 

 

 

 

 

 

 

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