Au sujet des plantes de tomates / Regarding the tomato plants (17/10/2020)

 Vu le peu de traductions en français des poèmes de Louise Glück, une amie blogueuse et moi avons eu l’idée d’en traduire un . Celui que nous avons choisi parle de la Terre, de Gaia, et commence par la difficulté, que nous connaissons bien toutes les deux, de cultiver de belles tomates chaque année. Après moultes échanges, nous avons pensé que le YOU du poème est sans doute Gaia elle-même.

Vous pouvez bien sûr intervenir pour donner votre avis….

 

Vêpres

Louise Glück - 1943-

 

Durant ton absence prolongée, tu me permets

l'usage de la terre, anticipant

un retour sur investissement. Je dois signaler

que j’ai failli à ma mission, principalement

au sujet des plantes de tomates.

Je crois qu’il ne faudrait pas m'encourager à cultiver

des tomates. Sinon il te faudrait retenir

les fortes pluies, les nuits froides qui arrivent

si souvent ici, tandis que d'autres régions ont

douze semaines d'été. Tout ceci

t'appartient: d'autre part,

c’est moi qui ai planté les semences, surveillé les premières pousses

comme des ailes déchirant le sol, et ce fut mon cœur

meurtri par la rouille, les taches noires qui si vite

se multiplient dans les rangées. Je doute

que tu aies un cœur, dans notre conception

du mot. Toi qui ne fais pas la différence

entre le mort et le vivant, toi qui es ainsi

immunisé aux signes avant-coureurs, tu peux ne pas savoir

quelle est la terreur que nous supportons, la feuille mouchetée,

les feuilles rouges de l'érable qui tombent

même en août, dans l'obscurité hâtive : je suis responsable

de ces vignes.

(Trad:Amie, Colette) 

 

                                                     Pekka Halonen 1913 Tomaatteja

 

 

Vespers  (1992)


Louise Glück - 1943-

In your extended absence, you permit me
use of earth, anticipating
some return on investment. I must report
failure in my assignment, principally
regarding the tomato plants.
I think I should not be encouraged to grow
tomatoes. Or, if I am, you should withhold
the heavy rains, the cold nights that come
so often here, while other regions get
twelve weeks of summer. All this
belongs to you: on the other hand,
I planted the seeds, I watched the first shoots
like wings tearing the soil, and it was my heart
broken by the blight, the black spot so quickly
multiplying in the rows. I doubt
you have a heart, in our understanding of
that term. You who do not discriminate
between the dead and the living, who are, in consequence,
immune to foreshadowing, you may not know
how much terror we bear, the spotted leaf,
the red leaves of the maple falling
even in August, in early darkness: I am responsible
for these vines.
 

From The Wild Iris, published by The Ecco Press, 1992. Copyright © 1992 by Louise Glück. All Rights reserved. Used with permission.

16:34 | Tags : amérique, anglais, louise glück, poème, traduction, vêpres | Lien permanent | Commentaires (28)