Par pure fantaisie / Por ultra fantasía (09/05/2020)

Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
 
 
Que dirait-on? Alfonsina Storni
 
Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
Si un beau jour, par pure fantaisie,
Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
Ou si je disais mes vers en parcourant les places
Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
 
Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
 
En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
 
Traduction Monique-Marie Ihry
Éditions Cap de l’Etang
Le doux mal
p 160-161
 
 
Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

 
 

¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

 
 
¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
Usara peplo griego, cambiara la peineta
Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
Cantara por las calles al compás de violines,
O dijera mis versos recorriendo las plazas,
Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
¿Campanas tocarían para llamar a misa?

En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
 
 
 
 

 

15:46 | Tags : argentina, edition cap de l'etang, le doux mal, monique-marie ihry, poésie, qu'en dirait-on | Lien permanent | Commentaires (9)