Lo nuestro es pasar (Notre destin est de passer) A. Machado, fin (03/08/2019)

Entre la dictature de Primo de Rivera et celle de F. Franco, les huit ans de République furent une époque faste (pour certains!) mais bien courte, bien trop courte pour A. Machado.
Si, dès l’arrivée du nouveau dictateur, il met sa plume et son énergie au service de la République, il connaît une des plus grandes souffrance de sa vie: son frère Manuel qu’il aime tant et avec lequel il a écrit, voyagé, prend le parti des nationalistes. Rupture définitive entre les deux frères.
 
Cette guerre civile dura trois ans de ‘36 à ‘39 et les poèmes écrits par Machado à cette époque ont, vous l’imaginez bien, perdu cette symbiose avec la nature. On y parle de mort, de morts.
 

 

https://www.slideshare.net/100005043120186/el-crimen-fue-en-granada-81190512  Machado Y Lorca
 
 
 
Voici le premier, sur l’exécution de F.Garcia Lorca:

Il y a eu crime dans Grenade

A Federico Garcia Lorca
I
Le crime

On l’avait vu, cheminant entre des fusils
par une longue rue,
apparaître dans la campagne froide,
encore étoilée, la campagne du matin.
Ils ont tué Frédéric
à l’heure où surgissait la lumière.
Le peloton des bourreaux
n’osait le regarder en face.
Ils ont tous fermé les yeux,
ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas !
Il est tombé mort, Frédéric
- sang au front et aux entrailles. –
Il y a eu crime dans Grenade !
Vous savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !...

Traduit de l’espagnol par Jean Cassou 
 
(pour lire la suite, ici http://www.barapoemes.net/archives/2015/12/08/33039466.html)
 
 
 

El crimen fue en Granada

A Federico Garcia Lorca
 
I
El crimen

Se le vio, caminando entre fusiles,
por una calle larga,
salir al campo frío,
aún con estrellas, de la madrugada.
Mataron a Federico
cuando la luz asomaba.
El pelotón de verdugos
no osó mirarle la cara.
Todos cerraron los ojos;
rezaron: ¡ni Dios te salva!
Muerto cayó Federico.
-sangre en la frente y plomo en las entrañas-.
...Que fue en Granada el crimen
sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada...

 
Et puis ces vers qui m’ont toujours tant émue, bouleversée:
 
Petit Espagnol qui viens au monde.
Que Dieu te garde.
Une des deux Espagne
Va te geler le coeur”
 
Españolito que vienes
al mundo te guarde Dios.
una de las dos Españas
ha de helarte el corazón.”
 
Juan Manuel Serrat a tant chanté les poèmes de Machado:
 
Ici, Serrat, jeune:
 
 
Puis il y eût la fuite, Valencia, Barcelona enfin, il est déjà en mauvaise santé. Le 2 février 1939, en compagnie de sa mère et d’un de ses frères, ils entreprennent à pied, dans le froid, le voyage épuisant vers la France. Et ils arrivent à Colliure où ils logent dans une auberge. Il y mourra une vingtaine de jours plus tard, sa mère ne lui survivra que quelques jours.
 
 
 
« Machado dort à Collioure 
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd 
Il s'assit dans cette campagne 
Et ferma les yeux pur toujours” Aragon.
(lire le poème entier:
http://jacques.viallebesset.scribouilleur.over-blog.com/2...)
 
Jean Ferrat l’a chanté:
 
 
 
Voilà, vie et mort, comme écrivait le poète: “Lo nuestro es pasar” (Notre destin est de passer)
 
Sur sa tombe, ces vers:
 
 
« Et quand viendra le jour du dernier voyage,

quand partira la nef qui jamais ne revient,

vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,

quasiment nu, comme les enfants de la mer ».
 
 
PS: Je n'ai pas traduit ces billets sur A.Machado en espagnol parce que les natifs le connaissent fort bien, du moins ils devraient:-)

16:53 | Tags : ´poésie, a:machado, fuite et mort à colliure, guerre cicile, serrat; ferrat, tombe | Lien permanent | Commentaires (5)