Espaces, instants

  • Une nouvelle histoire / Una nueva historia

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    Rien n’est pareil        Ángel González (1925-2008 Oviedo-Madrid)

     

                                                                                 La larme fut dite…
    Oublions
    les pleurs
    et recommençons,
    avec patience,
    observant les choses
    jusqu’à y trouver la minime différence
    qui les sépare
    de leur identité d’hier
    et qui définit
    le cours du temps et son efficacité.

     

    A quoi bon pleurer le fruit
    tombé,
    l’échec
    de ce profond désir,
    compact comme une graine de semence?
    Il n’est pas bon de répéter ce qui est dit.
    Après avoir parlé,
    avoir versé des larmes,
    taisez vous et souriez:
    Rien n’est pareil.
    Il y aura des mots nouveaux pour la nouvelle histoire
    et il faut les trouver avant qu’il ne soit trop tard.

    (Trad:Colette)



    Nada es lo mismo Ángel Gonzáles
                                                                     La lágrima fue dicha...

    Olvidemos
    el llanto
    y empecemos de nuevo,
    con paciencia,
    observando a las cosas
    hasta hallar la menuda diferencia
    que las separa
    de su entidad de ayer
    y que define
    el transcurso del tiempo y su eficacia.
     
    ¿A qué llorar por el caído
    fruto,
    por el fracaso
    de ese deseo hondo,
    compacto como un grano de simiente?
     
    No es bueno repetir lo que está dicho.
    Después de haber hablado,
    de haber vertido lágrimas,
    silencio y sonreíd:
     
    Nada es lo mismo.
    Habrá palabras nuevas para la nueva historia
    y es preciso encontrarlas antes de que sea tarde.
  • Lieux propices à l'amour / Lugares propicios al amor

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    Le poème d’aujourd’hui m’a fait repenser à l’époque où, adolescente, il fallait trouver un coin tranquille pour embrasser un garçon, loin “des regards obliques des passants honnêtes”.

    Ici nous sommes à l’époque franquiste où le moindre baiser était traqué, même dans les films où, tout un temps, ils furent censurés.

     

    Ninguna duda al leer este poema, fue escrito durante la época franquista: para besarse había que esconderse, incluso en las películas, los besos fueron, durante algún tiempo, censurados.
     
     
     
    Inventaire de lieux propices à l’amour

    Ángel González (1922-2008, Espagne)
     

    Ils sont peu.

    Le printemps est très prestigieux, mais

    l’été est meilleur.

    Et aussi ces fissures que l’automne

    forme en intercédant avec les dimanches

    dans certaines villes

    elles-mêmes jaunes comme des bananes.

    L’hiver élimine beaucoup d’endroits:

    seuils de portes orientées au nord,

    berges des rivières,

    bancs publics.

    Les contreforts extérieurs

    des vieilles églises

    laissent parfois des renfoncements

    utilisables même s’il neige.

    Mais ouvrons les yeux: les basses

    températures et les vents humides

    rendent tout difficile.

    Les ordonnances, de plus, interdisent

    la caresse (avec exemptions

    pour certaines zones épidermiques

    - sans aucun intérêt -

    des enfants, chiens et autres animaux)

    et le “pas toucher, danger d’ignominie”

    peut se lire dans mille regards.

    Où fuir, alors?

    Partout des yeux qui louchent,

    des cornées tortueuses,

    d’implacables pupilles,

    des rétines réticentes,

    surveillent, se méfient, menacent.

    Il reste peut-être le recours de marcher seul,

    de vider l’âme de tendresse

    et de la remplir de lassitude et d'indifférence,

    en ces temps hostiles, propices à la haine.

    (Trad:Colette)

     
     
    Foto: Cuartoscuro/Archivo
     

     

    Inventario de lugares propicios al amor

     

    Ángel González (Oviedo 1922- Madrid 2008)

    Son pocos.
    La primavera está muy prestigiada, pero
    es mejor el verano.
    Y también esas grietas que el otoño
    forma al interceder con los domingos
    en algunas ciudades
    ya de por sí amarillas como plátanos.
    El invierno elimina muchos sitios:
    quicios de puertas orientadas al norte,
    orillas de los ríos,
    bancos públicos.
    Los contrafuertes exteriores
    de las viejas iglesias
    dejan a veces huecos
    utilizables aunque caiga nieve.

    Pero desengañémonos: las bajas
    temperaturas y los vientos húmedos
    lo dificultan todo.
    Las ordenanzas, además, proscriben
    la caricia ( con exenciones
    para determinadas zonas epidérmicas
    -sin interés alguno-
    en niños, perros y otros animales)
    y el «no tocar, peligro de ignominia»
    puede leerse en miles de miradas.
    ¿Adónde huir, entonces?
    Por todas partes ojos bizcos,
    córneas torturadas,
    implacables pupilas,
    retinas reticentes,
    vigilan, desconfían, amenazan.
    Queda quizá el recurso de andar solo,
    de vaciar el alma de ternura
    y llenarla de hastío e indiferencia,
    en este tiempo hostil, propicio al odio.

     

     
  • Succès et revers

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    Certaines questions amènent le sourire, -Vous n’avez pas besoin d’un coq pour 
    avoir des œufs? Ou alors,- ils s’appellent comment vos lapins? Ou encore, l'air horrifié – vous mangez vos animaux?
     
     



    Ça va faire 6 ans que le projet familial est lancé et que nous travaillons dur mais avec enthousiasme afin de nous nourrir tous les 6 et d'offrir nos produits aux amis, voisins....
    La terre (2000m2) était terre morte, peu à peu le compost et l’humus lui ont rendu vie. Retour des insectes (ça c’est bon pour les plantes, mais nous énerve et pique!). Si nous n’employons aucun produit chimique, c’est pour ne pas, c’est évident, nous empoisonner, mais nous n’employons pas le mot bio si à la mode.
    Alors cette année le confinement a été un moment privilégié pour innover, varier les cultures, garder la forme….
     
     
    Ce n’est pas moi qui vous ferai croire que tout est rose ou facile. Nous avons des échecs, des attaques de pucerons dont les coccinelles n’arrivent pas à bout, des maladies diverses sur les plantes…et puis, comme tous les agriculteurs, nous sommes tributaires du temps. Cette année le mois de mai a été très pluvieux, humide, et à chaque fois que nous plantions des graines de haricots, à peine sortaient-ils de terre qu’escargots et limaces se goinfraient.
     
    Mais il y a aussi de belles récoltes. En fait, en deux mois et demi nous faisons des provisions (conserves) pour toute l’année. Les pommes de terre, les oignons et l’ail sont déjà stockés.
     
    En ce début juillet nous récoltons surtout des haricots mais aussi des courgettes, les premières aubergines, quelques tomates et des concombres.
     
     
    Peut-être tout ceci ne vous intéresse-t-il pas particulièrement, mais voilà, vous comprendrez ainsi pourquoi mon été sur le blog sera en pointillé...
     
    Voici quelques photos de promesses de saveurs…si tout va bien. Ojalá, et Inch Allah !
     
    Figues pour septembre

     

    concombre encore mini

     

    Pastèques

     

    melon

     

     

     

    Aubergines

     

    Poivrons

     

    Tomates cherry
    Passez un bel été!
  • Cléopâtre / Cleopatra

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    Cléopâtre , Eduardo Galeano
     
     
    Ses courtisanes la baignent dans du lait d’ânesse et de miel. Après l’avoir ointe de sucs de jasmins, lys et chèvrefeuille, elles déposent son corps sur des coussins de soie rembourrés de plumes.
    Sur ses paupières fermées, de fines tranches d’aloès. Sur la figure et le cou, des emplâtres faits de bile de bœuf, d’œufs d’autruche et de cire d’abeilles.
    Quand elle s’éveille de sa sieste, la lune brille déjà au ciel.
    Les courtisanes imprègnent de roses ses mains et parfument ses pieds d’élixirs d’amandes et de fleur d’oranger. Ses aisselles exhalent des fragrances de citron et de cannelle, et les dattes du désert donnent de l’arôme à sa chevelure, brillante d’huile de noix.
    Et arrive le tour du maquillage. De la poudre de scarabée sur les joues et les lèvres. De la poudre d’antimoine dessine les sourcils. Le lapis-lazuli et la malachite lui font un masque d’ombres bleues et d’ombres vertes autour des yeux.
    Dans son palais d’Alexandrie, Cléopâtre entre dans sa dernière nuit.
    La dernière pharaonne,
    celle qui ne fut pas aussi belle qu’on le dit,
    celle qui fut meilleure reine qu’on le dit,
    celle qui parlait plusieurs langues et s’y connaissait en économie et autres mystères masculins,
    celle qui éblouit Rome,
    celle qui défia Rome,
    celle qui partagea le lit et le pouvoir avec Jules César et Marc Antoine, a mis maintenant ses habits les plus éblouissants et s’assied lentement sur son trône, tandis que les troupes romaines avancent contre elle.
    Jules César est mort, Marc Antoine est mort. Les défenses égyptiennes tombent.
    Cléopâtre commande d’ouvrir le panier en paille.
    La sonnette sonne.
    Le serpent glisse.
    Et la reine du Nil ouvre sa tunique et lui offre ses seins nus, brillants de poudre d’or.
    (Trad:Colette)
    NB: cette fois, et pour l'instant, j’arrête ces portraits pour laisser la place à la poésie.
     

     

    Si vous voulez vous remettre en mémoire la vie de Cléopâtre, ses amours, lisez cette narration fort sympathique et vivante:



    Cleopatra
    Eduardo Galeano
     
    Sus cortesanas la bañan en leche de burra y miel. Después de ungirla en zumos de jazmines, lirios y madreselvas, depositan su cuerpo desnudo en almohadones de seda rellenos de plumas.
    Sobre sus párpados cerrados, hay finas rodajas de áloe. En la cara y el cuello, emplastes hechos de bilis de buey, huevos de avestruz y cera de abejas.
    Cuando despierta de la siesta, ya hay luna en el cielo.
    Las cortesanas impregnan de rosas sus manos y perfuman sus pies con elixires de almendras y flores de azahar. Sus axilas exhalan fragancias de limón y de canela, y los dátiles del desierto dan aroma a su cabellera, brillante de aceite de nuez.
    Y llega el turno del maquillaje. Polvo de escarabajos colorea sus mejillas y sus labios. Polvo de antimonio dibuja sus cejas. El lapislázuli y la malaquita pintan un antifaz de sombras azules y sombras verdes en torno de sus ojos.
    En su palacio de Alejandría, Cleopatra entra en su última noche.
    La última faraona,
    la que no fue tan bella como dicen,
    la que fue mejor reina de lo que dicen,
    la que hablaba varias lenguas y entendía de economía y otros misterios masculinos,
    la que deslumbró a Roma,
    la que desafió a Roma,
    la que compartió cama y poder con Julio César y Marco Antonio, viste ahora sus más deslumbrantes ropajes y lentamente se sienta en su trono, mientras las tropas romanas avanzan contra ella.
    Julio César ha muerto, Marco Antonio ha muerto. Las defensas egipcias caen.
    Cleopatra manda abrir la cesta de paja.
    Suena el cascabel.
    Se desliza la serpiente.
    Y la reina del Nilo abre su túnica y le ofrece sus pechos desnudos, brillantes de polvo de oro.

    (En "Mujeres"ed sigloXX, p.90)

  • Emily

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    Voici encore un billet sur les portraits de Femmes de E. Galeano. En quelques mots il nous parle d’Emily Dickinson, la voici accompagnée de deux courts poèmes.
    Aquí va otra entrada sobre retratos de “Mujeres” de E. Galeano. En pocos palabras nos habla de Emily Dickinson, lo he acompañado de dos breves poemas suyos.
     
     
     
    Emily
     
    C’est arrivé à Amherst, en 1886
    Quand mourut Emily Dickinson, la famille découvrit mille huit cents poèmes gardés dans sa chambre.
    Sur la pointe des pieds elle avait vécu, sur la pointe des pieds elle écrivit. Elle ne publia pas plus de onze poèmes durant toute sa vie, presque tous anonymes ou signés sous un autre nom.
    De ses ancêtres puritains elle hérita l’ennui, marque de distinction de sa race et de sa classe: interdit de se toucher, interdit de se dire.
    Les hommes faisaient de la politique et des affaires et les dames perpétuaient l’espèce et vivaient malades.
    Emily vécut la solitude et le silence. Enfermée dans sa chambre, elle inventait des poèmes qui violaient les lois, les lois de la grammaire et les loi de son propre enfermement, et c’est là que chaque jour elle écrivait une lettre à sa belle-sœur, Susan, la lui envoyait par courrier, bien que vivant dans la maison à côté.
    Ces poèmes et ces lettres fondèrent son sanctuaire secret, où ses douleurs cachées et ses désirs interdits voulurent être libres.
    (Trad:Colette)


    EMILY
    Ocurrió en Amherst, en 1886.
    Cuando Emily Dickinson murió, la familia descubrió mil ochocientos poemas guardados en su dormitorio.
    En puntas de pie había vivido, y en puntas de pie escribió. No publicó más que once poemas en toda su vida, casi todos anónimos o firmados con otro nombre.
    De sus antepasados puritanos heredó el aburrimiento, marca de distinción de su raza y de clase: prohibido tocarse, prohibido decirse.
    Los caballeros hacían política y negocios y las damas perpetuaban la especie y vivían enfermas.
    Emily habitó la soledad y el silencio. Encerrada en su dormitorio, inventaba poemas que violaban las leyes, las leyes de la gramática y las leyes de su propio encierro, y allí escribía una carta por día a su cuñada, Susan, y se la enviaba por correo, aunque ella vivía en la casa de al lado.
    Esos poemas y esas cartas fundaron su santuario secreto, donde quisieron ser libres sus dolores escondidos y sus prohibidos deseos.
    En Mujeres (Siglo XXI), página 174.
      

     
    Poème 288 


    Je suis Personne! Qui êtes-vous?
     
    Êtes-vous —Personne — vous aussi?
     
    Alors nous sommes deux.- Mais silence!
     
    On nous chasserait —vous savez!
     

     
     
    Que c'est pénible d'être— Quelqu'un!
     
     
    Que c'est commun —telle une Grenouille-
     
     
    De dire son nom —sans cesse—
     
     
    Au Marais qui admire!

    -----------------------
     
    ¡Yo no soy Nadie! ¿Quién eres tú?
    ¿Tampoco eres Nadie tú?
    Ya somos dos - ¡Pero no lo digas!
    Ya sabes, luego se percatarían.

    ¡Qué terrible ser - Alguien!
    ¡Qué público decir tu nombre
    Cual Rana ‑ todo el santo día –
    Para que un Pantano se asombre!
     
     
    I'm Nobody! Who are you?
    Are you – Nobody – too?
    Then there's a pair of us!
    Don't tell! they'd advertise – you know!

    How dreary – to be – Somebody!
    How public – like a Frog –
    To tell one's name – the livelong June –
    To an admiring Bog!
     

     
     
    Poème 249
     
     
    Folles nuits —Folles nuits!
    Si j'étais avec toi
    De folles nuits seraient
    Notre luxure!
     
    Futiles —les vents—
    Pour un Cœur au port—
    Plus de Boussole—
    Plus de Carte!
     
    Ramant dans l'Eden—
    Oh! la mer!
    Si je pouvais amarrer —ce soir—
    En toi!
     
    ¡Noches locas-Noches locas!
    Si estuviera contigo
    Serían esas noches
    Nuestro Gozo sin fin.
     
    Fútiles- los vientos
    Para un corazón al puerto-
    Nada de Brujulas-
    Nada de Mapas!
     
    ¡Remando al Paraíso!
    ¡Oh este mar!
    ¡Si pudiera anclar en Ti-
    Esta noche!
     
     

    Wild nights - Wild nights!
    Were I with thee
    Wild nights should be
    Our luxury!

    Futile - the winds -
    To a Heart in port -
    Done with the Compass -
    Done with the Chart!
    Rowing in Eden -
    Ah - the Sea!
    Might I but moor - tonight -
    In thee!

     
     
     
  • Alertes et fugues / Alertas y fugas

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    Nous poursuivons avec deux textes du livre “Mujeres” d’Eduardo Galeano (voir billet précédent).
    Le premier...vous comprendrez vite pourquoi je l’ai choisi. 
    Le second arrache un sourire ou même un rire, au vu des inconvénients et prétextes avancés par certains hommes.
     
    Seguimos con dos textos del libro “Mujeres” de Eduardo Galeano. (ver entrada anterior).
    El primero...comprenderéis rápidamente porque lo elegí.
    El el segundo nos hace sonreír, sino reír, a la vista de algunos inconvenientes y pretextos citados por algunos hombres.
     
     


    Harriet

     
    C’est arrivé vers le milieu du dix-neuvième siècle.
    Harriet Tubman fugue, emportant en souvenir les cicatrices dans le dos et une fente dans le crâne.
    Elle n’emmène pas son mari. Lui préfère rester esclave et père d’esclaves.
    - Tu es folle - lui dit-il -. Tu pourras t’échapper, mais pas le raconter.
    Elle s’échappe, le raconte, revient, emmène ses parents, revient encore et emmène ses frères. Et elle fait dix-neuf voyages depuis les plantations du sud jusqu’aux terres du nord, traversant la nuit, et de nuit en nuit, elle libère plus de trois cents noirs.
    Aucun des fugitifs n’a été capturé. On dit que Harriet résout d’un tir les épuisements et les remords qui surgissent à mi-chemin. Et on dit qu’elle disait:
    - Moi, je ne perds aucun passager.
    C’est la tête la plus dure de son temps. Une récompense de quarante mille dollars est offerte.
    Personne ne la touche.
    Ses déguisements de théâtre la rendent méconnaissable et aucun chasseur ne peut rivaliser avec son art de brouiller les pistes ni d’inventer des chemins.
    (Trad:Colette) 
     

    Harriet

    Ocurre a mediados del siglo diecinueve.
    Se fuga
    Harriet Tubman y se lleva de recuerdo las cicatrices en la espalda y una hendidura en el cráneo.
    Al marido no se lo lleva. Él prefiere seguir siendo esclavo y padre de esclavos:
    Estás loca –le dice–. Podrás escaparte, pero no podrás contarlo.
    Ella se escapa, lo cuenta, regresa, se lleva a sus padres, vuelve a regresar y se lleva a sus hermanos. Y hace diecinueve viajes desde las plantaciones del sur hasta las tierras del norte, y atravesando la noche, de noche en noche, libera a más de trescientos negros.
    Ninguno de sus fugitivos ha sido capturado. Dicen que Harriet resuelve con un tiro los agotamientos y los arrepentimientos que ocurren a medio camino. Y dicen que ella dice:
    A mí no se me pierde ningún pasajero.
    Es la cabeza más cara de su tiempo. Cuarenta mil dólares fuertes se ofrecen en recompensa.
    Nadie los cobra.
    Sus disfraces de teatro la hacen irreconocible y ningún cazador puede competir con su maestría en el arte de despistar pistas y de inventar caminos.
     E. Galeano
     
     

    Alerte! Bicyclettes!



    -La bicyclette a fait plus que tout et plus que personne pour l’émancipation des femmes dans le monde – disait Susan Anthony.
    Et, disait Elizabeth Stanton, sa compagne de lutte:
    -Les femmes nous voyageons, en pédalant, vers le droit au vote.
    Certains médecins, comme Philippe Tissié, avertissaient que la bicyclette pouvait provoquer avortements et stérilité, et d’autres collègues assuraient que cet instrument indécent menait à la dépravation, car il donnait du plaisir aux femmes qui frottaient leurs parties intimes contre la selle.
    La vérité est que, à cause de la bicyclette, les femmes se déplaçaient par elles-mèmes, elles désertaient le foyer et jouissaient du dangereux petit goût de la liberté. Et à cause de la bicyclette, le corset oppressif, qui empêchait de pédaler, sortait de l’armoire et s’en allait au musée.
     Trad:Colette
     
    NB: (Les deux femmes sur Wiki.

     Susan Brownell Anthony, née le 15 février 1820 et décédée le 13 mars 1906 était une militante américaine des droits civiques, qui joua notamment un rôle central dans la lutte pour le suffrage des femmes aux États-Unis qui aboutira en 1920 à l'adoption du dix-neuvième amendement de la Constitution américaine, donnant le droit de vote aux femmes.
    Cofondatrice, avec Elizabeth Cady Stanton, de la National Woman Suffrage Association, elle sillonne les États-Unis et l'Europe en donnant de 75 à 100 conférences par an pour les droits des femmes, pendant plus de 45 ans. Lors de l'élection présidentielle de 1872, qui voit la réélection du président Grant pour un second mandat, Susan Anthony est arrêtée et condamnée pour avoir tenté de voter.) 

     

     
     

    Alarma: ¡Bicicletas!

    La bicicleta ha hecho más que nada y más que nadie por la emancipación de las mujeres en el mundo –decía Susan Anthony.
    Y decía su compañera de lucha, Elizabeth Stanton:
    Las mujeres viajamos, pedaleando, hacia el derecho de voto.
    Algunos médicos, como Philippe Tissié, advertían que la bicicleta podía provocar aborto y esterilidad, y otros colegas aseguraban que este indecente instrumento inducía a la depravación, porque daba placer a las mujeres que frotaban sus partes íntimas contra el asiento.
    La verdad es que, por culpa de la bicicleta, las mujeres se movían por su cuenta, desertaban del hogar y disfrutaban el peligroso gustito de la libertad. Y por culpa de la bicicleta, el opresivo corsé, que impedía pedalear, salía del ropero y se iba al museo.
    E. Galeano
  • Marginalisation / Marginación

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    Mujeres - Femmes Eduardo Galeano
     
     
    Ce livre d’Eduardo Galeano intitulé “Mujeres”-Femmes, pas (encore?) traduit en français, paru en 2015, juste après son décès, est un parcours de vies de femmes à travers près de 2.500 ans d’histoire.
    Paradoxes, contradictions, luttes, sacrifices, condamnations et réussites de femmes aussi différentes que Cléopâtre, Artémise, Frida Kahlo, Eva Perón, Camille Claudel ou Marylin Monroe…
    Galeano nous amène à réfléchir sur la conception légale, philosophique et religieuse qui donna un cadre institutionnel à la marginalisation de la moitié de l’humanité. C’est ainsi qu’il nous rapporte les mots d’Aristote sur les femmes: “La femme est comme un homme difforme. Il lui manque un élément essentiel: l’âme”. Son artillerie littéraire pointe aussi le Code Civil de Napoléon édité en 1804, qui sert encore de modèle juridique dans le monde, dans lequel les femmes furent privées des droits fondamentaux, “comme les enfants, les criminels et les débiles mentaux...”*
     
    En attendant que ce livre paraisse en français, je vous traduirai au fur et à mesure quelques histoires de femmes, écrites par E.Galeano bien sûr!
     
     
    http://www.vagabunda.mx/las-mujeres-de-eduardo-galeano-de-lo-ultimo-que-escribio-antes-de-su-muerte/  
     
    Mujeres, este libro publicado justo después de la muerte de Eduardo Galeano en 2015, recorre la vida de mujeres a través de unos 2.500 años de historia.
    Paradojas, contradicciones, luchas, sacrificios, condenaciones y logros de mujeres tan diferentes como Cleopatra, Artemisa, Frida Kahlo, Eva perón, Camille Claudel ou Marylin Monroe….
     

    Galeano nos lleva a reflexionar sobre la concepción legal, filosófica y religiosa que dio un marco institucional a la marginación de la mitad de la humanidad. Así, nos trae las palabras de Aristóteles sobre las mujeres: “La hembra es como un macho deforme. Le falta un elemento esencial: el alma”. También apunta su artillería literaria contra el Código Civil de Napoleón dictado en 1804, que todavía sirve de modelo jurídico en el mundo, en el que las mujeres fueron privadas de derechos fundamentales, “como los niños, los criminales y los débiles mentales...” (Fuente: https://www.elhistoriador.com.ar/mujeres-fragmentos-de-eduardo-galeano/)

    Aquí va un retrato, publicaré unos cuantos, poco a poco.
     
     
     
    JUANA
    Tout comme Teresa de Ávila, Juana Inés de la Cruz se fit religieuse pour éviter la prison du mariage.
    Mais son talent offensait aussi au couvent. Cette tête de femme avait-elle un cerveau d’homme? Pourquoi écrivait-elle comme un homme? Pourquoi voulait-elle penser, si elle cuisinait si bien? Et elle, moqueuse, répondait:
    - Que pouvons-nous savoir, nous les femmes, si ce n’est des philosophies de cuisine?
    Comme Teresa, Juana écrivait, bien que le père Gaspar de Astete avait prévenu qu’une jeune fille chrétienne n’a pas besoin de savoir écrire, et que cela peut lui porter préjudice.
    Comme Teresa, Juana non seulement écrivait mais, pour plus de scandale, elle écrivait indubitablement bien.
    À différents siècles, et sur différentes rives de la même mer, Juana, la Mexicaine, et Teresa, l’Espagnole, défendaient en paroles et par écrit la moitié méprisée du monde.
    Comme Teresa, Juana fut menacée par l’Inquisition. Et l’Église, leur Église, les poursuivit car elles louaient l’humain autant ou plus que le divin, et obéissaient trop peu et posaient trop de questions.
    Avec du sang, et non de l’encre, Juana signa sa repentance. Et jura silence, pour toujours. Et muette, elle mourut.
    (Trad:Colette)



    JUANA
    Como Teresa de Ávila, Juana Inés de la Cruz se hizo monja para evitar la jaula del matrimonio.
    Pero también en el convento su talento ofendía. ¿Tenía cerebro de hombre esta cabeza de mujer? ¿Por qué escribía con letra de hombre? ¿Para qué quería pensar, si guisaba tan bien? Y ella, burlona, respondía:
    ¿Qué podemos saber las mujeres, sino filosofías de cocina?
    Como Teresa, Juana escribía, aunque ya el sacerdote Gaspar de Astete había advertido que a la doncella cristiana no le es necesario saber escribir, y le puede ser dañoso.
    Como Teresa, Juana no sólo escribía, sino que, para más escándalo, escribía indudablemente bien.
    En siglos diferentes, y en diferentes orillas de la misma mar, Juana, la mexicana, y Teresa, la española, defendían por hablado y por escrito a la despreciada mitad del mundo.
    Como Teresa, Juana fue amenazada por la Inquisición. Y la Iglesia, su Iglesia, la persiguió, por cantar a lo humano tanto o más que a lo divino, y por obedecer poco y preguntar demasiado.
    Con sangre, y no con tinta, Juana firmó su arrepentimiento. Y juró por siempre silencio. Y muda murió.

    E. Galeano

  • Oublis et souvenirs / Olvidos y recuerdos

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    Oubli

     

    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )



    J’ai oublié ton nom,

    je ne me souviens pas

    si tu t’appelais lumière ou lierre,

    mais que je sais que tu étais eau

    car mes mains tremblent quand il pleut.



    J’ai oublié ton visage et tes cils

    et ta peau où glissait ma bouche

    quand nous tombâmes sous les cyprès

    vaincus par le vent,

    mais je sais que tu étais lune

    car quand la nuit approche

    mes yeux se brisent

    de tant désirer te voir par la fenêtre.



    J’ai oublié ta voix, et tes mots,

    mais je sais que tu es musique

    car quand les heures se dissolvent

    dans les sources du sang

    mon cœur te chante.

    (Trad:Colette)

     



    CARMINA CASALA         ( España, 1949 )
     
     
    Olvido


    Se me olvidó tu nombre,
    no recuerdo
    si te llamabas luz o enredadera,
    pero sé que eras agua
    porque mis manos tiemblan cuando llueve.
     
    Se me olvidó tu rostro y tu pestaña
    y tu piel por mi boca transitada
    cuando caímos bajo los cipreses
    vencidos por el viento,
    pero sé que eras luna
    porque cuando la noche se aproxima
    se me rompen los ojos
    de tanto querer verte en la ventana.
     
    Se me olvidó tu voz, y tu palabra,
    pero sé que eres música
    porque cuando las horas se disuelven
    entre los manantiales de la sangre
    mi corazón te canta.
  • Prendre l'air / Tomar el aire

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    Tomás Sanchez Transcendencia  http://www.tomassanchez.com/    
     
    Invitation à l’air
     
    Rafael Alberti

    Ombre Je t’invite, à l’air.
    Ombre de vingt siècles,
    à la vérité de l’air,
    de l’air, air, air.

    Ombre qui jamais ne sors
    de ta grotte, et qui ne rendis pas
    au monde le souffle qu’en naissant
    te donna l’air
    l’air, l’air, l’air.

    Ombre sans lumière, minière
    des profondeurs
    de vingt tombes, vingt
    siècles vides sans air,
    de l’air, air, air.

    Ombre, aux sommets! Ombre,
    de la vérité de l’air,
    de l’air, air, air.
    (Trad: Colette)

     

    INVITACIÓN AL AIRE

    -- de Rafael Alberti --
    Te invito, sombra, al aire.
    Sombra de veinte siglos,
    a la verdad del aire,
    del aire, aire, aire.
    Sombra que nunca sales
    de tu cueva, y al mundo
    no devolviste el silbo
    que al nacer te dio el aire,
    del aire, aire, aire.
    Sombra sin luz, minera
    por las profundidades
    de veinte tumbas, veinte
    siglos huecos sin aire,
    del aire, aire, aire.
    ¡Sombra, a los picos, sombra,
    de la verdad del aire,
    del aire, aire, aire!
     
    Tomás Sanchez
    Though-Cloud, 2017
     
     
    L’Air
    Gabriela Mistral
     
    Ce qui passe et qui reste,
    c’est l’Air, c’est l’Air,
    et, sans bouche visible,
    il te prend et t’embrasse, père aimant.
    Aïe, nous le brisons sans le casser;
    blessé il vole sans se plaindre,
    et il semble emporter tout le monde
    et, bienveillant, à tous il pardonne, l’Air...
    (Trad:Colette)
     
     
    EL AIRE
    Gabriela Mistral
    Esto que pasa y que se queda,
    esto es el Aire, esto es el Aire,
    y sin boca que tú le veas
    te toma y besa, padre amante.
    ¡Ay, le rompemos sin romperle;
    herido vuela sin quejarse,
    y parece que a todos lleva
    y a todos deja, por bueno, el Aire...
  • Le merle chanteur.../ El mirlo cantador...

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    En ce printemps 2020, volent, sautillent quantité de merles. Principalement pour attraper au vol ou au sol, les petites dattes des palmiers. Ceci est préférable à l’attaque en règle des cerises ou des fraises!
    Il existe tant et tant de chansons, poèmes, récits... sur les merles.
    Je vous en propose quelques uns et j’aimerais bien que vous apportiez , si vous en avez envie, des souvenirs ou n’importe quoi relatif aux merles (et que j’ajouterais au billet).
    En esta primavera del 2020, vuelan, dan saltitos gran cantidad de mirlos. Principalmente para atrapar al vuelo o en el suelo pequeños dátiles de las palmeras. ¡Mejor esto que un ataque en toda regla a las fresas o a las cerezas!
    Existen tantas canciones, poemas, escritos, relatos...sobre los mirlos.
    Os propongo algunos y me gustaría, si lo deseáis, que traigáis aquí recuerdos, poemas, lo que queráis en relación con los mirlos. Añadiré todo a la entrada.
     
    Photo prise à Bruxelles, avril/mai 2020, merci!


    D’abord quelques une des “Treize manières de regarder un merle” de Wallace Stevens.
    Primero algunas de las “Trece maneras de mirar un mirlo” de Wallace Stevens.
    I
    Among twenty snowy mountains,
    The only moving thing
    Was the eye of the blackbird.
     
    Entre veinte montañas de nieve,
    La única cosa que se movía
    Era el ojo del mirlo.
     
    Dans vingt montagnes enneigées,
    Une seule chose était en mouvement :
    L’œil du merle noir.

    IV

    A man and a woman
    Are one.
    A man and a woman and a blackbird
    Are one.
     
    Un hombre y una mujer
    Son uno.
    Un hombre y una mujer y un mirlo
    Son uno.

    Un homme et une femme
    Sont un.
    Un homme et une femme et un merle noir
    Sont un.
     
    V
    I do not know which to prefer,
    The beauty of inflections
    Or the beauty of innuendoes,
    The blackbird whistling
    Or just after.
     
    No sé qué preferir,
    La belleza de los acentos
    O la belleza de las insinuaciones,
    El mirlo silbando
    O el instante después.
     
    Je ne sais que préférer,
    La beauté des inflexions
    Ou la beauté des insinuations,
    Le merle noir qui siffle
    Ou tout de suite après.
     
    XII

    The river is moving.
    The blackbird must be flying.
     
    El río se estremece.
    El mirlo estará volando.
     
    La rivière est en mouvement.
    Le merle noir ne peut qu’être en vol.


    NB. Vous pouvez lire les Treize manières de regarder un merle, en anglais et français ici:
    Podeís leer las Trece maneras de mirar un mirlo aquí:

    https://circulodepoesia.com/2014/04/trece-maneras-de-mirar-un-mirlo-poema-de-wallace-stevens/

    Photo prise à Bruxelles, avril/mai 2020

     

    Nous avons bien sûr la belle ’”Histoire d’un merle blanc “de A. de Musset que vous pouvez lire en entier ici: https://fr.wikisource.org/wiki/Nouvelles_et_Contes_(Musset)/Histoire_d%E2%80%99un_merle_blanc
     
    Tenemos la bonita Historia de un mirlo blanco, de A de Musset, lo podéis leer entero aquí:


    Je termine en musique, bien que le merle ait beaucoup d’autres histoires...
    Termino, aquí lo tenemos en música, aunque el mirlo tiene muchas otras historias,
     
     
     
     
    HOMME LIBRE nous propose ce qui suit: Merci beaucoup!
     


    On trouve aussi en France les ruine d'une église abbatiale nommée: Notre-Dame-du-Nid-au-Merle.

    Il y a Le merle, de Théophile Gautier. Belle écriture, mais je trouve le poème lourdingue:

    ( je ne publie donc que les deux premières strophes!

    Le merle

    Théophile Gautier

    Un oiseau siffle dans les branches
    Et sautille gai, plein d’espoir,
    Sur les herbes, de givre blanches,
    En bottes jaunes, en frac noir.

    C’est un merle, chanteur crédule,
    Ignorant du calendrier,
    Qui rêve soleil, et module
    L’hymne d’avril en février.(...)

    Et celui de Gibran, dont le mécanisme comparatif et la volonté de mythifier l'oiseau me gave:

    "Ah! si je pouvais être comme toi
    libre de toutes prisons et chaînes!

    ...

    Ah! si je pouvais être comme toi
    toute douceur et splendeur,
    laissant le vent déployer mes ailes
    pour qu’elles soient perlées par la rosée!"

    Etc. Pompeux, je trouve. Pauvre merle, objet de la névrose mystique de l'auteur.

    HL cite aussi de Jean-Bernard Pouy, Die Amstel.

    ¡Gracias!

     

    Gislebert, merci!

     

    Le merle à la glu

    Jean RICHEPIN
    Recueil : "La chanson des gueux"

    Merle, merle, joyeux merle,
    Ton bec jaune est une fleur,
    Ton oeil noir est une perle,
    Merle, merle, oiseau siffleur.

    Hier tu vins dans ce chêne,
    Parce qu’hier il a plu.
    Reste, reste dans la plaine.
    Pluie ou vent vaut mieux que glu.

    Hier vint dans le bocage
    Le petit vaurien d’Éloi
    Qui voudrait te mettre en cage.
    Prends garde, prends garde à toi !

    Il va t’attraper peut-être.
    Iras-tu dans sa maison,
    Prisonnier à sa fenêtre,
    Chanter pour lui ta chanson ?

    Mais tandis que je m’indigne,
    Ô merle, merle goulu,
    Tu mords à ses grains de vigne,
    Ses grains de vigne à la glu.

    Voici que ton aile est prise,
    Voici le petit Éloi !
    Siffle, siffle ta bêtise,
    Dans ta prison siffle-toi !

    Adieu, merle, joyeux merle,
    Dont le bec jaune est en fleur,
    Dont l’oeil noir est une perle,
    Merle, merle, oiseau siffleur.


    Je mets quand même Le Temps des cerises, la vidéo est belle


     

    Impossible de conclure sans Jules Renard, cet observateur tout de finesse de la ménagerie humaine, avec deux citations et un conte tirés de son Journal :

    « Au Louvre, où Alfred Natanson (journaliste et dramaturge, ami de Renard) m’emmène voir des David, des Vélasquez, et des petites natures mortes de Chardin : je prends des œufs pour des oignons. Rien de cela ne me passionne.
    En sortant, je vois un merle noir à bec jaune, tout seul, au milieu d’une tache d’ombre écartée sur une herbe verte. Voilà de la peinture. »

    « Quand le merle voit les vendangeurs entrer dans la vigne, il s'étonne surtout de les voir qui n'ont pas, comme lui, peur de l'épouvantail. »

     

    Colette:  Une grand variété, magnifique! Le billet est tellement plus riche maintenant.

  • Par pure fantaisie / Por ultra fantasía

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    Par ces temps un peu lourds, je vous propose un léger antidote.
     
     
    Que dirait-on? Alfonsina Storni
     
    Que diraient les gens étroits d’esprit et désœuvrés,
    Si un beau jour, par pure fantaisie,
    Je me teignais les cheveux en argenté et violet,
    Si je mettais une toge grecque, si je remplaçais mon peigne
    Par un bourdalou de fleurs: myosotis ou jasmin,
    Si je chantais dans les rues accompagnée par des violons;
    Ou si je disais mes vers en parcourant les places
    Laissant libre cours à mon goût pour les vulgaires bandeaux?
     
    Viendraient-ils me regarder en s’attroupant sur les trottoirs?
    Mes brûleraient-ils comme on a brûlé les sorcières?
    Les cloches sonneraient-elles pour appeler les paroissiens à la messe?
     
    En l’évoquant, je l’avoue, cela me fait un peu rire.
     
    Traduction Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
    Le doux mal
    p 160-161
     
     
    Le poème, très joliment chanté par Isabel Parra

     
     

    ¿QUE DIRÍA? Alfonsina Storni

     
     
    ¿Qué diría la gente, recortada y vacía,
    Si en un día fortuito, por ultra fantasía,
    Me tiñera el cabello de plateado y violeta,
    Usara peplo griego, cambiara la peineta
    Por cintillo de flores: miosotis o jazmines,
    Cantara por las calles al compás de violines,
    O dijera mis versos recorriendo las plazas,
    Libertado mi gusto de vulgares mordazas?


    ¿Irían a mirarme cubriendo las aceras?
    ¿Me quemarían como quemaron hechiceras?
    ¿Campanas tocarían para llamar a misa?

    En verdad que pensarlo me da un poco de risa.
     
     
     
     

     

  • Si doux et si tendres / Tan dulces y tan bellas

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    Le dernier recueil de poèmes d’Alfonsina Storni, traduits en français par Monique-Marie IHRY, et qui vient de paraître, est superbe d’émotions.
    Le titre est “Le doux mal”; qu’il est doux l’amour à ses débuts, qu’il peut devenir amer par la suite…
     
    Une variété de poèmes où, comme dans presque toute la poésie (la littérature aussi) sud-américaine, la nature est très présente.
    Un enchantement.
     
    Voici deux poèmes.
     
    Deux mots
     
    Cette nuit tu m’as dit à l’oreille deux mots
    Ordinaires. Deux mots fatigués
    D’être dits. Des mots
    Qui, à force d’être anciens, deviennent nouveaux.
     
    Deux mots si doux, que la lune 
    Se dessinant entre les branches
    S’est arrêtée dans ma bouche. Deux mots si doux
    Que je n’essaye même pas de bouger pour enlever
    La fourmi qui passe dans mon cou.
     
    Des mots si doux
    Que je dis sans le vouloir - oh, que la vie est belle! -
    Si doux et si tendres
    Qu’ils répandent des olives parfumées sur mon corps.
     
    Si doux et si beaux
    Que les doigts les plus longs de ma main droite
    Bougent vers le ciel imitant des ciseaux.
     
    Mes deux doigts aimeraient
    Couper des étoiles.
     
    Traduction: M-M Ihry
     
    Le Paysage bleu, 1949 (gouache sur papier), Marc Chagall
     
    Dos palabras
     
    Esta noche al oído me has dicho dos palabras
    Comunes. Dos palabras cansadas
    De ser dichas. Palabras
    Que de viejas son nuevas.

    Dos palabras tan dulces que la luna que andaba
    Filtrando entre las ramas
    Se detuvo en mi boca. Tan dulces dos palabras
    Que una hormiga pasea por mi cuello y no intento
    Moverme para echarla.

    Tan dulces dos palabras
    ?Que digo sin quererlo? ¡oh, qué bella, la vida!?
    Tan dulces y tan mansas
    Que aceites olorosos sobre el cuerpo derraman.

    Tan dulces y tan bellas
    Que nerviosos, mis dedos,
    Se mueven hacia el cielo imitando tijeras.
    Oh, mis dedos quisieran
    Cortar estrellas.
     
     
     
     
    L’or de la vie
     
    De la corolle noire de la vie
    Je fais souvent jaillir une petite étamine d’or.
    Je féconde des fruits, je ferme le calice d’or,
    Rit ma vie.
     
    Je redeviens noire. Mais dans la nouvelle vie
    Jaillit de nouveau la petite étamine d’or.
    Rit ma vie
    Lorsque viennent la toucher les papillons d’or.
     
    Noirceur, ensuite l’or.
    Précieux de la vie.
     
    Traduction M-M Ihry
     
    Alfonsina Storni
     
    El oro de la vida
     
    De la corola negra de mi vida
    Suelo brotar, estambrecillo en oro.
    Fecundo frutos, cierro el cáliz de oro,
    Ríe mi vida.
     
    Vuelvo a ser negra. Pero en nueva vida
    Brota de nuevo estambrecillo en oro.
    Ríe mi vida
    Cuando la tocan mariposas de oro.
     
    Negrura, luego el oro
    Precioso de la vida.
     
     
    LE DOUX MAL, Alfonsina Storni
    Traduction de Monique-Marie Ihry
    Éditions Cap de l’Etang
     
    Merci.

  • Vite! ¡Rápido!

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    Serge Pey, né à Toulouse en 1950 de parents espagnols ayant fui le régime de Franco.
    Nacido en Toulouse en 1950 de padres españoles, refugiados del régimen franquista.
     
    Le trésor de la Guerre d’Espagne
     
     
    Extraits de : Le linge et l’étendoir.
     
     
    (Pour bien comprendre ces extraits il vous faut savoir que le linge était un signal pour les anti-franquistes cachés dans la montagne.)
     
    Les voisins pensaient que ma mère était folle. Comment comprendre qu’elle étendait parfois le linge sur l’étendoir ou dans le champ, à même l’herbe, ou encore sur les branches des arbres ? Comment concevoir qu’elle le posait souvent à l’ombre ou en plein vent, maintenu par de gros cailloux, comme les points de ponctuation d’une phrase secrète?” 
     
    _____________________________
     
    “—Vite, enlève ta chemise et va l’étendre sur l’étendoir, ramène le linge qui reste. Vite… Dépêche-toi…
    Je compris sa précipitation quand je vis, depuis notre jardin qui surplombait la route, une longue file de camions bleus de la gendarmerie.
    Ainsi ma chemise faisait partie, elle aussi, d’une longue phrase. Elle était une lettre, peut-être un mot. J’étais fier. J’étais devenu une conjugaison, presque un verbe. J’existais dans le langage secret de ma mère, comme un mot important qu’elle n’avait encore jamais employé, puisque c’était la première fois qu’elle voulait laisser ma chemise seule sur l’étendoir. “

    NB: Pour lire le magnifique chapitre entier “Le linge et l’étendoir”, c’est ici.
    Et pour l'écouter...
     
     
     
     
    Dos extractos de La ropa y el tendedero
     
    (Para entender estas lineas, hay que saber que la ropa era una señal de la madre para los anti-franquistas escondidos en la montaña)
     
     
    Los vecinos pensaban que mi madre estaba loca. ¿Cómo entender que extendía la ropa a veces en el tendedero o en el campo, sobre la hierba, o en las ramas de los árboles? ¿Cómo concebir que a menudo la ponía en la sombra o al viento abierto, sostenido por unas piedras gordas, como los signos de puntuación de una frase secreta?”
     
    _____________________________
     
    -Rápido, quitate la camisa y ve a tenderla en el tendedero, trae la ropa que queda. Rápido...Date prisa.
    Entendí su precipitación cuando vi, desde nuestro jardín que sobresalía de la carretera, un fila larga de camiones azules de la guardia civil.
    Así mi camisa formaba parte, ella también, de una frase larga. Era una letra, tal vez una palabra. Estaba orgulloso. Me había convertido en una conjugación, casi un verbo. Yo existía en el lenguaje secreto de mi madre, como una palabra que, todavía, nunca había usado, ya que era la primera vez que quería dejar mi camisa sola en el tendedero.”
    (Trad: Colette)
  • Le talon de fer, Jack London

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    Me voilà embarquée dans un exercice auquel je ne suis pas habituée: faire un billet sur un livre de mon choix mais d’un auteur précis, Jack London. Et ceci pour répondre à un challenge, celui de ClaudiaLucia.
    Alors j’ai choisi “Le talon de fer”, roman fort éloigné de tout ce que j’avais lu de London.
    Écrit en 1908, c’est l’histoire biographique du fictif Ernest Everhard, leader révolutionnaire aux États-Unis, capturé et assassiné en 1932 après une révolution ouvrière frustrée.
     
     
    Le récit est écrit à la première personne, par Avis Cunningham, une jeune femme d’origine bourgeoise qui fait la connaissance d’Ernest, en tombe amoureuse (c’est réciproque) et découvre à travers lui la réalité misérable de la classe travailleuse, ouvrière aux États-Unis.
     
    Je veux essayer de raconter simplement comment Ernest Everhard est entré dans ma vie, comment son influence sur moi a grandi jusqu’à ce que je sois devenue une partie de lui-même, et quels changements prodigieux il a opérés dans ma destinée ; de cette façon vous pourrez le voir par mes yeux et le connaître comme je l’ai connu moi-même, à part certains secrets trop doux pour être révélés.”
     
    Les premiers chapitres analysent la réalité sociale aux États-Unis début XXºs., la pénétration des idées socialistes chez les ouvriers, la position complice du clergé avec l’oppression, l’immoralité de la bourgeoisie...L’objectif est la dénonciation du système d’exploitation capitaliste.
    La position intellectuelle de J. London en faveur de la classe ouvrière est évidente ici.
     
    C’est une femme amoureuse, admirative qui met son homme sur un piédestal, sans doute mérité.
     
    Il se prodigua comme peu d’hommes l’ont fait, et toute sa vie ce fut pour les autres. Telle fut la mesure de sa virilité. C’était un humanitaire, un être d’amour. Avec son esprit de bataille, son corps de gladiateur, et son génie d’aigle, il était doux et tendre pour moi comme un poète. C’en était un, qui mettait ses chants en action.
     
    Au-delà de l’histoire d’amour et de l’histoire politique, un futur dystopique y est décrit, à de nombreuses pages on se dit “mais oui, c’est ce qui est arrivé et arrive”!
    London prédit dans ce roman l’imminente éclosion d’une guerre impérialiste (dans le roman entre les États-Unis et l’Allemagne) et comment de cette guerre surgit la première révolution socialiste triomphante (ici en Allemagne, non en Russie) et l’échec de l'insurrection prolétaire aux États-Unis. 
     
     
     
    Cette lecture, à part peut-être un passage terrible et sanglant, m’a beaucoup intéressée, et ne m’a pas semblé ennuyeux du tout comme pourrait l’être un roman politique, car l’humain est au centre de tout le récit. Il fait réfléchir sur le présent (sans coronavirus!), le passé et le futur. Il nous laisse sur l’idée que la libération pour l’humanité du joug de l’exploitation est inévitable.
    Quand?
     
     

  • Eduardo Galeano, deux textes courts / Dos textos cortos

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    Eduardo Galeano, nous connaissons déjà cet écrivain Uruguayen, surtout pour son recueil de textes, souvent très courts, du "Livre des étreintes". 
    Mais voici deux autres petits textes, lourds de sens, vous verrez.

     
    Bajo el título “El miedo manda” , el uruguayo Eduardo Galeano denuncia en varios textos el uso del miedo como arma de poder.
     Aquí van dos, cortos. 

     

    Sécurité   Eduardo Galeano

     
    Elle nous vit, dormant. Dans le rêve d’Elena nous étions tous les deux à faire la queue, avec beaucoup d’autres passagers, dans un quelconque aéroport, car tous les aéroports sont plus ou moins les mêmes. Et chaque passager portait un oreiller sous le bras. En route vers une machine, qui nous attendait; les oreillers passaient sous la machine et la machine lisait les rêves de la nuit antérieure.
     
    C’était une machine détectrice de rêves dangereux pour l’ordre public. 
    (Trad:Colette)
     

    Seguridad          Eduardo Galeano

    Durmiendo nos vio. En el sueño de Elena estábamos los dos haciendo fila con muchos otros pasajeros en algún aeropuerto, quién sabe cual, porque todos los aeropuertos son más o menos todos iguales. Y cada pasajero llevaba una almohada bajo el brazo. Rumbo a una máquina, que nos esperaba, pasaban las almohadas bajo la máquina y la máquina leía los sueños de la noche anterior.
    Era una máquina detectora de sueños peligrosos para el orden público.
     

     

    Indices
     
    On ne sait si cela s’est passé il y a un moment ou un siècle ou jamais.
    À l’heure de se rendre à son travail un bûcheron découvrit qu’il lui manquait la hache.
    Il observa son voisin. Le voisin avait tout à fait l’aspect d’un voleur de haches.
    C’était clair: le regard, les gestes, la façon de parler.
     
    Quelques jours plus tard le bûcheron trouva la hache qu’il avait perdue. Et quand il observa à nouveau son voisin, il constata qu’il n’avait rien d’un voleur de hache, ni dans le regard ni dans les gestes ni dans la façon de parler.
    (Trad:Colette)


    Indicios

    No se sabe si ocurrió hace un rato o hace siglos o nunca.
    A la hora de ir a trabajar un leñador descubrió que le faltaba el hacha.
    Observó a su vecino. El vecino tenía todo el aspecto de un ladrón de hachas. Estaba claro: la mirada, los gestos, la manera de hablar.
    Unos días después el leñador encontró el hacha que había perdido. Y cuando volvió a observar a su vecino, comprobó que no se parecía para nada a un ladrón de hachas, ni en la mirada ni en los gestos ni en la manera de hablar.

     
    Notes: 
    Sous le titre “La peur commande” L’Uruguayen Eduardo Galeano dénonce dans plusieurs textes l’usage de la peur comme arme de pouvoir.
     Sur ce blog d'autres textes de E. Galeano.