uruguay

  • Dans les livres / En los libros

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    Un autre poème de Cristina Peri Rossi; dans son style concis qui permet de tout imaginer...Bon week-end.
     
    Dédicace
     
    La litrature nous a séparés:
    tout ce que j’ai su de toi
    je l’ai appris dans les livres
    et à ce qui manquait,
    j’ai mis des mots.
    (Trad:Colette)

    José María Casanova Martínez-Pardo, Mujer leyendo constitucion-2.jpg

     

     
     
    Dedicatoria
    La literatura nos separó:
    todo lo que supe de ti
    lo aprendí en los libros
    y a lo que faltaba,
    yo le puse palabras.
     
     
    "Evohé" 1971
     
  • Quatre boules de cuir

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    L’art et la boxe, l’amour et la boxe.
    Sans doute parce que c’est un sport qui ne m’attire pas n’ai-je jamais trop réfléchi au lien entre ces termes. Pourtant des films, des chansons (Nougaro par exemple), des romans (Jack London dans “Cent dollars de plus” par exemple aussi), et des poèmes comme celui d’aujourd’hui existent!
     
    L’amour et la boxe seraient-ils question de danses? De distances?
     
     
     
    Cristina Peri Rossi Uruguay 1941
     
     
     
    Juste distance
     
    En amour, et dans la boxe
    tout est question de distance.
    Si tu t’approches trop je m’excite
    m’effraie
    m’obnubile        je dis des bêtises
    me mets à trembler
    mais si tu es loin
    je souffre deviens triste
    perds le sommeil
    et j’écris des poèmes.
     
    « Otra vez Eros 1994 »
    (Trad. Colette)
    Apollinaire Calligramme Terrible boxeur
     
    Distancia justa

    En el amor, y en el boxeo
    todo es cuestión de distancia
    Si te acercas demasiado me excito
    me asusto
    me obnubilo               digo tonterías
    me echo a temblar
    pero si estás lejos
    sufro entristezco
    me desvelo
    y escribo poemas.


    "Otra vez eros" 1994
     
     
     
    Quelques références / Unas referencias
    Apollinaire terrible boxeur image calligramme

  • De solitude en noces / De soledad a bodas

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    Nous avons tous vu et regardé des gouttes d’eau couler le long d’une vitre. Souvent distraitement, un peu moroses peut-être.

    Aujourd'hui il pleut ici; ces gouttes ont pris une autre vie après la lecture du poème. Quand on y met des mots, du rythme, du talent...

     
     
    Ida Vitale
     
    Gouttes
     
    Se blessent et se fondent-elles?
    Déjà elles ne sont plus la pluie.
    Coquines à la récré,
    petits chats d'un royaume transparent,
    elles courent, libres, sur vitres et rampes,
    seuils de leur limbe,
    elles se suivent, se poursuivent,
    peut-être vont-elles, de solitude en noces,
    se fondre et s'aimer.
    Imaginant une autre mort.
    (Trad:Colette)
     
     

    Gotas

     

    ¿Se hieren y se funden?
    Acaban de dejar de ser la lluvia.
    Traviesas en recreo,
    gatitos de un reino transparente,
    corren libres por vidrios y barandas,
    umbrales de su limbo,
    se siguen, se persiguen,
    quizá van, de soledad a bodas,
    a fundirse y amarse.
    Trasueñan otra muerte.
  • Dire sa chance / Decir su fortuna

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    Ida Vitale

    Vitale, ce nom lui va si bien! À 95 ans elle vient de recevoir un prix de plus, le Cervantes 2018. Cette poétesse Uruguayenne, vive d’esprit, a plus de 50 ans de « métier » derrière elle et, si elle a traduit Pirandelllo et Molière, Boris Vian, Simone de Beauvoir et Gaston Bachelard en espagnol, elle est avant tout poète.
    Une dame qu’on aimerait rencontrer, qui a connu l’exil, s’y est bien adaptée, a vécu longtemps au Mexique, au Texas puis est retournée dans son pays.
    (article en français ici).
     
    Acaban de darle el premio Cervantes. Tradujo a Pirandello y D’Annunzio, a Molière y Boris Vian, a Simone de Beauvoir y Gaston Bachelard. Escribió ensayos, prologó libros, publicó prosas . Pero Ida Vitale es, ante todo, poeta
     
    Chance
     
    Pendant des années, profiter de l’erreur
    et de sa correction,
    avoir pu parler, marcher libre,
    ne pas exister mutilée,
    entrer ou pas dans des églises,
    lire, écouter la musique chérie,
    être, de nuit comme de jour, un être.
    Ne pas être négociée en mariage,
    ni mesurée en chèvres,
    ni souffrir le contrôle de la famille
    ou la lapidation légale.
    Ne plus jamais défiler
    et ne pas admettre des mots
    qui mettent dans le sang
    des limailles de fer.

    Découvrir par toi-même
    un autre être imprévu
    dans le pont du regard.

    Être humain et femme, ni plus ni moins.
     
    (Trad:Colette) 
    Petrona Viera El cuentito
     
    Nous avions déjà rencontré cette intéressante artiste Uruguayenne  dans ce billet au sujet du Planismo.
     
     
    Fortuna
     
    Por años, disfrutar del error
    y de su enmienda,
    haber podido hablar, caminar libre,
    no existir mutilada,
    no entrar o sí en iglesias,
    leer, oír la música querida,
    ser en la noche un ser como en el día.
    No ser casada en un negocio,
    medida en cabras,
    sufrir gobierno de parientes
    o legal lapidación.
    No desfilar ya nunca
    y no admitir palabras
    que pongan en la sangre
    limaduras de hierro.
    Descubrir por ti misma
    otro ser no previsto
    en el puente de la mirada.
    Ser humano y mujer, ni más ni menos.
     
  • En blanc / En blanco

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    Que faire quand l’inspiration se fait rare? 
     
    Mario Benedetti (Uruguay) m’a fait rire, voyez plutôt.




    Page blanche   Mario Benedetti

     

     

    Je suis descendu au marché
     
    et j'ai rapporté
     
    tomates journaux averses
     
    endives et envies
     
    gambas croupes et amen
     
    farine monosyllabes jerez
     
    instantanés éternuements riz
     
    artichauts et cris
     
    rarissimes silences
     
     

    page blanche
     
    voilà, je te laisse tout
     
    fais-en ce que tu veux
     
    débrouille-toi
     
    ou du moins organise-toi
     
     

    moi je ferai une sieste
     
    pourvu que tu m’éveilles
     
    avec une chose originale
     
    et suggestive
     
    afin que je la signe

     
     (Trad: Colette)
    Sleeping on a bench, Merle Citron
     


    Página en blanco   Mario Benedetti
     
     
    Bajé al mercado
    y traje
    tomates diarios aguaceros
    endivias y envidias
    gambas grupas y amenes
    harina monosílabos jerez
    instantáneas estornudos arroz
    alcachofas y gritos
    rarísimos silencios
     
    página en blanco
    aquí te dejo todo
    haz lo que quieras
    espabílate
    o por lo menos organízate
     
     
    yo me echaré una siesta
    ojalá me despiertes
    con algo original
    y sugestivo
    para que yo lo firme
  • Fauves dorés / Doradas fieras

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    Sans doute, oui sans doute un billet sur nos 17 lapins nouveaux-nés accompagné d’adorables photos aurait-il été plus approprié en ces jours de Pâques.
    Mais non, c’est un poème surréaliste d’Octavio Paz qui m’a étonnée, m'a fait sourire et me demander où il avait été chercher tant de choses à dire sur...deux yeux.
     
    Tal vez, sí tal vez una entrada sobre nuestros 17 conejitos recién nacidos , acompañada de fotos muy monas hubiera sido más apropiado en estos días de Pascua.
    Pero no, es un poema surrealista de Octavio Paz que me ha sorprendido, hecho sonreír y preguntarme de dónde había sacado tantas cosas que decir sobre...dos ojos.
     
    Octavio Paz ( Mexique 1914-1998)
     
    Tes yeux 
     
    Tes yeux sont la patrie
    de l'éclair et de la larme,
    silence disert,
    tempêtes sans vent, mer sans vagues,
    oiseaux prisonniers, fauves dorés endormis,
    topazes impies comme la vérité,
    automne dans une clairière
    où la lumière chante sur l’épaule
    d'un arbre, et où toutes les feuilles sont oiseaux,
    plage que le matin trouve constellé d'yeux,
    panier de fruits de feu,
    mensonge nourricier,
    miroirs de ce monde, porte de l'au delà,
    pulsation tranquille de la mer à midi
    absolu qui scintille,
    désert.
     
    traduction Colette (inspirée par celle d’ E. Dupas )
     
     
    Silvana Canetti (Uruguay)
    " Los ojos de Ariadna"
     
     
    Tus ojos O. Paz
    TUs ojos son la patria
    del relámpago y de la lágrima,
    silencio que habla,
    tempestades sin viento,
    mar sin olas, pájaros presos,
    doradas fieras adormecidas,
    topacios impíos como la verdad,
    otoño en un claro del bosque
    en donde la luz canta en el hombro
    de un árbol y son pájaros todas las hojas,
    playa que la mañana
    encuentra constelada de ojos,
    cesta de frutos de fuego,
    mentira que alimenta,
    espejos de este mundo,
    puertas del más allá,
    pulsación tranquila del mar a mediodía,
    absoluto que parpadea, páramo.
     

  • Additionner / Sumar

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    Ida Vitale* (poète, traductrice, essayiste, professeur et critique littéraire Uruguayenne), 93 ans, est née à Montevideo. Fuyant la dictature, elle partit au Mexique (1974) puis plus tard aux États Unis où elle réside encore.
    L’exil peut être une expérience dramatique et terrible ou une chose merveilleuse. En ce qui me concerne j’ai beaucoup souffert de éloignement de mes proches, j’en ai bavé, mais au bout d’un petit moment je me suis sentie vraiment enrichie. Le Mexique m’a donné non seulement le confort d’un monde agréable, mais aussi l’occasion de me sentir utile par des traductions, des cours...et quelque chose pour laquelle je n’arrêterai jamais de remercier ce pays, qui est son énorme ouverture à celui qui venait du dehors.”(Trad: Colette)
     
    Ida Vitale (poeta, traductora, ensayista, profesora y crítica literaria uruguaya) tiene 93 años y nació en Montevideo. Huyendo de la dictadura, se fue a México (1974) y más tarde a los Estados Unidos donde reside actualmente.
     
    El exilio puede ser una experiencia dramática y terrible o una cosa maravillosa. En mi caso me dolió mucho alejarme de mi gente, lo pasé muy mal, pero al poco tiempo me sentí mucho más enriquecida. México me dio no solo la comodidad de un mundo agradable, sino la oportunidad de sentirme útil con traducciones, con clases… y eso es algo que jamás dejaré de agradecerle a ese país, su enorme apertura hacia el que venía de fuera”.


    Additions
                                                              Cheval et cavalier sont déjà deux animaux
     
    Un plus un, dit-on. Et on pense:
    une pomme plus une pomme,
    un verre plus un verre,
    des choses toujours identiques.

     

    Quel changement que
    un plus un soit un puritain
    plus un gamelan,
    un jasmin plus un arabe,
    une nonne et une falaise,
    un chant et un masque,
    encore une garnison et une damoiselle,
    l’espérance de quelqu’un
    plus le rêve de l’autre.
     
    (Ne possédant pas ce livre, la traduction est de moi. Je suis sûre que Silvia Baron Supervielle a fait mieux!)
     
    *Note: Ida Vitale a reçu en 2015 le prix Reina Sofía,  la plus haute distinction de la poésie ibéro-américaine qui consacre la poète uruguayenne comme une des voix les plus importantes de la poésie de langue espagnole.
     
    Mural de Diego Rivera "La marcha de la humanidad"
     
    Sumas
                                              caballo y caballero son ya dos animales

    Uno más uno, decimos. Y pensamos:
    una manzana más una manzana,
    un vaso más un vaso,
    siempre cosas iguales.

    Qué cambio cuando
    uno mas uno sea un puritano
    más un gamelán,
    un jazmín más un árabe,
    una monja y un acantilado,
    un canto y una máscara,
    otra vez una guarnición y una doncella,
    la esperanza de alguien
    más el sueño de otro.

      De
    "Reducción del infinito" 2002
     
     
  • Loin de la peur / Lejos del miedo

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    Eduardo Galeano (Uruguay), décédé la semaine dernière, était non seulement un grand poète et narrateur, mais aussi un analyste, plutôt lucide, qui nous a expliqué dans “Les veines ouvertes de l'Amérique Latine” comment s'imbriquent le pouvoir et l'Histoire. Il y raconte le passé d'un continent, c'était en 1971, une époque où Cuba n'était pas encore suspecte, ou du moins on pouvait encore croire et penser que de l'île allait venir un monde meilleur. Pas mal d'artistes, dont le poète Benedetti, l’auteur-compositeur-interpète Viglietti et Galeano reprirent le message du Che et d'autres, mais en lui ajoutant une touche plus, - comment dire?, humaine, hédoniste, romantique. Ni uniformes ni louanges à l'Union Soviétique. On aimait le vin, l'amour et...le football.
    Galeano était un grand fan de foot, et quand on le lui reprochait, il répondait “Pour les intellectuels de gauche, le football empêche le peuple de penser. Pour ceux de droite, il prouve qu'il pense avec les pieds. C'est un business? Le sexe n'en est-il pas un? Et ceux qui savent m'ont dit que le sexe n'est pas mal”.
    Il transforma le foot en une affaire politique.
    Le général Videla le condamna à mort (il vécut en exil) et les “caudillos” de gauche se laissèrent aduler par lui. Toujours il offrit son renom pour appuyer toutes les causes justes, présentes et futures.
    Peut-être lit-on certains de ses écrits avec un brin de raillerie de nos jours, peut-être s'est il parfois trompé, mais qui pas?



    Eduardo Galeano, fallecido la semana pasada, era no solo un gran poeta y narrador, sino también un analista, mas bien lúcido, que nos explicó en “Las venas abiertas de América Latina” cómo se imbrican el poder y la Historia. Nos cuenta el pasado de un continente, era en 1971, una época en la que Cuba todavía no era sospechosa, o por lo menos se podía creer y pensar que de la isla iba a salir un mundo mejor. Muchos artistas, entre los cuales el poeta Benedetti, el autor y interprete Viglietti y Galeano recogieron el mensaje del Che y de otros, pero añadiéndole un toque, - ¿cómo decirlo?, más humano, hedonista, romántico. Ni uniformes ni alabanzas a la Unión Soviética. Gustaba el vino, l'amour, y...el fútbol.
    Galeano era un gran fan de fútbol, y cuando se le reprochaba, respondía: «Para los intelectuales de izquierdas, el fútbol impide que el pueblo piense. Para los de derechas, prueba que piensa con los pies. ¿Que es un negocio? ¿El sexo no lo es? Y los que saben me han dicho que el sexo no está mal».
    Trasformó el deporte en un asunto político.
    El General Videla le condenó a muerte (vivió en el exilio) y los caudillos de izquierda se dejaron adular por él. Siempre ofreció son renombre para apoyar todas las causas justas, presentes y futuras.
    Tal vez leamos algunos de sus escritos con algo de mofa hoy en día, tal vez se haya equivocado a veces, pero ¿quién no?

    Sources /Fuentes:
    El País :http://cultura.elpais.com/cultura/2015/04/13/actualidad/1428951264_473655.html
    La voz de Galicia : http://www.lavozdegalicia.es/noticia/opinion/2015/04/15/galeano-hombre-palabra/0003_201504G15P15994.htm
    El Mundo: http://www.elmundo.es/cultura/2015/04/13/552bbabbe2704e5f158b457a.html

    Signos y constelaciones enamorados / Miró /Signes et constellations amoureux.



    Voici trois courts textes extraits du “Livre des étreintes” (déjà publié ici l'histoire du petit garçon et de la montre)
    Aquí tres textos cortos extraídos de “El libro de los abrazos” (ya publiqué aquí la historia del niño y des reloj)

    El arte y el tiempo

     ¿Quiénes son mis contemporáneos? -se pregunta Juan Gelman.

    Juan dice que a veces se cruza con hombres que huelen a miedo, en Buenos Aires, París o donde sea, y siente que esos hombres no son sus contemporáneos.

    Pero hay un chino que hace miles de años escribió un poema, acerca de un pastor de cabras que está lejísimos de la mujer amada y sin embargo puede escuchar, en medio de la noche, en medio de la nieve, el rumor del peine en su pelo: y leyendo ese remoto poema, Juan comprueba que sí, que ellos sí, que ese poeta, ese pastor y esa mujer son sus contemporáneos.

     

    L'art et le temps
    Qui sont mes contemporains? -se demandait Juan Gelman.
    Juan dit que parfois il croise des hommes qui ont une odeur de peur, à Buenos Aires, à Paris ou n'importe où, et qu'il sent que ces hommes ne sont pas ses contemporains.
    Mais il y a un chinois qui, il y a des milliers d'années, écrivit un poème sur un berger de chèvres qui se trouve très loin de la femme aimée et qui pourtant peut entendre, au milieu de la nuit, au milieu de la neige, le bruit du peigne dans ses cheveux: et en lisant ce lointain poème, Juan constate que oui, que eux oui, que ce poète, ce berger et cette femme sont ses contemporains.

     

     

    La función del arte /1
     
    Diego no conocía la mar. El padre, Santiago Kovadloff, lo llevó a descubrirla.
    Viajaron al sur.
    Ella, la mar, estaba mas allá de los altos médanos, esperando.
    Cuando el niño y su padre alcanzaron por fin aquellas dunas de arena, después de mucho caminar, la mar estalló ante sus ojos. Y fue tanta la inmensidad de la mar, y tanto su fulgor que el niño quedó mudo de hermosura.
    Y cuando por fin consiguió hablar, temblando, tartamudeando, pidió a su padre;

    - ¡Ayúdame a mirar!

     
    La fonction de l'art / 1

    Diego ne connaissait pas la mer. Le père, Santiago Kovadloff l'emmena la découvrir.
    Ils voyagèrent cap vers le sud.
    Elle, la mer, se trouvait au-delà de hautes dunes; elle attendait.

     Quand enfin l'enfant et son père atteignirent ces dunes de sable, après une longue marche, la mer explosa devant leurs yeux. Et l'immensité de la mer fut telle, tel son éclat que l'enfant resta muet de beauté.

    Et quand, enfin, il réussit à parler, tremblant, bégayant, il demanda à son père:

    - Aide-moi à regarder!

    La desmemoria /2

    El miedo seca la boca, moja las manos y mutila. El miedo de saber nos condena a la ignorancia; el miedo de hacer, nos reduce a la impotencia. La dictadura militar, miedo de escuchar, miedo de decir, nos convirtió en sordomudos.
    Ahora la democracia, que tiene miedo de recordar, nos enferma de amnesia: pero no se necesita ser Sigmund Freud para saber que no hay alfombra que no pueda ocultar la basura de la memoria.

    Le manque de mémoire / 2

    La peur sèche la bouche, mouille les mains et mutile. La peur de savoir nous condamne à l'ignorance; la peur de faire nous réduit à l'impuissance. La dictature militaire, peur d'écouter, peur de dire, nous transforma en sourds-muets.
    Maintenant la démocratie, qui a peur de se souvenir, nous rend malades d'amnésie: mais il n'est pas besoin d'être Sigmund Freud pour savoir qu'il n'existe aucun tapis qui ne peut cacher la poubelle de la mémoire.




    Traductions: Colette

  • L'alphabet des doigts / El alfabeto de los dedos

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    Mur hérissé d'espoir / Photo Colette 
     
     
    Je m'en voudrais de quitter l'Uruguay sans vous traduire cet autre extrait du LIVRE DES ÉTREINTES d'Eduardo Galeano. 


     
    Célebration de la voix humaine /2
     
    Ils avaient les mains attachées ou menottées, et pourtant les doigts dansaient. Les prisonniers étaient encapuchonnés mais en s'inclinant ils arrivaient à voir un peu, un tout petit peu, vers le bas. Bien que parler était interdit, ils conversaient avec les mains.
    Pinio Ungerfeld m'a appris l'alphabet des doigts, qu'en prison il apprit sans professeur;
    - Certains avaient une vilaine écriture - me dit-il -, d'autres étaient des artistes de la calligraphie. 

    La dictature Uruguayenne voulait que tous ne fassent qu'un seul, que chacun ne soit personne; dans les prisons et dans tout le pays, la communication était un délit.
    Certains prisonniers passèrent plus de dix ans enterrés dans des cachots solitaires de la taille d'un cercueil, sans entendre d'autres voix que le fracas des grilles ou les pas des bottes dans le corridor.
    Fernández Huidobro et Mauricio Rosencof, condamnés à cette solitude, furent sauvés parce qu'ils purent se parler, par de petits coups sur le mur.
    C'est ainsi qu'ils se racontaient rêves et souvenirs, amours et désamours: ils discutaient, s'étreignaient, se disputaient; ils partageaient certitudes et beautés et ils partageaient aussi doutes et fautes et questions, de celles qui n'ont pas de réponse.

    Quand elle est vraie, quand elle naît du besoin de dire, rien ne peut arrêter la voix humaine. Si on lui refuse la bouche, elle parle avec les mains, ou par les yeux, ou par les pores, ou par n'importe où.
    Parce que tous, tous, nous avons quelque chose à dire aux autres, une chose qui mérite d'être célébrée ou pardonnée par les autres.
     
    Trad: Colette
     
     
    Pedro Figari /Uruguay
     

     
     
    No quiero marcharme de Uruguay sin reproducir otro texto sacado de El libro de los abrazos de Eduardo Galeano.
     
    Celebración de la voz humana /2

    Tenían las manos atadas o esposadas, y sin embargo los dedos danzaban. Los presos estaban encapuchados, pero inclinándose alcanzaban a ver algo, alguito, por abajo. Aunque hablar, estaba prohibido, ellos conversaban con las manos.
    Pinio Ungerfeld me enseñó el alfabeto de los dedos, que en prisión aprendió sin profesor:
    -Algunos teníamos mala letra - me dijo -, otros eran unos artistas de la caligrafía.
      La dictadura uruguaya quería que cada uno fuera nada más que uno, que cada uno fuera nadie; en cárceles y cuarteles y en todo el país, la comunicación era delito.
    Algunos presos pasaron más de diez años enterrados en solitarios calabozos del tamaño de un ataúd, sin escuchar más voces que el estrépito de las rejas o los pasos de las botas por los corredores. Fernández Huidobro y Mauricio Rosencof, condenados a esa soledad, se salvaron porque pudieron hablarse, con golpecitos a través de la pared.
    Así se contaban sueños y recuerdos, amores y desamores: discutían, se abrazaban, se peleaban; compartían certezas y bellezas y también compartían dudas yculpas y preguntas de esas que no tienen respuestas.

    Cuando es verdadera, cuando nace de la necesidad de decir, a la voz humana no hay quien la pare. Si le niegan la boca, ella habla por las manos, o por los ojos, o por los poros, o por donde sea. Porque todos, toditos, tenemos algo que decir a los demás, alguna cosa que merece ser por los demás celebrada o perdonada.

  • Peintures, sur le même plan / Pinturas, en el mismo plano

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    Une découverte pour moi "EL planismo” qui est la modalité de la peinture Uruguayenne entre les années 1920 et 1930. Sa base consiste en des plans de couleur dont les bords interagissent et apparaissent en différentes facettes.
    La figure y est aussi importante que le fond et la couleur s'emploie presque pure, sans clairs-obcurs.
    Enfin, vous verrez, le dessin contient peu de détails.
    Plus que des mots, une série de tableaux pour mieux comprendre leur démarche, leur art.

    Un descubrimiento par mí, El Planismo. Es la modalidad de la pintura Uruguaya entre los años 1920 y 1930. Su base consiste en planos de colores cuyos bordes interactúan y aparecen más o menos "facetados". La figura tiene tanta importancia como el fondo y el color se usa casi puro. Por fin el dibujo tiene pocos detalles.
    Más que unas palabras, una serie de cuadros para entender mejor su proceso y su arte.
    (clic pour agrandir, of course)
    Carmelo de Ardazún                                    
     

    Petrona Viera        
     
     
    Petrona Viera Paisaje
     
     
    Petrona Viera        
    Partido de Futbol Carmelo de Arzadun
     

     

       
    Norberto Berdía
  • Des dahlias frais / Dalias frescas

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    Juana de Ibarbourou (1889-1979). Uruguay

    Une des voix les plus personnelles de la lyrique hispanoaméricaine du début de XXº siècle; la poétesse sans doute la plus connue dans cette partie du monde. 
    Una de las voces más personales de la lírica hispanoamericana de principios del siglo XX; la poetisa tal vez más conocida en esta parte del mundo.
    J'ai choisi deux poèmes, sensuels, entre rires et larmes.
    Elegí dos poemas, sensuales, entre lágrimas y risas. 
     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L'heure

     

    Prends-moi maintenant qu'il est encore tôt

     Et que je porte des dahlias frais à la main.

     Prends-moi maintenant qu'est encore sombre

     Cette taciturne chevelure qui est mienne.

     Maintenant, que j'ai la chair odorante.

     Et les yeux clairs et la peau rose.

     Maintenant que mon pied léger chausse

     La sandale vive du printemps.

     Maintenant, que sur mes lèvres carillonne le rire

     Comme une cloche à toute volée secouée.

     Après....ah, je sais

     Que rien de cela après je n'aurai! 

     

    (Trad: Colette) 

     

     

    Julio Alpuy Uruguay

     

     

     

    La hora.

    Tómame ahora que aún es temprano
    Y que llevo dalias nuevas en la mano.
    Tómame ahora que aún es sombría
    Esta taciturna cabellera mía.
    Ahora, que tengo la carne olorosa.
    Y los ojos limpios y la piel de rosa.
    Ahora que calza mi planta ligera
    La sandalia viva de la primavera.
    Ahora, que en mis labios repica la risa
    Como una campana sacudida a prisa.
    Después...¡ah, yo sé
    Que ya nada de eso más tarde tendré
     

     

    Dépit

     


     

    Ah, que je suis fatiguée! J'ai tant ri,

    tant, que des larmes ont jailli de mes yeux;

    tant, que ce rictus qui fige ma bouche

    est une étrange trace de mon fou rire.

     

    Tant, que mon intense pâleur

    (comme dans les portraits de haute lignée)

    est dûe à la fatigue du fou rire

    qui en moi infiltre sa somnolence.

     

    Ah, que je suis fatiguée! Laisse-moi dormir;

    car, tout comme l'angoisse, la joie blesse.

    Quand m'as-tu vue plus gaie que maintenant?

     

    Mensonge! Je n'ai ni doutes, ni envies,

    Ni inquiétudes, ni angoisses, ni peines, ni souhaits,

    Si brille dans mes yeux l'humidité des pleurs,

    c'est l'effort de tant rire ...

    (trad: Colette)

    Julio Alpuy (Uruguay) Adan y Eva

     

    DESPECHO

    ¡Ah, qué estoy cansada! Me he reído tanto,
    tanto, que a mis ojos ha asomado el llanto;
    tanto, que este rictus que contrae mi boca
    es un rastro extraño de mi risa loca.

    Tanto, que esta intensa palidez que tengo
    (como en los retratos de viejo abolengo)
    es por la fatiga de la loca risa
    que en todo mi cuerpo su sopor desliza.

    ¡Ah, qué estoy cansada! Déjame que duerma;
    pues, como la angustia, la alegría enferma.
    ¡Qué rara ocurrencia decir que estoy triste!
    ¿Cuándo más alegre que ahora me viste?

    ¡Mentira! No tengo ni dudas, ni celos,
    Ni inquietud, ni angustias, ni penas, ni anhelos,
    Si brilla en mis ojos la humedad del llanto,
    es por el esfuerzo de reírme tanto..
    .

     

  • La montre / El reloj

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    Célébration de la fantaisie 

     

     Conte - Le livre des Étreintes

     

     Eduardo Galeano (Uruguay, 1940)

     

    Ce fut à l'entrée du village de Ollantaytambo, près de Cuzco. J'avais pris congé d'un groupe de touristes et j'étais seul, je regardais de loin les ruines de pierres, quand un enfant du lieu, malingre, en haillons, s'approcha et me demanda de lui offrir un crayon. Je ne pouvais lui donner celui que j'avais car je l'employais pour je ne sais quelles annotations ennuyeuses, mais je lui proposai de lui dessiner un petit cochon sur la main.

     

    Immédiatement le bruit courût. Et sitôt je me vis entouré d'un essaim d'enfants qui exigeaient à grands cris que je leur dessine des bestioles sur les mains craquelées de crasse et de froid, peaux de cuir brûlé: il y en avait qui voulaient un condor ou un serpent, d'autres préféraient des perroquets ou des chouettes et il ne manquait pas ceux qui demandaient un fantôme ou un dragon.

     

    Et alors, au milieu de ce brouhaha, un petit laissé-pour-compte qui ne faisait pas plus d'un mètre, me montra une montre dessinée à l'encre noire à son poignet:

    - Mon oncle qui vit à Lima me l'a envoyée, dit-il. 

    - Et elle fonctionne bien? lui demandais-je.
    - Elle retarde un peu reconnût-il.

     

     

    (Trad. Colette)

    Luna en la Plaza 1959 - Amalia Nieto (Uruguay)

     

    CELEBRACIÓN DE LA FANTASÍA

    (cuento)

    Eduardo Galeano (Uruguay, 1940)

     

    Fue a la entrada del pueblo de Ollantaytambo, cerca de Cuzco. Yo me había despedido de un grupo de turistas y estaba solo, mirando de lejos las ruinas de piedra, cuando un niño del lugar, enclenque, haraposo, se acercó a pedirme que le regalara una lapicera. No podía darle la lapicera que tenía, porque la estaba usando en no sé qué aburridas anotaciones, pero le ofrecí dibujarle un cerdito en la mano.

     

    Súbitamente, se corrió la voz. De buenas a primeras me encontré rodeado de un enjambre de niños que exigían, a grito pelado, que yo les dibujara bichos en sus manitas cuarteadas de mugre y frío, pieles de cuero quemado: había quien quería un cóndor y quien una serpiente, otros preferían loritos o lechuzas y no faltaban los que pedían un fantasma o un dragón.

     

    Y entonces, en medio de aquel alboroto, un desamparadito que no alzaba más de un metro del suelo, me mostró un reloj dibujado con tinta negra en su muñeca:

     

    -Me lo mandó un tío mío, que vive en Lima -dijo.
    -Y ¿anda bien? -le pregunté.

     -Atrasa un poco -reconoció.

     

    El libro de los abrazos (1989)

     


     


     

  • Tout en rond / Redondito

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    Si, vers 1600, les Espagnols ne trouvèrent aucune richesse digne de leur avidité en Uruguay, ce pays tout en rond qui semble petit sur la carte d'Amérique du sud mais fait quand même 6 fois la Belgique, réserve d'innombrables et excellentes surprises de tout genre. À vrai dire, à part Martio Benedetti et son enviable président actuel, José Mujica, sa belle capitale portuaire Montevideo, que et qui connaissons-nous là-bas? Nous allons y séjourner un temps et j'espère que cela vous plaira.

     

     
    Si por los años 1600 los Españoles no encontraron ninguna riqueza digna de su avidez en Uruguay, ese país redondito que parece pequeño en el mapa de América del Sur pero que es 6 veces más extenso que Bélgica, depara múltiples y excelentes sorpresas de todo tipo. A decir verdad, aparte Mario Benedetti y su envidiable presidente actual, José Mujica, su bella capital portuaria Montevideo, qué y a quién conocemos allí? Vamos a pasar un tiempo en ese país y espero que os guste.

     

     

     

    Ricardo Pascale (Montevideo 1942)      


     

    Mario Benedetti 

      

    Défense de la joie 1979

     

     

    Défendre la joie comme une tranchée
    la défendre du scandale et de la routine
    de la misère et des misérables
    des absences transitoires
    et définitives

     

    (...)

     

    défendre la joie comme un drapeau
    la défendre de la foudre et de la mélancolie
    des naïfs et des canailles
    de la rhétorique et des arrêts cardiaques
    des endémies et des académies

     

     
    défendre la joie comme un destin
    la défendre du feu et des pompiers
    des suicides et des homicides
    des vacances et de l’accablement
    de l’obligation d’être joyeux

     

     

    défendre la joie comme une certitude
    la défendre de l’oxyde et de la crasse
    de la fameuse patine du temps
    de la fraîcheur et de l’opportunisme
    des proxénètes du rire

     

     

    défendre la joie comme un droit
    la défendre de dieu et de l’hiver
    des majuscules et de la mort
    des noms et des pitiés
    du hasard
    et aussi de la joie.

     

     

    Mario Benedetti (1920-2009)Cotidianas (1979) – Traduit de l’espagnol par Annie Morvan

    Defensa de la alegría, 1979

     

     

    Defender la alegría como una trinchera
    defenderla del escándalo y la rutina
    de la miseria y los miserables
    de las ausencias transitorias
    y las definitivas

     

    (...)

     

    defender la alegría como una bandera
    defenderla del rayo y la melancolía
    de los ingenuos y de los canallas
    de la retórica y los paros cardiacos
    de las endemias y las academias

     

     

     

    defender la alegría como un destino
    defenderla del fuego y de los bomberos
    de los suicidas y los homicidas
    de las vacaciones y del agobio
    de la obligación de estar alegres

     

     

     

    defender la alegría como una certeza
    defenderla del óxido y la roña
    de la famosa pátina del tiempo
    del relente y del oportunismo
    de los proxenetas de la risa

     

     

     

    defender la alegría como un derecho
    defenderla de dios y del invierno
    de las mayúsculas y de la muerte
    de los apellidos y las lástimas
    del azar
    y también de la alegría