trombes d'eau

  • Une brise / Una brisa

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    Le ciel est redevenu bleu, la terre, les rues sèchent. Plus de mille volontaires nettoient la boue. Le village de Sant Llorenç retrouve peu à peu son visage.

    Mais les larmes...cruelle nature, parfois.

    Il fallait un poème lumineux pour terminer cette semaine si difficile sur l’île. Le bilan est de 12 morts et un enfant toujours introuvable.

    C’est Pedro Salinas, encore lui, qui m’a apporté un peu de légèreté.

     

     

     
    Variation IX
    Temps d’île
     
    Qui m’appelle de la voix
    d’un oiseau qui chante?
     
    Quel amour m’aime, quel amour
    m’invente des caresses,
     
    caché entre deux airs,
    simulant la brise?
     
    Le palmier, qui l’a mis
    - celui qui m’évente
     
    avec des souffles d’ombres et de soleil -
    là où je le voulais?
     
    Le sable, qui l’a lissé,
    si lisse, si lisse,
     
    pour qu’en traits légers, légers,
    ma main m’écrive,
     
    sur une amante invisible,
    sur une amante cachée,
     
    Parmi la pudeur de l’écume,
    message d’ondines?
     
    Pourquoi me donne-t-on tant de bleu,
    sans que je le demande,
     
    le ciel qui l’invente,
    la mer qui l’imite?
    (...)
    (Trad. Colette)

    -
    Variación IX
    Tiempo de isla
    Pedro Salinas
     
     
    ¿Quién me llama por la voz
    de un ave que pía?
     
    ¿Qué amor me quiere, qué amor
    me inventa caricias,
     
    escondido entre los aires,
    fingiéndose brisa?
     
    La palmera ¿quién la ha puesto
    - la que me abanica
     
    con soplos de sombra y sol -
    donde yo quería?
     
    La arena ¿quién la ha alisado,
    tan lisa, tan lisa,
     
    para que en rasgos levísimos
    la mano me escriba,
     
    de amante que nunca he visto,
    de amante escondida,
     
    entre pudores de espuma,
    mensajes de ondina?
     
    ¿Por qué me dan tanto azul,
    sin que lo pida,
     
    el cielo que se lo inventa,
    el mar, que lo imita?
     
    (…)